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N°314 –  Les caprices téméraires de la volonté, sans le conseil du raisonnement[1]

Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

Les périodes de crise ou d’incertitudes sont toujours propices aux craintes les plus folles en matière de déformation de l’information. « La Grande peur », du complot aristocratique, des « brigants » voire des « Anglois », de juillet 1789, à la suite de la prise de la Bastille, fait s’effondrer le système social de l’Ancien Régime en moins de trois semaines. Elle aboutit à cette nuit mémorable du 4 août, où Clergé et Noblesse viennent renoncer en une surenchère romantique, à tous les privilèges possibles y compris ceux des autres, les provinces, les villes, les métiers… C’est la base du principe de l’égalité en droit que portent haut les Français dans toute l’Europe grâce aux guerres que mènent la Première République puis le Consul et l’Empereur, si décrié depuis par une poignée d’imbéciles patentés, qui constituent la « médiocratie[2] » !

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Il n’est pas indifférent de rappeler à nos lecteurs que le député du Tiers-État, Pierre-Samuel Dupont de Nemours, dont la famille va faire souche et quelle souche industrielle aux États- Unis, propose d’abord des mesures coercitives contre ces paysans qui brûlent les « terriers » et parfois les châteaux ! Puis, dans l’emballement de cette nuit où tout l’ordre social semble vaciller, il suggère de supprimer les « droits vexatoires[3] » pour préserver la propriété ! Qu’on se rassure, quelques jours plus tard, le 26 août, le droit de propriété figure bien en bonne place comme un droit inaliénable[4]. Le clergé seul, se verra en fait, et plusieurs fois dans l’histoire, privé de ce droit ! Voltaire ou Diderot comme on le voit plus loin, ont influencés les esprits de ces constituants des Lumières !

Nul de nos jours, ne remet en cause cette abolition des droits féodaux, qu’à la pointe des baïonnettes, jusqu’à Moscou, les Français ont imposé à l’Europe. La méthode, vue d’un salon germanopratin ou d’un studio de télévision, est sans doute, très, voire trop « radicale » ! « Radical », voilà bien tant de belles âmes pour ce qui n’aurait même pas choqué une rosière, il y a 50 ans ! La période qui voit s’accroître les pires inégalités, est prude en matière d’expression politique et sociale ! Et pourtant si l’on s’émeut beaucoup de nos jours pour tout, voire son contraire, le sort des plus de 500 sans-abris (621 morts en 2021)[5] qui meurent de froid et de faim dans Paris chaque année, n’intéresse pas, le summum du « prêt à bien penser » qu’est l’émission de TMC, « Quotidien[6] ». C’est elle, la plus vue à cette tranche d’horaire, qui nous abreuve chaque soir tout particulièrement des « riches heures » mais aussi des larmes, – c’est important les larmes –, de quidams américains, présentés comme des stars. Il faut bien conforter la caste des bien-pensants repus au conformisme du colonisateur étatsunien !

Il est vrai que c’est feu le patron de ce grand groupe télévisuel, TF1, propriétaire de TMC qui déclarait sans ambages : « ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible » et justifiant par avance « Quotidien », Patrick Le Lay (1942-2020) poursuivait : « Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise[7]. »

Manipulation, matraquage, publicité, diffusion de « fake news », propagande, sont de tout temps. Évidemment les progrès des technologies de l’information font craindre, avec les neurosciences que l’on fasse des pas de géants dans le « viol de foules ». L’ouvrage[8] du microbiologiste russe Serge Tchakhotine (1883-1973), l’un des pères de la « psychologie des masses » dans la lignée de Gustave Lebon distingue bien une bonne propagande, « saine », celle des démocraties et une, « nocive », celles des dictatures fascistes, nazies ou communistes aux variantes bolcheviques qui deviendront soviétiques, chinoises, vietnamiennes, éthiopiennes ou cambodgiennes pour se limiter à quelques-unes dans la longue liste des plus sanglantes !

Mais enfin, n’existe-t-il pas aussi de la propagande ou de la désinformation dans nos démocraties ?

Si l’on se reporte au passé, où classer les manipulations du grand Voltaire, l’un des inspirateurs des Lumières ? Pour détruire l’influence de l’Église qu’il abhorre, il invente, dans son Dictionnaire philosophique (1764), le mythe du dogme religieux de la « terre plate[9] ». Dans le même ordre d’idée où classer également l’invention, par son comparse Diderot, d’un pseudo « martyr de la terre ronde » en la personne de Galilée ?

Si l’Inquisition d’Urbain VIII a bien condamné Galilée, ce n’est évidemment pas à propos de la rotondité de la terre admise par tout le monde depuis plus de 2500 ans comme deux remarquables historiennes ont eu le courage de le démontrer dans une enquête passionnante à lire, parue en octobre 2021[10].

Mais ces deux « fake news » ont tellement prospéré au xixe siècle avec les différents anticléricalismes et, il faut le dire, quelques Pontifes romains peu ouverts, puis au xxe siècle des dictatures athées, que presque personne ne remet en cause ces faussetés historiques inventées au xviiie siècle. Même le saint Pape Jean-Paul II, de la même patrie pourtant que Copernic, a dû, avant le deuxième millénaire, reconnaître une culpabilité de l’Église dans une affaire où la faute n’est certainement pas là où les masses, et même, nombre de ceux qui pensent savoir, la croit.

Les idées fausses ont bien la vie dure, la Renaissance, terme que l’on voit reparaître récemment, a inventé la « légende noire » d’un Moyen-Âge, obscurantiste et superstitieux. Pas plus le talent d’une Régine Pernoud[11] et avec elle, celui de nombreux et brillants médiévistes n’a pu éradiquer la fausseté des idées propagée par les hommes de la Renaissance dont il faut donc toujours se méfier !

Même en ce xixe siècle scientiste, Vrain-Lucas[12] peut vendre au grand mathématicien Chasle, notamment deux fausses lettres de Pascal indiquant que ce dernier a découvert la « loi de la gravité universelle » avant Newton. L’auteur du célèbre théorème fut défendu par l’Académie française, heureuse comme ses commensaux de l’Académie des Sciences de cette découverte nationale avant les Anglais !

Que dire encore des affabulations d’un Secrétaire d’État étasunien, Colin Powell, au sein même du Conseil de Sécurité des Nations Unies, le 5 févier 2003 ? Et pourtant, l’homme présentait tous les critères de l’honorabilité par sa brillante carrière militaire comme par son appartenance aux minorités ethniques de ce pays. Une nation qui ne se remet toujours pas de l’esclavage et de la ségrégation raciale quelle continue de vivre et qu’elle exporte comme tous ses malaises depuis un siècle, à une partie de ce que l’on a peine à appeler notre « intelligentsia », tellement déculturée qu’elle en accepte cette colonisation intellectuelle !

Et pourtant, certaines fausses informations produisent d’heureux effets comme on l’a vu plus haut, avec l’abolition des privilèges en 1789 ! Voilà bien toute la difficulté du sujet, surtout dans une société où l’émotionnel a remplacé à peu près partout la connaissance et la logique !

À quels experts alors se fier ?

Faut-il suivre le pessimisme du philosophe québécois Alain Deneault qui pense que « l’expertise consiste de plus en plus souvent à vendre son cerveau à des acteurs qui en tirent profit[13] » ?

Les idées reçues, c’est-à-dire « les caprices téméraires de la volonté » comme le dit si bien Pascal, fonctionnent « sans le conseil du raisonnement » dans nos démocraties aussi, et je dirais de plus en plus !

Il y a donc bien lieu que, dans le domaine qui est le leur, les sciences de gestion essaient d’appréhender la connaissance des caractéristiques des réponses des êtres humains aux stimuli cognitifs et émotionnels qu’ils reçoivent. On pourrait imaginer de prime abord que seul le marketing répond à cette question.

C’est effectivement l’objet du second dossier de ce deuxième numéro de 2022, composé de quatre articles : « consommation, consommateurs et utilité sociale » ! Comme dans le numéro précédent, notre champ d’application est le monde.

Trois auteurs français et québécois dont nous tenons à saluer la mémoire de l’un d’entre eux, le Professeur Gabriel Mircea Chirita, qui nous a quitté, ouvrent une idée quasi neuronale avec la molécule du métabesoin qui devrait permettre aux entrepreneurs de mieux répondre aux besoins complexes des consommateurs (page 51) ! La performance des services financiers au Burkina Faso (page 63), l’identité, les valeurs et la transmission chez les propriétaires de marques allemandes Volkswagen et Porsche (page 71) et les dépenses vertes dans les PME camerounaises qui suit l’article du précédent numéro[14] (page 81) apportent des éléments d’analyse complémentaires.

Mais le marketing n’est pas loin de là, le domaine de réflexion de notre thème. Nous l’avons rappelé les nouvelles technologies sont souvent vues comme un accroissement des moyens de manipulation. En cette période électorale en France comme en Slovénie notamment, il n’est pas inutile d’offrir une réflexion sur la possibilité que présente Internet pour lutter contre l’opacité des organisations publiques (page 11). La mise en œuvre de l’orientation du marché par l’orientation des technologies de l’information appliquées cette fois aux PME manufacturières françaises et québécoises (page 21) et la qualité du service perçue de la part d’une plateforme virtuelle d’apprentissage sur les réactions des apprenants (page 41) sont les deux approches additionnelles de ce chapitre consacré à « l’information au service des organisations ».

Alors le cerveau est-il cette part « offerte à Coca-Cola » ou « aux besoins des entreprises » comme aime à le répéter le recteur de l’Université de Montréal, Guy Breton[15], voilà bien une question majeure philosophique, politique, anthropologique… et cela concerne bien les sciences de gestion.

Le cerveau est bien un enjeu ! Le Centre pour la recherche et l’innovation dans l’enseignement (CERI), de l’OCDE intitulé « Sciences de l’apprentissage et recherche sur le cerveau » a été lancé en 1999. Le but premier de ce projet novateur était d’encourager la collaboration entre, d’une part, sciences de l’apprentissage et recherche sur le cerveau, et, de l’autre, chercheurs et décideurs politiques[16].

Comme toujours, appuyé sur les faits, les études de cas, nous espérons avoir sélectionné un ensemble de contributions qui, par petites touches, apportent modestement quelques éléments de réponse de la science de gestion.


1. Pascal, Pensées, éditions Didiot, 1896.djvu/329.

2. Alain Deneault, La médiocratie. Montréal, Lux, 2015, 221 pages.

3. Jean-Pierre Hirsch, La nuit du 4 août, Paris, Folio histoire, 1978, 432 pages.

4. Article 2 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789.

5. http://www.mortsdelarue.org/spip.php?article14.

6. Quotidien, émission de télévision française d’information et de divertissement quotidienne diffusée en première partie de soirée depuis le 12 septembre 2016 par TMC, chaîne du Groupe TF1.

7. Patrick Le Lay, in Les Dirigeants face au changement, baromètre 2004, Éditions du Huitième Jour, 120 pages.

8. Le Viol des foules par la propagande politique, Paris, Gallimard, 1939, 270 pages.

9. Page 272.

10. Violaine Giacomotto-Charra, Sylvie Nony, La Terre plate. Généalogie d’une idée fausse, Paris, Les Belles Lettres éditions, 2021, 280 pages.

11. Régine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Âge, Paris, Le Seuil, 1977, 162 pages.

12. Gérard Coulon, Signé Vrain Lucas ! : La véritable histoire d’un incroyable faussaire, Arles, Éditions Errance, coll. « Le cabinet du naturaliste », 4 février 2015,

191 pages.

13. https://luxediteur.com/pourquoi-les-mediocres-ont-pris-le-pouvoir/, 5 septembre 2019.

14. Pascal Bello, Jules Roger Feudjo, « Les dépenses vertes : quelle lecture pour les dirigeants des petites et moyennes entreprises camerounaises ? », La Revue des Sciences de Gestion, n° 313, janvier-février 2022, p. 77-90.

15. Guy Breton – Recteur de l’Université de Montréal, « Alors tant mieux si la formation qu’on leur offre peut lancer leur carrière ! En cela, je réitère que les cerveaux doivent répondre aux besoins des entreprises » https://www.ledevoir.com/opinion/idees/336258/la-replique-developpement-universitaire-a-propos-des-cerveauxet-des-entreprises.

16. Comprendre le cerveau : naissance d’une science de l’apprentissage, OCDE 2007 http://www.vaucluse.gouv.fr/IMG/pdf/Comprendre_le_cerveau_cle6fb68c.pdf.

N°313 –  Publier pour servir à quelque chose !

Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

Choisir de publier tel ou tel article est une tâche que tout directeur de revue, tout rédacteur en chef, tout comité d’orientation ou de rédaction ne peut regarder qu’avec gravité.

Bien entendu dans la presse d’information politique et générale que favorisent financièrement les politiques publiques parce que l’on parle des hommes et femmes politiques et qu’ils y ont leur bobine, le choix engage moins la réflexion, pardon de ce propos quasi séditieux, puisque chaque jour ou chaque semaine, une information en chasse une autre et ainsi de suite !

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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La concentration en très peu de mains de propriétaires financiers, des principaux organes de presse, ne favorise pas non plus ni le débat d’idées ni la diversité et l’ennui naît bien de l’uniformité et du prêt à penser qu’on tente de nous faire ingurgiter comme on gave des oies ou des canards !

La plupart des revues académiques, disons pratiquement toutes, ne répondent à aucun des critères qu’on demande à la presse : régularité, public, intérêt général… et dans notre domaine des sciences de gestion, des comités Théodule se sont arrogés un droit au classement. La productivité académique est désormais régulièrement évaluée à partir de ratios dont la capacité à évaluer réellement la « valeur » de son objet n’est pas plus performante que l’indice Dow Jones ou le CAC 40 à un moment donné[1].

Aucun de ces comités n’a la moindre idée de ce que sont les obligations de la presse, mais qu’à cela ne tienne, ils se jugent compétents. Ils le sont d’autant plus que certains de ces juges, et parfois non des moindres, appartiennent ou ont appartenu aux rédactions des revues qu’ils vont classer. Ethique est un mot d’origine grecque et comme souvent ils ne jargonnent qu’en sabir anglo-américain, ils ne savent pas ce que cela signifie !

« Laisse les morts enterrer leurs morts » et fais ton métier, sans te soucier de ce ranking de passage, de connivence, d’ignorance même.

C’est à peu près ce que m’écrit un éminent chercheur et professeur des Universités à qui je m’ouvrais de cette réalité nauséeuse. Il me confirme que ces classements vont mourir et qu’il faudra que « les évaluateurs (reviennent) aux basiques, à savoir lire (!!!) les articles pour juger de leur qualité et de leur intérêt ? » au lieu de nous faire remplir des pages d’index et de références qui sont signe de la quantité de production et non de la qualité du fond !

Ne perds donc pas ton temps en combats inutiles, ajoute encore en substance mon éminent collègue et interlocuteur : « Poursuis avec La RSG, tu as permis à tant de jeunes et moins jeunes de publier des papiers de qualité, à progresser dans la carrière. Le reste n’est qu’écume sur l’océan ».

Publier donc ce qui peut servir à quelque chose. Voilà notre tâche ! Voilà bien aussi une responsabilité !

Après les trois évaluations de base que pratique notre revue (les autres, mieux notées se satisfont de deux comme les classeurs) pour les contributions qui lui sont soumises, il nous arrive encore de requérir plus d’avis encore lorsqu’un article recèle des potentialités mais voit s’opposer les évaluateurs.

Nous sommes allés à neuf pour l’un des articles publiés ici !

Cela d’abord doit nous donner plus qu’une once de modestie quant à la valeur de nos propres approches ou nos propres jugements, puisque d’autres au moins aussi éminents, ont jugé et évalué autrement. Il arrive que malgré le retour vers l’auteur ou les auteurs pour demander des modifications, des précisions, l’article continue de susciter des jugements discordants voire opposés. Il faut alors trancher et c’est le fruit de ces débats qui a retardé la parution de ce premier numéro de 2022.

Le choix que nous avons fait est que la recherche gagne plus d’un débat que d’une censure !

C’est donc un numéro de plus, mais toujours un numéro original que nous osons offrir à nos lecteurs avec cette constante que nous venons d’exposer sur l’inachèvement ou l’incomplétude de certaines contributions. Nous espérons que la controverse qu’elles pourront susciter soit la reconnaissance de notre parti pris de la liberté de pensée et d’écrire, si malmenée ailleurs du fait du poids de la pensée dominante !

Le premier dossier entend présenter donc quelques « questions émergentes en sciences de gestion » avec ses problématiques propres en trois contributions assez différentes par leur sujet et leurs approches. Ouvrir nos colonnes à une étude sur HAL (page 13) peut passer pour un paradoxe même si cette plateforme de publication n’est pas non plus cet « open access », cher à l’ultra-libéral Georges Soros. Traiter du concept de « géo-management » (page 25) ne pouvait se faire que dans nos colonnes qui inlassablement redisent que les concepts du management qu’on nous présente comme neutres ne sont qu’« une arme géopolitique américaine de premier ordre »… Après avoir remercié l’auteur de cet article qui fait une part belle à ce qui est souvent ignoré en France, la géographie, laissons à nos lecteurs le soin de cheminer dans ce « prolégomène » d’une rare qualité. Le dernier article ouvre une question qu’il n’arrive pas complètement à circonscrire sur les sujets sensibles en sciences de gestion (page 35). De ce fait même, il permet des compléments et des développements qui permettront de faire progresser la problématique très intéressante qu’il soulève.

Le deuxième dossier soulève lui-aussi une approche novatrice : les nouvelles problématiques en Gestion des ressources humaines (GRH). Petit dossier de deux articles car depuis quelque temps, les propositions de contributions en GRH sont rares. Notre revue généraliste est en effet, un excellent baromètre des tendances de la recherche puisque ne suscitant aucune commande d’articles, elle en reçoit bien au-delà de ses capacités de production. Elle publie donc ce qui émerge, comme nous le faisait remarquer plus haut mon correspondant chercheur. Il faut même avoir pris le parti de le gestion humaine pour avoir placer le premier article à la résonance très financière, mais la composante « genre » que ces trois chercheurs de l’Université de Mons abordent dans cette excellente étude de cas, (page 43) est convaincante. La seconde étude, dans le domaine bancaire cette fois, entend faire ressortir le rôle éminent du « conseiller client » (page 53).

Le troisième dossier présente plusieurs approches en gouvernance.

Elles sont appelées à se poursuivre au fil des années.

Notre revue francophone est d’abord et avant tout une revue multiculturelle. Les différences apportées par la géographie sont considérées comme une source inlassable d’enrichissement.

L’entreprise familiale française ouvre le bal (page 67).

Les dépenses vertes et dirigeants des petites et moyennes entreprises nous emmènes en Afrique et plus particulièrement au Cameroun (page 77) puis les investissements publics et la recherche universitaire conclut ce dossier en nous conduisant ensuite en Asie, au Viêt-Nam (page 91) !

Les notes de lecture que nous présente Daniel Bachet pour clore ce numéro sont le choix de ce brillant universitaire. Ce n’est pas en général celui de nos autres chroniqueurs du Cercle Turgot. Tant mieux, car parce que nous ouvrons nos colonnes à toute réflexion académique originale, nous souhaitons – et nous ne le répéterons jamais assez- amener à débattre. En matière d’approche économique, j’ai bien peur que l’orthodoxie qui règne en maître ne soit bien pas la pire chape de plomb qui pèse sur toute recherche libre et toute pensée originale !

Le Général de Gaulle avait cette formule « quand la lutte s’engage entre le peuple et la Bastille, c’est toujours la Bastille qui finit par avoir tort[2] ». Encore que les bastilles idéologiques soient souvent les plus tenaces !


1. Ahmet INSEL, « Publish or Perish ! La soumission formelle de la connaissance au capital », Revue du MAUSS, 2009/1 (n° 33), p. 141-153. DOI : 10.3917/rdm.033.0141. URL : https://www.cairn.info/revue-du-mauss-2009-1-page-141.htm.

2. Cité par Marcel Jullian, De Gaulle, traits d’esprit, 2020.