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n°263-264 La comptabilité dans tous ses états

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Editorial : Comptez sur moi ! Count on me ou trust me ?

par Aude d’Andria – Rédactrice en chef
et Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

aude d andriaPhilippe NaszalyiCompter ou faire confiance ? Ce jeu de mot, plus compréhensible en anglais, pose bien les fondements de toute pensée, toute action en matière de chiffres. Sont-ils indicateurs ou résultats des organisations ?

C’est un fait, nous vivons dans un monde de chiffres. Et chaque jour, nous sommes davantage sommés de devoir rendre des comptes. Ce qui nous semble familier nécessite cependant d’être réinterroger afin d’envisager des perspectives renouvelées.

Or, et c’est bien là le fond du problème, quel crédit, c’est-à-dire quelle confiance leur accorder ? Car, ne nous y trompons pas, dès lors qu’il s’agit de vouloir quantifier la vie, résumer l’action, réduire la part d’erreur de l’appréciation humaine, le risque est grand alors de scléroser l’innovation, l’intelligence et l’efficience… Comme le souligne d’ailleurs Hervé Dumez dans l’ouvrage collectif qu’il coordonne1, la tendance actuelle pousse à devoir rendre des comptes de façon quasi continue, de sorte que s’installe la confusion entre la définition des objectifs et la construction de l’action. Par conséquent, plus il est demandé de rendre des comptes, et ce en permanence, et plus il devient difficile de prendre des risques et de laisser la place à la créativité même de l’action. Évidemment, il ne s’agit pas de contester l’idée louable de vouloir fixer des objectifs, fussent-ils chiffrés, et de rendre des comptes « aux parties prenantes », mais bien de questionner l’idée de la pertinence de la conformité qui bien trop souvent ne rime pas avec efficacité.

Dans un tel contexte, la loi sur les universités et son application en France par ceux qui avaient tant vilipendé l’autonomie et l’omni président (d’université), donne le pouvoir mortifère aux mauvais gestionnaires que sont tous ceux qui ne savent pas ce que gérer veut dire… « Une chose trop sérieuse pour être confier à des économistes2 » raillons-nous ; il y a quelque temps… en paraphrasant Clémenceau ; plus en vogue que jamais ! Nous étions prémonitoires pour certaines universités françaises, voire pour certains ministères…

Or, à vouloir tout quantifier, comme si les chiffres possédaient par eux-mêmes des vertus intrinsèques, il est à craindre qu’ils finissent par manquer la cible et incitent à « lâcher la proie pour l’ombre ». Ainsi comme l’illustrait au tout début du siècle dernier dans ses mémoires sur sa famille, M.J.-D. Rockefeller racontait comment « ayant commencé ma vie comme teneur de livres, j’ai toujours eu le plus grand respect pour les chiffres, et mes carnets de jardinage ont toujours été tenus avec la même scrupuleuse régularité que les registres d’une maison de commerce. De tout temps, nous avons eu, dans la famille, l’habitude de tenir une comptabilité en règle de chaque végétation particulière dans chacune de nos propriétés » (M.J.-D. Rockefeller, 1908)3. Loin d’être anecdotique, cette allégeance inconditionnelle aux chiffres annonçait déjà à sa façon la croyance dans un ordre comptable, omniprésent en ce monde néo-monétariste et le « reporting » à tout va.

Ne s’improvise pas gestionnaire qui veut ! La gestion, loin d’être une vision comptable sommaire, comme la regardent parfois avec dédain certains Trissotins, est tout à fois stratégie, organisation et management, en un mot : « direction ». Elle est également, et ce numéro le montrera, travail au plus près du terrain et de son intelligence par une appréhension méthodique : « gestion » dans son deuxième sens : direction et gestion des entreprises, notre titre originel de 1965 et notre sous-titre depuis 1997.

Doyenne des revues françaises de gestion, La Revue des Sciences de Gestion, direction et gestion des entreprises s’est toujours donnée pour ambition d’être un espace de diffusion des idées, des courants de pensée, des méthodes… qui naissent et se développent dans tous les domaines qui intéressent la vie des organisations (entreprises, associations ou organismes publics…). Aussi, la revue se réjouit-elle de son classement par la FNEGE 2013. Classement aux vertus rassurantes auprès des (jeunes) chercheurs, de leurs laboratoires et plus largement pour les institutions à la recherche d’étoiles et d’accréditation en tout genre, il nous rappelle sans cesse aux responsabilités qui sont les nôtres. Bien évidemment, la vie et le rayonnement de notre revue ne s’arrêtent pas à son classement. Il induit également de nouvelles contraintes que nous ne pouvons nier.

Ainsi, certains auteurs se sont-ils émus des retards dans la publication des derniers numéros ainsi que des délais accrus dans l’évaluation de leur manuscrit. Ils ont eu raison. Revue internationale francophone de premier plan, tant de par l’origine de ses contributeurs que de ses évaluateurs, La Revue des Sciences de Gestion doit faire face à un flux quotidien d’articles pour évaluation, révision, et publication. Aussi œuvrons-nous actuellement à réduire du mieux possible l’ensemble de la chaîne. Chacune de ses étapes repose sur des valeurs qui mobilisent des ressources, d’abord et surtout humaines, des compétences et des expertises, de l’investissement en temps de relecteurs désintéressés et si peu valorisés… Nous remercions chaleureusement les très nombreux collègues qui ont répondu positivement en accompagnant notre démarche fondée sur le partage à la collectivité.

Et nous réaffirmons ici que l’esprit de la revue est bien de présenter la recherche en gestion au plus près du terrain et non celle qui, de recensions en résumés, sclérose tout par son académisme poussiéreux qui n’innove en rien.

C’est donc à raison et avec légitimité que, pour clôturer l’année 2013, l’équipe de direction éditoriale deLa Revue des Sciences de Gestion a décidé de consacrer ce dernier numéro à la thématique de la comptabilité, cette « science des comptes » comme la dénomme Georges Reymondin dans une publication de Société Académique de la Comptabilité paru en 19094. Aussi surprenant que cela puisse paraître elle n’avait pas fait l’objet d’aucun éclairage spécifique depuis l’origine de notre revue et nous sommes heureux que la « comptabilité dans tous ses états », après les « diversités de la gestion » et la mise en perspective du « marketing avec les cultures », clôture cette année de l’innovation dans des domaines souvent laissés pour compte. Et pourtant, l’innovation managériale comme le présentait il y a 10 ans déjà, à la suite de sa thèse de 1992, Simon Alcouffe, trouve aussi son origine en comptabilité5…

Historiquement, la comptabilité plonge ses racines dès le IVe millénaire avant JC où l’on en retrouve les prémisses sur des tablettes d’argile et des papyrus. On en retrouve les traces d’abord en Mésopotamie et en Égypte, puis en Grèce et dans l’Empire romain. Par conséquent, comptabilité et écriture ont longtemps été intimement liées6. Pour autant, bien que l’activité comptable au sens de « décompte des valeurs » soit l’une des plus vieilles activités du monde, elle ne se limite pas seulement à l’enregistrement des actes commerciaux. Plus qu’un moyen d’écriture, elle est aussi et surtout porteuse d’une démarche politique et pour laquelle il convient d’en décrypter le sens.

Ce double numéro est donc aujourd’hui l’occasion de mettre en lumière les spécificités anciennes et nouvelles de la comptabilité.

Quatre dossiers le composent. Ils encadrent le cahier central, fruit d’un excellent colloque sur « le désordre, une vertu créatrice ? » et pose en perspective l’ordre, le désordre…

le chaos, sans bien sur le résoudre totalement7et inscrit un paradoxe dans cet « ordre » apparemment immuable qu’est la comptabilité.

Le premier dossier intitulé « Modernisation comptable et sphère publique » s’intéresse aux liens entre la comptabilité et les répercussions de sa prise en compte par la puissance publique. Différents niveaux du déploiement de la sphère publique sont analysés. Madina Rival et Olivier Vidal ouvrent ce premier dossier en s’interrogeant sur les liens nombreux et complexes entre la comptabilité et la politique. Simon Wangani explore la logique actuelle des fusions dans les organisations publiques et illustre sa recherche par l’étude au sein d’une organisation publique d’insertion professionnelle « Pôle Emploi ». El Mehdi Lamrani se focalise sur la mise en place d’une démarche ABC au sein d’une mairie française. Comme en écho avec les trois premiers articles, Sabrina Bellanca et Julien Vandernoot nous éclairent sur les réformes entamées pour moderniser la comptabilité publique belge en particulier et leurs conséquences sur l’ensemble du système comptable en général.

Le deuxième dossier intitulé « Comptabilité et réglementations » s’intéresse quant à lui aux différents impacts des nouvelles réglementations comptables et financières. Christophe Collard et Christophe Roquilly placent leur analyse au niveau des risques juridiques et réaffirment l’importance d’une collaboration étroite entre toutes les fonctions de l’entreprise. Faïza Bouguerra poursuit la problématique de la gestion du risque de défaut en réinterrogeant la responsabilité des agences de ratings et la faillibilité de leur notation. Complétant cette dimension, Xavier Brédart revient sur la multiplication des codes et des lois de gouvernance. Il rappelle leur vocation première à savoir la volonté de renforcer les mécanismes de contrôle mais souligne que leur caractère inopérant impose d’explorer des pistes alternatives fondées sur la diversité et la « compliance ».

En réponse Benoit Pigé et Robert Sangué-Fotso illustre la mise en place d’une gouvernance des transactions d’une exploitation forestière au Cameroum. Et Fabrice Roth conclut ce dossier par une réflexion d’un modèle « biologique » de l’organisation.

Le troisième dossier intitulé « Informations comptables et transparence » interroge sans concession la question de la confiance que l’on peut accorder aux procédures et résultats comptables et des possibles manipulations de l’information comptable, sous couvert de transparence. Aubry Springuel et Romain Zerbib entament ce troisième dossier. Ils pointent le rôle des médias de référence sur les marchés financiers et tout particulièrement l’influence des informations issues du Wall Street Journal sur la valeur des titres et des volumes échangés lors d’une nouvelle introduction en bourse. De la même manière, Olfa Nafti et Olfa Errais poursuivent sur les possibles manipulations du fait d’un usage discrétionnaire des informations comptables par les dirigeants dans le cadre de l’application des normes IAS-IFRS. Ce que corrobore d’ailleurs Yosr Hrichi dans son analyse sur la gestion des résultats de 100 entreprises françaises du SBF 120. De même, les innovations comptables ne sont-elles pas sans conséquence sur la perception de l’activité d’une entreprise. Comme le montre Narjess Hedhili, la méthode « du temps requis pour exécuter les opérations » ou « time driven activity based costing » (TD ABC) apporte une simplification appréciable à la méthode ABC (comptabilité à base d’activité) pour les praticiens pour peu qu’ils en maîtrisent les principales différences au niveau du cheminement pour le calcul du coût de revient. Pour autant, reste la question des divergences observées entre comptabilité et fiscalité. En contexte tunisien, Ines Bouaziz Daoud et Mohamed Ali Omri montrent que les dirigeants optent pour un comportement opportunisme où les choix comptables et fiscaux leur permettent de s’approprier de la richesse tout en réduisant si possible la charge fiscale. Il en va de même concernant la prise en compte des catastrophes de nature environnementale. Karima Bouaiss, Jean-Philippe Lafontaine et Jean-Laurent Viviani montrent à ce sujet que les accidents industriels n’ont que très peu d’impact sur les cours boursiers des grandes sociétés qui les provoquent. Concernant plus particulièrement les conséquences de deux accidents industriels imputables en partie à l’entreprise Total (Erika, 1999 et AZF, 2001), les auteurs montrent que les parties prenantes ont été plus sensibles aux conséquences humaines (i.e. l’explosion de l’usine AZF, 2001 sur Toulouse a fait 31 morts et 2500 blessés) qu’environnementales (i.e. le naufrage de l’Erika a provoqué une des plus grandes marées noires que la Bretagne ait jamais connue). Ils relativisent toutefois le réel impact sur la valeur boursière d’une entreprise comme Total.

Le quatrième et dernier dossier intitulé « Méthodes comptables et performance » clôture de ce numéro. L’article de Jonathan Bauweraerts et Olivier Colot porte sur la mesure de la performance des entreprises familiales (EF) et met en exergue les aspects de rentabilité, de solvabilité et de liquidité. Les auteurs montrent notamment qu’en contexte belge, les EF affichent des niveaux de rentabilité commerciale supérieure avec des conséquences positives en termes d’autofinancement, d’endettement et de liquidité. De son coté, Jean-Paul Méreaux analyse les processus d’intégration ou non des systèmes comptables à l’issue de fusions-acquisitions. A partir d’une étude sur les 7 dernières acquisitions d’un groupe de vins et spiritueux pour la période 1992-2007, ils montrent que le degré d’intégration dépend de la volonté chez le groupe acquéreur de ne pas uniformiser en fonction de la taille et du niveau de performance des systèmes comptables des entreprises acquises. L’article d’Azzouz Elhamma revient sur la perception des responsables d’entreprises dans un contexte marocain et confirme que le système de comptabilité par activité entraîne une meilleure performance pour les entreprises qui l’ont adopté.

Pour finir, Mouna Ben Rejeb Attia examine les déterminants de la relation entre le lissage comptable du résultat et la couverture du risque par les produits dérivés et met en avant l’importance des effets d’opportunités dans les choix comptables.

Gageons que ce numéro consacré à « la comptabilité dans tous ses états » fournisse à ses lecteurs de stimulantes et nouvelles réflexions. « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà »8 comme l’écrivait Pascal, paraphrasant Montaigne9 ou poursuivant plutôt cette idée que la perception de certaines vérités reste dépendante de nombreux facteurs. Il signifiait déjà que ce qui est une vérité pour les uns à un moment ou un lieu donné ne l’est peut-être pas pour les autres. « Ce que l’Europe admire, l’Asie le punit, ce qui est un vice à Paris est une nécessité quand on a passé les Açores. Rien n’est fixe ici-bas, il n’y existe que des conventions qui se modifient suivant les climats ». Telle est la philosophie de l’argent et de ses lois qu’expose « l’illustre Gobseck10».

Ainsi, en va-t-il de la comptabilité en particulier comme de la gestion en général, plus qu’une question de culture ou de géographie, le débat est aussi sans aucun doute celui d’une époque !

À toutes et à tous, nous vous souhaitons une très bonne lecture et une très bonne année 2014 !

Dernière année avant le cinquantenaire de notre revue !

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1. Hervé Dumez (sous la dir.), Rendre des comptes : nouvelle exigence sociétale, Dalloz-Sirey, coll. Présaje, mars 2008, 149 p.

2. « L’entreprise est une chose trop sérieuse pour être confiée à des économistes ? », La Revue des Sciences de Gestion, 2006/3 (n° 219), https://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RSG_219_0005.

3. Extrait de : « Les mémoires des Rockefeller », Journal Le Matin, 17 novembre 1908, cité par G. Reymondin (1909) à la page 15. 4. Georges Reymondin (1909), Bibliographie méthodique des ouvrages en langue française paru de 1543 à 1908 sur la science des comptes, Publications de la Société Académique de la Comptabilité, Réimpression de l’édition de Paris, 1909.

Ouvrage consultable : target= “_blank”>http://books.google.fr/books?hl=fr&lr=&id=0-SopGbRjRsC&oi=fnd&pg=PA5&dq=ouvrage+sur+histoire+de+la+comptabilit%C3%A9&ots=p6-gSWPtZ0&sig=0Jx4Ok6i3xguoDPlUm2qPh2_k20#v=onepage&q=ouvrage%20sur%20histoire%20de%20la%20comptabilit%C3%A9&f=false.

5. Simon Alcouffe, (2003) « La Recherche et les innovations managériales en comptabilité et en contrôle de gestion : proposition d’un modèle théorique intégrant les perspectives de diffusion, d’adoption et de mise ne oeuvre de l’innovation », http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/58/78/23/PDF/Alcouffe.pdf.

6. Comme le rappellent François Engel et Frédéric Kletz (2007), dans leur ouvrage initiatique sur la comptabilité générale, il s’agissait à l’origine de trouver le moyen de suivre sur un compte le flux des biens entrants et sortants afin de garder trace des échanges. La comptabilité était alors l’affaire des propriétaires terriens, des marchands, des administrateurs des temples, des banquiers, et plus près de nous, des commerçants de la fin du Moyen Age et de la Renaissance. Ce sont les intendants qui ont eu pendant longtemps la charge de la comptabilité chez riches ; en étaient le plus souvent leurs esclaves, certes érudits mais esclaves tout de même. François Engel, Frédéric Kletz (2007), Comptabilité générale, Presses de l’École des Mines. Ouvrage consultable : http://direns.mines-paristech.fr/Sites/ComptaG/co/comptagenerale_ULcg01.html.

7. Colloque international ISEG Group qui s’est déroulé à la Maison de l’Europe à Paris le jeudi 11 avril 2013.

8. Pascal, Pensées 294 (1re partie, chap. De la justice. Coutumes et préjugés).

9. Montaigne, Essais, livre II, ehap. xn ; éd. Lefèvre, 1823, t. III, P, 304.

10. On notera qu’avant d’être un roman éponyme de la vaste Comédie humaine de Balzac, l’ouvrage parut dès 1830, sous le nom de « L’usurier », puis dans le Journal « Le Voleur », en 1830 !

n°285-286 – « Un trait d’Union ! »

« Un trait d’Union ! »

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

Au moment où de nombreux signes laissent à penser qu’enfin, notre plus fidèle ennemi, songe à prendre le large en bénéficiant de son insularité, la plus ancienne des revues francophones académiques de gestion, décide de tenter un « trait d’union » en publiant, pour la 1re fois un cahier en langue anglaise, consacré justement à « cultures and management ».
Il faut bien reconnaître que l’utilisation par l’anglais de ces deux mots d’origine latine ne peut qu’inciter à se laisser convaincre.

Le numéro précédent (284) était une porte ouverte sur la « philosophie et le management », ce numéro (285-286) ouvre une deuxième et certainement pas une seconde, porte culturelle.

J’ai tenu à ce qu’elle prenne tout son sens en enserrant ce cahier anglais, de deux dossiers où les Hommes (sans « écriture inclusive ») sont au centre des réflexions comme cela devrait l’être dans toute action humaine : « Hommes et entreprises » et « les commerces et les hommes », petit clin d’œil au magazine des anciens élèves d’HEC.

Ce cahier en langue anglaise, je l’ai confié à une femme, Mounia Benabdallah comme rédactrice en chef invitée car elle a su proposer un trait d’union entre les deux rives de la Manche ou de l’Atlantique, par la langue, mais aussi, entre les rivages lumineux de la Méditerranée. Les six articles proposés le sont au bout de la sélection assez impitoyable et longue de La RSG. C’est la cause de nos retards à publier, fréquents.

L’évaluation des papiers, avec une triple sélection constitue notre originalité. Elle est le gage que nous respectons les canons de la recherche, la vraie, pas la publiométrie.

Cette dernière est appelée à court terme à faire « flop », comme toutes les bulles malsaines. Ne dit-on pas en langage boursier : « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel ! Il y a 10 ans tout juste dans un éditorial sur la crise financière que nous pensions, mieux que les Attali, Minc et autres, devoir advenir , « la banqueroute est au coin de la rue », nous évoquions déjà cette vérité cousue au coin du bons sens[1] .

La faute par excellence, depuis l’ὕϐρις (hybris) des tragiques grecs, la démesure,  toujours et sans cesse recommencée, amène les idiots utiles de toutes les collaborations, de tous les colonialismes, de tous les renoncements à chercher à inventer des tabourets pour essayer d’être enfin, un peu, quelque chose, puisqu’être quelqu’un leur est définitivement fermé.

Les classements, les rankings, les awards sur tous les sujets, les records, mêmes les plus stupides qui ravalent parfois l’homme à la bête, sont ces choses inutiles et dangereuses qui servent de tabourets pour ceux qui s’adjugent un pouvoir de classer les autres !

Tant que comme l’enfant, nous n’ouvrirons pas les yeux pour dire tout simplement « le roi est nu », nous continuerons, comme des sots à faire la cour ou à révérer ces monstres de vacuité que sont ces différentes « agences ou officines de notation » dont quelqu’un enfin posera t’il la question de leur légitimité.

On enseignait jadis dans les écoles publics de la République, cette célèbre réplique du vigoureux comte Adalbert de Périgord à son nouveau roi Hugues Capet « qui t’a fait roi ? »

Il manque à ce temps pas mal de vigueur et de courage !

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[1] « La banqueroute est au coin de la rue ou les arbres ne montent pas jusqu’au ciel ! » du n° 224-225, mars-juin 2007, pages 5 à 8,

n°284 – « Que personne, parce qu’il est jeune, ne tarde à philosopher… »

« Que personne, parce qu’il est jeune, ne tarde à philosopher, ni, parce qu’il est vieux, ne se lasse de philosopher  »

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

« L’animal homo sapiens aurait cessé d’exister, s’il n’avait pas créé en même temps, à travers je ne sais quel processus, probablement une sorte de processus de sélection néo-darwinienne, quelque chose de radicalement nouveau dans tout le domaine naturel et biologique, à savoir la société et les institutions. Et l’institution impose à la psyché la reconnaissance d’une réalité commune à tous, régulée, n’obéissant pas simplement aux désirs de la psyché[1].

Comme toutes les sciences qui s’intéressent aux communautés humaines, la gestion (ou le management) n’est pas exempte de s’interroger sur son propre construit social et ses valeurs. Tout comme « l’homo economicus », cher aux néo-libéraux est un mythe, hélas toujours révéré par quelques idiots utiles parfois encore proches du pouvoir, il existe bien une mythologie ou des postulats en management comme James G. March [2] l’a fort bien démontré dans son excellente métaphore avec le Don Quichotte.

Dans ses enseignements, il démontre bien que le manageur ne peut pas, et loin de là, se contenter d’apprendre les techniques de gestion. Il doit se confronter aux questions fondamentales de l’existence, et celles-ci sont mieux abordées dans les grandes œuvres de la littérature que dans les manuels de gestion. Ainsi, la lecture de Guerre et Paix et de Don Quichotte permet-elle de développer une capacité d’appréciation critique qui complète les techniques.

Comme dans toute organisation politique, les cadres dirigeants rencontrent des dilemmes moraux liés au pouvoir, des questions d’équilibre entre la vie privée et les devoirs publics, entre l’habileté et l’innocence, entre la diversité et l’intégration, entre l’ambiguïté et la cohérence, entre l’expression de la sexualité et son contrôle. Ils doivent considérer les moyens d’encourager l’exploration d’idées déviantes souvent mauvaises et presque toujours inefficaces à court terme, mais qui permettent à l’organisation de s’adapter à un environnement changeant et de surmonter les crises.

Face à l’hostilité du monde et à l’insignifiance de leurs actions, les manageurs que nous montre James G. March ne sont pas mus par l’espoir de conséquences favorables et de récompenses mais par les plaisirs quotidiens de l’action qui leur permet de découvrir, d’affirmer et de faire partager une identité et une interprétation du monde enthousiasmantes [3].

C’est aussi la pensée d’un philosophe contemporain François Jullien lorsqu’il constate que « l’efficacité est d’autant plus grande qu’elle est discrète. Le sage transforme le monde parce qu’il laisse émaner de sa personnalité, de jour en jour, de proche en proche, sans avoir à se faire valoir ni à se poser en exemple [4] ».

Les 10 et 11 mai 2016 se tenait à Metz, le 4e Congrès Philosophie(s) du Management à l’ESM-IAE sur le thème « Management et philosophies de l’Antiquité ».

Parce que notre revue est curieuse de tout ce qui concerne les sciences de gestion et cela depuis plus de 52 ans, nous avons tout naturellement répondu très favorablement aux organisateurs et accepté de publier dans nos colonnes les meilleures communications.

Le Comité scientifique du colloque et nos évaluateurs, rappelons que seule de toutes les revues, nous procédons à 3 évaluations dont au moins une par un spécialiste qui n’est pas hexagonal, ont retenu 7 des 75 communications qui ont été présentées…

Qui dira plus sélectif dans ce monde du classement où la légitimité des institutions qui s’autorisent à classer les autres est plus qu’à démontrer… et il n’y a pas que Shanghai !

Pour introduire ce numéro spécial enchâssé dans La RSG, et en partenariat avec notre consœur la RIPCO [5], nous avons confié à Baptiste Rappin le soin de l’orchestrer.

Pour commencer, nous avons souhaité intégrer trois articles initiaux à cette thématique :

  • une réflexion très actuelle sur « reconnaissance de la propriété intellectuelle des enseignants-chercheurs » se complète
  • d’une étude de « l’impact de l’acculturation sur le changement de matérialisme » et s’achève
  • par une analyse éthique sur les déterminants de la communication responsable sur internet… pour les entreprises françaises.

Défendre une autre idée de la publication en management et son excellence, la vraie, pas celle de la bibliométrie et quelqu’autre re-construction du gigantisme de l’Armée rouge au nom de l’insertion dans des classements bidons, est bien notre « génome » !

Empruntons encore au philosophe et sinologue qu’est François Jullien, la morale de ce numéro lorsqu’il répondait à une question de journaliste : « « D’autre part, « défendre », je l’ai dit, s’entend de façon active. Y compris sur des points qui paraîtront minimes : le subjonctif, la classe de philosophie et le latin. On a abandonné le latin et le grec par paresse et complaisance idéologique. Pourtant, il y a là une ressource essentielle, qu’on a expérimentée aussi en banlieue. L’épreuve de philosophie au bac me paraît aussi ressource. Non au nom d’une singularité française mais parce qu’apprendre à disserter, en envisageant le pour et le contre, forme à la citoyenneté. Une ressource n’a pas besoin d’être vantée, elle se mesure au profit que l’on peut en tirer. »

Décidément, avec Aristote, nous pouvons conclure « s’il ne faut pas philosopher, il faut encore philosopher [6] ».

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* Épicure, Lettre à Ménécée (122) : Μήτε νέος τις ὢν μελλέτω φιλοσοφεῖν͵ μήτε γέρων ὑπάρχων κοπιάτω φιλοσοφῶν. ; Ἐπίκουρος ; ΕΠΙΣΤΟΛΗ ΠΡΟΣ ΜΕΝΟΙΚΕΑ.

[1] Cornélius Catosriadis (1986), Les carrefours du labyrinthe II, Le Seuil, 1986, p 40

[2] James G. March. (1999), Les mythes du management », Gérer et comprendre, n°57, p. 4-12.

[3] Thierry Weil (2004), Le leadership dans les organisations : Un cours de James March, préface de JC Thoenig, Les presses de l’Ecole des Mines de Paris

[4] François Jullien, (1992), La Propension des Choses, Paris, Le Seuil, 320 pages

[5] Revue Internationale de Psychosociologie et de Gestion des Comportements Organisationnels

[6] [pour démontrer qu’il ne faut pas philosopher]. Protreptique, Frag. 2 Ross

n°283 – « Gouverner, c’est prévoir ! »

« Gouverner, c’est prévoir ! »

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

Tout le monde connaît ou presque cette maxime ! Peu sans doute savent qui en est l’auteur. Il mérite pourtant notre reconnaissance en cette période où s’affrontent en France presqu’une demi-grosse de candidats dans une imprévisibilité de destin que même les nombreuses manipulations des officines sondagières n’arrivent pas à clarifier.

Il ne sera pas indifférent à nos lecteurs de savoir que l’auteur, surnommé le « Napoléon de la presse » par son idée géniale de créer « La Presse » en 1836, avait commencé par un titre, ô combien évocateur en ces temps de campagne : « Le Voleur » !

Ce journal fondé sur « l’emprunt des articles » à d’autres, aurait convenu à nombre de nos contemporains supposés « penseurs », qui, comme Attali, Minc et consorts sortent volontiers à l’occasion de la campagne présidentielle française, comme de nouveaux Hippias, cet « homme pour qui la vérité ne compte pas[1] ». Leur fonds de commerce qui les rend si « bankables » pour nombre de chaînes d’« Info », mais aussi d’antennes, jadis sérieuses, toutes emportées qu’elles sont par la recherche de ce nouvel animateur de plateau qu’est « l’expert », leur permet de distiller la vacuité intéressée de leurs propos, ceux en tout cas qu’ils n’ont pas plagiés.

« La Presse » donc, domine alors ses concurrents car proposée à demi-tarif, déjà le low cost, elle est financée par la publicité introduite alors et, pour fidéliser les lecteurs, des romans-feuilletons écrits par (excusez du peu !) : Balzac, Dumas, Lamartine, Théophile Gautier ou George Sand.

Cet entrepreneur de presse est aussi un homme d’honneur, – ce qui n’a plus guère cours. Attaqué de toutes parts et notamment sur ses origines, par la gauche d’alors, « les républicains », il se bat en duel contre le directeur du « National » dont le nom n’est passé à la postérité que du fait d’avoir été blessé mortellement à cette occasion et que nous ne retiendrons donc pas !

Parmi les calomnies qui s’étaient répandues sur lui, une, entre autres, mérite notre attention. En effet, son élection de député avait été contestée à cause de sa naissance illégitime qui n’en faisait pas aux dires de ses détracteurs républicains, un « français » à part entière ! Moderne interrogation qui surgit toujours dans nos débats pour les rabaisser et nous confirme que l’instrumentalisation de la justice et les attaques ad hominem, ne sont évidemment pas propres à notre époque et ne signifient donc pas une dépravation plus grande de nos mœurs actuelles.

Seuls, les tenants de la videocrazia qui n’est hélas pas le propre de l’Italie berlusconienne, peuvent sentencieusement parler d’éthique, le grec fait souvent plus savant que le latin, pour masquer leur parfaite ignorance du passé et de ses faits. Tous ces fameux imbéciles qui pensent que le monde commence avec eux puisqu’ils en ignorent l’histoire.

Né comme Victor Hugo, « ce siècle avait deux ans », Émile de Girardin, puisque c’est de lui dont nous parlons, peu politisé au fond, épouse par la suite, la cause républicaine. Créateur notamment du « Petit Journal », titre toujours évocateur, il s’éteint le 27 avril 1881, quelques mois avant que cette grande loi du 29 juillet n’instaure, même si elle a subi depuis de graves atteintes, la liberté de la presse en France !

La Revue des Sciences de Gestion s’inscrit dans cette organisation de la presse à laquelle elle appartient de plein droit puisqu’elle en respecte les règles. Certes, elle n’est pas un organe de presse politique au sens, le plus basique, celui que de petits comptables ministériels serviles veulent imposer. Ils aiment tant tout catégoriser pour introduire de fait, une nouvelle censure rampante, qui est le classement de la presse à partir du fond des articles.

N’ont-ils pas poussé leur vergogne ignare jusqu’à refuser de reconnaître qu’à côté de la presse d’information politique générale (IPG) sous perfusion permanente de fonds publics de la part des politiques dont elle nous abreuve des moindres faits et gestes, il y a bien une autre presse une presse soucieuse non pas de l’éphémère, mais de durable.

En effet, le 15 juin 2016, « après six mois de tergiversations stériles, le ministère de la Culture (nom bien usurpé en ces temps) et de la Communication s’apprête, en violation des engagements pris, annoncés et solennellement entérinés en Conseil des Ministres, à ne pas reconnaître la presse « de la Connaissance et du Savoir[2] ».

La connaissance et le savoir, ces deux grandes valeurs jetées aux orties « pour cette mascarade qui bafoue l’autorité publique en dilapidant l’argent du contribuable versé aux propriétaires mécènes de titres qui s’adressent au très cher citoyen électeur[3] ». Voilà bien un manquement à ses engagements qui en préfigure d’autres du Premier ministre d’alors !

Il est vraisemblable aussi qu’à l’ENA, comme dans bien des endroits du pouvoir, on a oublié si jamais on l’a su, qui peut bien être « la mère des arts, des armes et des lois » et que du Bellay en fut son chantre !

Le fait que LaRSG se rattache à cette presse-là et que par là, elle se distingue ainsi des innombrables revues liées à des associations, fondations ou autres officines, n’a pas d’importance non plus pour d’autres trissotins plus ou moins officiels, ceux de « la piste aux étoiles[4] ». C’est pourtant là encore, une grossière erreur, née de leur ignorance du monde des entreprises. Ces béotiens qui s’intitulent « gestionnaires », mais surtout se targuent d’être les évaluateurs reconnus de la qualité de la publication en gestion, ne comprennent pas qu’être juge (c’est-à-dire une structure publiant une revue…) et partie (c’est-à-dire une des revues qu’on évalue) pose un sérieux problème éthique et de crédibilité pour toute la recherche française ! La qualité d’entreprise de presse nous confère cette indépendance qu’ils ne peuvent avoir, outre le fait qu’elle nous apporte de plus, un peu d’expérience en gestion d’entreprise ! Pour en parler c’est souvent mieux !

Voilà pourquoi, Émile de Girardin, par sa vie et son œuvre d’entrepreneur de presse, au service des idées, nous paraissait mériter qu’on en parlât en ce premier numéro de 2017. En cette année électorale, c’est la temporalité de fournir des informations aux lecteurs pour les mettre au même niveau de connaissance. C’est, dans ce numéro le questionnement sur le gouvernement des entreprises et les méthodes de recherche de partenaires et de coopérations qui sont nos dossiers de fond et sont notre référence durable. Information et formation, les deux axes de la « connaissance et du savoir » qui induisent la démocratie

Ajouter :

  • que Girardin fut un adversaire de Guizot, celui du fameux « Enrichissez-vous par le travail et par l’épargne », incarnation de cet orléanisme louis-philippard, qui sans cesse tente de revenir « vêtu de lin blanc et de probité candide[5]  »,
  • que ce « conservateur » fut également le seul, en février 1848 à proposer que la femme puisse être chef de famille (ce qui avait pour effet de supprimer la bâtardise) et à réclamer l’égalité civile des femmes et leur droit de vote, ce que Radicaux et Républicains (leurs héritiers actuels oublient bien de le rappeler) refusèrent constamment !
  • que cet homme d’entreprise était favorable à l’impôt sur le capital, comme une « prime d’assurance proportionnelle à la valeur du capital détenu », plaidait aussi pour l’instauration des congés de maladie, la retraite des travailleurs et la journée de travail de huit heures !
  • enfin que bien avant beaucoup, « Émile », du nom de son premier « best-seller » a prôné l’abolition de la peine de mort, des travaux forcés, de la déportation et de la prison…, n’est pas sans nous déplaire !

En 1995, autre année qui nous paraissait importante en ce qui concerne la fin d’un cycle politique puisque François Mitterrand quittait l’Élysée après deux septennats, nous avions rencontré alors chacun des candidats putatifs à l’élection présidentielle et avions recueilli leurs réponses à nos questions[6].

L’entrée dans la temporalité électorale se fait indirectement cette année qui nous paraît aussi celle d’un changement de cycle politique. Poursuivant donc notre cheminement pré-électoral, comme dans le dernier numéro de 2016, nous avons ouvert nos colonnes à des questions posées aux candidats par des acteurs originaux. Elles nous semblaient en effet suffisamment solides pour intéresser nos lecteurs. Ce sont celles qu’oublient les médias de cette presse IPG[7], si chère aux politiciens de tout poil comme on la vu plus haut, qui évitent au maximum de traiter du fond tant ils pensent leurs lecteurs/auditeurs/téléspectateurs incapables d’en comprendre le sens !

« La place de l’Union européenne dans le monde », réflexion de fond que nous propose avec sa grande connaissance du continent de l’Atlantique à l’Oural, Claude Martin ouvre ce numéro composé de deux dossiers : « Gouvernement d’entreprise » et « partenaires et coopérations ». Ils s’inscrivent bien dans cette logique sans épouser jamais l’évanescence de l’actualité.

Les systèmes nationaux de gouvernance, la gouvernance de l’entreprise et le « contrôle inter-organisationnel », l’évolution du rôle du conseil d’administration dans les mutations du capitalisme et une analyse de débats bien actuels sur la diversité de genre mesurée dans les organes de direction des grandes entreprises belges constituent ce premier dossier.

Le deuxième réunit plusieurs approches partenariales autour d’exemples : les négociations collectives, les coopérations dans les réseaux de santé gérontologiques avant de traiter de ce secteur de l’ESS que sont les coopératives avec leur rôle dans le processus d’appropriation de la RSE dans le secteur végétal que précède une analyse de la stratégie entrepreneuriale d’une petite cave coopérative vinicole !

Nous n’imaginons pas que les candidats, pris par leur campagne liront le moindre de ces articles, mais l’espérance qui nous anime nous fait penser que malgré l’extrême médiocrité de la réflexion politique (à quelque exception près, notamment chez quelques (petits) candidats) quelques-uns de leur entourage pourront enfin y puiser quelque enseignement à mettre en œuvre pour sortir notre société de la fange où on l’a menée.

Un brillant et très éminent membre de l’Académie des Sciences morales et politiques qui fut mon professeur en Sorbonne, m’a écrit que « nos dirigeants auraient intérêt à lire (notre) revue » tant il « craint une catastrophe en 2017 ! »

Puisse ce grand homme de science et de culture être entendu !

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[1]. Henri-Irénée Marrou (1954), De la connaissance historique, Éditions du Seuil, Paris, p. 221).

[2]. Newsletter FNPS du 20 juin 2016 / Catégorie de la presse du savoir et de la connaissance.

[3]. Christian Bruneau, Président de la FNPS, 17 juin 2016.

[4]. Gérard Charreaux et Michel Gervais, (2007), Editorial : La « piste aux étoiles » – un commentaire sur le dernier classement des revues élaboré par la section 37 du CNRS. https://www.researchgate.net/publication/4874819_EditorialLa_piste_aux_etoiles_-_un_commentaire_sur_le_dernier_classement_des_revues_elabore_par_la_section_37_du_CNRS.

[5]. Victor Hugo, Booz endormi.

[6].  Philippe Naszályi (1995), entretiens avec : Jacques Chirac, Édouard Balladur, Lionel Jospin, Robert Hue, PCF, Jean-François Hory, Radical, Arlette Laguiller, Lutte Ouvrière, Jean-Marie Le Pen, Front National, Philippe de Villiers, Mouvement pour la France, Antoine Waechter, écologiste ; direction et gestion des entreprises n°150-151, (novembre 1994-février 1995) pp. 7-52.

[7]. http://www.humanite.fr/medias/la-presse-ipg-vient-de-creer-son-association-496722.

n°281-282 – Innovation(s)

Innovation(s)

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

L’innovation est au cœur de la vie des entreprises comme des sociétés. Elle n’en demeure pas moins fort difficile à définir comme le souligne notamment Claude Rochet (2013) en présentant les derniers développements en théorie de l’innovation à partir du programme canadien de recherche Management of Innovation in the New Economy (MINE) dirigé par le professeur Roger Miller[1].

Ce numéro situe les exemples d’innovation présentés dans un écosystème où la puissance publique est loin d’être absente. En cette période où la France, entre dans une période électorale de première importance, il nous a paru logique de nous faire l’écho des questionnements légitimes qu’entrepreneurs, chercheurs, enseignants posent au monde politique. Ainsi, et en premier lieu, j’ai limité cet éditorial introductif pour laisser place (page 2) et ainsi montrer ma solidarité à l’appel que fait l’AFEP (Association Française d’Économie Politique) pour qu’(enfin) en France, on reconnaisse le pluralisme en économie !

Notre revue depuis son origine et plus encore sous mon impulsion, a toujours pensé que les doxa quelles qu’elles soient, ne sont que des vérités temporelles car en recherche et surtout en science humaine, il n’y a pas de vérité intangible ! Il ne peut non plus y avoir de progrès et donc d’innovation sans une remise en cause permanente des concepts admis. Cela a été vrai du modèle communiste, cela est vrai aussi du modèle « néo-libéral » dominant. Voir un certain nobélisé (avec les limites qu’on connaît à ce pseudo prix Nobel) s’ériger en « Grand Inquisiteur », et qui pis est, être écouté des Gouvernants actuels, pour pourfendre les doctrines économiques hétérodoxes, montre à tous que le péril est grand et l’obscurantisme toujours devant nous. Rappelons que la science n’est pas affaire de majorité, sinon Galilée comme Pasteur auraient eu tort !

Toujours cohérents avec ce pluralisme que nous revendiquons, nous offrons (pages 73-74) au Président-fondateur du cercle Turgot, une tribune libre pour le président attendu… Enfin, et particulièrement liés à notre sujet dominant, nous relayons (page 22) l’appel à candidature du RRI (réseau de recherche en Innovation) et (pages 75-76) les « 7 questions fondamentales sur l’Innovation aux candidats à l’élection présidentielle » posées par le très nouveau et considérable « Collectif innovation 2017 ». Laissons au Général de Gaulle, « un homme qui n’appartient à personne et qui appartient à tout le monde[2] », le soin de conclure sur les enjeux de notre époque : « Culture, science, progrès.

Voilà ce qui, à notre époque au lieu des rêves de conquête et de domination d’antan, appelle et justifie les ambitions nationales. Voilà sur quoi doivent se rencontrer les peuples d’où procède la civilisation moderne ». C’était en 1966, à l’Université de Moscou[3], et cela, est toujours d’actualité !

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[1] Claude Rochet (2013), L’innovation dans l’innovation : De Schumpeter 1.0 à Schumpeter 3.0, Conférence à IONIS Business School, 16 avril 2013.

[2] Conférence de presse du 19 mai 1958, Palais d’Orsay.

[3] Discours à l’Université de Moscou, 22 juin 1966.

 

n°280 – Sécurité

Sécurité

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

La sécurité est l’une des six fonctions qu’Henri Fayol dans son ouvrage fondateur et toujours fondamental du management[1] tient à définir.

Revenir aux principes et à leur origine est toujours une opération profitable en toute science, car cela secoue la poussière des études accumulées. « Le levier le plus maladroit pour nous aider à soulever des faits aujourd’hui accumulés vaut mieux que rien, car il nous rend maître de ces faits et non leur esclave »[2]

En effet, si nous sommes bien ces « nains juchés sur les épaules de géants », regarder sur quoi s’appuient ces fameux géants, peut éviter de s’effondrer en ayant pris un géant pour un de ces nombreux colosses au pied d’argile  du prêt-à-penser médiatico-économique…

Ainsi pour réaffirmer cette lutte constante contre ce qu’il faut bien appeler la « médiocratie » selon l’excellent ouvrage du philosophe Alain Deneault[3] et laisser à d’autres, l’office de thuriféraire, que nous présentons une analyse à trois voix, d’un livre à la mode, celui de Jean Tirole (page 101). Cela précède nos habituelles chroniques bibliographiques.

Sécurité : La sécurité « des biens et des personnes »,  s’exprime parfaitement dans ce numéro où finance et organisation recouvrent les réalités actuelles de cette fonction qu’H. Fayol fait remonter en quatrième position dans l’ordre des fonctions de la version définitive de son ouvrage de  1916.

L’expérience nous montre que la sécurité, en ces périodes troublées et dans cet environnement turbulent ; si l’on ne parle que du monde des affaires, doit être une priorité pour les chefs d’entreprise, notamment dans le domaine en plein développement de la cybercriminalité.

Les cinq articles qui constituent le 1er dossier : Sécurité en finance : information et développement entendent rappeler que la sécurité n’est plus seulement affaire de police ou d’armée, mais est un facteur fondamental du développement (OCDE, 2001)[4].

  • « Les déterminants du recours à la divulgation volontaire d’informations dans les états financiers au format XBRL » par Pierre Teller, Dominique Dufour, Philippe Luu et Éric Séverin ouvrent une voie conceptuelle originale, fondée sur un échantillon de 2 924 entreprises.
  • François-Éric Racicot, Raymond Théoret et Christian Calmès s’interrogent « sur les mesures qui doivent donc être mises en œuvre par les autorités des marchés financiers aux Etats-Unis et au Canada pour revigorer la titrisation afin de diminuer la procyclicité de la croissance du crédit ».
  • L’article de Jonathan Bauweraerts et Julien Vandernoot pose une question bien actuelle qui est celle de la fiscalité des entreprises. Un colloque sur la sécurité fiscale organisé par Fondafip (Fondation internationale de finances publiques) s’est d’ailleurs tenu au ministère des finances et des comptes publics à Bercy, le 13 avril 2015 sous le haut patronage du ministre des finances et des comptes publics. Il y a été constaté que  le monde comptable n’a pas la parole dans les contrôles fiscaux alors que la comptabilité se complexifie et s’internationalise. L’étude qu’ils ont  faite entre 2002 et 2010, de 215 entreprises belges, « non cotées mettent en évidence une relation positive entre le caractère familial et le niveau d’agressivité fiscale ». Elle apporte en outre une appréhension de la stratégie des entreprises familiales qui manquait à leur compréhension fine.
  • Le « Cadastre de la présence des investisseurs institutionnels en Belgique : le cas des petites et moyennes capitalisations » que font Maxim Allart, Carole Monaco et Alain Finet est exemplaire de la sécurité ou de l’insécurité de la propriété capitalistique des PME belges du fait  notamment de l’arrivée massive de fonds de pension.
  • Cécile Bredelet et Améziane Ferguène achèvent ce dossier en nous amenant sur le continent africain, mais à une faible encablure de l’Europe. « Trois projets menés au Maroc de 2006 à 2011, et fondés en partie sur le microcrédit, offrent l’opportunité d’étudier la pertinence de cet outil». Insécurité de l’extrême pauvreté et développement du territoire sont les enjeux de cette étude nuancée.

Dans le 2e dossier : Sécurité en organisation : image et psychologie,  nous avons voulu marier les ressources humaines et le maniement des hommes par et pour le marketing. Ce n’est évidement pas notre conception, mais c’est à coup sûr un élément à prendre en compte et à étudier.

Dans un article fort original qui ouvre ce dossier, Christian Everaere s’interroge pour savoir «pourquoi le groupement d’employeurs, cette forme d’emploi atypique sécurisante est-elle si marginale? » en France.

  • « Les antécédents psychologiques de l’attitude à l’égard de la promotion des marques de luxe » étudiés par Mouna Damak Turki,
  • « L’influence de l’image du magasin et des types de marque de distributeur sur le capital marque : » pour les produits alimentaires en France durant la période de crise que décrivent Joseph Kaswengi et Andry Ramaroson
  • et l’« impact de l’ambivalence du style nostalgique sur l’efficacité publicitaire » que Wiem Berrabah et Samira Zine-Danguir sont allées chercher à partir d’une enquête faite sur Facebook, apportent ensuite trois visions de la psychologie des hommes et femmes. Ils constituent une étude anthropologique dans la logique de la méthode comparative « qui ne consiste pas à collationner sans règle le plus grand nombre possible d’observations, mais à vérifier des hypothèses précises à l’aide d’observations choisies selon un protocole rigoureux »[5] car ces échantillons visent à installer une représentation de la diversité culturelle anthropomorphique.

Doit-on y voir aussi une illustration d’un propos du recteur de l’Université de Montréal, qui a affirmé sur le ton de l’évidence à l’automne 2011 que « les cerveaux doivent correspondre aux besoins des entreprises. » [6]? Patrick Lelay, patron de la première chaîne de télévision française voulait déjà en 2000, formater les cerveaux humains pour consommer du Coca-Cola. [7]

L’université rejoignant l’idéologie manipulatrice mercantile, voilà qui peut donner lieu à de nombreux débats et être une «  bien sinistre preuve qu’une pensée innovatrice et un zèle total pour l’étude ne sont pas toujours essentiels pour nos universités »[8]. Intéressant débat mais qui n’est pas le sujet de ce numéro.

Toutefois, l’on ne peut oublier que le principe de tous ces classements universitaires, dont l’un des plus nuisibles, parce qu’il est inutile et inadapté, celui de Shanghai, n’est pas pour rien dans cette dérive morale de ces « médiocrates – intellectuels, journalistes et communicants[9] » et maintenant universitaires que nous réprouvons.

« Il semble que le principe de la subordination de l’intérêt particulier à l’intérêt général ne devrait pas être rappelé. Il y a cependant une lutte continuelle à soutenir pour le faire respecter », décidément l’Henri Fayol  de 1916 est bien toujours d’actualité !

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[1] Henri Fayol, (1916), Administration industrielle et générale- Prévoyance, Organisation, Commandement, Coordination, Contrôle. Rééd. : Administration industrielle et générale, édition présentée par P. Morin, Paris, Dunod, 1979, 156 pages.

[2] Arthur-Maurice Hocart (1935),  Le progrès de l’Homme, éditions Payot, page 10.

[3] Alain Deneault (2015), La Médiocratie, édition Lux, 224 pages

[4] « 1. La sécurité en tant que facteur de développement », Revue de l’OCDE sur le développement 3/2001 (no 2), p. 137-152 -URL : www.cairn.info/revue-de-l-ocde-sur-le-developpement-2001-3-page-137.htm.

[5] Lucien Scubla (2005) « Préface » à  A.M.Hocart, Au commencement était le rite, De l’origine des sociétés humaines, La Découverte, MAUSS, page 30.

[6] Cité par Alain Deneault, http://www.telerama.fr/idees/en-politique-comme-dans-les-entreprises-les-mediocres-ont-pris-le-pouvoir,135205.php

[7] Patrick Lelay, PDg de TF1, The digital Deluge, « The Harold Innis lecture », Innis College, Université de Toronto, 16 novembre 2000, cité par Mario Cardinal : Il ne faut pas toujours croire les journalistes, Bayard Canada, Montréal 2005, page 49.

[8] Rodney Needman (1978), « Introduction », in A.M. Hocart,  Rois et courtisans , Paris, Editions du Seuil, page 76.

[9] Eric Delbecque (2006), L’Europe puissance ou rêve français ; chronique de la guerre des mondes, Editions des Syrtes, Paris, 286 pages, page 101-102

n°278-279 – Et si l’on faisait (enfin) appel à un gestionnaire!?

Et si l’on faisait (enfin) appel à un gestionnaire !?

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

Nos lecteurs non hexagonaux pourront s’étonner de ce titre en forme d’interpellation ou d’interrogation, mais il témoigne d’un vide qui devient abyssal, devant l’absence de solution en matière de croissance et de développement de la France comme de ses partenaires européens.
Qu’on ne se méprenne pas, je n’adhère pas à cette idéologie mortifère qui fait une fin en soi, de l’équilibre des comptes à un moment donné (parfaitement arbitraire d’ailleurs, comme tout ce qui est temporel !) ou de la soumission à un pourcentage (devenu le dieu des imbéciles[1]) de je ne sais quel PIB, dont tous les experts savent, depuis belle lurette, que cet agrégat qui a succédé à bien d’autres, est approximatif et inexact.
Pas plus que je n’estime efficiente, cette dérive de la gestion publique qui institue le modèle privé comme source de validation. La finalité d’un hôpital n’est pas l’équilibre de ses comptes ; calculé d’ailleurs selon quelles bases ? La finalité d’un hôpital est d’abord de soigner efficacement les patients de son territoire. C’est évident, mais pas pour les tenants du New Public Management (NPM), cette « nouvelle forme de gestion publique basée entre autres sur une culture du résultat et l’emprunt de pratiques et d’outils issus du privé »[2].
Fondée sur des postulats faux, tordant le cou à des auteurs anciens, appelés à la rescousse pour masquer le vide théorique, évitant les faits pour ne retenir que des calculs fondés sur des bases imposées pour obtenir le résultat escompté, cette théorie, ce sophisme plutôt, détruit progressivement nos services publics, désertifie nos territoires et instaure un management suicidaire au vrai sens du terme !

C’est ce qu’il y a 20 ans déjà, j’appelais la « gestionite » avec cette formule lapidaire : « La gestionite est à la gestion ce que la démagogie est à la démocratie ! »[3]
J’aurais dû en 1996, orthographier« gestionite » avec 2 « n » pour mieux faire connaître cette maladie épidémique dont on ne se relève que très diminué…lorsque l’on s’en relève.
Des auteurs plus éminents que moi, comme Vincent de Gauléjac, en 2005, ont popularisé cette idée que la Société est malade de la gestion[4].
Ils ont aussi contribué, avec les dérives de la finance dans les organisations, à démonétiser la gestion et les gestionnaires dans une grande frange de la population, y compris savante ou prétendue telle lorsque l’on pense à la plupart des médias.
Pendant ce temps, et il n’est que d’allumer un poste de radio ou de télévision, ou de lire les journaux réputés économiques ou sérieux, les deux étant très rares les mêmes, pour se rendre compte que si les gestionnaires ne sont pas présents, ils sont largement remplacés par toutes sortes d’experts qui serinent la vulgate néo-libérale, assurés qu’ils ne seront pas contredits par les journalistes puisque ni les uns ni les autres ne savent de quoi ils parlent.

J’avais commis, 10 ans après le « gestionite », en 2006 donc, un éditorial qui se voulait un peu sarcastique en paraphrasant un homme que j’apprécie peu pourtant, « L’entreprise est une chose trop sérieuse pour être confiée à des économistes ? »[5]. Il ne s’agissait pas d’une attaque de la section 06 (gestion) contre la section 05 (économie) du Conseil National des Universités (CNU), puisque nous collaborons (sous la férule autoritaire des économistes « mainstream » cependant) dans la célèbre section 37 du CNRS.

Un vrai galimatias pour nos lecteurs étrangers !

En effet, même si comme Thierry Burger-Helmchen, nous pensons que « l’opposition entre les sciences économiques et la gestion est stupide et non productive »[6], même s’il est des domaines communs dans les deux ou trois premières années de Licence, il est aussi des spécialisations qui sont propres à chacun. Le vaste champ des organisations est celui du gestionnaire, pas celui des autres qui ignorent les règles, les pratiques, les théories qui portent cette science nouvelle qui est celle des sciences de gestion.
Si neuve même, qu’un ancien ministre du Budget, trésorier d’un grand mouvement politique et formé par une école pourtant prestigieuse et qui se targue de faire la loi en gestion dans une université en création, s’étonnait à la question que je lui posais justement sur le management public, qu’il pût y avoir des sciences de gestion !

Et pourtant, elles existent bien ! Notre revue en est la preuve depuis plus de 50 ans !

C’est pour cela que j’enrage presque quotidiennement, pour tous ces gestionnaires que je lis, que notre revue publie, de ne pas les voir traités comme des experts des organisations et des entreprises qu’ils sont, dans les médias et auprès du grand public, mais aussi de la petitesse des guerres que se livrent les différentes écoles de la gestion. Picrochole n’est jamais loin !

Je ne vois aucune émission de France-Culture voire de Canal-Académie, de France 24 ou des chaînes parlementaires confiée à un gestionnaire. Si certaines chaînes invitent un patron, un inventeur, un cadre d’entreprise, c’est pour témoigner, débattre parfois avec des syndicalistes voire des politiques, mais jamais aucun gestionnaire n’est là pour poser enfin, les bonnes questions, tirer les enseignements ou faire une synthèse.

Tout est donc toujours approximatif, inexact voire totalement erroné dans le domaine précis des organisations et de leur fonctionnement. Inviter un gestionnaire pour expliquer la loi travail vue de la part des vraies entreprises aurait gagné du temps et de l’efficacité, mais à croire que ce n’est pas ce qu’on cherche !

Prenons un seul exemple : dans un article de 2012, Thierry Burger-Helmchen, cité plus haut, publiait une fort intéressante comparaison fondée sur un échantillon d’entreprises françaises et allemandes du secteur de la mécanique industrielle de précision « pour déterminer l’impact de la consommation de services externes pour développer la capacité à innover, la qualité des produits et la performance des entreprises ». Une étude réelle de terrain qui seule permet de savoir de quoi l’on parle. Si le titre n’est pas accrocheur pour un journaliste moyen, voire moyen supérieur, la conclusion, elle, pouvait intéresser un journaliste et mêmes plusieurs, les organisations patronales si elles avaient une veille de recherche efficace, je ne parle même pas des partis politiques ou des cellules de réflexion des ministères « pondeurs » de tant de réformes sur l’entreprise…Je cite juste le début de cette conclusion pour ne pas déflorer la lecture complète ! Elle ouvre un vaste champ de réflexions sur l’organisation et sur l’acculturation différente selon les pays (on est loin du modèle unique tant prôné à Bruxelles). « Cette étude nous permet de montrer que les entreprises françaises et allemandes bénéficient toutes deux de l’utilisation de services innovants. Elles améliorent la qualité de leurs produits, leur efficacité productive et leur capacité à innover. Néanmoins les entreprises françaises profitent plus de ces services pour améliorer leurs capacités d’exploration que d’exploitation (à l’inverse des entreprises allemandes)… »[7]

Ce travail où la réalité des choses constatées est l’apport essentiel, rapproche le gestionnaire de la méthodologie de l’historien plus que de la modélisation économique. « Dans un champ où les préoccupations opératoires revêtent une importance primordiale, elle (la gestion) conduit à explorer le rapport entre la validité théorique des connaissances et l’efficacité pratique que leur application permet d’atteindre » écrivait déjà il y a près de vingt ans Elie Cohen en s’interrogeant sur l’épistémologie de la gestion[8].

Avant la théorisation et l’exposition publique, il y a le travail modeste du chercheur, pas celui qui publie à tout va pour je ne sais quelle comptabilité boutiquière bibliométrique anglophone, qui témoigne certes de publications, mais n’équivaut certainement pas à de la recherche et annonce encore moins une découverte. Il y a des experts pour cela, il suffit de siéger dans un nombre de « conseils académiques restreints » pour s’en rendre compte et constater que la médiocrité, de ce fait, préside aux carrières et ne signifie nullement une véritable recherche.

À court terme, c’est comme au XVIIIe siècle, l’effondrement intellectuel des universités françaises. C’est aussi pour tous ces politiques « pressés de faire vite », la certitude que l’intelligence déserte leurs constructions babyloniennes, mais comment pourrait-ils s’en rendre compte, puisque ne sachant pas, ils n’interrogent pas non plus ceux qui pourraient introduire le doute, le fameux doute cartésien, méthodologique, dans leurs certitudes d’ignorants !

Ce numéro apporte donc son pesant de connaissances qui pourraient être utiles à ceux qui décident. Les deux dossiers que j’ai intitulés : « satisfaire le client » et « mesures de la performance », apportent des conclusions certaines, fondées sur les réalités vécues dans les organisations.

La pluralité de leurs sujets est elle-même le signe que chacun, suivant ses appétences, peut y picorer. Encore faut-il avoir l’envie de savoir et de comprendre. « On ne saurait faire boire un âne s’il n’a pas soif » dit-on communément !

Un cahier de recherche, rattaché à un numéro de 2015 que faute de place nous n’avions pas pu publier alors, illustre notre propos et complète les deux dossiers. « Le changement de Business model : quelles conséquences organisationnelles ? » est une problématique dont les apports que constituent les différentes contributions permettent, d’apporter une réponse. Réponse modeste toujours que celle du véritable chercheur. Libéré des modèles, il ou elle sait que sa réponse est imparfaite et temporelle, c’est-à-dire temporaire ! Le chercheur interroge les faits, il n’assène pas de vérités dogmatiques et de fausses certitudes !

Oui, il y a bien raison d’interroger les gestionnaires, car ils apportent la fraîcheur sans cesse renouvelée de la véritable connaissance, celle des réalités !


[1] Olivier Geradon de Vera, ancien vice-président d’IRI-Secodip, ne disait-il pas d’ailleurs que « la moyenne est la forme la plus évoluée du mensonge ».

[2] Chappoz, Yves, Pupion, Pierre-Charles, « Le New Public Management », Gestion et management public 2/2012 (Volume 1/n°2), p. 1-3. URL : www.cairn.info/revue-gestion-et-management-public-2012-2-page-1.htm. DOI : 10.3917/gmp.002.0001.

[3] Naszályi Philippe, « La gestionite », Direction et gestion des entreprises, n°155-156, 1995, pp 6-7.

[4] Gaulejac, Vincent de, « La société malade de la gestion, Idéologie gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social », Seuil, Collection : Économie Humaine, Paris Parution 2005, 275 p.

[5] Naszályi Philippe, « L’entreprise est une chose trop sérieuse pour être confiée à des économistes ?», La Revue des Sciences de Gestion 3/2006 (n°219), p. 5-6 URL : www.cairn.info/revue-des-sciences-de-gestion-2006-3-page-5.htm. DOI : 10.3917/rsg.219.0005.

[6] Le Blog d’Olivier Rollot, 7 novembre 2014.

[7] Burger-Helmchen, Thierry, « Innovation dans les services : Différences technologiques et similarités organisationnelles dans les entreprises de mécanique françaises et allemandes », La Revue des Sciences de Gestion, 2012/5 (N° 257), pp.81-89, https://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=RSG_257_0081

[8] Cohen, Elie (1997), Épistémologie de la gestion, article 59 dans Encyclopédie de la gestion, Y. Simon et P. Joffre, Paris, Economica, page 1065.

n°289-290 – « Objets inanimé, avez-vous donc une âme »

« Objets inanimé, avez-vous donc une âme », ou Psyché en sciences de gestion

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

Faire cohabiter Lamartine avec John Venn est en quelque sorte le pari de ce numéro qui inaugure 2018. Il y a bien longtemps que les sciences de gestion utilisent le diagramme que ce mathématicien britannique mit au point et publia en 1881 [1]. Pour mémoire, et sans aucun rapport apparent, c’est cette même année que le Législateur français instituait enfin, la liberté de la presse.

Il y a malgré tout plus d’un lien entre les deux. D’abord, La RSG est, depuis sa création en 1965, ce qui en fait la plus ancienne revue académique francophone de gestion, un organe de presse. Cela en fait une rareté au milieu du paysage des autres publications.

Certains évaluateurs ont tendance à ne pas prendre en considération cette particularité lorsqu’ils s’avisent de classer les revues. C’est à coup sûr une grave méconnaissance des réalités ou plus grave, une volonté de les ignorer. Respecter depuis 52 ans les obligations qu’on exige, et de plus en plus, de la presse, est un facteur qui garantit déontologie et indépendance. Nous ne sommes pas l’excroissance plus ou moins cachée d’une quelconque institution, si honorable soit-elle. Si nous devons notre naissance en partie à l’Institut de contrôle de gestion (ICG), devenu Institut français de gestion (IFG), nous en sommes séparés depuis 1985 et sommes, fait encore plus rarissime, une société et non une association, une entreprise donc qui remplit là aussi les obligations de transparence que l’on exige d’elle.

Connaître la gestion de l’intérieur et répondre au cahier des charges de la Commission paritaire des publications et agence de presse (CPPAP) qui tous les 5 ans vérifie que La RSG est bien organe de presse, est bien notre caractère propre.

C’est cette indépendance qui amène nombre d’auteurs à nous soumettre par priorité leurs papiers pour que nos TROIS évaluateurs, dont l’un est hors de l’Hexagone, valident leur recherche. Qui d’autres ?

C’est cette volonté de qualité que nous avons imposée à toute contribution acceptée, d’être l’objet d’une double relecture pour que toutes les sources citées soient vérifiées. Qui d’autres ?

Publier à La RSG, est donc un long chemin, plus long que chez nombre de nos consœurs, et en tout cas plus difficile aussi que chez plusieurs revues anglo-américaines, dont le seul fait d’être publié en anglais, est considéré comme un critère qualifiant, alors qu’il n’est qu’un aveu de veulerie de ces classeurs. « La trahison des Clercs » n’est plus celle que J. Benda dénonçait en 1927, mais elle est toujours la tentation devant l’apparent plus puissant devant lequel s’agenouille toujours le colonisé en esprit.

C’est cette indépendance qu’en France ou hors de France, ceux qui entendent se tourner vers une recherche originale ou innovante, que demandent les institutions qui sollicitent notre partenariat pour organiser un colloque ou des journées d’études. Nous sommes parcimonieux et c’est gage de qualité pour nos lecteurs.

Nous sommes heureux et fiers, par exemple d’avoir compris avant bien d’autres, l’importance de la RSE et d’avoir été les seuls à ouvrir nos colonnes à l’ADERSE pour publier les actes de son premier congrès[2].

Indépendance et qualité sont donc congénitalement notre marque de fabrique. C’est pour cela que nous sommes toujours inquiets que l’on cherche à restreindre cette liberté de la presse déjà pas mal entamée depuis 30 ans sous des prétextes plus spécieux les uns que les autres !

Indépendance et qualité sont aussi un challenge qu’il faut relever à chacune de nos parutions et sont les épreuves qu’à l’instar de Psyché, mais sans l’aide d’Aphrodite, de l’aigle de Zeus ou de Perséphone, nous devons accomplir.

Cette parution qui ouvre 2018, placé sous le signe de Psyché, le « principe pensant » pour Aristote, confronte les sciences de gestion avec les horizons des manifestations conscientes et inconscientes de la personnalité. Ouvert par le travail sur le contrat psychologique, fondamental en RH, de François Renon et d’Anne Goujon-Belghit, chercheurs à la Chaire de Capital Humain et de Performance Globale de l’Université de Bordeaux, ce numéro présente deux dossiers thématiques : Psyché et la consommation et Psyché et la gouvernance.

Le poids des seniors grandissant en économie touristique qu’étudient Amélie Clauzel et Caroline Riché, les tensions identitaires et les stratégies de résolution des consommateurs responsables confrontés à leur comportement réel d’achat, analysées par Naouel Makaoui et Ludovic Taphanel, la mesure de l’insatisfaction des consommateurs des prestataires de formation que présente Bruno Samba, et la peur de mourir face aux médicaments contrefaits des populations à faible revenu, décrite, par Bertrand Sogbossi Bocco, sont les quatre chapitres de ce dossier constitué d’études de terrain.

La gouvernance est d’abord un terme qui nous vient de la finance. À partir d’un échantillon international de 730 banques entre 2008 et 2012, Renald Guiselin et Jérôme Maati, étudient l’influence des mécanismes de gouvernance d’entreprise confrontée aux normes de la transparence de l’information comptable. Cette compatibilité en juste valeur pourrait bien être court-termiste, c’est la question que posent Samira Demaria et Sandra Rigot. Janus, autre référence mythologique, est évoqué par Tawhid Chtioui et Stéphanie Thiéry Dubuisson, pour démontrer, à travers une revue exhaustive de la littérature, que maîtriser une organisation ne peut se limiter aux aspects formels du contrôle (hard controls). Mettre à mal la « théorie de l’agence », est le résultat d’une étude sur 300 entreprises familiales (Chypre, Égypte, Jordanie, Liban, Turquie), que présentent Catherine Mercier-Suissa, Laura Salloum et Charbel Salloum, Nous ne pouvons que nous en réjouir. Nejib Fattam et Gilles Paché à partir dans études de 47 entreprises, définissent 3 modèles d’affaires dans le cadre d’une étude des services 4PL, enfin, véritable intégration de parties prenantes logistiques. Très rare est l’analyse que fait Simon Wangani sur ces PME que sont les cabinets médicaux libéraux confrontés à la problématique de la mise en place d’un système de contrôle de gestion stratégique.

Rationalité selon J. Venn, notamment et variétés des cultures, ici symbolisés par les alphabets grecs, latins et cyrilliques, et si loin du main stream sclérosant, nous semblent résumer psyché et ses nombreuses déclinaisons en sciences de gestion.

Tout n’est-il pas symbole ?

Diagramme de Venn

[1] Venn, John (1881), Symbolic Logic, London, Macmillan and Company. ISBN 1-4212-6044-1.

[2] La Revue des Sciences de Gestion, n°205, janvier-février 2004, pages 59-142.

n°291-292 – Au service des entrepreneurs !

Au service des entrepreneurs

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

Quel est l’impact de la recherche sur les managers ? Telle était la question que cherchait à élucider l’enquête FNEGE [1] sur l’influence de la recherche en management réalisée par Michel Kalika [2], Sébastien Liarte [3], et Jean Moscarola [4], à partir de ces questions :

  • Quels sont les auteurs et les connaissances que les managers considèrent comme utiles pour leurs pratiques ?
  • Sont-ils informés sur la recherche en management ?
  • Comment et qu’en pensent-ils ?

L’étude des 1557 réponses obtenues [5], a permis d’appréhender la manière dont l’impact de la recherche est perçu par les managers.

La RSG se place en 4e position du TOP 10 des revues les plus reconnues par les entrepreneurs : pas mal pour la seule revue indépendante d’une fondation ou d’une association, et la seule gérée comme une entreprise ! L’étude ne mesure pas l’impact à l’étranger qui nous aurait renforcés encore.

Il y a plus de 10 ans, à l’occasion de la parution de la traduction française de l’ouvrage de deux professeurs de Stanford aux Presses de Harvard Business School, Jeffrey Pfeffer et Robert Sutton, nous regrettions avec le préfacier de « Hard Facts, dangerous half-truths & total nonsense » que les « pratiques managériales ne font qu’un usage très limité des connaissances accumulées par la recherche en management [6] » ?

Les choses auraient-elles donc changé et la recherche académique inspirerait-elle enfin, un peu… beaucoup ou guère, sinon pas du tout, les actions des entrepreneurs ?

L’enquête ne va pas jusqu’à apporter une réponse construite et étayée à cette question existentielle ? En effet, publier pour publier comme le souligne pour en dénoncer la pratique Sylvie Chevrier [7] qui est aussi membre de notre Conseil de rédaction, n’est ni de la recherche ni d’un quelconque apport pour la gestion des organisations… en fait, un enseignement qui « n’estoit que besterie, et leur sapience que moufles, abastardissant les bons esperitz et corrompant toute fleur de jeunesse » pour reprendre avec son style, la critique que Rabelais faisait déjà en son temps à ces connaissances hors-sol et inutiles !

Être scientifiquement promoteur et pouvoir influer le cours des activités des entreprises en inspirant les entrepreneurs, est une forme de quadrature du cercle qui nécessite sans cesse une interrogation sur le pourquoi de nos choix, sur la pérennité des articles et l’apport réel de ces contributions.

Le vrai principe n’est pas de se faire gloire d’éliminer un très fort pourcentage de propositions. C’est à la portée de tous et c’est être bien présomptueux sur son propre jugement. Partir du principe que plus que de modélisation, cette technique qui a tué la science économique, comme les sophismes dénoncés déjà par Rabelais, c’est l’approche humble du terrain qui permet, comme l’historien le fait, de fonder des connaissances et d’apporter un éclairage utile à tous, à commencer par les entrepreneurs.

Elie Cohen a déjà répondu à notre interrogation : « En fin de compte, l’affirmation de la gestion dans ses développements cognitifs, comme dans ses réalisations instrumentales est sans doute vouée à s’accomplir dans une tension permanente entre l’ambition généralisante et la recherche de relations causales stables d’une part, et le souci de prendre en compte, sinon en charge, les problèmes réels auxquels sont confrontées les entreprises et les organisations d’autre part [8]. »

Cette « tension permanente » est ce qui préside au choix de nos publications : « Avec l’apport des diverses disciplines scientifiques, et des techniques nouvelles qui en sont résultées, ces méthodes de gestion tendent à se multiplier en se spécialisant. Ce faisant, elles deviennent plus hermétiques et plus disparates.

Il est de plus en plus difficile de les relier entre elles, d’en délimiter les champs d’application, d’en apprécier les possibilités d’utilisation.

Or, tout Cadre de Direction (manager) doit être en mesure, de situer dans une perspective globale, non seulement les problèmes de l’entreprise, mais également, les méthodes permettant de les résoudre.

C’est pourquoi, il nous a paru nécessaire, à côté des revues spécialisées consacrées à ces différentes méthodes, d’offrir à l’ensemble des Cadres de Direction une publication qui en fasse une synthèse, utile également pour le spécialiste », c’était déjà le propos de notre revue lors de la parution de son 1er numéro en 1965.

Être la plus ancienne revue francophone, avoir reçu du grand universitaire et homme d’État, Raymond Barre, la qualification de « 1re revue francophone de management » oblige et fixe la ligne de crête pour « être au service des entrepreneurs ».

Voilà pourquoi exceptionnellement, à côté des recensions bibliographiques de nos collaborateurs attitrés (page 157), nous présentons brièvement en clin d’œil, un ouvrage sur le parcours de 20 entrepreneurs (page 101).

Trois dossiers thématiques entendent répondre également à cette préoccupation permanente par leur diversité et leur lien avec le terrain, d’étude, d’expertise, de synthèse.

  • « Géographie et entreprises »,ouvre ce numéro double du cœur de l’été, en privilégiant l’environnement territorial, régional voire immatériel.
  • « Collaborations et coopérations», ce dossier découle naturellement du fait des contraintes des évolutions des technologies notamment de l’information, et de la nécessaire utilité de trouver des fondements économiques et sociologiques aux défis de la mondialisation.
  • « Mesures et contrôles »,est le dernier dossier. Il aborde par des cas souvent très orignaux, une logique d’évaluation nécessaire à tout acte d’« administration » pour reprendre le vocabulaire du père du management qu’est Henri Fayol dont l’objectif était déjà de placer sa publication « au service des entrepreneurs » !

 

Notes

[1] FNEGE : Fondation nationale pour les études de gestion.

[2] Professeur à l’IAE Lyon, BSI.

[3] Professeur à l’Université de Lorraine.

[4] Professeur à l’Université de Savoie.

[5] Enquête FNEGE, menée en partenariat avec Sphinx Institute, http://www.lesphinx-developpement.fr/wp-content/uploads/2016/05/Communiqu%C3%A9_Enqu%C3%AAte_FNEGE-Sphinx-Institute_OK.pdf.

[6] Naszályi Philippe, « Faits et Foutaises dans le Management » ou « Hard Facts, dangerous half-truths & total nonsense », La Revue des Sciences de Gestion, 2007/6 (n°228), p. 5-6. DOI : 10.3917/rsg.228.0005. URL : https://www.cairn.info/revue-des-sciences-de-gestion-2007-6-page-5.htm.

[7] Chevrier Sylvie, « Publish… and perish ! », Annales des Mines – Gérer et comprendre, 2014/1 (N° 115), p. 18-21. DOI : 10.3917/geco.115.0018. URL : https://www.cairn.info/revue-gerer-et-comprendre1-2014-1-page-18.htm.

[8] Elie Cohen, (1997), Épistémologie de la gestion, article 59 dans Encyclopédie de la gestion, Simon, Yves et Joffre, Patrick (dir.) Paris, Economica. page 1059.

n°293 – Le management : une question neuve !

Le management : une question neuve !

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

«Tout comme M. Jourdain faisait de la prose, le mot d’origine anglaise, mais parfaitement inséré dans notre langue française, management, est suffisamment vaste pour qu’on puisse tous à un moment donné, le pratiquer sans le savoir. Le bien pratiquer est une autre affaire !

Qui n’a en mémoire, l’impressionnante idée d’« entreprise sans usine » du brillant polytechnicien Serge Tchuruk, qui permit à Alcatel de disparaître en tant que « leader mondial des télécoms »!

Car depuis l’américain Taylor, le français Fayol, ou l’autrichien Peter Drucker, « Pape du management », il est bien clair que le management est bien l’ensemble des processus combinant la compétence, la capacité d’innovation et une organisation du travail en fonction du facteur humain permettant de faire progresser une organisation.

POCCC : Prévoir, organiser, commander, coordonner, contrôler, symbole des fonctions du « manager », telles qu’Henry Fayol, reprises par L. Urwick, les a décrites, sont devenues classiques. On exhorte aujourd’hui les entreprises à faire preuve d’innovation en termes de management.

5, 6… 8 fonctions clés… ?

Si ces notions ont un sens et même sont pratiquées par certains grands groupes, grâce aux brillantes cohortes de diplômés de MBA qu’ils recrutent, avec les succès qu’on connait parfois, comme aime à le souligner Henry Mintzberg, qui a toujours notre adhésion, les fonctions mêmes du management sont généralement méconnues des TPE et des PME.

Le management : une question (toujours) neuve ?

Voilà pourquoi ce numéro essaie, à sa modeste place, après une remise en perspective que présente Baptiste Rappin, Brève Histoire cybernétique du management contemporain, de placer trois illustrations concrètes visant à faire comprendre la richesse du management. Grace Moussaid, publie un processus repreneurial original, celui de la veuve. Cet article passionnant est émouvant puisqu’il est aussi le dernier que notre ami, le professeur Robert Paturel, nous avait adressé avant sa tragique disparition. Deux jeunes auteurs prometteurs, formés sous le harnais de Jean-Marie Peretti, nous rappellent que le management concerne aussi les collectivités territoriales et que l’employabilité et la fidélisation des agents sont une question sensible ! Ce dossier se termine par les travaux de Joël Gouteron, en marketing, sur l’attachement ou de l’implication ?

Fidèle à notre ouverture à la recherche qui se fabrique, nous présentons dans ce numéro, un dossier sur la « gestion des réseaux » par trois contributions sélectionnées[1] lors de la 9e édition de l’International Finance Conference qui s’est tenue à l’ISC Business School[2].

Finalement le management a pour fonction de diriger : « faire avancer dans une direction précise », et gérer, c’est- à-dire direction et gestion…

Notes

  1. https://thema.u-cergy.fr/IMG/pdf/lfc9_official_program.pdf
  2. https://thema.u-cergy.fr/evenements/workshops-colloques-conferences/article/the-9th-edition-of-international-finance-conference-ifc9

n°294 – À la poursuite du management !

À la poursuite du management !

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

Une idée neuve, comme le bonheur, selon la formule de Saint-Just, remis au goût du jour par quelque révolutionnaire d’antichambre, telle est aussi, comme on l’a vu dans le précédent numéro, le MANAGEMENT.

Il nous a donc paru cohérent pour terminer l’année 2018, d’en explorer deux autres aspects afin de rester dans une démarche propédeutique.

Rappelons que pour l’essentiel des TPE et PME, le management reste une idée vague, mal comprise et parfois rejetée comme propre aux « gros » ou aux « grands » !

Telle n’est pas notre conviction et les articles que nous proposons à la lecture, permettent une grille de lecture éclairante et adaptable à toutes les organisations, petites et grandes.

Le premier dossier : Contrôle et droit des entreprises, rappelle que le droit n’est pas autre chose qu’un élément de gestion de l’entreprise, même si dans de nombreux enseignements de gestion, on l’oublie…Le droit n’est pas que l’affaire du spécialiste, et nombre d’entrepreneurs l’apprennent souvent trop tard. Ivan Tchotourian et Jérôme Turcotte, de l’Université de Laval au Canada, en décrivant « Le droit des sociétés au service d’une gouvernance d’entreprise sociétalement responsable », ne décrivent pas seulement des sociétés et un droit qui nous seraient étrangers, ils démontrent que tout cela est le fruit d’une idéologie « qu’il convient de remettre en cause pour que les entreprises de demain soient vectrices de progrès économiques, environnementaux et sociétaux. » Voilà bien un apport concret à un Débat national, aux questions biaisées de mauvais marketeurs, qui oublient, mais savent-ils réellement ce qu’est le management, les vraies questions fondées sur de vraies compétences. Emmanuel Bayo, l’un des meilleurs connaisseurs français du droit des coopératives, souvent de petites et moyennes tailles, indique que celles-ci semblent mieux résister aux défaillances que les sociétés financières, pourtant seul modèle de Bruxelles et de ses sectateurs les plus zélés. Y aurait-il des solutions de pérennité des PME qui seraient plus profitables à l’économie que celles des adorateurs du « veau d’or » du courant dominant ? Une jeune chercheuse, enfin, a le courage, en s’appuyant sur la littérature et des entretiens avec des professionnels du secteur agroalimentaire, de proposer des solutions pour une gestion durable de la chaîne logistique. Au moment où les scandales du lait, de la viande de cheval, et bien d’autres cachés ou à venir, viennent démontrer les limites de la régulation par le marché, pourtant seule solution vantée comme la panacée par des candides et sans doute beaucoup de pervers !

« Réflexions sur la prise de décision » en découle logiquement. Le management a bien pour fonction de « faire avancer dans une direction précise ». Que la planification puisse être une échelle de mesure avec son apport multidimensionnel, ou que l’africanité puisse avoir une incidence sur la prise en compte de la RSE dans la performance globale, posent des modèles et tentent d’apporter des « boîtes à outils », au manager. Deux chercheurs de cette nouvelle Lotharingie souhaitée par Charles le Téméraire (Université de Franche-Comté et de Université de Bourgogne), démontrent le rôle de l’attractivité affective du pays d’origine dans la démarche d’achat et ouvrent ainsi des pistes au marketing international ! L’histoire et les rêves territoriaux ne sont donc pas vains ! Les deux derniers articles du dossier[1], ont été sélectionnés lors de la 9è édition de l’International Finance Conference qui s’est tenue à l’ISC Business School[2] que nous présentions dans le numéro précédent, se sont parfaitement insérés. Le premier, par une étude de cas, nous apporte une vision un peu moins officielle sur l’indépendance et la compétence des comités d’audit de nombreuses d’entreprises françaises. Le second analyse le dispositif de Bâle 2 concernant la détermination du capital réglementaire des banques. Tous ces éléments qui importent à la prise de décisionhttps://thema.u-cergy.fr/IMG/pdf/lfc9_official_program.pdf.

Notes

  1. https://thema.u-cergy.fr/IMG/pdf/lfc9_official_program.pdf
  2. https://thema.u-cergy.fr/evenements/workshops-colloques-conferences/article/the-9th-edition-of-international-finance-conference-ifc9

n°301-302 – Merci à nos relecteurs, réviseurs et correcteurs ! ou Comment fonctionnons-nous

Merci à nos relecteurs, réviseurs et correcteurs ! ou Comment fonctionnons-nous

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

La crise mondiale a frappé notre publication comme tout le reste de la presse ou de l’économie.

Certes beaucoup de relations se font par Internet et le confinement qui frappait nombre de nos collègues et confrères comme nous-mêmes, n’entravait pourtant pas les liaisons, objectera-t-on !

En effet, mais notre revue contre vents et marées depuis 1965,

  • pense que la recherche en gestion n’est pas le monopole des anglo-américains,
  • refuse les contributions, qu’acceptent pourtant des revues encore francophones et souvent mieux « rankées « que nous, qui ne sont que de mauvais « remakes » souvent mal traduits d’ailleurs de pensées américanisées,
  • favorise les jeunes auteurs et les auteurs aux cultures et pratiques différentes du « main stream », et de ce fait a permis de faire émerger nombre de respectables « professeurs »,
  • ne publie pas les articles d’un soir mais une réflexion rigoureuse et durable,
  • a tenu, durant cette crise à ne pas modifier sa rigueur unique et son fonctionnement international.

En effet, rappelons-le : toutes les propositions qui nous sont adressées, sont analysées par TROIS évaluateurs dont au moins, un n’est pas hexagonal.

Après les différents échanges entre auteur(s) et évaluateurs, le texte définitif est ensuite adressé à DEUX RELECTEURS pour :

  • la langue,
  • l’orthographe,
  • la vérification de toutes les sources et références bibliographiques contenues par chaque article.

Je mets au défi les évaluateurs, rankeurs, classeurs de revues de trouver une telle rigueur ailleurs !

En effet, ami lecteur, cadre d’entreprise, chercheur, universitaire, étudiant, nous pensons que « tu » mérites le mieux !

Permettez-moi alors tous simplement de dire merci à tous ceux qui interviennent aux différentes étapes de ce processus (souvent trouvé long par nos auteurs) qui aboutit à la publication d’un numéro de cette revue qui, depuis 1965, souhaite promouvoir recherche et pratiques dans toute ce qui est le champ des sciences de gestion en toute liberté et honnêteté intellectuelle !

n°303-304 – Du scientisme à l’imposture scientifique

Du scientisme à l’imposture scientifique

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

Telle est bien ce qui marque la gestion de la crise pandémique par les autorités de santé, y compris les médecins et chercheurs embarqués dans une spirale dirigiste qui méconnait les principes de la Santé selon la définition de l’OMS, notamment en France et par les grandes revues scientifiques dont The Lancet. Voilà pourquoi notre modeste revue entend s’intéresser à la Responsabilité dans ce numéro double de l’été 2020.

La responsabilité est d’abord, personnelle et donc incessible. Elle est le fruit même de la Liberté et du discernement à l’exercer qui va jusqu’au droit de « résister à l’oppression », le quatrième de nos droits naturels depuis 1789[1], c’est-à-dire de ne pas exécuter un ordre injuste et de s’opposer même à la loi… De ce droit personnel découle bien entendu celui de l’exercice du pouvoir. C’est cette thématique qui s’illustre dans un cahier central que le Professeur Medhi Nekhili et Eric Bidet de l’université du Mans ont intitulé : « Gouvernance responsable ». « Ce que nous apprend la finance », en deux articles achève et renforce notre réflexion entamée par le premier dossier consacré aux « Organisations responsables ». En cette période où la crise économique, découlant de la pandémie, sévit, qu’il me soit permis de citer juste le premier article « consacré aux accords de Ruptures Conventionnelles Collectives ». Il allie les sciences juridiques et de gestion. Il illustre notre souci constant de ne pas nous limiter à la « gestion gestionnaire », mais de la confronter, comme cela se fait dans les entreprises, aux réalités des circonstances. Notre riche et internationale équipe d’évaluateurs a seule permis cette complémentarité des disciplines qui nous rappelle combien notre revue est estimée par les décideurs eux-mêmes[2]. C’est finalement cette renommée-là qui nous importe et nous évite comme Cyrano « d’avoir son encensoir, toujours… »

_________

1. Article 2 de la Déclarations des Droits de l’Homme et du Citoyen, 26 août 1789

2. Etude FNEGE 2016 “L’impact de la recherche en management”

n°305 – Lyssenko est de retour !

Lyssenko est de retour !

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

Il n’est pas certain que ce retour-là, contrairement au retour de Michaël, tant attendu dans la chanson de la regrettée Rika Zaraï, nous incite à chanter « alléluia[1] » ! Ceux qui lisent nos éditoriaux depuis quelques années, savent que nous ne manquons jamais de mettre en parallèle, la logique qui inspirait les régimes de derrière le « rideau de fer » et celle qui porte le néolibéralisme, plus ou moins monétariste, qui prend son inspiration en Ayn Rand (1905-1982). Le même matérialisme fondateur, tient pour rien l’Homme et ses aspirations spirituelles !

Ces derniers temps, le scientisme dont nous évoquions le retour[2] a tendance à profiter de la crise pandémique pour s’épanouir dans la caste « Mba-isée » que fustigeait H. Mintzberg et qui tient les rênes des différents états. Il faut ne rien connaître à rien pour s’étonner ou s’émerveiller qu’ils appliquent, sauf très rares exceptions, les mêmes politiques autoritaires, inspirées par la peur et la certitude d’appartenir aux « élus » puisqu’ils sont formés sur ce même modèle désincarné ! Ils se sont adjoint, depuis la pandémie, une coterie de Diafoirus, plus ou moins galonnés, parfois au passé prestigieux, mais « la vieillesse est un naufrage[3] », disait déjà le Général ! Quelques carriéristes, et ce mot est aussi bien féminin que masculin, quelques chevaux de retour, quelques « utilités » du moins pour elles-mêmes, et l’on vous bâtit un « conseil scientifique » qui va à peu près, tout dire et son contraire, depuis mars 2020, avec la docte suffisance que garantit la méconnaissance des choses et des gens !

Lyssenko est bien de retour !

Car rappelons-le, le biologiste soviétique qui inspira les théories les plus absurdes ne détruisit pas seulement la génétique soviétique et celle des malheureux pays satellites, mais il fut considéré comme un maître par nombre de sommités scientifiques en Europe de l’Ouest et tout particulièrement en France[4] ! Notre malheureux pays est donc doté d’une prédisposition naturelle à considérer que l’idéologie est plus importante que les faits ! Imposer la science prolétarienne à la science bourgeoise, c’était une belle victoire y compris au CNRS dans les années 1950. La biologie « progressiste et matérialiste », pouvait enfin triompher de la « réactionnaire », idéaliste et mystique ! Car évidemment, s’il y a victoire, il y a donc vainqueurs et vaincus ! Depuis mars 2020, nous avons tous assisté à ces débats, ces combats, ces invectives, ces condamnations définitives voire ces mises-à-mort de celui qui ne pense pas comme la meute, de ceux que l’ « on » a appelés les « experts » ! Les populations ébahies, ont ainsi découvert que le monde de la science n’est pas un long fleuve tranquille, que les « médecins » dont ils pensaient que leur premier but était de les guérir ou du moins de les soigner, ne connaissant pas ce nouveau mal, prenaient des positions très personnelles, et pour le moins, dominantes et autoritaires voire pire sur les contemporains qui les écoutaient avec stupéfaction, étonnement ou effroi. Parfois, si l’on croit les vaticinations de ces nouvelles Pythies que sont ces instituts de sondage, c’est même la soumission qui a répondu : « Punissez-moi plus, et surtout punissez plus mon voisin indocile que je vous dénonce, pour que nous soyons sauvés de ce mal » ! Encore que l’on ne soit même pas sûr que c’est « nous », mais bien plutôt « je » sois sauvé, qu’il faudrait écrire tant « la vertu d’égoïsme[5] » ou « l’égoïsme rationnel » contre « l’altruisme », qui fonde la thèse néolibérale, a façonné les modes de comportements individualisés à l’extrême par la segmentation marketing qui nous a même valu le vainqueur de la dernière élection présidentielle française. Imposer à l’autre le silence est bien ce qui prévaut et a, prévalu depuis quelques mois. La nouveauté est que cela se passe c oram populo et non plus seulement dans le silence des « labos » et le secret des salles de conseil plus ou moins feutrées des universités et institutions de recherche, où le poignard dans le dos et l’ostracisme sont depuis longtemps un jeu quotidien entre « chers collègues » ! Pour corser le tout, et pour bien ressusciter les pratiques de Lyssenko, le pouvoir politique s’est bien engagé dans cette opération où le traditionnel « caviardage » de la presse, habituel en temps de guerre, est remplacé par un matraquage gouvernemental destiné à décrédibiliser toute voix discordante ! Qui n’a pas entendu, la Porte-parole du Gouvernement ou le ministre de la Santé, user de l’argument de l’autorité sanitaire pour fustiger les porteurs de masque, qui n’a pas entendu le Directeur Général de la santé déclarer devant le Sénat que le masque en extérieur ne sert à rien, n’a pas compris combien a été instrumentalisée la connaissance scientifique pour justifier des politiques insanes. Bien plus, à l’injure verbale contre tous ceux qui estimaient qu’il existe une autre voie, s’est doublée, non pas de la conduite au Goulag, mais de l’interdiction de prescrire voire d’exercer sa responsabilité hospitalière car les laquais administratifs sont souvent plus cruels que les maîtres. Jamais, on n’avait vu un ministre s’emparer d’un article qu’il n’avait certainement pas lu, pour ordonner au Haut Conseil en Santé publique de proposer « sous 48 heures une révision des règles dérogatoires de prescription » de divers traitements comme l’hydroxychloroquine quelqu’opinion qu’on puisse avoir sur l’efficacité de ce traitement[6] ! Faire taire un confrère plus brillant que soi en se fondant sur ce qui est apparu comme une farce scientifique, aurait dû conduire le même ministre et ses affidés à la démission honteuse, mais pas si l’on comprend ce qu’est l’esprit lyssenkiste qui prévaut désormais avec le scientisme ambiant dans notre pays qui n’a rien à envier aux tentatives d’encadrer la recherche médicale qu’on a vu se développer sous Trump. La même idéologie scientiste et répressive produit toujours les mêmes politiques qui imposent au nom d’idéologies politiques, économiques et parfois religieuses, un embrigadement de la recherche, une persécution des « dissidents » et au final une forme d’arriération mentale qui ne favorise ni l’innovation, ni la science, ni le progrès humain. « Le phénomène Lyssenko est un exemple extrême de la perversion de la science par l’idéologie, souvent avec l’assentiment de la communauté scientifique. Est-il aussi certain que ce type d’événement ne puisse arriver aujourd’hui ? » est la question que posait en 2005 Michel Garbarz[7]. À l’évidence, 2020 vient de lui apporter une réponse dans le champ d’expertise qui est le sien et qui gère désormais nos vies, et même parfois nos pensées : le secteur sanitaire !

La gestion sous influence des règles et normes sanitaires, voilà bien ce qui est nouveau et devrait susciter nombre de recherches. Pour le moment, nous marquons notre résistance à la pensée serve et affirmons notre conviction que la recherche doit être libre, en consacrant le dossier liminaire qui invite à « Repenser l’organisation » et en dédiant un cahier spécial à « l’entreprise libérée ».

Repenser l’organisation avant, deviendra plus qu’un objectif à l’issue de la Crise de la Covid-19.  « Changement organisationnel innovant et institution publique » ouvre notre réflexion grâce à Laurie Marrauld, Claude Sicotte de l’EHESP et Stéphane Bourez de l’Institut Curie, et traite évidemment des systèmes de santé publique. La crownd delivery est un enjeu déterminant de l’organisation de ce dernier kilomètre avant le client final. Le confinement a rendu plus actuel encore de s’interroger sur la livraison. Cette innovation à développer, est traitée dans l’article qu’Oumalma Belhaj et Gille Paché consacrent à « une lecture collaborative de la logistique ». Repenser l’enseignement du management : 10 ans après sa publication, les Français vont-ils (enfin) lire le rapport Carnegie ? est la question que pose à juste titre Yoann Bazin aux institutions d’enseignement afin d’engager des réformes solides et d’avenir !

Remercions enfin, les professeurs Annabelle Jaouen et Sylvie Sammut de l’Université de Montpellier d’avoir animé et dirigé la publication du cahier sur « l’entreprise libérée » ! Comme elles, nous pensons que « l’adoption de l’entreprise libérée exige une transformation majeure des pratiques traditionnelles de l’entreprise » et qu’il nous faut trouver « comment l’on peut éveiller, dès les bancs de l’université ou des business schools, les futurs managers à devenir des leaders libérateurs ».

Voilà sans doute l’un des moyens d’éviter, du moins dans notre domaine, le retour de Lyssenko !


1. « Michaël », paroles et musique de Jacques Plante (1963), chanson interprétée par Rika Zaraï, (1938-2020) https://www.youtube.com/watch?v=gUYDrVzKU8k

2. Naszályi Philippe, « Au secours le « scientisme » est de retour ! », La Revue des Sciences de Gestion , 2019/2 (n° 296), p. 1-2. DOI : 10.3917/rsg.296.0001. URL : https://www.cairn.info/revue-des-sciences-de-gestion-2019-2-page-1.htm

3. Charles de Gaulle (1890-1970), Mémoires de guerre , tome I, L’Appel , 1940-1942 (1954).

4. Walter Gratzer, The Lysenko affair : the eclipse of reason, Medecine sciences : M/S 21(2):203-6, march 2005,

5. The Virtue of Selfishness: A New Concept of Egoism, 19 essais de Ayn Rand et Nathanaël Branden, 1964.

6. Tweet d’Olivier Véran : « Suite à la publication dans The Lancet d’une étude alertant sur l’inefficacité et les risques de certains traitements du Covid-19 dont l’hydroxychloroquine, j’ai saisi le HCSP pour qu’il l’analyse et me propose sous 48 heures une révision des règles dérogatoires de prescription » 23 mai 2020.

7. L’affaire Lyssenko, une éclipse de la raison, traduit par Michel Garbarz, https://www.erudit.org/fr/revues/ms/2005-v21-n2-ms870/010555ar/