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n°254

Editorial : Crise ? Vous avez dit : « Crise » ?

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

Philippe NaszalyiCrise et environnement institutionnel, crise et anticipations organisationnelles et crise et comportements des consommateurs, sont autant de scansion de ce mot « crise », mot qui, depuis plus de quatre ans, pour les moins perspicaces et depuis plus de trente ans, pour ceux qui scrutent avec attention les mouvements profonds, est le mot approprié à ce stade de développement du système économique contemporain.

Mais « de quelles crises parlons-nous ? » s’interroge fort à propos l’économiste Michel Roux1, en rappelant que « crise » signifie « tamis » ou « crible » en grec ancien et que c’est donc un instrument de mesure ou de sélection.

Crise des valeurs, crise de société, crise des institutions, crise de la famille, crise financière ou économique…
Tout est désormais mis en avant pour éviter de se poser la seule bonne question qui vaille, celle de l’Homme, car il y a bien longtemps pourtant que nous savons que « le sabbat est fait pour l’homme et non pas l’homme pour le sabbat »2.

Il en est de même des systèmes économiques. C’est au fruit que l’on reconnaît l’arbre et que « tout arbre qui ne donne pas un bon fruit, on le coupe et on le jette au feu »3. Il y a plus de vingt ans, les Européens de l’Est, ont jeté au feu, un système dont il est certain qu’il ne menait pas à la prospérité et bafouait la Liberté. Il semble que l’avatar qui lui a succédé mérite de subir le même sort. « Il n’y a pas deux politiques possibles » disaient et disent toujours, ces « imposteurs de l’économie » que vient de dénoncer avec verve, mais sans doute insuffisamment, Laurent Mauduit4. Cette théorie d’enfants de chœur, plutôt thuriféraires stipendiés s’inscrit notamment dans la lignée de l’inénarrable prêt à penser souvent plagiaire, d’Alain Minc et de ses semblables. Ce même « prêt à penser » totalitaire qui vouait déjà aux gémonies, ceux qui dès 1992, avaient saisi que dans le traité de Maastricht, il y avait à la fois, l’excellente idée d’une monnaie européenne, dans la lignée du rapport Barre, et en même temps, les germes mortifères du monétarisme, hérité de l’Entre-Deux-Guerres, cher à la chancelière allemande, et onéreux, l’autre acception de « cher », pour les peuples européens. Ce n’est pas Bismarck qui ressurgit, (il faut être bien inculte pour la confondre avec ce grand chancelier), mais un composé assez approchant de la sottise impériale de Guillaume II et de la dangereuse impéritie de von Papen. En résumé, ce qui amène désastre et ruine pour l’Europe de 1914, de 1933 ou…

Ces sectateurs de la pensée unique ne comprennent pas, souvent, ou ne veulent pas comprendre, parfois, que cette « rigueur », étendue à l’Europe, est un pur sophisme économique qui ne vise qu’à favoriser le rentier, le financier plutôt que l’entrepreneur et le travailleur. Pour faire accroire à leurs fadaises, ils utilisent le procédé classique de la culpabilisation et de la morale.

« Vivre au dessus de ses moyens » est leur expression.

Cette vulgarité de termes pour désigner la conduite d’une politique, tente de masquer cette œuvre de mystification qui se donne des airs de bon sens populaire, pour mieux abuser le commun. En effet, comparer gestion du ménage et conduite d’un État n’a de sens que dans cette vulgate libérale qu’ils veulent imposer. Cela aboutit à dénier ce qui de tout temps doit être, l’assujettissement des intérêts privés à l’intérêt général qui, en démocratie, est incarné par l’État. Faire du citoyen, avant tout un consommateur, permet de nier le rôle du souverain exprimé par le suffrage. La représentation élue se trouve ainsi mesurée à l’aune du panel représentatif du sondeur ou du « mercateur » pour être ainsi délégitimée. Les quotas sont pour la démocratie, la négation même de son essence populaire. Les meilleures intentions peuvent être invoquées – et la parité en est une-, elles ne trompent que ceux qui sont prêts à tous les compromis, à toutes les compromissions pour obtenir l’agrément des puissants qui entendent profiter sans contrôle pour liquider l’État et ses
obligations. Il est étonnant depuis ces années de voir combien est hétérogène d’apparence, la cohorte de ceux qui sous diverses étiquettes politiques, servent la soupe de moins en moins équitablement partagée. L’attitude des « puissants » de cette zone euro face à l’idée, jugée démente, d’un premier ministre grec de soumettre à référendum, un plan européen, en dit long sur le
divorce entre ce système et les peuples. Il est d’ailleurs symptomatique de constater que le meilleur élève est la Chine dont on reconnaîtra bien volontiers qu’elle a, avec la démocratie, une
relation lointaine !

Ni le chômage en Espagne, ni la dépression en Grèce pour ne citer que ces malheureux pays soumis au plan « Laval » de l’Europe, ne parviennent à remettre en cause les certitudes de ceux qui croient encore que quelques cataplasmes et une bonne cure de rétrécissement de l’État et des aides sociales amèneront, sinon la croissance du moins le sacro-saint équilibre qui en toute bonne théorie libérale apporte la plénitude. Comme Herbert Hoover, de qui l’Histoire n’a pratiquement retenu que son insondable « laissez-faire » qui s’exprime par un optimisme idéologique en 1932, « La prospérité est au coin de la rue ! », les échecs des politiques classiques dans les années 1930, lors de la grande crise précédente, ne les ont que partiellement instruits. L’État certes, est intervenu, mais c’était pour sauver le système bancaire. C’est une règle que George Bush (père) a appliqué en 1990 à la suite de la faillite des caisses d’épargne américaines qui témoignaient déjà, de la faiblesse du système financier laissé à ses propres règles. C’était il y 22 ans ! Le journaliste Jacques Decornoy tirait, en juillet 1990 dans Le Monde diplomatique, ce constat qui n’a pas vieilli : « Tout, estimait-on pourtant, avait été dit sur la funeste décennie passée : la fuite en avant dans les dépenses d’armement, les fantastiques endettements intérieur et extérieur, la cupidité forcenée des prédateurs conduisant à la corruption généralisée de Wall Street et à la chute symbolique de la firme Drexel Burnham, l’incapacité du pouvoir à réduire le déficit budgétaire »5 . Lehman Brothers, en septembre 2008 et cette cupidité des subprimes, les 2 milliards de dollars, voire plus, de perte de J.-P. Morgan, cette année, « l’une des banques les mieux dirigées qui soient » si l’on en croit le Président Obama qui poursuit en qualifiant : « James Dimon, son dirigeant » d’être « l’un des banquiers les plus intelligents que nous ayons »6, ont pris la relève. Faut-il rattacher à cette « corruption généralisée », la démission du directeur-général de
Yahoo7 à la suite de la découverte de « fraudes » dans son curriculum vitae ! Péché véniel si l’on en croit Naomi Oreskes et Erik M. Conway dont l’ouvrage vient d’être traduit en français8 par ce physicien émérite qu’est le Professeur Jacques Treiner. Les deux chercheurs américains y décrivent l’action des « lobbyistes » industriels qui, à coup de milliards de dollars, favorisent une stratégie destinée à éviter
toute réglementation de santé publique ou environnementale qui nuirait à leurs intérêts en semant le doute sur les études scientifiques. Car le relativisme que Platon reprochait à Protagoras, le premier « sophiste » et le premier à avoir vendu son enseignement, triomphe avec le système communautariste ou individualiste qui découle de cette présentation toujours clivante d’une société et de sa population. Cette « dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui donne comme mesure ultime uniquement son propre ego et ses désirs »9. Tout est égal à tout, car l’État en système libéral est avili, « Si l’impôt, payé sous la contrainte, est impossible à distinguer du vol, il s’ensuit que l’État, qui subsiste par l’impôt, est une vaste organisation criminelle, bien plus considérable et efficace que n’importe quelle mafia « privée » ne le fut jamais. », est le credo libéral exprimé par l’économiste américain de l’École de Vienne, Murray Rothbard. Il faut dire que les hommes qui incarnent ces états, les gouvernants sont devenus souvent davantage des oligarques ou des ploutocrates tenant de lobbies, eux aussi que des hommes d’État. Le gouvernement américain sous George W. Bush (fils) et son Vice-président Dick Chenney, en est une illustration.

C’est portant loin d’en être le seul exemple, même dans de vieilles démocraties, tant sont imbriqués façonneurs d’opinions que sont journalistes, propriétaires de médias et intérêts économiques et financiers. Le conflit d’intérêts qui s’illustre notamment dans l’affaire Woerth-Bettencourt en France, semble une préoccupation éthique10, mais concerne de nombreuses affaires dont celle du Médiator, en cours d’instruction et ne trouve pas de solution légale, tant sont fortes les résistances de ces mondes étroitement imbriqués !

A qui faire confiance en effet, quand les experts médicaux émargent aux fonds des laboratoires qui produisent les substances évaluées et mises sur le marché par ces mêmes sommités scientifiques ou lorsque quelques députés ou anciens ministres font des allers-retours dans des cabinets d’avocats plus proches de cellules d’influence politico-économique que de défense de la veuve et de l’orphelin ?

Tout cela est le fruit d’un système, d’une idéologie qui l’habite et dont la moindre habileté a été même de tenter de se présenter comme indépassable, « par la fin de l’histoire » ! Or, comme Max Weber, il nous semble que les connaissances d’aujourd’hui sont toujours destinées à être dépassées, surtout en sciences humaines, puisque la société se transforme constamment. Il n’y a donc aucun modèle économique qui ne doive être discuté pour être amélioré voire remplacé. Se plonger dans la pensée de Sismondi, aujourd’hui à tort bien oublié ou étudier Karl Polanyi sont autant d’apports à une réflexion contemporaine qui ne peut opposer en permanence Keynes, résumé souvent au déficit des politiques publiques et les « Chicago Boys » dont l’action auprès d’Augusto Pinochet est bien symbolique de ce « néo-libéralisme » des conservateurs américains qui s’étend encore sur le monde, malgré les crises qu’il a engendrées.

« Au XIXet au XXsiècles, on se tuait au boulot ou on mourait de sa dureté, au XXIe siècle naissant, c’est une nouvelle organisation scientifique du travail qui tue » écrit en introduction à un fort revigorant numéro11, François Chobeaux qui s’interroge pour savoir « si l’homme pensant est encore de saison ? ».

Crise ? Vous avez dit : « Crise » ? Une question, un constat, mais aussi à la manière d’« hommes pensants », des pistes et des solutions que gestionnaires au sens le plus large du terme, « ceux qui s’occupent des autres et de leurs entreprises », apportent par les treize articles, ordonnés en trois dossiers thématiques de ce numéro de printemps qui ouvre une nouvelle perspective de réflexion et d’action car « il est temps de remettre la production avant la spéculation, l’investissement d’avenir avant la satisfaction du présent, l’emploi durable avant le profit immédiat »12.


1. Michel Roux : « Sortie de crise ou crise de sortie ? Impacts de ce contexte sur les modèles d’affaires de la sphère financière », VSE n° 189, décembre 2011, pp. 62-74.
2. Marc 2,27.
3. Matthieu 7,19.
4. Laurent Mauduit : « Les imposteurs de l’économie », Jean-Claude Gawsewitch, 294 pp. Paris, mars 2012.
5. Jacques Decornoy, « L’exemplaire faillite des caisses d’épargne américaines », Le Monde diplomatique, juillet 1990.
6. « Pour Obama, l’affaire JP Morgan illustre la nécessité de réformer Wall Street », Le Monde.fr, 15 mai 2012,
7. http://larsg.over-blog.com/article-suite-a-la-demission-du-directeur-general-de-yahoo-scott-thompson-105184095.html
8.
Naomi Oreskes et Erik M. Conway : « Les Marchands de doute Ou comment une poignée de scientifiques ont masqué la vérité sur des enjeux de société tels que le tabagisme et le réchauffement climatique », éditions Le Pommier, 524 pages, Paris, mars 2012.
9. Homélie du cardinal Josef Radzinger, Missa pro eligendo Romano Pontifice, Rome, 18 avril 2005.
10. Martin Hirsch, Pour en finir avec les conflits d’intérêts, Stock, 162 pages, Paris septembre 2010.
11. V.S.T. revue du champ social et de la santé mentale : « L’homme pensant est-il encore de saison ? », n°, 104, 4e trimestre 2009.
12. François Hollande, Discours d’investiture, Palais de l’Élysée, 15 mai 2012.

n°255-256

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Editorial : « Ein Mann bezwingt die Not »* ou « Car j’ai eu faim… »**

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

Philippe NaszalyiC’est par le titre allemand de la biographie du père du mutualisme que fut Frédéric-Guillaume Raiffeisen « Un homme triomphe de la misère », traduit par ces premiers mots de l’Évangile de saint Matthieu, dans l’édition française du récit de sa vie : « Car j’ai eu faim… » que l’on peut prendre conscience que les mêmes causes amènent les mêmes conséquences. Les chercheurs comme les praticiens, les plus innovants, devant cette crise systémique, proposent une fois encore, une alternative ou des alternatives à un système totalitaire qui se meurt devant nous, pour les mêmes raisons, que mourut, il y a plus de 20 ans le communisme : injustice et finalement inefficacité réelle.

En effet, le système économico-politique dominant, comme le communisme naguère, est un système « totalitaire ». Ses thuriféraires se situent à gauche comme à droite, de Pascal Lamy à Michel Camdessus en passant par Jacques Delors et l’Ecole de Vienne, pour ne pas citer les lilliputiens hexagonaux à la mode sur les plateaux de télévision ou chroniqueurs à ce grand magazine que fut, jadis, l’Express. Bien entendu, ce n’est pas par la similitude de l’organisation avec le bloc soviétique, que ce système quasi religieux de la Mondialisation est totalitaire. C’est notamment parce qu’il se croit un phénomène indépassable ou inéluctable et, selon l’excellent mot (une fois n’est pas coutume !) de Bernard-Henri Lévy, parce que « la vérité y est enchaînée » !

Le processus depuis la fin des années 1970, n’a qu’un but, celui de nier d’autres formes d’organisation que ce qui découle de l’esprit du « Compromis de Washington » de 19921. Largement inspirée d’Ayn Rand, cette conception libérale, voire « libertarianiste », se fonde sur un rationalisme du mérite individuel, bâti sur « l’égoïsme rationnel ». Cette idéologie conduit a faire de la possession du capital un droit absolu qui l’emporte même comme on le verra par la suite, sur la démocratie. Le gouvernement des entreprises, ne devenant que « le simple usage du droit de propriété » dans cette « idéologie actionnariale »2. On n’est pas loin du suffrage censitaire. Sieyès, son père dans la constitution de 1791, estimait que seuls les citoyens riches qui contribuent à la bonne marche de l’économie nationale, ont le droit de voter. Tout le libéralisme économique est né à cette époque et en a bien conservé les stigmates.

En est-on si loin, lorsque l’on constate l’absentéisme populaire aux élections au Parlement européen ou plus récemment, aux élections législatives françaises ?

En est-on si loin, lorsque l’on considère que cette idéologie entend définir le gouvernement des Etats, et la primauté de l’économique sur le politique ? « Cela a l’avantage de la simplicité et des dehors d’évidence.

Mais c’est faux ! », le dit encore Jean-Philippe Robé, comme le sont tous les sophismes ou les mythes fondateurs.

Ce choix n’est donc bien qu’adhésion à une théorie économique parmi d’autres et rien de plus, car il y en a d’autres.

Cela est notablement imposé, tant par les « régulateurs » internationaux que par les organismes européens. Parmi ceux-là, le comité de Bâle en particulier, dans la droite ligne du G20 de Pittsburgh, ignore les spécificités de ce qui n’est pas une société de capital.

refonder une alternative à ce système qui n’en peut plus, est désormais cohérent. Selon Alan Greenspan lui-même, « la crise actuelle est sans doute la plus grave depuis un siècle.

Cette gravité de la situation a conduit certains (dont nous sommes) à penser que nous pourrions bien assister à un changement radical de système économique3 ». C’est de ce bouillonnement des idées et de la confrontation avec les réalités de la misère que sont les premières
expériences alternatives en finance. Les questions se posent toujours, particulièrement dans la conception contemporaine de la finance islamique, du microcrédit, de la refondation nécessaire, du moins en France, des banques coopératives et mutualistes ou des monnaies alternatives dont les « Banques du temps » sont notamment l’exemple. Une plongée dans l’Histoire est toujours instructive, car seuls les imbéciles ou les ignares pensent que le monde commence avec eux. Dès 1846, Proudhon, créateur de l’éphémère, mais si instructive Banque du Peuple prônait la nationalisation de la Banque de France qui devait être « déclarée d’utilité publique4» . Ne devrait-on pas y réfléchir pour la BCE ?

Au même moment, en Prusse, Frédéric Guillaume Raiffeisen institue la notion d’association mutuelle et se rend compte très vite, que le crédit est la source de la plupart des appauvrissements et de la misère. « Tous les membres s’engagent égalitairement mais solidairement sur leur fortune à l’égard des obligations et garanties assumées par l’Association ». Le principe de la mutualisation des risques naît immédiatement, il précède une deuxième phase qui propose la rémunération sur les dépôts et « l’intérêt du capital… modéré et honnête » suivant les principes de Calvin.

Bel enseignement à retenir et plus que les principes de Bâle III, il assure une véritable sécurité. La solidarité entraîne automatiquement l’égalité de décision : « un homme : une voix », le principe démocratique est consubstantiel à la naissance des établissements mutualistes.

Or c’est justement cette démocratie qui génère seule la responsabilité que les tenants de la mondialisation financière ont bafoué et bafouent depuis plus de 30 ans, ne serait-ce que par l’organisation de l’Europe telle qu’elle est. Le « néoconstitutionalisme5 », idéologie internationale dont Jürgen Habermas est l’une des figures de proue, s’incarne dans la Commission ou la Cour de Justice européennes notamment. Ces organes, mais pas eux seulement, soumettent la volonté des peuples,
exprimée par les lois à des principes qui lui seraient supérieurs, les règles constitutionnelles. Dans la lignée de Benjamin Constant ou de Guizot, cette conception s’inscrit bien dans le principe de la constitution libérale bourgeoise qui est d’ignorer le souverain, même devenu peuple, au nom de la liberté de chaque individu. Le Conseil constitutionnel français, depuis la réforme de sa saisine, imposée par Valéry Giscard d’Estaing, qui voulait faire de la France une « société libérale avancée » et fut le principal auteur de la « constitution européenne », obéit à cette logique et consacre que la loi (donc votée par les représentants du peuple) « n’exprime la volonté générale que dans le respect de la Constitution6 ». Le traité de Lisbonne n’est qu’une illustration de la mise en pratique grossière de cette conception qui nie au fond, la souveraineté populaire.

Pourquoi les « Libéraux » de tous côtés de l’échiquier politique, ont-ils si peur du peuple ? Parce qu’ils y ont intérêt semble répondre notre collègue, Aquilino Morelle, dans un remarquable papier. Il y confirme bien aussi l’« oubli » qu’ils font de la démocratie : « Financière, la mondialisation, au gré des accords successifs de libre-échange imposés aux peuples à leur insu par cette élite agissante de la gauche libérale, est devenue aussi la mise en concurrence des économies, des salaires, des fiscalités, des protections sociales, des peuples, des hommes, de leurs vies.7»

Dans le Financial Times du 9 juillet 2012, on lit avec plaisir que le commissaire européen au marché intérieur, Michel Barnier, devrait proposer des modifications à la directive et au règlement sur les abus de marché dans les semaines à venir.

Au même moment, on entend Andreas Dombret, un membre du directoire de la Bundesbank, déclarer qu’il n’a « jamais cru à l’autoréglementation pour un bien public ! »8. Verrait-on un retour à la sagesse ?

Assister ou aider à l’émergence ?

Dans la pure tradition aristotélicienne et thomiste, nous pensons que sans retour à la conception fondamentale que l’argent demeure stérile et ne peut être « frugifère ! », il n’est pas de solution à ce système. Le point de rencontre indéniable de cette « utopie nécessaire », selon le mot de Benoît XVI, réside dans cette conviction profonde que l’homme doit s’affranchir de l’avoir, pour exercer son destin, et que cela s’exprime en un seul mot : « démocratie ». Il faut innover pour « Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun en s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même, et reste aussi libre qu’auparavant » est l’ambitieux programme, l’utopique programme que le Contrat social assigne .

Les 3 dossiers de ce numéro double de l’été 2012 obéissent à cette logique complexe qui, venue du refus de la croyance en une voix économique unique, offre un aperçu des expériences et des pratiques dans le monde entier.

• « L’entrepreneuriat social » a été confié à la responsabilité d’une équipe conduite depuis l’ESG de Paris
;

• La question « Financer autrement ? » a été posée par Fedj Jawadi, aux auteurs d’une journée internationale de Recherche à l’Université d’Evry-Val-d’Esssonne dont il coordonne la publication des travaux en finance ;

• Les « concepts et pratiques alternatives » enfin, s’interrogent non seulement sur la finance, comme le précédent dossier, mais allient aussi la réflexion en marketing des associations et s’achèvent sur l’influence de la religion qui traverse soit directement soit implicitement presque chacune des contributions, renvoyées à une morale en pensée ou en action.

Comme toujours, La RSG est internationale et ouverte sur les différences culturelles. Souhaitons, pour conclure, qu’à l’instar du Groupe des XX, dont Oscar Mauss fut le secrétaire et inspirateur de ces artistes d’avant-garde, les 20 articles de ce numéro démontrent que la Recherche, est ici, création permanente !

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* Franz Braumann : « Ein Mann bezwingt die Not » (un homme triomphe de la misère) : Lebensroman Friedrich Wilhelm Raiffeisens, (la vie de F.-G. Raiffeisen), 3e édition, Ed. Neuwied am Rhein : Verlag der Raiffeisendruckerei, 1961, 254 pages.
** Titre de la traduction française par Charles Lehmann de l’ouvrage de Franz. Brauman sur F.-G. Raiffeisen, reprenant l’Évangile selon Mt 25 – 35, Ed. COPRUR, Strasbourg 1966, 234 pages.

1. Texte signé le 20 novembre 1992 entre les États-Unis et la CEE, dans le cadre des accords du GATT et souvent appelé « traid not aid
».
2. Jean-Philippe Robé, « À qui appartiennent les entreprises ? », Le débat, mai-août 2009, n° 155, page 33.
3. Cité par Moulaye Abdelkader Ould Moulaye Ismail et Joël Jallais, « L’éthique du client face à l’offre bancaire islamique en France », », La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion n° 249-250, mai-août 2011, page 65.
4. Pierre-Joseph Proudhon, Proposition relative à un
emprunt national et à la réunion de la Banque de France au Domaine public, 22 août 1846, art. II.
5. Pierre Brunet “ Remarques critiques sur le constitutionalisme contemporain” in Droit et Economie. Interférences et interactions, Mélanges en l’honneur de Michel Bazex, Lexis-Nexis, 2009, p. 51-64.
6. Décision n° 85-197 DC du 23 août 1985.
7. Aquilino Morelle, “La démondisalisation inquiète les partisans d’un libéralisme aux abois”, Le Monde.fr 07.09.2011.
8. Euractiv.com, 9 juillet 2012.

n°257 Responsabilité et/ou culpabilité ?

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Editorial : Responsabilité et/ou culpabilité ?
Innovation et/ou prudence ?
ou agir « de manière créative et responsable[1] »

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

Philippe NaszalyiIl y a vingt ans en prononçant, à la télévision, un ministre (on ne disait pas alors une ministre) cette reconnaissance sous cette forme elliptique : « responsable, mais pas coupable » posait avant bien d’autres, les cruels dilemmes de la responsabilité ou de la culpabilité, qui sont aussi devenus avec le « principe constitutionnel de précaution », ceux de l’innovation ou de la prudence. « Agir avec prudence », disait Benoit XVI, pour la journée mondiale de la paix « ne signifie pas ne pas prendre en main ses responsabilités et renvoyer à plus tard les décisions; cela veut plutôt dire s’engager à prendre ensemble ces décisions, non sans avoir au préalable examiné, de manière responsable, la voie à emprunter, dans le but de renforcer l’alliance entre l’être humain et l’environnement». Sans doute à méditer ! Car cela concerne désormais tout autant les « politiques » que les fonctionnaires ou les hommes et femmes d’entreprise. La laïcisation de l’Europe, et de la France en particulier, en faisant quasiment disparaître la notion de péché a, sous l’influence des pratiques judiciaires de l’empire dominant, créé des fautes à l’égard de la société et de collectifs plus ou moins répertoriés et représentants des communautés plus que la Nation. Si la faute pénale qui, en France était jusque -là toute proche du « péché mortel » catholique a évolué, elle est devenue « un objet juridique non identifié » que les Tribunaux essaient tant bien que mal, de définir en navigant entre la jurisprudence européenne souvent inspirée des pratiques totalement opposées de la « Common law » et le commode lynchage médiatique de la société de l’émotion.

La Responsabilité sociale ou sociétale de l’entreprise est une notion qui nécessite en permanence une réflexion et souvent une analyse critique. On est étonné de constater que sans vergogne, ceux qui s’y réfèrent ou la prônent, sont souvent ceux qui la bafouent. Ainsi semble en être l’analyse initiale d’Alain Finet et Romina Giuliano auteurs du cahier qui ouvre ce numéro : La RSE, l’amiante et Eternit. Ils constatent qu’Eternit, au passé trouble en matière d’amiante, veut apparaître, au milieu des années 1990, « comme le précurseur du mouvement managérial mettant en évidence la notion de Responsabilité Sociétale des Entreprises ».

RSE : réalité ou pharisaïsme ?

Sans aller jusqu’en Belgique, on ne peut que s’amuser, certains s’en attrister, qu’on trouve aussi ces comportement chez ceux-là même, qui se sont fixés pour but le « Développement de l’Enseignement et de la Recherche sur la Responsabilité Sociale de l’Entreprise ». La forme d’association « académique » du moins en ce qui concerne la tête, ne protège pas des dérives en tartufferie. Et pourtant, nous avions salué cette création et soutenu, à leur demande, l’effort des initiateurs en officialisant leurs premières publications. Le Professeur Yvon Pesqueux indiquait en introduction du numéro 205 de notre revue, les enjeux et les perspectives de la RSE en France, en publiant
les textes qui avaient servi de base aux travaux de ce « 1er congrès de l’ADERSE », tenu le 14 juin 2003.Une fois de plus, notre revue était au service de cette recherche nouvelle, puisque c’est sa marque de fabrique et son « credo » éditorial. Les initiateurs avaient ainsi permis que Michel Capron, Jean-Paul Gond, Astrid Mullenbach-Servayre, Marie Nigon ou François Beaujolin, qui font autorité, soient retenus pour ce dossier spécial du numéro 205. Le présent de la « gouvernance » de cette association si prometteuse en 2003, -et ce qui étonnamment ne semble gêner personne  dans les instances de la Gestion en France !-, rend très actuelle la problématique de nos deux auteurs s’interrogeant sur Eternit : « Au-delà, nous nous posons la question de savoir si la Responsabilité Sociétale des Entreprises constitue réellement une avancée dans la manière de concevoir l’entreprise en permettant de satisfaire aux attentes des diverses parties prenantes ou alors s’il ne s’agit que d’un simple avatar managérial correspondant à des attentes sociologiques plus larges. »

En laissant à nos lecteurs le soin de trouver la réponse pour Eternit dans les trois articles du cahier spécial, nous avons, quant à nous, la réponse à notre propre questionnement sur la situation présente de ce qui a été une belle initiative de François Lépineux, d’Arnaud Pelissier-Tanon (voir page 48) et bien sûr d’Yvon Pesqueux. C’était il y a dix ans déjà et tout a changé. En revanche, ce qui est resté dans sa brutalité très actuelle, c’est la triste réalité présente qu’une une formule vieille de 2 000 ans caractérise toujours, avec son acuité : « au dehors vous offrez aux yeux des hommes l’apparence de justes, mais au dedans vous êtes pleins d’hypocrisie et d’iniquité » (Mt 23:28). Il serait bon que ceux qui le doivent, en prissent conscience avant qu’il ne soit trop tard.  Il est vrai qu’après une condamnation par la justice, l’appellation forte, de « sépulcres blanchis » (Mt 23:27) rend bien compte de ce qui est ! A bon entendeur, Salut !

Responsabilité d’un système ?

Le problème environnemental toutefois, ne résume pas à lui seul, loin de là, la RSE. Il  n’est pas seulement prégnant, outre Quiévrain ! Plusieurs dizaines de hauts fonctionnaires français, les responsables publics des secteurs de la santé ou du travail des années 1970 à 1990, ont été convoqués depuis 2009, par la juge d’instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy. La convocation et la mise en examen, en octobre 2012, de Martine Aubry a remis sous la lumière des projecteurs le « drame de l’amiante ».L’Europe plus prompte à se préoccuper de concurrence et de transparence des marchés que de protéger les vies et la santé des travailleurs, n’a en effet, interdit l’amiante qu’en 1999 La période transitoire de 5 ans ne s’est achevée que le 1er janvier 2005 ! La France pourtant a interdit l’amiante au 1er janvier 1997 comme la Belgique alors que la Grande-Bretagne avait légiféré dès 1931 ! C’était pourtant bien trop tard ! Dès le 1er juin 2000, le tribunal administratif de Marseille avait estimé que l’Etat est
responsable des conséquences de la mort de quatre personnes contaminées sur leur lieu de travail. La juridiction phocéenne, dans sa décision rejetait également le motif d’ignorance des risques « au moins pendant la période de septembre 1983 au 27 mars 1987 » ! De quoi enlever prétexte aux « responsables non coupables ».

Si l’on pense comme Marcel Goldberg que « l’indépendance de l’expertise est une donnée fondamentale, mais (qu’) il s’agit d’une utopie »,
il reste donc le facteur économique. La connivence, pour ne pas parler de la complicité passive et active, le mélange entre experts et laboratoires, dirigeants d’entreprise, issus des mêmes écoles et formations que les politiciens, le pantouflage ou les allers-retours incestueux, la lâcheté intellectuelle ou la conversion contre-nature, on appelait cela jadis « Collaboration » et plus tôt « trahison des clercs » sont parmi les raisons qui expliquent, dans le domaine de l’amiante, comme dans d’autres cet enchaînement mortifère qu’on découvre toujours trop tard.  Les premières prévisions de mortalités ont été établies en 1995, par un épidémiologiste anglais, d’origine hongroise, Julian Peto. On parle désormais de 100 000
morts d’ici 2030…

C’est donc bien l’idéologie économique dominante qui est la cause première. Cela n’absout pas les hommes et les femmes qui sont coupables et responsables, mais il faut rejeter cette commodité du sacrifice des victimes expiatoires, aux dieux médiatiques aux larmes de crocodile. En effet, « à l’échelle mondiale, deux logiques économiques s’affrontent : la logique du profit et celle de la distribution équitable des biens, ….» poursuit, en appelant à une « conversion économique », Benoît XVI dont nous avons trouvé que la pensée, donnait un sens et une direction originale à cette réflexion à propos de la responsabilité sociétale.

Responsabilité et Innovation ?

Il y a donc tout lieu comme on vient de le voir de :

  • « Repenser le socle théorique » comme deux chercheurs parisiens Valérie Paone et Damien Forterre s’y essaient ;
  • poser « l’hypothèse des régulations syndicales »… « entre logiques marchandes et non marchandes publiques » selon les concepts posés par Marc Morin, spécialiste tout à la fois des organisations et de l’économie ;
  • considérer, comme on l’a fait au long de cet éditorial, « les croyances sur la diversité et leurs rôles dans le management, avec Martine Brasseur, dont nous sommes heureux d’encourager les efforts de recherche et de publication, naguère avec notre consoeur « Humanisme et entreprise » et maintenant à l’ARIMHE, qui vient de réaliser une belle manifestation à l’Université Paris V ;
  • considérer, comme on l’a fait au long de cet éditorial, « les croyances sur la diversité et leurs rôles dans le management, avec Martine Brasseur, dont nous sommes toujours heureux de saluer et d’encourager par ailleurs, les efforts de recherche et de publication à l’ARIMHE, association qui vient de réaliser une belle manifestation à l’Université Paris V ;
  • mettre en perspective cette responsabilité dans le cadre de « l’Innovation dans les services » : en comparant comme le fait, Thierry Burger-Helmchen, « les entreprises de mécanique françaises et allemandes » ;
  • s’attarder, pour en comprendre ce lien : Le management : responsabilité et innovation :

– « les singularités managériales », sur l’entrepreneuriat en réseau de franchise, dans le cadre extensif de « gérer autrement » avec Délila Allam ;
– la « nouvelle nécessité » pour les PME et groupements, avec Martine Boutary, Marie-Christine Monnoyer et Raphaëlle Faure, chercheuses à Toulouse ;
– « la théorie de la SDL (Service-DominantLogic) appliquée à la distribution », comme l’étudie Annie Munos, d’Euromed.

Par delà les responsables, les coupables, l’innovation ou la prudence, c’est bien la terre qui nous est donnée à tous « pour que nous habitions de manière créative et responsable » !

_________________________________________________

Benoît XVI, ibid,

La Revue des Sciences de Gestion, n°205, janvier-février 2004, pp. 63-142

Marcel Goldberg, « Le hasard et la nécessité : le cas de l’amiante », La revue pour l’histoire du CNRS [En ligne], 16 | 2007, mis en ligne le 26 mars 2009, consulté le 19 décembre 2012. URL : http://histoire-cnrs.revues.org/1568

Peto J., Hodgson J. T., Matthews F. E., Jones J. R. Continuing increase in mesothelioma mortality in Britain. Lancet, 1995, 345(8949): 535-9.

Angelus du 23 septembre 2007, http://www.zenit.org/article-16230?l=french

n°258 Finance moderne

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Editorial : L’argent tranquille !

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

Philippe NaszalyiAu milieu des vicissitudes d’un monde financier dévoyé depuis plus de trente ans qui engendre extrême richesse et extrême pauvreté, les coopératives financières qui font l’objet du cahier franco-canadien de ce numéro consacré à la finance, sont un havre de paix si elles se montrent fidèles à leur valeur !

En effet, l’année 2012 achevée, a mis en exergue, sous l’égide de l’ONU, les coopératives et par elles, les principes de « lucrativité » limitée, de développement local et responsable, de souci du terme moyen ou long, de la démocratie…

Un des points saillants de cette aventure coopérative est, en effet, sans conteste la démocratie : un principe qui n’a aucun sens dans le domaine de l’économie banale dite néolibérale.

Jean-Louis Laville rappelle à juste titre que « les théories économiques privilégient certaines dimensions d’analyse au détriment d’autres… et, ce faisant, négligent leur dimension plus politique… mais aussi plus fondamentalement, la quête de démocratie au sein de la sphère économique(1) ».
L’étude de Sonia Novkovic, menée auprès de coopératives de l’Est du Canada, illustre bien cette thèse que, pour les coopérateurs eux-mêmes, la valeur la plus importante devant l’égalité, la responsabilité individuelle et même la solidarité, est celle de la démocratie(2).

Il y a donc autre chose que l’appât du gain et de l’intérêt individuel comme moteur de l’organisation de l’économie.

Et pourtant ce modèle peine à se développer. Il est vrai que pour avoir entendu une « présidente » de tribunal d’une ville de la banlieue sud de Paris, forte de son ignorance économique, usant (abusant) de son pouvoir arbitraire de magistrat, dire à une représentante des salariés d’une association en redressement judiciaire, que « la solution coopérative était une forme archaïque », on ne peut plus s’étonner de rien, en pleine année 2012. Inculture, méconnaissance, paresse de la réflexion devant une idéologie dominante qui fait accroire que l’efficacité est sienne et que tout le reste est billevesée.

Et bien non, l’efficacité n’est pas du côté de ceux qui la proclament si fort et depuis si (trop) longtemps. Si l’on objecte quelques rares malheurs coopératifs, il en est comme dans toute entreprise humaine, l’on ne fera pas croire que c’est aux coopératives, aux associations « mangeuses » de subventions, aux dépenses publiques mêmes, que l’on doit la formidable crise financière qui détruit l’économie de la planète. C’est « l’autopsie d’une faillite économique », selon le remarquable titre de l’ouvrage de Serge Raynal et Frédérique Vermersch(3)qui présente « …les éléments d’une mort avancée ».

Lehman Brothers, créée en 1850, était bien une banque d’investissement multinationale proposant des services financiers diversifiés dont le siège se trouvait à New-York. Elle a fait faillite en septembre 2008.

American International Group (AIG), fondé en 1919, l’un des fleurons mondiaux de l’assurance, a été renfloué par environ 85 milliards de dollars étasuniens venant de la Réserve fédérale des États-Unis en septembre 2008. L’État de ce pays détient désormais près 80 % de ce géant de la « libre-entreprise triomphante ».

Et l’on pourrait multiplier les noms de ces hérauts du système capitaliste financier, nous le distinguons bien de celui du modèle entrepreneurial, qui depuis que les vannes du désordre monétaire international ont été ouvertes par le « libéral » Richard Nixon, entendent et réussissent, même dans l’enceinte d’une modeste chambre de justice de la « grande couronne » parisienne, à faire croire que le système financier est celui du développement, la règle unique de la mesure de l’efficacité économique et finalement la seule forme d’organisation.

Ces tenants du marché et de la « concurrence libre et non faussée » sont en fait, les vrais zélateurs de la pensée unique et du monopole ! Paradoxal non ?

Or ce système se délite partout. Avec 19 millions de chômeurs, chiffre officiel qui masque bien des réalités plus cruelles, l’Union européenne a trahi ses objectifs et ses valeurs initiales. Les politiques qui visent à payer une dette qui n’existe pas et qui a été créée pour l’enrichissement de circuits financiers plus ou moins opaques, sont un échec cuisant. La Grèce a vu son chômage augmenter de 5 % pour atteindre 26,4 % de sa population active, à peine plus que l’Espagne (26,3 %) quelques points encore au-dessus du Portugal (17,3 %) qui voit le nombre des « sans-travail » s’accroître de 2,7 % !

Eurostat qui publie ces données, ne précise évidemment pas que la potion européenne, qu’on inflige désormais à la France, est d’abord et quasiment due à cette idéologie mortifère qui, érigeant le lucre en moteur universel, a entraîné les dispositions monétaristes du traité de Maastricht de 1992 et le veau d’or des 3 % dont aucun économiste ne peut apporter la justification.

Ce n’est pas l’euro qui est en cause, ni la monnaie unique, ni même une quelconque idée de politique économique commune !

C’est ce traité dont le choix idéologique initial est de favoriser la rente, utile à la vieillissante Allemagne. On y voit les effets sur le chômage et la croissance, abandonnés pour la lutte contre l’inflation, terreur des rentiers ! On y voit la méfiance contre la démocratie et l’État qu’elle incarne, par l’indépendance de la banque centrale, placée au service exclusif des intérêts financiers qui sont la cause des maux de l’Europe et des entreprises. En fait, un choix de vieillards qui obère
l’avenir !

L’alternative coopérative ne peut proposer la suppression de cette ineptie économique et historique qu’est la perte par le pouvoir politique, du pouvoir monétaire au nom de la plus grande efficacité qu’aurait la gestion privée. Elle peut en revanche, apporter à l’économie, la valeur et la pratique de la démocratie.

Nous savons ce qu’il faut penser de l’efficacité des experts ès finances qui, de Lehman Brothers à Dexia en passant par Natexis et bien d’autres, sont autant d’échecs de cette gestion qui se disait exemplaire. Cela veut dire, ô paradoxe, des fonds publics au secours du « si bon gestionnaire » qu’est « le Privé ».

Un faux endettement, payé par les citoyens à qui l’on a retiré tout pouvoir de décision avec la complicité de « gouvernants de rencontre ». Certains affichent même qu’ils ont fait leurs classes dans ce monde interlope des agences de notation ou des banques faillies ; d’autres d’en être les mercenaires, en adoptant leurs pratiques mafieuses ! Les pires encore, car les fautes contre l’Esprit sont les plus graves, sont ceux qui ont  capitulé, car ils sont sans courage et sans idéal. Décidément, Marcel Déat a bien des héritiers !

Il ne faut pas moraliser la finance, comme certains, dont on aura la pudeur de taire le nom, le prétendent, il faut simplement l’ordonner au service du « bien commun ». Recentrée sur l’entreprise et ses finalités, notre approche de la finance, puise aussi ses fondements autour des « déterminants de la maturité de la dette », adaptés au « cas français » comme l’analyse ici, Eric Séverin qui ouvre ce numéro consacré aux « approches de la finance ».

« À temps et à contretemps », (2 Tm 3, 14-4), comme nos auteurs, nous entendons démontrer que l’entreprise, cette noble activité de l’être humain, doit être dirigée comme « une institution, où s’élabore une finalité commune à l’ensemble de ses parties prenantes et non comme un objet de droit de propriété(4) ». Nous savons, comme Jean-Marc Robé notamment que le droit de propriété est, en matière économique, une évidente question à revoir et à redéfinir. De sorte que comme le dit Claude Béland, « la formule coopérative réussit » elle, « pour deux raisons principales : en premier lieu, parce que la coopérative est richesse, solidarité et responsabilité des uns à l’égard des autres, autant de valeurs incarnées par la pratique des règles démocratiques(5)».

Cela peut se faire notamment comme le suggèrent des groupes de diverses origines, réunis autour de la proposition de l’Ap2e de créer en France, un droit prioritaire des salariés à la reprise des entreprises sous une forme coopérative(6). Nous appuyons cette proposition d’avenir à laquelle nous avons participé. Elle peut concerner nombre de salariés dans les années à venir comme les travaux d’Aude d’Andria, notamment, le démontrent(7).

Il semble que le Ministre délégué à l’Économie sociale, Benoît Hamon qui s’était engagé à introduire ce dossier, ait repris dans la loi-cadre qu’il prépare les éléments innovants de cette initiative. Nous n’avons à ce jour qu’à l’espérer, car nous ne pouvions, par respect pour nos auteurs et nos lecteurs différer davantage, la parution de ce numéro en attendant le Ministre et son introduction…

Le cahier qu’Andrée De Serres, de l’université de Québec à Montréal et Michel Roux de l’Université Paris 13, ont dirigé sur les « banques coopératives et mutualistes », clôture cette année internationale onusienne. Les études connexes sur l’ISR de Christophe Revelli, tout comme l’interrogation sur les « actions gratuites, les dividendes et les microstructures du marché » de deux auteurs tunisiens complètent, dans son approche multiculturelle notre présentation de la finance.

Ainsi, cette idée de la participation des salariés, déjà prévue, pour les fruits de l’entreprise, par le Général de Gaulle, doit-elles’étendre au-delà de la présence symbolique de représentants au sein des conseils d’Administration, à la prise de décision effective à la gestion et par-delà à la propriété. « Cette avancée démocratique devrait également se traduire dans la gestion de l’épargne collective, de manière à réduire l’instabilité macro-financière.

C’est à cette double condition qu’il est possible de remettre le capitalisme contemporain dans la voie du progrès social(8) »… C’est ce que nous avons appelé « l’argent tranquille », cette finance qui produit des biens utiles et durables…

_______________________

1. Jean-Louis Laville, in La gouvernance des associations, sous la direction de C. Hoarau et J.-L. Laville. ERES, Paris, 2008, 297 pp., p.
50.
2. Sonia Novkovic, Cooperative business : What is the role of cooperatives principles and values ? Papier présenté à la conférence de recherche de l’Alliance coopérative internationale à Cork, Irlande 2005, 22 pp.
3. Serge Raynal et Frédérique Vermeersch, « L’autopsie d’une faillite économique », Elzévir, Paris 2012, p. 42.
4. Michel Aglietta et Antoine Rébérioux, Dérives du capitalisme financier. Albin Michel, Paris 2004, 396 pp.
5. « L’Universalité du mutualisme et du coopératisme
» par C. Béland, ancien président du mouvement des Caisses Desjardins du Québec : Notes pour une intervention au Congrès national de la Confédération nationale de la mutualité, de la coopération et du Crédit agricole, Poitiers, 15-16 mai 2003. Cité par Philippe Naszályi : « La nouvelle mutualité utopie ou refondation ? Essai d’analyse de la gouvernance de la FNIM (Fédération nationale
interprofessionnelle des mutuelles) », Éditions Universitaires Européennes, 2011, page 426. ISBN : 613156891X
6. http://www.ap2e.info
7. Aude d’Andria, « La transmission des PME, Entreprendre autrement ? », communication à TPE-PME, regards croisés – Journée PRIMAL, 19 octobre 2012, Paris Ouest – Nanterre.
8. Michel Aglietta et Antoine Rébérioux, op. cit.

 

n°259-260 Diversité de la gestion

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Editorial : Le lancinant problème de la transmission des entreprises…
Des pistes innovantes pour maintenir l’emploi et l’activité économique : La transmission aux salariés…

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

Philippe NaszalyiComme le philosophe Michel Serres ne cesse de le rappeler, il convient de «créer de nouvelles structures» car les «sociétés d’aujourd’hui sont trop vieilles et tombent en lambeau».

L’étude de La Cession-transmission des PME, Observatoire de la BPCE1, parue le 13 décembre 2012 montre qu’entre 1 million 300 000 à 1 million 400 000 emplois sont concernés par les transmissions d’entreprises, par an. On y discerne également les constats suivants :

• les disparitions de PME, par «mort naturelle» (2 955 dont 1 022 de plus de 20 salaries) et par décision de justice (3 296 dont 1 049 de plus de 20 salaries) représentent le tiers des 19 648 cessions-transmissions-cessations, soit malgré tout 3 % des PME-ETI françaises, en 2010 comme en 2011…
• rien que pour les ETI de plus de 250 salaries, les cessations d’activité sont au nombre de 58 !
• 46 % des cessions, un peu moins d’une sur deux, interviennent après que le dirigeant a atteint 55 ans ou plus… avec des disparités régionales ou sectorielles. Il y a donc un problème de transmission…
• Enfin, «si la transmission au sein de la famille constitue une aspiration forte des dirigeants de PME, ce type de cession n’est pas favorise par un certain nombre de pratiques sociales françaises et doit s’accompagner d’alternatives solides pour faciliter le passage de relais en fin d’activité professionnelle».

La transmission intergénérationnelle, si elle augmente reste encore très faible (1,40 % des transmissions annuelles).
La «logique de pérennité et de développement du patrimoine économique» qui est le propre de la transmission familiale «la rend particulièrement précieuse actuellement». Cela amène naturellement à considérer qu’après ou avec la famille, le seul élément permanent de l’entreprise demeure ses salaries. Il y a donc bien une logique a envisager, parmi les formes les plus adaptées à la pérennité de l’activité économique et donc de l’emploi, une législation qui favorise la reprise par ceux qui lui sont le plus attachés. L’étude de BPCE, dont on peut regretter qu’elle n’envisage, o paradoxe !, aucunement la reprise sous forme coopérative, constate toutefois, «la faculté croissante des PME à adopter des formes économiques, juridiques et organisationnelles, de plus en plus complexes»… c’est une voie encourageante pour l’innovation organisationnelle…
Concilier maintien des emplois, opportunités innovantes de «création de nouvelles structures», selon les mots de l’Académicien français, professeur à la Sorbonne et à Stanford University, telles sont les pistes de réflexion de deux projets que nous appuyons et présentons in extenso. Le premier est un long et fructueux aboutissement d’une réflexion participative animée par Ap2e (que notre revue aime à citer)2 (pages 77-80).
Nous en sommes modestement partie prenante. Le deuxième émane de l’auteur d’un remarquable et remarqué rapport, adopté à l’unanimité, le 25 juillet 2012, du groupe de travail sur l’économie
sociale et solidaire (ESS) «Les coopératives économiques : un atout du redressement économique, un pilier de l’économie sociale et solidaire3», la sénatrice de Paris, Marie-Noelle Lienemann, ancienne Ministre du Logement des Présidents Mitterrand et Chirac (il sera présenté dans le numéro 261-262).

• Innover, pour sortir de la spirale du chômage et de la précarité,
• Innover pour ne pas retomber dans l’écueil du «traitement social» du chômage et ses impasses mortifères pour la jeunesse européenne,
• Innover pour apporter une solution supplémentaire au problème de la transmission des entreprises et de leur capital de production,
• Innover enfin, en développant des formes alternatives de propriété et de gouvernement des entreprises pour tenir compte des réalités culturelles de sociétés évoluées ou la démocratie va de pair avec l’élévation du niveau d’éducation…

C’est ce qu’en 1948, Charles de Gaulle, dans un discours au vélodrome d’hiver, dit en des termes qui, s’ils ont vieilli peut-être, n’en révèlent pas moins une innovation, toujours créatrice tant les solutions présentes et présentées comme modernes, sont celles du pire XIXe siècle : «Il faut que vous preniez part largement aux  responsabilités économiques françaises», déclarait alors le Général aux délégués des groupes d’entreprises du RPF, le 14 décembre 1948. «Cela implique que, dans la production, vous soyez, non plus des instruments, mais des associés avec le devoir de développer l’œuvre commune et le droit de profiter de ce que vous lui ferez gagner. Nous, peuple français rassemblé, nous voulons faire en sorte que les travailleurs valables deviennent des sociétaires, au lieu d’être des salariés. Sur ce grave sujet, je me garderai de déclamer des tirades démagogiques. Mais je vous dirai que nous voulons cela, non pas seulement par souci équitable d’améliorer la condition des ouvriers, mais aussi par conscience de ce qui est nécessaire au renouveau de la France et à l’avenir de la civilisation.
Oui ! Nous voulons l’Association du travail, du capital, de la direction. Mais dans quel cadre ? Je réponds : dans le cadre de l’entreprise. C’est en effet dans l’entreprise que les travailleurs, les capitalistes, les dirigeants, collaborent d’une manière pratique.
Quelle forme prendra l’Association ? Je réponds : celle de contrats de société, passés sur pied d’égalité entre les divers éléments, les engagements les uns vis-à-vis des autres, mais évidemment de types très divers, suivant la nature, la dimension des entreprises.»

Dans une lettre4 qu’il adresse au Président de la Fondation Charles de Gaulle, Jacques Godfrain (qui nous avait accordé un entretien en 2002, sur la participation5), Thibault Lanxade, alors candidat à la présidence du Medef6 et membre éminent de son conseil exécutif, écrivait : «La ou les salaries sont impliqués dans la marche de l’entreprise, la performance de celle-ci s’en trouve renforcée au bénéfice de tous».
Et le Pdg d’Aqoba, de poursuivre : «Des salariés-actionnaires, ce sont des salariés impliqués et engagés collectivement pour la réussite de l’entreprise». On ne peut trouver plus vibrante justification des deux projets que nous présentons ici. Certes Thibault Lanxade, dans la logique patronale qui est bien évidemment la sienne, ne souhaite pas le transfert de la gouvernance de toutes les entreprises aux salaries ni l’abolition de la propriété privée que d’aucuns agitent, mais
il balaie, les pseudo-arguments des «petits marquis» de Bercy et de Grenelle, quant à la compétence des salariés et à la faisabilité de reprises d’entreprises par des structures coopératives, à coté de, en complément de, en partenariat avec… des formes classiques d’entreprises.

«Association» gaullienne ou «participation», reprise avec modernité par le porteur du projet «entreprendre ensemble7», ou coopérative comme le prévoient les deux propositions de loi dans le cadre de la transmission des PME, dans l’esprit des engagements du Président de la République, alors candidat sous le nom de François Hollande8, tout concourt à la modernisation de l’activité économique, porteuse d’emplois car la diversité des formes complémentaires d’organisation crée la richesse…
En effet, comme le fait remarquer, Guy Leclerc, Président de la Fédération du commerce associe (FCA) : «Beaucoup confondent encore coopérative avec collectivisme. Avec la crise, et parce que les entreprises issues de ce modèle ont obtenu des niveaux de performances reconnus, le système coopératif est devenu un modèle.». Cela est particulièrement le cas dans l’hôtellerie, ou l’efficacité économique française est reconnue. Certes, l’union de petites structures hôtelières indépendantes en coopérative, n’est pas totalement semblable aux propositions de reprise de l’entreprise par les salariés présentées ici. Encore que ? Il est bien évident, que nombre de petits patrons familiaux hôteliers, bien formés à leur spécialité, le sont bien moins en gestion. Il y a donc une forme évidente de comparaison qui balaie les arguments de compétence, objectes d’ailleurs par des technocrates de ministère (finances et/ou travail) dont la compétence et l’expérience en matière de gestion d’entreprise laisse pantois ! En effet, si l’on en croit Jean Lavergne, Président du directoire de la Société européenne d’hôtellerie (SEH), «le régime coopératif demeure un système attractif pour l’hôtelier indépendant, car il lui garantit une plus grande liberté d’action tout en lui proposant toute la gamme de services d’une chaîne intégrée : commercialisation, marketing, programme de fidélité, image de marque, achats, formation, qualité, e-distribution…».
Le fait que désormais, dans ce secteur porteur de l’hôtellerie-restauration, sur le marche français, «il y ait six modèles différents, autant en termes de structure que d’organisation», ne remet évidemment pas en cause le «droit de propriété», mais est gage de plus grande efficacité, au sens weberien du terme, de meilleures performances et de pérennité ! Le patron de la fédération du commerce associé qui représente un secteur de 510 800 salaries, un chiffre d’affaires de 138,2 milliards d’euros avec une croissance de 3,6 % sur un an9, exprime avec la force que l’on accorde à celui qui sait de quoi il parle : «La première qualité de la structure coopérative est la réactivité… Cette forme de groupement est d’ailleurs particulièrement performante.
Depuis plus de dix ans, la Fédération du commerce associe publie des résultats qui font état d’une croissance supérieure à celle du commerce de détail français, tous secteurs confondus. Autre élément important, la pérennité. En ces temps de crise, le taux de survie dans une entreprise coopérative est deux fois supérieur à celui d’autres formes d’organisations commerciales.
Enfin, ces entreprises sont non délocalisables10.»
Dans cet ordre d’idées, et comme nous avons eu l’occasion de le travailler, les exemples de transmission d’entreprises en difficultés, sont aussi une occasion de chercher à maintenir emplois, compétences, développement territorial et activité économique. Les exemples récents sont éloquents. C’est Helio a Corbeil-Essonnes, soutenu même par Serge Dassault et Le Figaro, à la suite de la décision du tribunal de commerce de Meaux, le 6 févier 201211. C’est SeaFrance, pour lequel l’ancien chef de l’État avait déclaré lui-même aux salariés : «Le projet de Scop que vous portez est aujourd’hui le seul connu et en mesure de préserver l’essentiel des emplois actuels de SeaFrance, sans oublier les nombreux emplois indirects qui en dépendent dans le Calaisis»… «C’est pourquoi j’ai demandé que l’État se mobilise très rapidement pour créer les conditions nécessaires à la réussite du projet de reprise12» par une Scop.

Le 14 décembre 2012, à la demande de la Garde des Sceaux, Christiane Taubira et en sa présence ainsi que de celle du ministre au Redressement productif Arnaud Montebourg, Benoît Hamon est intervenu devant les procureurs généraux et les procureurs de la République pour présenter les enjeux de la reprise d’entreprises par les salaries. Dans le cadre de la réforme de la justice commerciale portée par la Garde des Sceaux, une réunion de travail rassemblant l’ensemble des Parquets ainsi que les commissaires au redressement productif a été organisée au Ministère de la Justice. L’objet de l’intervention du Ministre délègue à l’Économie Sociale et Solidaire et à la Consommation était de compléter l’information des Parquets sur la possibilité pour les salariés de reprendre leur entreprise sous forme de SCOP.
En effet, poursuit le communiqué du Ministère, «chaque année de nombreuses entreprises en difficulté économique pourraient faire l’objet d’une reprise en SCOP (Société coopérative et participative) par leurs salariés devant les Tribunaux de commerce. Ce modèle entrepreneurial est encore méconnu des autorités judiciaires. L’intervention du ministre visait à présenter les éléments facilitant les solutions de reprise par les salaries.
La formation des Parquets est un des leviers identifiés par le ministre délégué en charge de l’Économie sociale13».

Il y a donc bien plusieurs approches. Les solutions, sauf pour les imbéciles, ne sont jamais uniques ou exclusives. C’est le thème que nous avons voulu donner à ce premier numéro double. Il présente quelques aspects de ce que sont : «les diversités de la gestion».
Parce que nous venons de développer des pistes pour leur reprise, leur survie ou leur nouvelle gouvernance, le premier dossier traite «des spécificités des PME/PMI», en Europe comme dans les riches expériences de l’Afrique maghrébine ou sub-saharienne.
Le financement, malgré la mondialisation est-il aussi globalise que l’on veut bien le faire accroire ? Rien n’est moins sur.
«Finances internationales et/ou régionales ?», six articles apportent leur éclairage.
Il s’ensuit un dossier ou cinq réponses internationales, sur  les «systèmes d’information et prises de décision» sont introduites par une approche structurelle du «système de production local et de l’entreprise»…

Par delà les choix politiques ou idéologiques des uns et des autres, c’est l’intelligence et le pragmatisme qui doivent l’emporter, pour l’intérêt bien compris de l’emploi et de l’économie.
Les conservatismes de tout poil, alliés aux idéologies passéistes et aux peurs irrationnelles ou perverses, bien plus encore que les charges financières, sont la cause du blocage économique et du
chômage.
L’innovation créative en matière d’organisation, d’autant qu’elle n’obère en rien les finances publiques, est la voie qu’une revue de recherche entend promouvoir et c’est ce que nous faisons ici, en attendant le projet gouvernemental en matière d’Économie sociale et solidaire (ÉSS).
«Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ! » (Marc, 4,9)


1. http://www.bpce.fr/var/bpce/storage/original/application/8ea6973335379838bab304e2e6f5253c.pdf.
2. http://www.ap2e.info/salaries-proprietaires
3. http://www.senat.fr/notice-rapport/2011/r11-707-notice.html
4. Lettre du 6 mai 2013.
5. «Relancer la participation et les reformes, entretien avec Jacques Godfrain, ancien Ministre de la Coopération», in La Revue des Sciences de Gestion. N°196-197, 2002).
6. Mouvement des entreprises de France, Confédération d’organisations patronales.
7. http://www.thibaultlanxade.com/tl/la-lettre-de-candidature-et-notre-projetpour-entreprendre-ensemble-1.html
8. «6. Faciliter la transmission ou la reprise d’entreprises par les salariés, en instituant un droit de préférence de rachat, à
égalité d’offre, au bénéfice des salariés.»
, François Hollande, 2 mars 2012, http://www.parti-socialiste.fr/communiques/francois-hollande-sengage-pour-leconomie-sociale-et-solidaire-ess
9. http://www.commerce-associe.fr
10. Les citations sont reprises notre confrère L’Hôtellerie restauration, Le journal des Restaurants Hôtels Cafés : actualité, emploi, fonds de commerce, du 16 février 2012, «Le
système coopératif est devenu un modele»,,entretien croise de Stéphane Barrand, directeur général de la Société européenne d’hôtellerie, Jean Lavergne, président du directoire, Philippe Marguet,
directeur général de la SEH, Guy Leclerc, président de la Fédération du commerce associé, et d’Alexandra Bouthelier, déléguée générale du FCA. http://www.lhotellerie-restauration.fr/journal/hotellerie/2012-02/Le-systeme-cooperatif-est-devenu-un-modele.htm.
11. http://essonneinfo.fr/91-essonne-info/34038/helio-corbeil-une-scop-endevenir
12. Nicolas Sarkozy, 2 janvier 2012, http://www.20minutes.fr/societe/851247-seafrance-nicolas-sarkozy-demande-soutien-financier-sncf
13. http://proxy-pubminefi.diffusion.finances.gouv.fr/pub/document/18/13797.pdf

n°261-262 Marketing et Cultures

consultersommaire

Editorial : Marketing et Culture

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

Philippe NaszalyiPoursuivant le thème de l’année 2013, mais n’est-il pas au fond celui qui depuis bientôt 50 ans est celui de notre revue : diversité des formes, des pratiques, des langages, des cultures, ce numéro du cœur de l’été est consacré au « marketing » et aux cultures.

Fervents partisans de la francophonie, nous avons sacrifié au
vocabulaire dominant, plutôt que celui que nous conseille la Commission de terminologie du Ministère français des finances ou siégeaient a l’origine, excusez du peu, Jean Fourastié et François
Perroux !

Petit acte d’indépendance de la science de gestion, face à deux penseurs de l’économie et au Ministère éponyme.
Nous aurions pu préférer à l’usuel « marketing », la saveur du « marchéage » ou le plus officiel « mercatique ». Tous ces mots renvoient au « marché qui nous vient des Italiens et par eux du «
mercatus » latin. Ce « mercato » qui, en rétablissant la foire aux esclaves et aux gladiateurs, ternit chaque année, sans que les « grandes âmes » s’en émeuvent, le football. Ce « prix de l’homme
» qui, pour élevé voire très élevé qu’il est pour un footballeur, n’en est pas moins la suprême barbarie, au même titre que l’était, le « wergeld ».
Alors mêler ce marché-là au mot « cultures » et aux richesses que sa diversité contient, nous gênait au point que le « marketing », banal et vide, au fond de sa substance uniquement mercantile, nous a paru plus adapté à ce que nous avons voulu présenter dans ce deuxième numéro double de l’année.

Daniel Pink, auteur à succès américain, résume notre humanité à la
vente : « to sell is human », une sorte de « to be or not to be[1] ». Question existentielle dont le deuxième volet du titre nous donne la clé, du moins celle que nous avons choisie de tourner, « The Surprising Truth About Moving Others ».

Faire bouger les autres, les convaincre, c’est aussi ce que le « marketing » englobe désormais en dépassant la « mercatique » et le mercantilisme. Il y a un « marketing politique » qui ne se réduit pas à la « communication », n’en déplaise à ces protagonistes, journalistes stipendiés, communicants qui se croient infaillibles.

Les exemples abondent de ces hommes ou femmes politiques, qui, avec les mêmes communicants ont gagné ou perdu. Comme le soulignait l’ancien président tchèque Vaclav Havel[2] « Je connais des politiciens qui ont appris à se voir uniquement comme les voient les cameras de télévision. La télévision les a vidés de leur personnalité et les a transformés en sorte de fantôme télévisuel de ce qu’ils étaient vraiment ».

Sans le fond, le discours et la communication n’aboutissent à rien de durable.

Jean Tulard, de l’Institut, le meilleur spécialiste mondial de Napoléon, qui fut notre Professeur, fait de Bonaparte l’un des premiers, sinon le premier, dans la lignée de la Révolution, pratiquant le « marketing politique ». Le peintre et régicide David, avec le « Sacre » ou Gros représentant le « pont d’Arcole », sont sans conteste, des acteurs de la « geste » consulaire puis impériale !

Plus loin encore de nous, que dire de « la Guerre des Gaules » ?

Est-ce le rapport au Sénat d’un proconsul romain ou l’une des plus habiles œuvres de « propagande » politique pour permettre à César de revenir diriger Rome ?
Citons juste cet exemple éclairant : si les Belges, de tous les Gaulois sont les plus courageux (Horum omnium fortissimi sunt Belgae), c’est bien parce que dans le livre II, César, anticipant leur attaque en secourant les « Rèmes », va les vaincre. Parce qu’il a obtenu ces victoires contre les plus vaillants, il n’en est donc que plus glorieux ! La soumission des autres Gaulois à Rome et la paix en découleront… On lit César, avec admiration pour son style, mais on ne peut manquer de voir le « politique » derrière le général. Il termine ainsi le livre II qui narre ses victoires sur les Belges et les autres : « En raison de ces événements, on décréta, à la suite du rapport de César, quinze jours de supplication, ce qui n’était encore arrivé à personne » (Ob easque res ex litteris Caesaris dierum XV supplicatio decreta est, quod ante id tempus accidit nulli). La République put désormais en appeler à Cesar (même si les Gaulois le firent un peu attendre et
mentir).
Deux mille ans après, le Président d’une autre république en appela « au plus illustre des Français ». Comme César, l’auteur des « Mémoires de Guerre », se place en spectateur et acteur de l’action politique qui devient par eux, Histoire. « C’est pourquoi, si le retour du Général de Gaulle à la tête des affaires de la France ne saurait ressembler à l’intronisation des ministères du régime expirant[3]…» comme les ennemis dans la Marseillaise :

(Que tes ennemis expirants Voient ton triomphe et notre gloire)

Rien n’est laissé au hasard des mots !
« Marketing politique » ? Assurément oui. Ce n’est ni bas, ni vulgaire car il y a derrière cette mise en scène, en mots, en idées et en images, un fond politique et une volonté d’action qui n’est certainement pas celle « d’occuper des places », mais bien d’exercer le pouvoir parce que l’on en est digne plus qu’un autre !

Sans fond, il n’y a que communication. La plupart des « successeurs »
ne savent que faire cela. L’un des exemples est sans conteste l’échec en France comme aux Pays-Bas, des référendums de 2005. La communication des partisans du « oui » ne put l’emporter sur le «
marketing » de ceux qui avaient quelque chose à dire. Le discours binaire des premiers, sans argument, mais moralisateur a démontré la réalité et l’inanité « des interactions entre le pouvoir intello-médiatique et le monde politique, ultime configuration de la Terreur, dont les effets sont amplifiés par la dynamique de la culpabilisation collective pratiquée par les médiocrates-intellectuels, journalistes et communicants[4] ».

C’est ce mauvais « marketing », de ceux qui « se perçoivent eux-mêmes comme des clercs, les successeurs de l’homme d’Eglise, en tant que celui-ci est un moraliste au sens théologique : un homme qui dit le vrai, décrétant le moral et l’immoral, l’action bonne et l’action mauvaise, la pensée droite et la pensée torve ». Ils sont devenus « l’intellectueur qui seul peut sacrer César[5] » ou du moins le croient !)

Voué, le plus souvent à l’échec, ce « marketing politique » n’incarne
pas cette volonté de « moving others » « faire bouger autrui ou bouger autrui[6] », décrite par Daniel Pink, qui implique, elle, un message cohérent et construit : « le fond » et le respect de ceux qu’il faut convaincre.

On est ainsi bien loin du marché et de la vente basique.

L’entrée dans le choix des dirigeants par élection, à Athènes ou à
Rome jadis, ou dans les démocraties modernes, requiert la conquête de l’opinion publique, facteurs-clés de l’action politique. Si la « mercatique », dans sa traduction terme à terme est définie comme « l’ensemble des actions ayant pour objectif de prévoir ou de constater, et le cas échéant, de stimuler, susciter ou renouveler les besoins du consommateur, en telle catégorie de produits et de services, et de réaliser l’adaptation continue de l’appareil productif et de l’appareil commercial d’une entreprise aux besoins ainsi déterminés[7] », alors notre utilisation du terme « marketing » s’ouvre bien à d’autres
champs.

Les puristes pourraient pourtant s’étonner de l’utilisation d’un terme que ni César, ni Bonaparte, ni de Gaulle n’ont, ou connu ou utilisé. Ils auraient grand tort de penser ainsi. Notre vocabulaire évolue sans que l’on puisse parler d’anachronisme.
Le propre de la langue est de s’enrichir de termes nouveaux : plus
de 20 000 mots en plus, si l’on en croit Michel Serres, entre l’actuelle et la précédente version du Dictionnaire de l’Académie. Ces mots désignent d’abord des techniques et des objets inconnus jusque-la, mais aussi des concepts qui pour être nouveaux dans leur appellation, n’en sont pas moins d’autres façons de nommer ce qui est, a été ou sera.

La propagande, surtout depuis son utilisation par Staline et l’un de
ses plus fameux théoriciens, Goebbels, a pris une acception péjorative malgré l’usage qu’en fit le démocrate Roosevelt[8]. Nonobstant l’effort de certains communicants, le marketing politique n’en est pas encore là.

Il n’est pas neutre que la « propaganda Fide », congrégation de la « propagation de la Foi » ait vu son appellation changée par Jean-Paul II en 1982 pour le terme moins connoté de « congrégation pour l’évangélisation des peuples ». Les JMJ qui se tiennent cet été au Brésil, laissent une large porte au développement et à la manifestation du « marketing religieux ».
L’archevêque de Rio de Janeiro, Mgr Orani Tempesti, un cistercien pourtant, qui accueille le pape François, mais qui a été nommé par Benoît XVI et qui devait le recevoir, préside depuis 2010 aux destinées de l’« Instituto Brasileiro de Marketing Catolico » (IBMC)[9]. Cet organisme procure ses services aux 120 diocèses de la plus grande nation catholique du monde et a « pour objet de promouvoir, diffuser et encourager l’utilisation des techniques modernes de marketing et de communication dans les institutions catholiques » (de objetivo de promover, difundir e incentivar a utilizacao das modernas tecnicas de Marketing e Comunicacao entre as instituicoes catolicas).

« O marketing aplicado a Igreja catolica » (Le marketing appliqué à
l’Eglise catholique), est l’un des ouvrages majeurs de son principal référent, Kater Filho, qui proclame : « O marketing nao e uma arma diabolica do capitalismo. Nos dias de hoje, e uma ferramenta indispensavel para a reaproximacao com os fieis[10] » que nous traduirions ainsi : « Le marketing n’est pas une arme diabolique du capitalisme. Il est aujourd’hui, un outil indispensable pour toucher (se réapproprier ?) de nouveau, les fidèles ».

Le rôle de ce marketing religieux est de fournir des techniques à ces
leaders d’opinion que sont ces « prêtres médiatiques », issus des mouvements charismatiques, aux paroles, aux chants ou aux gestes adaptés au contexte de « reconquête » ou de « re-évangélisation
» de populations qui ne réagissent plus aux stimuli du passé. Si les « Rumeurs » sont « le plus vieux média du monde », selon l’ouvrage célèbre de Jean-Noel Kapferer[11], il y a fort à parier que le marketing des idées se pratique en fait, depuis bien des lustres, sans que le terme, de facture contemporaine, n’ait été utilisé.

Dépasser les barrières psychologiques qui freinent la décision
d’achat est l’objet du premier article de ce numéro tandis que le deuxième entend étudier « des concepts purement cognitifs (croyances, associations) » sur le même sujet de la perception du prix.
Emballage ou « complexité du facing du packaging sur les processus d’allocation d’attention », lancinante question : « Existe-t-il vraiment un profil spécifique pour la femme ordinaire ? », « Représentations mentales de la consommation et des pratiques alimentaires », « le lancement des produits nouveaux », comment fidéliser « la femme orientale devenue une véritable consommatrice effrénée de produits cosmétiques », résument la problématique internationale des 7 articles du premier des trois dossiers de notre numéro d’été.

• I. « Le consommateur », est pris ici au sens de sa relation économique, mais avec des outils, des analyses ou des réactions qui peuvent comme on l’a vu plus haut ouvrir à d’autres champs. On
comprend mieux aux côtés d’Etienne Thil pourquoi le consommateur est parfois rebelle. « Rebelle aux modes fabriquées, rebelle à la logique des grands stratèges du monde du marketing, de la
communication, impulsant finalement ses propres diktats aux enseignes. Il n’avait pourtant pas son pareil pour jouer les dompteurs[12]! »

• II. « L’utilisation du rapprochement entre mères et filles dans le plan d’action contribue à transposer dans la marque l’attachement que les individus de la dyade éprouvent l’un pour l’autre », dans le domaine des cosmétiques est l’objet de l’analyse de Joël Gouteron. Victor Tsapi, pour sa deuxième contribution dans ce numéro (cette fois-ci avec Darius Djomba), se préoccupe de la « nouveauté des produits » et plus précisément ici « sur le comportement d’adoption du consommateur individuel », toujours au Cameroun, et dans le domaine des cosmétiques, fort prises par les auteurs de ce numéro. Les deux articles qui suivent, portent sur le vêtement : conflits parents/adolescent et influence de la tradition au Sénégal. Ces quatre contributions expliquent que ce deuxième dossier envisage le consommateur pour « ses parures ».

• III. Le cheminement de notre réflexion aboutit enfin à la forme la plus extérieure à ce consommateur : ses lieux d’achat(s).

Pris au sens le plus générique, grâce aux analyses outre-atlantiques
autant qu’outre-méditerranéennes ou hexagonales, ils sont abordés par huit articles qui constituent le troisième dossier. Oui, « vendre, (…) est plus indispensable, plus important et, à son aimable manière, plus beau qu’on ne le pense » est le credo de Daniel Pink, à la fin de la préface de la traduction française de l’ouvrage que nous citions plus haut et qui vient de paraître.

Et puisque, nous avons commencé avec celui qui fut la plume d’Al Gore, terminons aussi en lui empruntant cette conclusion : « La capacité de faire bouger les autres pour échanger ce qu’ils ont contre ce que nous avons est essentielle à notre survie et à notre bonheur. Elle a aide notre espèce à évoluer, à élever son niveau de vie, à améliorer sa vie quotidienne. Elle fait partie de notre être… »

Certains de mes amis chefs d’entreprise, trouvent parfois un peu
compliqués mes éditoriaux, j’espère qu’avec Daniel Pink, je pourrai dire « je vous ai convaincu de poursuivre votre lecture », car si « la vente est foncièrement humaine[13] »le marketing est riche de toutes les diversités culturelles qu’il aborde…

Qui mieux que Terence ici, peut conclure avec nous par ce vers qui
figure en exergue du bien nommé, Institut de Formation à la Médiation et à la Négociation de Paris[14] et qui illustre à l’envie notre propos : « Homo sum ; humani nihil a me alienum puto » : « Je suis un homme et rien de ce qui est humain, je crois, ne m’est étranger[15] ».

Illustration hors éditorial
provocator

 

Représentation du provocator.

“On vainc sans gloire quand on vainc sans péril” Sénèque

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1. Daniel H. Pink, « To Sell is Human: The Surprising Truth About Moving Others ».
2. Cite par J. Fallows, Breaking the News: How the Media Undermine American Democracy, New-York, 1996, Pantheon Books, 337 pages., p. 52.
3. Charles de Gaulle, Mémoires d’Espoir », tome 1 : « Le Renouveau, 1958-1962 », page 32, Plon, Paris 1969.
4. Eric Delbecque, L’Europe puissance ou rêve français ; chronique de la guerre des mondes, Paris, Editions des Syrtes, 286 pages, pp. 101-102 (2006).
5. Eric Delbecque, L’Europe puissance ou rêve français; chronique de la guerre des mondes, Paris, Editions des Syrtes, 286 pages, p. 102 (2006).
6. Traduction de Michel Le Seac’h, de l’ouvrage de Daniel Pink, page 3, « Vous êtes vendeur, le saviez-vous ?, L’étonnante vérité sur notre capacité d’influence », Pearson, 280 pages, Paris 2013.
7. Journal Officiel de la République française, 2 avril 1987.
8. Marc Ferro, « Trois conceptions de la propagande : Staline, Goebbels, Roosevelt », Académie des sciences morales et politiques, séance du 12 mai 2003.
9. http://www.ibmc.com.br/
10. www.katerfilho.com.br/artigos.asp/.
11. Jean-Noel Kapferer, « Rumeurs, le plus vieux média du monde », Seuil, 320 p., Paris 1987.
12. Yves Soulabail, « Carrefour Un combat pour la liberté », Le Loup Hurlant Editions, p. 12, 2010.
13. Les citations françaises sont extraites de l’ouvrage de Daniel Pink « Vous êtes vendeur, le saviez-vous ?, L’étonnante vérité sur notre capacité d’influence », Pearson, 280 pages, Paris 2013.
14. http://www.icp.fr/fr/Organismes/IFOMENE/Institut-de-Formation-a-la-Mediation-et-a-la-Negociation-IFOMENE.
15. L’Heautontimoroumenos, v. 77.

 

Les modes en management : du conformisme à l’innovation

Appel à contributions de La Revue des Sciences de Gestion (La RSG) coordonné par David Autissier (maître de conférences HDR à l’IAE Gustave Eiffel de l’UPEC) et Romain Zerbib (enseignant chercheur HDR a l’ICD BS) en partenariat avec la Chaire ESSEC de l’Innovation Managériale et de l’Excellence Opérationnelle (IMEO) et RH info

Les modes en management

La théorie des modes managériales est née au milieu des années 1980 avec les travaux de Midler (1986) et d’Abrahamson (1986). Il s’agit d’une théorie qui estime que le mimétisme, le conformisme et la quête de légitimité tendent à expliquer la diffusion d’un mode de management au sein des organisations (bonheur au travail, entreprise libérée, etc.). La théorie des modes managériales est née d’une série d’observations pour le moins étonnantes. Depuis environ 40 ans, les pratiques de gestion suivent un cycle de vie de plus en plus court, marqué par des pics de popularité de plus en plus élevés. Le cas du « management par la qualité totale », illustre parfaitement ce phénomène. En 1985, Lawler et Mohrman observent que la quasi-totalité des 500 plus grandes firmes mondiales a entrepris un projet de « management par la qualité totale ». Or, trois années plus tard, Castorine et Wood (1988) soulignent que 80% d’entre elles ont abandonné ce projet au profit d’un dispositif jugé plus performant. L’exemple du « management par la qualité totale », bien qu’il demeure particulièrement bien documenté, n’est qu’une référence parmi d’autres.

Les théoriciens des modes managériales analysent ces phénomènes de diffusion à l’aune de la sociologie des modes, c’est-à-dire, qu’ils appréhendent les phénomènes d’adoption comme une marque de subordination aux normes sociales. Ils estiment plus exactement que la diffusion d’un mode de management répond à un cycle de vie générique quel que soit l’outil en question (invention, découverte, explosion, déclin) (Midler, 1986).

Les dirigeants les plus réputés auraient en effet tendance, notamment pour se distinguer, à adhérer très tôt aux nouvelles pratiques de gestion, et le désir d’être associé à cette « élite » inciterait les managers à imiter ce comportement. Les premiers adoptants perdraient alors le prestige associé à l’exclusivité de ladite pratique et se tourneraient de façon ponctuelle vers une nouvelle approche, moins répandue, pour réaffirmer leur individualité… d’où la succession sans fin des modes managériales. Autrement dit, lorsque des organisations peu connues, ou réputées pour être peu innovantes, adoptent une nouvelle pratique de gestion, les entreprises leaders et progressistes s’apprêtent à l’abandonner.

La théorie des modes managériales semble à cet égard tempérer l’explication selon laquelle les managers adopteraient des outils en fonction de critères strictement « technico-économiques ». Leurs motivations semblent en effet plus exactement osciller entre considérations « technico-économiques » et « socio-psychologiques ».

Mais qu’en est-il au juste de l’impact de ces phénomènes sur le fonctionnement de l’organisation ? Quel regard doit-on porter sur ces manifestations complexes ? Quels risques et quels potentiels pour l’entreprise et le manager ?

Voici quelques pistes de réflexions (non exhaustives) sur les modes en management :

  • Pourquoi et comment un modèle de management devient-il une tendance sur le marché ?
  • Le bonheur au travail, l’entreprise libérée, (etc.) sont-elles des modes éphémères sans aucun fondement ? Ou bien de véritables leviers de performance ? Comment distinguer le bon grain de l’ivraie ?
  • Les modes managériales constituent-elles un danger pour l’entreprise ? Peuvent-elles altérer son identité ? Contrarier sa culture ? Limitent-elles les efforts de différenciation sur le marché ?
  • Les managers doivent-ils rompre avec la mode ? Quels avantages et quels préjudices en termes de carrière individuelle, d’efficacité organisationnelle ?
  • Les modes managériales sont-elles essentielles au fonctionnement des organisations ? Favorisent-elles une culture et un langage communs nécessaires à la formulation et à l’exécution de la stratégie ? Ou menacent-elles la trajectoire souhaitable de l’entreprise ?
  • Comment inventer de nouveaux modèles de management ? Quelle organisation et quel leadership permettent de stimuler l’innovation managériale ?
  • Pourquoi et comment faire de son modèle de management une tendance sur le marché ? Quels bénéfices pour l’entreprise et la marque employeur (attraction, réputation, statut, etc.) ?
  • Comment meurt les tendances managériales ? Quels impacts pour les promoteurs et les suiveurs ?

Instructions aux auteurs

  • Date limite de soumission : 1er septembre 2018
  • Mise en forme de l’article scientifique  (pour une publication dans La RSG) : https://www.larsg.fr/mise-en-page-des-articles/
  • Mise en forme de la chronique d’expert (pour une publication dans RH info) : entre 4000 et 7000 caractères (espaces compris), avec une photo HD et une courte biographie.

Créée en 1999, RH info est la première communauté RH francophone sur le web avec ses presque 30000 lecteurs : un lieu d’opinion, excluant toute démarche publicitaire ou mercatique. Elle se compose d’un site servant de bibliothèque, avec près de 2000 articles en base, et de lieux d’échanges très actifs sur les Réseaux Sociaux (49991 abonnés au groupe RH info sur LinkedIn ; 26387 Followers sur Twitter ; 5155 fans Facebook). Les articles publiés sur RH info sont lus en moyenne 1782 fois.

Comité scientifique

Michel Albouy, Professeur senior à Grenoble Ecole de Management et professeur émérite à l’Université Grenoble Alpes – José Allouche, Professeur des Universités, IAE de Paris – David Autissier, Maitre de conférences, HDR, Université Paris-Est Créteil,  Directeur de la Chaire ESSEC du changement et de la Chaire ESSEC IMEO – Michel Barabel, Maitre de conférences, Université Paris-Est Créteil et Professeur Affilié à Sciences Po Executive Education – Isabelle Barth, Professeur des Universités, Université de Strasbourg – Patrick Bouvard, Rédacteur en chef de RH info – Jacques Igalens, Professeur des Universités, IAE de Toulouse, fondateur de l’AGRH – Olivier Meier, Professeur des Universités, UPEC – Christophe Midler, Professeur des Universités, Directeur de recherche du CRG de l’Ecole Polytechnique – Philippe Naszalyi, Professeur des Universités associé à l’Université d’Evry-Val d’Essonne – Gilles Paché, Professeur des Universités, Aix-Marseille Université – Jean Marie Perreti, Professeur des Universités, Université de Corse – Yvon Pesqueux, Professeur, Titulaire de la chaire « Développement des Systèmes d’Organisation » du Conservatoire National des Arts et Métiers » – Jean Michel Plane, Professeur des Universités, Université de Montpellier, Directeur du laboratoire CORHIS (EA 7400) – Romain Zerbib, Enseignant-chercheur HDR, ICD BS / chercheur associé à la chaire ESSEC IMEO.

LaRSG arrive sur Twitter

LaRSG arrive enfin sur Twitter… Et oui, il y a toujours du neuf au sein de La Revue des Sciences de Gestion – direction et gestion des entreprises. Du neuf pour aider à développer la recherche en gestion francophone, du neuf pour diffuser les auteurs qui font confiance à notre publication.

LaRSG sur les réseaux sociaux dont Twitter

Nous mettons toujours à disposition sur notre site internet les titres des articles que nous diffuserons dans nos prochains numéros.

LaRSG la revue des sciences de gestion

n°245-246 La Revue des Sciences de Gestion – Editorial par Philippe Naszalyi : La valeur d’un général réside dans sa stratégie…

La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion n° 245-246 – Éditorial

«La valeur d’un général réside dans sa stratégie et non dans son courage*. »
par Philippe Naszalyi
Directeur de la rédaction et de la publication

La Stratégie, « l’art de faire face à son destin », selon la formule de Peter Ferdinand Drucker, est aussi l’un des mots du vocabulaire militaire qui s’est le plus banalisé dans tous les domaines de la vie, économique, politique, sociale… Ne fut-elle pas aussi un élément important de la carte du Tendre, lorsque les femmes étaient une conquête qu’on se devait de mériter ?

Mais pour élaborer une stratégie, y compris amoureuse, il faut avoir un but, autre que le gain immédiat. Nombre de stratèges en politique ou en économie ne sont au mieux que des tacticiens. On pourrait y inclure le gestionnaire ou le manageur qui, bien souvent, le « nez dans le guidon », comme on le dit de manière populaire, n’aspire à rien d’autre ou n’a été formé, ce qui est plus grave, à rien d’autre.

Or, il y a dans la gestion d’une organisation, que ce soit l’Etat, l’entreprise ou les différentes formes d’organisation que l’esprit humain génère pour faire émerger de la connaissance, produire des biens ou des services, assurer une cohésion sociale, urbaine ou communautaire au sens le plus générique du terme, une véritable obligation de penser en terme de stratégie et de mettre en application une réflexion à long terme.

Nous militons, autant que ce mot puisse être signe d’un engagement fort, dans le domaine de la recherche et de sa publication, et cela depuis l’origine de cette revue, pour que « quelles que soient ses fonctions, un Cadre de Direction, a fortiori un chef d’entreprise, […] s’il n’a de ces problèmes qu’une vue partielle ; limitée à son champ de responsabilité, … ne peut jouer pleinement son rôle car… l’action doit être solidaire, intégrée et coordonnée dans un plan d’ensemble… »(1).

Prenons garde toutefois à ne pas nous confondre avec ceux qui pensent que l’Etat ou la puissance publique, incarné dans des services ou des autorités locales ou particulières, est réduit pour être « moderne », à copier, disons singer, les pratiques managériales des sociétés de capitaux.

Il faut vraiment ne rien avoir compris à la richesse du mot « management » qui « désigne tout ce qui est nécessaire pour mener à bien une affaire qu’elle soit, petite ou grande, indépendante ou non ». Ce terme « englobe donc toutes les fonctions de direction : l’administration au sens de Fayol, l’organisation, le fonctionnement, les prévisions, etc. […] », comme le souligne l’excellent traducteur de l’ouvrage fondateur de Peter Drucker « The Practice of Management »(2).

Cette ignorance se combine souvent chez les « dirigeants politiques » et manageurs improvisés ou élus, avec cette croyance que l’asservissement de l’Etat aux intérêts privés et son dépérissement sont signes de croissance.

Les faits, toujours têtus, viennent cruellement de leur prouver leur erreur et l’inanité de leurs idéologies économiques ! Il faudra qu’un jour, ils s’en aperçoivent !

Ce dernier numéro de 2010 paraît au début de l’année suivante, par suite de retards, bien involontaires, dûs à des difficultés de joindre, pour ajuster avec eux leurs contributions, certains de nos auteurs en Tunisie. Les événements qui secouent leur pays en sont la cause.

Pour présenter les thèmes que propose ce numéro, les trois dossiers, comme il y a 45 ans, à notre création, s’inscrivent dans « une perspective globale, non seulement (des) problèmes de l’entreprise, mais également, (des) méthodes permettant de les résoudre. »

Une stratégie de diffusion

Toutefois, cette constante ne doit pas cacher que nous veillons aussi à ce que nos publications soient le plus largement accessibles par toutes les techniques et sur tous les sites pour bien illustrer notre place de « 1re revue francophone de management ». Ce numéro l’illustre une fois de plus, par la variété des auteurs et des sujets que nous
avons choisis.

Par ailleurs, la liste des revues, publiée par l’AERES(3)en « Economie et Gestion », le 16 juin 2010(4), a consacré l’internationalisation des publications retenues. Cette ouverture que nous ne pouvons que saluer, permet aux chercheurs de voir la juste reconnaissance de leurs travaux qui se situent bien dans le monde multiculturel contemporain. L’histoire qui se déroule devant nous, en témoigne assez. Cette liste n’est plus limitée aux étoiles pâlissantes d’un monde figé par la culture étriquée et partielle de certains gourous dépassés, souvent issus des mêmes origines que ceux qui rejetèrent jadis les remarquables travaux d’Henri Fayol.

Si nous avons intégré la liste en question en 2010(5), lors de sa refonte fondamentale, nous nous inscrivons naturellement dans cette autre constante de collaboration avec tout ce qui compte dans la diffusion internationale de la recherche et de la pensée francophones en rejoignant l’A.R.S.C. Association des Revues Scientifiques et Culturelles (voir page 12).

L’année 2011 qui a commencé inaugure également notre partenariat de diffusion avec CAIRN, la référence pour tout ce qui est sciences humaines et sociales au sens le plus large : http://www.cairn.info/revue-des-sciences-de-gestion.htm est
désormais un adresse incontournable pour tous ceux qui veulent consulter nos publications depuis 2005.

Notre blog qui est ouvert à tous déjà, compte plus de mille chercheurs et universitaires qui reçoivent régulièrement les informations grâce à la libre (et gratuite) adhésion aux « Amis de La RSG » : http://larsg.over-blog.com.

Les offres de postes, appels à communication et informations sur les publications, les ouvrages et les revues amies, sont une constante de nos numéros depuis plusieurs années.

Notre rubrique « Info » s’est toujours donnée pour vocation de présenter des informations choisies et commentées qui nous paraissent dignes d’intérêt. Cela est d’autant plus manifeste qu’elle ne répond pas à des critères commerciaux de commanditaires de publicité comme chez nombre de nos confrères.

Elle ne répond pas non plus aux impératifs du buzz, devenu le nouveau et fallacieux critère de l’information pour beaucoup (page 49).

Remercions enfin et particulièrement Jean-Louis Chambon, Président de la Fédération Nationale des Cadres Dirigeants (FNCD) et du Prix Turgot, auquel nous sommes également associé, de nous apporter ses sagaces et éclairantes chroniques bibliographiques (page 59).

Trois dossiers thématiques

La « gestion de la connaissance », titre du premier dossier de ce numéro s’inscrit dans cette économie du savoir que nous entendons analyser. Elle nécessite que les choix managériaux et les dispositifs de formation comme le développe Corinne Baujard, s’inscrivent dans une stratégie globale qui fait du droit et de l’ingénierie juridique, une nouvelle approche managériale décryptée par Boualem Aliouat car nous sommes depuis longtemps, persuadés que le droit est une partie prenante de la gestion. Gérer la connaissance, c’est aussi parer au risque de la surinformation que les nouvelles technologies comme Internet font courir aux décideurs ou chercher à contrôler l’information pour un Conseil d’administration. Les articles qui continuent ce dossier s’en font l’écho.

Cinq études choisies illustrent, sans l’épuiser non pas « les », car nous ne croyons toujours pas contrairement à Alain Minc et à ses sectateurs à l’univocité, mais bien « Des … méthodes de gouvernance » qui constituent le deuxième chapitre de ce numéro 245-246. Le choix de la diversité des origines des auteurs et des sujets traités montre qu’il existe bien un autre management plus respectueux des hommes, des cultures et des organisations et donc plus efficace. Entreprises familiales, administrateurs indépendants des entreprises françaises, contrôle des implantations bancaires à l’étranger, analyse du changement micro-économique, ou gouvernement d’entreprises
franco-camerounaises sont développés ici.

« Approches normatives et gouvernance », titre du troisième dossier, s’inscrit enfin, dans cette logique de la stratégie ouvrant sur le contrôle et l’organisation. La finance ou les finances d’entreprise et les méthodes de comptabilisation dans les sociétés françaises sont disséquées par des auteurs canadiens, français et tunisiens permettant une approche ouverte et complémentaire de cette question. Les comparaisons de ces applications normatives tant aux PME, ce qui pose toujours problème, qu’aux entreprises du continent africain au nord comme dans la partie sub-saharienne, étoffent la culture nécessaire pour « étendre son horizon au-delà des frontières », comme le souhaitait en 1965, le créateur de la revue.

On parle tant de mondialisation et l’on oublie aussi que dans mondialisation, il y a « monde » et que cela ne peut se borner à quelques zones géographiques. L’innovation, l’économie de la connaissance et le développement « soutenable » s’inscrivent dans cette logique que nous promouvons ici, car « l’intelligence
du monde », comme le rappelait Jean-Paul Fitoussi(6), « est une valeur en soi !».

* Sun Tzu, L’Art de la Guerre, traduction du RP Amiot (sj) 1772.

1. Editorial du n° 1 de direction et gestion des entreprises, mars-avril 1965.

2. La Pratique de la Direction des Entreprises, Bibliothèque du management – 1969, Note du traducteur.

3. AERES : Agence d’évaluation de l’enseignement supérieur et de la recherche française.

4. http://www.aeres-evaluation.fr/content/download/14116/232839/file/100616_ListeEcoGestion.pdf.

5. Page 31.

6. http://www.idies.org/index.php?post/Lintelligence-du-monde-est-une-valeuren-soi. septembre-décembre 2010

n°249-250 La Revue des Sciences de Gestion – Sommaire

Dossier 1 : Ce qui se fait en finance classique

Performance des fonds de couverture, moments supérieurs et risque
procyclique
par Alain Coën, François-Éric Racicot et Raymond Théoret

Les conditions du développement des systèmes financiers et leurs effets
sur la croissance économique : une approche en données de panel
par
Moufida Ben Saada et Hamdi Khalfaoui

 

Gestion du risque et investissement dans les hedge funds. Le cas de la
faillite d’Amaranth Advisors
par Mikael Petitjean et Sébastien Lebrun

 

Du projet de normes IFRS adaptées aux PME à l’IFRS pour les PME. Va-t-on
vers une mise en place difficile ?
par Raimondo Lo Russo

 

Le Franc CFA et le système comptable OHADA
Instruments de domination ou de développement des économies de la zone Franc ?
par Jérémie Toko et Kadouamaï
Souleymanou

 

L’actualité de la gestion par Philippe Naszályi

 

Dossier 2 : Ce que fait et propose l’autre finance

 

« Existe-t-il des alternatives aux banques capitalistes ?
»
Un éclairage sur d’autres pratiques financières (re)créant du lien social
par Aude d’Andria

 

Crise du secteur bancaire et portrait de la banque idéale : une étude
menée auprès des jeunes consommateurs
par Maria Mercanti-Guérin

 

L’éthique du client face à l’offre bancaire islamique en
France
par Moulaye Abdelkader Ould Moulaye Ismail et Joël Jallais

 

Plaidoyer pour une banque sans monnaie
par Jean-Patrick Abelsohn

 

Libérer la vocation des banques de l’usage de la
monnaie
par Jean-Paul Lambert

 

De la Nef (Nouvelle Économie Fraternelle) à la BEE (Banque Éthique
Européenne). De l’émergence du banquier itinérant ?
par Béatrice Chauvin, Ariel Mendez et Nadine Richez-Battesti

 

Les fonds propres des Scop : enjeux et conditions de leur
développement
par Emmanuel Bayo

 

Financement des petites et moyennes entreprises en Afrique subsaharienne
: faut-il restaurer les banques publiques de développement ?
par Mathurin
Founanou et Zaka Ratsimalahelo

 

Conquête et fidélisation des clients dans les établissements de
microfinance au Cameroun : cas des MC2 à l’Ouest Cameroun
par Marie-Antoinette
Simonet

 

Le « microcrédit » : un crédit comme les autres
?
par Pascal Glémain et Pascale Moulévrier

 

Déterminants de la performance de remboursement à long terme
dans la massification de l’offre de microcrédit des pays en développement : le cas du Sénégal
par Ndiouma Ndour

 

La mesure de la performance des établissements de microfinance (EMF) au
Cameroun : une application combinée DEA et multicritère au cas du réseau des Mutuelles Communautaires de Croissance (MC2)
par Joseph Nzongang

 

Les institutions de microcrédit et la lutte contre la pauvreté :
l’initiative d’Enda inter-arabe en Tunisie
par Mohamed Ali Trabelsi et Jameleddine Chichti

 

Le financement des institutions de microfinance (IMF) : contraintes et
liens avec la qualité des services aux clients. Une étude de cas au Mali
par Mariam Sangaré

 

Tontine et banque en contexte camerounais
par Louis Roger Kemayou, François Guebou Tadjuidje et Marie Sophie Madiba

 

Chronique bibliographique par Jean-Jacques Pluchart

Chronique bibliographique par Jean-Louis Chambon

 

Bulletin d’abonnement

 

Pour consulter les articles : https://www.cairn.info/revue-des-sciences-de-gestion-2011-3.htm

n°247-248

Editorial : Savoir plus, pour pouvoir plus,
pour être plus*

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

Philippe NaszalyiProgramme d’une vie, revendication sans cesse renouvelée, cette injonction du Père Teilhard de Chardin, jésuite et chercheur, à la pensée parfois hétérodoxe pour sa hiérarchie, a été reprise pour en faire son credo par Jean Orcel, scientifique lui aussi, et naguère vice-président de l’Union rationaliste. De même que non sans clin d’œil, à Paris, la rue Teilhard de Chardin voisine avec celle de Jean Calvin, près de la Montagne Sainte-Geneviève, la concordance entre « celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas »1, ouvre la réflexion, le fil conducteur, on dit parfois, le fil rouge, que nous avons choisi de poursuivre.

Savoir plus… car notre objectif de travail est de mettre en place, à notre mesure, une réflexion pour penser à une nouvelle, à de nouvelles formes de croissance économique.

Puisque « Tout se gère »2, comme nous le constations naguère, il
n’est pas illégitime que le manageur, le gestionnaire, celui qui est le stratège, mais aussi l’acteur du management de toute organisation prenne sa juste part conceptuelle.

Si l’expression « homme de terrain » fleure plus la démagogie ambiante que la valorisation de celui qui agit, il n’en demeure pas moins que plus que d’autres, et au moins à égal à tous les autres, celui qui pratique et anticipe ses actions, soit appelé à tirer profit de ses connaissances et de ses expériences pour contribuer à concevoir de nouvelles formes d’organisation. Car savoir plus, n’est pas confiné à la personne et à son enrichissement personnel, il est aussi le moyen de pouvoir plus.

Une journée de recherche, inspirée par une jeune équipe de management le L@rem, a choisi cette thématique « Gérer
autrement »3 qui signifie concevoir et mettre en pratique des idées innovantes, pour pouvoir plus et mieux trouver un nouveau modèle de croissance4. Dans un domaine, ô combien sensible, celui de la finance et dans une démarche qui enjambe l’Atlantique, un groupe de recherche franco québécois s’interroge sur « l’évolution des modèles d’affaires de la sphère financière »5. C’était déjà dans cet
esprit, celui d’un colloque qui posait une question impertinente : « Existe-t’il une alternative à la banque capitaliste ? »6 dont nous publierons sous peu les meilleures contributions, que nous avions souhaité marquer clairement notre déréliction pour un système totalitaire qui vise à conserver tout ce qui valorise l’avoir sur l’être, la rente sur le travail et la réflexion, et qui conduit à l’échec.

Être plus !, avec cette « impertinence » des idées, la seule qui vaille à côté des sentiers battus. Longtemps l’impertinent a incarné l’arrogance ou ce qui ne convient pas, « le fat outré » de La Bruyère.
L’arrogance a changé de camp en ceXXIesiècle.

Ce qui ne convient pas désormais, est bien de maintenir ce qui est. Quelques beaux esprits, plutôt tournés vers le passé, se sont mis à promouvoir et à rendre « positif », ce mot plus usité dans la langue classique, en décernant un prix des impertinents7. Plus proche de nos sujets d’intérêt, « le Cercle des entrepreneurs du futur », animé par Michel Godet8, a lancé aussi, un Prix de l’Impertinence9. On s’étonnera juste que l’édition 2011, soit dédiée à l’historien et économiste, Jacques Marseille10, à l’évidence talentueux et brillant, mais qui se place plutôt dans une lignée bien définie et peu impertinente de penseurs.
Ceux qui flirtent davantage avec les idées économiques et financières dominantes qui nous ont amené là où nous en sommes, sont-ils les modèles d’une réelle volonté de réinventer le monde avec des concepts innovants ?

On reprendrait mieux pour eux, cette tirade de Crispin, en « rival de son maître », qui, triomphant, s’exclame qu’« au lieu de les rebuter par mes manières impertinentes, j’ai eu le malheur de leur plaire ».11

Autrement dit, il y a peu de chance que le « prix des impertinents » ne soit jamais décerné à un lauréat du « prix de l’Impertinence » et réciproquement, ce qui ne manque ni de saveur ni de pertinence !

Notre propos n’est pas ici, de courir derrière le succès immédiat ou les reconnaissances académiques, canoniques ou officielles, mais bien de proposer des idées impertinentes pour déranger, bousculer, faire réfléchir… et agir.

C’est, nous dit-on souvent avec agacement, cette impertinence que ressentent, en nous lisant, certains thuriféraires des choses, des évaluations, des classements, bien établis, en un mot, ces tenants des « traditions » qui, si j’en crois Jean d’Ormesson, répondant naguère à la première académicienne française, « sont faites pour être à la fois respectées et bousculées »12.

« Savoir plus, pour pouvoir plus, pour être plus », est donc une vaste ambition. Nous ne prétendons pas que ce premier numéro de l’année 2011 y réponde totalement. Ce serait aussi présomptueux que prétentieux et vain. Nous ne cessons de le dire et l’écrire, il n’y a pas qu’un seule voie, ni une seule voix, dans le domaine complexe du management des structures, de leurs stratégies et de leur conduite, car toutes sont d’abord faites d’hommes qui utilisent des ressources variées, mais plus souvent limitées qu’inépuisables !

Deux dossiers ouvrent donc notre programme : Innovation, innovateur, recherche et développement, commence par une
étude que d’aucuns pourront qualifier de plus économique que « gestionnaire ». Grand bien leur en fasse !

La réflexion de son auteur, Patrice Noailles pose des principes, énonce une thèse et propose des pistes pour comprendre et faire comprendre qu’il n’y pas un effet mécanique à la transformation d’une invention en une innovation. Il y faut un homme particulier et si possible, fonctionnant dans un environnement favorable. Bien des politiques, sûrs de leur fait, s’appuyant sur une sorte de benchmarking d’autant plus mal compris, qu’il ne propose au fond aucune vue d’ensemble, feraient bien de s’y attarder. Et pourtant, l’imitation est à coup sûr, indissociable de l’innovation, encore faut-il qu’elle réponde à des objectifs cohérents et non à des modes oratoires qui ne sont même plus des effets de manche. L’industrie agro-alimentaire française ainsi que la gestion des marques en Chine, procèdent, elles, d’une vraie réflexion. Les articles qui composent ce dossier analysent la difficulté de sortir de méthodes archaïques ou de tirer profit d’une analyse post mortem après un échec.

L’innovation dans une économie fondée sur la connaissance, s’étudie dans des institutions financières, ici en Algérie, tout en découlant aussi de la R&D dans les industries en France comme au Japon. Ce dernier pays, meurtri, nous inspire toute la compassion. Sa triste expérience dans le domaine nucléaire démontre, s’il en était besoin, (hélas, il en est encore besoin, au moins à Bruxelles et auprès de ses sectateurs français) le danger de confier la sécurité de ses habitants voire de la planète, à une logique qui, par nature même, intrinsèquement, aurait-on dit naguère, fait passer le profit avant toute considération.

Qu’on ne voit là aucune condamnation, mais le constat d’une réalité consubstantielle à l’entreprise privée dans le système économique qui prévaut aujourd’hui. C’est ce que ne peut pas faire, s’il est fidèle à sa vocation, un état démocratique et par conséquent une entreprise publique qui en dépend.

Le deuxième dossier de ce numéro prolonge la réflexion entamée par le premier, en plaçant la Responsabilité sociale et le développement durable.

L’un et l’autre de ces domaines ont une existence propre que nous tenons à réaffirmer. Si nombre d’« investisseurs socialement responsables » (ISR) par commodité de notation -toujours ces fameuses notations ! – et absence de conviction, réduisent la responsabilité sociale à un « développement vert », en éliminant tous les facteurs humains, ils ne peuvent être considérés ni comme socialement responsables, ni comme réellement innovants. Le premier article de ce dossier, confié à des spécialistes de l’innovation, Dimitri Uzunidis et Blandine Laperche, pose bien les enjeux de la RSE pour l’entreprise et la société. Là encore, sans épuiser le sujet, les quatre contributions qui s’ensuivent, abordent différentes applications : le développement durable, « fruit » de la réglementation pour les grandes entreprises, « fruit » de l’engagement dans les PME, mais aussi « fruit » du financement bancaire, voire qui s’exprime davantage en « développement équitable » dans le cas du Cameroun, pays où le rôle des tontines populaires est souvent considéré comme le facteur d’une croissance autofinancée qui méritera tout notre intérêt.

Être une « préface de l’espérance13», mais instructive, raisonnée,
argumentée pour « penser la croissance » !


* Pierre Teilhard de Chardin, cité par Jean Orcel, préface à « Teilhard de Chardin », Ernest Kahane, Publications de l’Union Rationaliste, Paris, 1960, page 2.

1. Louis Aragon, La Rose et le Réséda, 1943.

2. Éditorial, Direction et Gestion des entreprises n° 159-160, 1996, p. 5 DOI :10.1051/larsg:1996017.

3. Colloque organisé par le L@rem, 24 juin 2011, voir page 12 de ce numéro

4. Voir page 80.

5. Voir page 38.

6. La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion n° 243-244, 2010, page 34.

7. Créé en 2009, le prix des Impertinents récompense un ouvrage s’inscrivant à contre-courant de la pensée unique. Décerné au début de chaque année, il est remis au restaurant Montparnasse 1900. Le jury est composé ainsi : Christian Authier, Bruno de Cessole, Jean Clair, Louis Daufresne, Chantal Delsol, de l’Institut, Paul-François Paoli, Jean Sévillia (président), Rémi Soulié (secrétaire général), François Taillandier et Eric Zemmour.

8. Professeur titulaire de la chaire Prospective stratégique du Conservatoire national des Arts et Métiers de Paris (Cnam).

9. Le Grand prix de l’impertinence, créé en 2007, vise « à récompenser des réflexions et actions impertinentes et innovantes en relation avec le développement durable, l’entrepreneuriat, le développement, les territoires et les services ». Son édition 2011 aura lieu le 18 mai.

10. Décédé le 4 mars 2010.

11. J.-R. Lesage, Crispin rival de son maître, Paris, 1707.

12. J. d’Ormesson, Réponse au discours de réception à l’Académie française de Madame Yourcenar.

13. Selon la belle formule de Jean d’Ormesson.

Pour consulter le numéro
https://www.cairn.info/revue-des-sciences-de-gestion-2011-1.htm

 

n°247-248 La Revue des Sciences de Gestion – Sommaire

Dossier 1 : Innovation, innovateur, recherche et développement


De l’innovation à l’innovateur. Pour une approche structuraliste de l’innovation

par Patrice Noailles

 

L’innovation dans les services comme un pilier de l’économie fondée sur la connaissance

(cas des banques et des assurances algériennes)

par Mohamed Cherchem

 

Des méthodes archaïques pour des industries modernes

par Béatrice Canel-Depitre

 

De la nécessité d’une analyse post-mortem en cas d’échec commercial

par Julien Cusin et Franck Celhay

 

Effet de la gouvernance d’entreprise sur l’investissement en R&D : cas des entreprises françaises

par Basma Sellami Mezghanni

 

La valorisation des dépenses de R&D au Japon

par Pascal Nguyen, Sophie Nivoix et Mikiharu Noma

 

Complémentarité ou adversité des stratégies d’innovation et d’imitation dans le secteur agroalimentaire français
?

par Ghalia Benyahia-Taibi

 

L’effet d’imitation « favorable » et la gestion des marques. Le cas de la Chine

par Jean-Claude Gilardi

 

L’actualité de la gestion par Philippe Naszályi

Nouvelles de la communauté des amis de La RSG

 

Dossier 2 : Responsabilité, sociale et développement durable

Responsabilité sociale et profit. Repenser les objectifs de l’entreprise

par Blandine Laperche et Dimitri Uzunidis

 

Un autre regard sur les rapports de développement durable

par Nathalie Aubourg, Béatrice Canel-Depitre et Corinne Renault-Tesson

 

Développement durable en petites entreprises. De la sensibilisation à l’engagement

par Agnès Paradas

 

L’intégration du développement durable dans le financement bancaire aux entreprises

par Vincent Maymo et Valérie Pallas Saltiel

 

La pertinence de la performance sociétale des entreprises dans un contexte de développement équitable

Le cas des entreprises de production au Cameroun

par Jean Biwolé Fouda

 

Chronique bibliographique par Jean-Louis Chambon

Chronique bibliographique par Yves Soulabail

 

Pour
consulter le numéro https://www.cairn.info/revue-des-sciences-de-gestion-2011-1.htm

n°216 La Revue des Sciences de Gestion – Editorial par Philippe Naszalyi – La République n’a pas besoin de savants !

« La République n’a pas besoin de savants ! »

 par Philippe NASZÁLYI

Directeur de La Revue des Sciences de Gestion
direction et gestion des entreprises

Terrible et lourde de conséquences, cette réplique du président du Tribunal révolutionnaire1scellant le sort du « législateur de la chimie »2qu’est Lavoisier3qui demandait au prononcé de sa condamnation à mort, quelques jours de grâce, pour terminer une expérimentation. Il est vrai que le Tribunal révolutionnaire restait dans la logique de la Convention qui avait supprimé quelque temps auparavant, l’Académie des sciences4.

On peut raisonnablement se demander si les lointains successeurs de la dite Convention, fondatrice de la République française, ne sont pas dans les mêmes dispositions envers nos modernes savants que sont les « chercheurs ».

La marchandisation du savoir

« Chercheur » : ce mot vague, parfois moqué est souvent utilisé dans un sens très restrictif.

Si la recherche médicale ou biologique trouve en général grâce, la recherche fondamentale est plutôt regardée avec mépris par ceux qui attendent d’un chercheur qu’il valorise le « grille-pain » ou invente l’objet qui permettra une rentabilité immédiate dans le sens actuel « de la marchandisation du savoir »5.

Si les hommes d’affaires ont bien souvent une vision qui n’excède pas une année, que dire des hommes politiques dont l’horizon ne dépasse
parfois pas quelques jours et, en tout cas, la « une du 20 heures ». C’est dans cet esprit qu’après avoir célébré en grande pompe, notre admirable défaite navale de Trafalgar6, par, et avec les Anglais, les mêmes n’ont pas eu la raison de s’impliquer dans la célébration d’Austerlitz de cettemême année 18057.

Quel rapport pourra-t-on penser entre la décapitation de Lavoisier et la célébration de la victoire de Napoléon Ier? – loin de nous, l’anachronisme ou l’amalgame !

Nous nous garderons comme d’aucuns, de juger le passé à la lumière du présent, ce qui constitue la plus grande forme d’intolérance, de manque de jugement et d’« ascienticité », mais de comprendre le présent, à la lumière des événements passés.

C’était déjà tout le problème du grand Joseph Roth dans les années 30 : « comment résister à un imbécile ? »8et de plus, ne pas être écouté comme Cassandre ! La Convention décapite les savants et supprime l’Académie des sciences. Rétablie à peu près, dès 1795, cette indispensable réunion des savants élit parmi ses membres, le jeune « mathématicien » passionné qu’est le vainqueur d’Italie, le général Napoléon Bonaparte, en 1797. Les connaissances de ce dernier en sciences, et particulièrement, en mathématiques sont évidentes et connues, même si, bien sûr, son élection demeure aussi politique9.

Toutefois, c’est bien entouré de 150 savants qui vont illustrer tant d’excellences scientifiques dans tous les domaines que le futur empereur part en Egypte en 1798.

De manière comparable, quelque temps après, la victoire d’Austerlitz annonce l’Europe française de 1811. « Et cette Europe, ou du moins ses
élites, parlaient une seule langue, le français, dont Rivarol avait vanté l’universalité dans un discours couronné par l’Académie de Berlin
».10 […] « L’Europe de Napoléon reposait sur la force et sur une édification empirique. Lorsqu’il annexe, lorsqu’il impose, l’empereur ne fait jamais appel au référendum, ce plébiscite dans l’utilisation duquel il était passé maître en France. Le Grand empire est d’abord une machine de guerre contre l’Angleterre : fermer le continent aux marchandises anglaises pour ruiner son commerce et son industrie et précipiter la chute de la livre sterling, condamnant ainsi « la perfide Albion » à accepter la paix.11»

Toutes les raisons pour les thuriféraires des marchés, de ne pas célébrer Austerlitz sont déjà presque réunies dans cette comparaison entre l’ambition et la réussite politiques de l’un et la longue kyrielle d’échecs sans idéal des autres ! 

Cette « démocratie émotive »

Louis-Philippe déjà ne s’était pas grandi à essayer de se parer des cendres du défunt empereur : la leçon a, semble-t-il, été retenue, du
moins pour quelques uns qui ont encore un peu de culture historique, mieux valait parader à Trafalgar. La défaite est soeur du renoncement.

C’est le fruit de cette « démocratie émotive » que souligne encore le sociologue Gérard Mermet qui explique les choix ou plutôt les lâchetés – les non-choix – par peur de heurter ce besoin qui « existe dans nos populations […] d’éprouver les mêmes émotions que son voisin, de vibrer à l’unisson autour des mêmes slogans, de détester les mêmes symboles ou de s’identifier systématiquement à ceux qui apparaissent, à tort ou à raison comme des victimes. »12 « La rationalité a par moments beaucoup de difficultés à l’emporter sur le slogan émotionnel » le rapporte non sans humour, le généticien Axel Khan13 dans un tout autre contexte !

Dans ces conditions, il est alors plus facile d’être en fait, continuateur du président du Tribunal révolutionnaire que successeur du vainqueur d’Austerlitz ! « Décidément, la République n’a pas besoin de savants ! »

En effet, et l’histoire est là pour nous le confirmer, c’est également : « grâce à une politique volontariste (que) Napoléon a élevé (la France) au premier rang des puissances scientifiques. »14

Les différences sont ainsi confirmées et pour mieux le comprendre, il n’est que de reprendre, quelques éléments de l’avis de l’actuelle Académie des Sciences « sur l’avant-projet de loi programme pour la Recherche. » en discussion au Parlement : « Il apparaît, cependant, que la plupart de ces mesures contiennent des zones d’ombre préoccupantes parce que traitées de façon trop imprécise et ne donnant pas les garanties nécessaires pour une application satisfaisante.

En outre, certaines des dispositions proposées risquent d’avoir des effets délétères si elles sont appliquées sans mesure. Il convient ainsi d’insister sur 4 préoccupations qui devront guider la rédaction des textes, notamment des décrets d’application de la loi. Une inquiétude importante persiste, poursuit encore l’Académie des Sciences15, sur l’utilisation de l’augmentation annoncée du budget de la Recherche. Il est impératif d’une part que cette augmentation soit précisée en termes de pouvoir d’achat réel, et d’autre part, qu’elle ne soit pas réduite par les dispositions fiscales accordées aux entreprises. Si la croissance de l’effort financier dévolu à la recherche est bienvenue, celle-ci doit se traduire simultanément par des moyens accrus, pour les organismes et les universités, afin de leur redonner des capacités d’initiative et de financement des bons laboratoires, en particulier pour la recherche fondamentale. »

Décidément, pour reprendre les travaux récents d’une équipe du CNRS, il n’y a pas que les poux pour détruire l’oeuvre et les ambitions de Napoléon Ier !16 

L’absence de politique scientifique volontariste

L’absence de vision prospective et la méconnaissance de l’histoire (ce qui va généralement de pair) doublée de l’application rétroactive de
valeurs du présent sur les faits passés, redonnent sans cesse et malgré tout, vie à cette assertion barbare : « La République n’a pas besoin de savants ! ».

La France ne se situe plus que légèrement au-dessus de la moyenne des « 25 » et globalement en dessous des « 15 » dans le domaine de
l’Innovation17 largement distancée par la Suède, la Finlande ou le Danemark mais aussi par la Suisse, les Etats-Unis ou le Japon…

Comme le constatent les experts de Bruxelles, « l’indice global d’innovation » de la France est inférieur à celui de l’an passé et débute une grave tendance vers le recul. Les causes premières en sont évidentes : l’absence de politique volontariste en faveur de la Recherche, de toute la Recherche, fondamentale ou appliquée, mais aussi, et là encore, contrairement à nos concurrents d’Outre-atlantique, dans tous les domaines des sciences humaines et sociales parmi lesquelles, et nous ne cessons de le dénoncer, les sciences de
gestion sont parmi les plus mal traitées, autant par les instances et organismes de la Recherche d’ailleurs que par les hommes politiques globalement et quasi uniquement formés à l’administration
publique.

Ce n’est pas en France qu’un ministre interromprait sa carrière pour faire des études de gestion… c’est bien entendu outre-Atlantique et
particulièrement au Québec18!

Ce recul, ce besoin de réflexion par rapport à l’immédiateté est le fondement de toute action et de tout travail intellectuel, « chaque
chercheur le ressent comme une évidence : aucune activité scientifique ne peut être menée en prétendant du passé faire table rase.
»19

La connaissance scientifique n’est pas simplement utilitariste, ni de circonstance, comme le montre à l’envie les dévoiements anachroniques de l’histoire. Il n’est pas vrai que l’on puisse faire dire à l’histoire tout et son contraire. L’attribution à des personnages passés ou à des périodes anciennes, de qualifications liées uniquement à l’histoire du XXe siècle, tendant à se généraliser
ces derniers temps, aboutit à une dangereuse banalisation des crimes que l’on pense dénoncer en leur enlevant leur spécificité temporelle.

Comme Yves Coleman, et pour prendre un exemple  transalpin, nous pouvons affirmer que « ceux qui dénoncent l’avènement proche du fascisme en Italie pratiquent sciemment la désinformation ».20
On peut faire la même analyse à propos de la France contemporaine !

Si elle n’est pas immédiatement mercantile comme pour certains auteurs de « brûlots » contemporains (on pourrait même s’interroger sur la finalité réelle de ces dénonciations des siècles passés), l’action de ces demandeurs de repentance, à des morts qui ignoraient tout de ce que l’on peut leur reprocher et ne peuvent se défendre
aujourd’hui, est un trait d’union, décidément avec cette république qui « n’avait pas besoin de savants ! »…

« A vaincre sans péril… »

On se doit donc d’attendre avec impatience, à l’instar des Bourgeois de Calais, le chef de l’Etat italien venir reconnaître humblement et
publiquement les « génocides » de César contre les populations gauloises et la faute de son peuple complice des mauvais traitements envers Vercingétorix, étranglé dans sa prison romaine21 ou encore, le renouvellement de « Canossa » par le président allemand afin de faire repentance du « crime de guerre » que constitue le massacre des légions de Varus par Herman !22

Si l’ancienneté des faits conduit naturellement à sourire, elle n’en est pas moins révélatrice de la confusion des pensées qu’amène l’absence de convictions dans cet état que l’on appelle la « démocratie émotive ou émotionnelle ». Cette mode de l’accusation qui pourrait n’être qu’un moyen de faire parler de soi ou de vendre du
papier fait courir un risque majeur accru aux sciences humaines et sociales. 

L’histoire : mère de toutes les disciplines !

Comme le rappelle Gérard Noisiel, « les sciences humaines sont constamment menacées car elles sont décrédibilisés par les discours que les hommes politiques ou les journalistes tiennent sur le monde social »23.

Procéder en historien est fondamentalement le fait d’une démarche scientifique et méthodologique éprouvée : « La méthode historique présente un intérêt : l’administration de la preuve. Le fait comme preuve est au centre de sa problématique ».24

Tout comme pour les autres chercheurs, la connaissance de l’histoire et l’utilisation de la méthode historique sont aussi indispensables aux
gestionnaires. Marc Nikitin souligne fort justement : qu’« En devenant des partenaires, l’historien et le manager devront nécessairement apprendre à se connaître et se respecter. Oui, l’histoire peut-être utile au manager ! et quand elle accepte de l’être, rien ne l’oblige à se dévoyer. »25

Nous ne pouvions écrire mieux pour expliquer nos propos préliminaires : Historia magister vitae.26 Ce dernier numéro de
l’année du bicentenaire d’Austerlitz, consacré aux rapports entre les finances et l’éthique, entre tout naturellement dans cette logique que définit si bien encore, Anne Pezet lorsqu’elle écrit que : « la construction stratégique de l’investissement… serait la synthèse de la stratégie et de la finance »27. Pas plus que les autres domaines, l’éthique des affaires n’échappe pas à cette règle de la synthèse des faits : « Un cas n’est rien d’autre qu’une pseudo-histoire d’entreprise » le constatent avec raison Luc Marmonnier et Raymond.-Alain
Thiétart28.

C’est donc par le cas Enron que nous ouvrons le dossier consacré à l’évaluation des entreprises et l’éthique qui, en huit articles, fait le point de la recherche managériale la plus poussée sur cette épineuse question et illustrée par des exemples qui dépassent largement le champ hexagonal pour s’implanter dans une vision globale et francophone du management financier.

Cette éthique qui, dans l’esprit de Lévinas dont l’année 2005 qui s’achève, marque le dixième anniversaire de la mort et l’année 2006 qui s’ouvre, le centenaire de sa naissance, n’est pas recherche de « perfectionnement ou accomplissement personnel » mais responsabilités à l’égard d’autrui à laquelle le moi ne peut échapper et qui est le secret de son unicité.

Car, comme l’expose le philosophe « les activités sociales, la science et la technique sont, dans la mesure où elles ont pour but de venir au
secours de l’homme, plus « religieuses » que toute forme de sacralité. »29 

« Il n’est de richesse que d’hommes »

Les relations entre la finance et les hommes et les femmes qui constituent les entreprises n’obéissent pas « à un modèle unique en matière de relation « compétitivité – emploi » mais au contraire un ensemble de relations complexes à la fois interactives, instables, susceptibles d’évolutions drastiques, y compris par les représentations humaines d’autre part. » Nous ne pouvons qu’adhérer à cette conviction défendue par Roland Pérez et Julienne Brabet dans une étude récente.30

C’est dans cet esprit que clôturer ce numéro par une étude empirique qui replace la « culture d’entreprise » souvent un peu oubliée par les
gestionnaires, dans la logique de son interaction sur le contrôle de gestion nous a paru en cohérence avec l’ensemble. Finis coronat opus…31 disaient les Anciens.

En achevant cette présentation consacrée à la Finance, il n’est pas interdit de formuler des voeux qui annoncent à la fois la
nouvelle année 2006 et le 1er numéro de cette 41e année de la revue qui sera consacré à différents aspects des ressources humaines et résumant après Bodin, auteur notamment de « La méthode de l’histoire »32, notre conviction profonde qu’« Il n’est de richesse que
d’hommes
.
»

(1) René-François Dumas est nommé président du tribunal révolutionnaire par Robespierre, le 8 avril 1794 en remplacement de Martial Hermann, jugé « trop mou ».
Dumas fut arrêté le IX thermidor et guillotiné, le lendemain, 28 juillet 1794 avec Robespierre et les principaux « terroristes » jacobins. C’est devant ce tribunal que comparaissent trente-deux fermiers généraux dont Lavoisier, pour malversations, profits excessifs, gratifications abusives, retards injustifiés dans les versements au Trésor et surtout fraude sur le tabac. La Ferme générale est accusée alors, d’avoir majoré ses profits par une « mouillade » excessive et d’avoir utilisé ces profits dans un « complot contre le peuple français tendant à favoriser par tous les moyens possibles le succès des ennemis de la France » (AN, W362, n° 785). Vingt-huit d’entre eux sont condamnés à la guillotine et exécutés le jour même : tous leurs biens sont confisqués. Lavoisier est le quatrième. Il est décapité en même temps que son beau-père Jacques Paulze, avec lequel il s’était spontanément rendu, après le décret d’arrestation contre les fermiers généraux du 24 novembre 1793. On pourra lire, à propos des fermiers généraux et de leur funeste sort notre info : « congrès internationaux : Paris largement dépassé, » page 123 de ce numéro.

(2) Titre décerné par Louis Pasteur à Lavoisier, lors du centenaire de l’exécution du chimiste, en 1894.

(3) Antoine-Laurent de Lavoisier, né et mort à Paris, 1743-1794.

(4) D’abord société de savants qui se réunissent dans la bibliothèque et sous la protection de Colbert à partir de
1666, cette assemblée prend le nom d’Académie royale des sciences lorsque Louis XIV en devient le « Protecteur » et lui donne un règlement. Elle est supprimée comme toutes les académies, par un décret de la Convention en 1793. En 1795, le Directoire rétablit un Institut national des sciences et des
arts. En 1806, Napoléon Ier transporte ce qui est désormais, l’Institut de France, dans l’ancien collège des Quatre-Nations. Bicentenaire de l’installation des cinq Académies au Collège des
Quatre-Nations. http://www.institut-de-france.fr

(5) Sophie Boutillier et Blandine Laperche, Savoir et recherche, la place des femmes : le cas de l’Université
du Littoral Cote d’Opale (Nord-Pas-de-Calais), cahiers de recherche du Lab. RII — documents de travail, n° 116, janvier 2006, p.3.

(6) A Trafalgar, près de Cadix, le 21 octobre 1805, les flottes françaises et espagnoles furent détruites par l’Amiral
Horatio Nelson. Pour célébrer le bicentenaire de leur victoire, les Anglais ont organisé le 28 juin 2005, une parade navale internationale, où étaient représentés 35 pays, sous la présidence de
la reine Elizabeth II. La France avait dépêché pour fêter la mort de 4 400 marins français et alliés et la destruction de 22 de ses navires, le fleuron de sa flotte, le porte-avions Charles-de-Gaulle !

(7) Le 2 décembre 1805, le jour du 1er anniversaire de son sacre, l’empereur des Français, Napoléon Ier remporte une
victoire décisive contre les armées coalisées du Tsar de Russie et de l’empereur du Saint empire romain germanique, François II qui, quelques jours après, au traité de Presbourg, devait constater
la dissolution du vieil empire germanique médiéval et prendre le titre de François Ier d’Autriche. Outre que cette victoire consacre le triomphe des idéaux révolutionnaires qu’incarne Napoléon Ier sur les souverains d’Ancien Régime que sont Alexandre Ier Romanov et François II de Habsbourg-Lorraine, il est à noter que le projet « Austerlitz 2005 » mis en place par plusieurs organismes internationaux et des sociétés savantes internationales, sous la conduite du gouvernement tchèque, comportait parmi les buts de cette commémoration: (www.austerlitz2005.com)

• « Inciter à mieux connaître l’histoire et la culture française…
• Permettre aux historiens du monde entier et à tout intéressé de se rencontrer… » Décidément, on comprend mieux l’absence de retentissement dans les instances officielles… « La République continue à ne pas avoir besoin de savants ! ». Heureusement que l’on ne sait pas très bien où se situe Alésia, sinon nos vaillants dirigeants s’y seraient précipités pour célébrer la défaite gauloise… Heureusement, il leur reste 2015, le 18 juin. Il est certain qu’ils se précipiteront alors en Belgique fêter le bicentenaire de Waterloo et laisseront de côté le Mont Valérien et le 75e anniversaire de l’appel à la résistance du Général de Gaulle ! Ne serait-ce pas lui qui fustigeait par avance certains de ceux qui viendraient après lui : « place aux doctes spécialistes de la décadence et de l’abdication…. » si l’on s’en réfère à Philippe Seguin.

(8) Joseph Roth, « La Filiale de l’enfer. Ecrits de l’émigration », traduit de l’allemand par Claire de Oliveira,
Seuil/Le don des langues, Paris 2005.

(9) Pendant la campagne d’Italie, lors d’une veille de bataille, il lui aurait été soumis le problème suivant : «
retrouver le centre d’un cercle (non marqué bien sûr) avec la seule aide d’un compas ? ». Il résolut ceci, qui désormais porte le nom de « problème de Napoléon » tandis qu’on appelle « théorème
de Napoléon » le texte suivant : « un triangle quelconque, construire sur chacun des côtes, vers l’extérieur, un triangle équilatéral. Construire le « centre » de chacun de ces triangles (point
de rencontre des médianes, hauteurs et bissectrices). Alors, le triangle formé par les trois centres est un triangle équilatéral. Source : Serge Etienne, professeur de mathématiques, Lycée Fesch, Ajaccio.

(10) Jean Tulard, président de l’Académie des sciences morales et politiques, texte de la conférence prononcée lors de la séance de cette Académie, le 9 janvier 2004.

(11) Jean Tulard, op. cit.

(12) Denise Bombardier, « La Démocratie émotionnelle », Le Devoir, 5 août 2003.

(13) Axel et Jean-François Khan : « Comme deux frères, Mémoires et visions croisées », Stock, 302 pages, Paris 2006.

(14) Eric Sartori : « Napoléon et ses savants », Masterclass de l’association Sciences et télévision, 3 juin 2004, www.sciences-television.com.

(15) Recommandations de l’Académie des sciences sur l’avant-projet de loi de programme pour la Recherche. Texte voté en séance le 22 novembre 2005 (modifié le 15 décembre 2005 par la suppression de la référence aux articles de la loi).

(16) Selon les résultats de l’équipe franco-lituanienne de Didier Raoult (CNRS-Université de la Méditerranée) sur une
fosse où s’ont ensevelis des soldats de la Grande armée à Vilnius, datant de décembre 1812 et mise à jour en 2001, près d’un tiers des soldats ont été victimes d’infections et de fièvres transmises par les poux plus que par les assauts des Cosaques.

(17) Source : Tableau de bord européen de l’Innovation, 5e édition, publiée par la Commission européenne, Bruxelles, 2006.

(18) André Boisclair a été élu le 15 novembre 2005, chef du Parti québécois à l’âge de 39 ans. Après avoir exercé les charges de ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration puis de la Solidarité sociale, de l’Environnement et enfin des Affaires municipales, il avait choisi à l’été 2004 de quitter ses fonctions pour parfaire sa formation en devenant étudiant en gestion à Harvard…

(19) Marc Nikitin – laboratoire orléanais de recherche (LOG), IAE, document de recherche « Utilité et méthodes de l’histoire pour les sciences de gestion » n° 1997-5, p. 11

(20) Yves Coleman : « Voter les yeux fermés : une curieuse conception de la démocratie ». http://www.mondialisme.org

(21) En 46 avant J.-C., après son triomphe officiel à Rome, César fit étrangler Vercingétorix dans sa prison romaine après six ans d’incarcération.

(22) En 9 après J.-C., Herman ou Arminius après les avoir attirées, dans un piège, massacra les trois légions romaines
menées par Varus dans la forêt de Teutberg. (23) Entretien avec Gérard Noisiel, auteur des « Fils maudits de la république, l’avenir des intellectuels en France », Nouveaux regards, n°29, avril-juin 2005.

(24) Anne Pezet, « Le management stratégique et financier de l’investissement: un siècle d’histoire de la décision
dans l’industrie française de l’aluminium », Finance Contrôle Stratégie, vol. 3, n° 3, septembre 2000, p. 157.

(25) Marc Nikitin, op cit., page 10.

(26) L’Histoire est maîtresse (enseignante) de la vie.

(27) Anne Pezet, op. cit., p. 159.

(28) Luc Marmonnier et Raymond-Alain Thiétart, « L’histoire, un outil pour la gestion ? », La revue française de gestion, n° 70, septembre-octobre 1988, p. 164-5, cités par Marc Nikitin, op. cit., page 5.

(29) Emmanuel Levinas (1906-1995), d’après l’édition francaise du Jerusalem Post, 7 janvier 1997.

(30) Roland Perez et Juliennne Brabet, « Management de la compétitivité et emploi : un cadre d’analyse », Humanisme et entreprise, n° 304-44, 05-273, 2005, pp. 14-66.

(31) « La fin couronne l’oeuvre » en traduction littérale.

(32) Jean Bodin (1529 ou 30-1596), « La méthode de l’Histoire », 1566.

Mélissa BOUDES lauréate de la bourse de recherche 2017 de l’ARIMHE

L’Association pour la Recherche Interdisciplinaire sur le Management des Entreprises (ARIMHE), au travers de son comité scientifique de la bourse de recherche a retenu pour 2017 le projet de Mélissa BOUDES intitulé “Innovation sociale et transformation du travail”. En plus de la qualité scientifique du projet, l’objet de recherche est en phase avec la vocation de l’association.

Nos félicitations à Mélissa BOUDES

La Revue des Sciences de Gestion est d’autant plus heureuse d’annoncer cette bourse de recherche que Mélissa BOUDES vient de publier un article dans  le n°269-270  intitulé Repenser le travail à l’intersection des ordres institutionnels. Le cas des coopératives d’activités et d’emploi.

Mélissa BOUDES ARIMHE

ARIMHE

La remise officielle de la bourse par Pierre Louart, le Président de l’ARIMHE, se fera le 23 novembre à Paris à l’occasion du colloque annuel de l’ARIMHE.

Les candidatures pour la bourse de recherche 2018 seront ouvertes du 26 février au 23 mars 2018.

Pour plus de précisions : cliquez ici

ARIMHE RIMHE