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n°247-248 La Revue des Sciences de Gestion – Sommaire

Dossier 1 : Innovation, innovateur, recherche et développement


De l’innovation à l’innovateur. Pour une approche structuraliste de l’innovation

par Patrice Noailles

 

L’innovation dans les services comme un pilier de l’économie fondée sur la connaissance

(cas des banques et des assurances algériennes)

par Mohamed Cherchem

 

Des méthodes archaïques pour des industries modernes

par Béatrice Canel-Depitre

 

De la nécessité d’une analyse post-mortem en cas d’échec commercial

par Julien Cusin et Franck Celhay

 

Effet de la gouvernance d’entreprise sur l’investissement en R&D : cas des entreprises françaises

par Basma Sellami Mezghanni

 

La valorisation des dépenses de R&D au Japon

par Pascal Nguyen, Sophie Nivoix et Mikiharu Noma

 

Complémentarité ou adversité des stratégies d’innovation et d’imitation dans le secteur agroalimentaire français
?

par Ghalia Benyahia-Taibi

 

L’effet d’imitation « favorable » et la gestion des marques. Le cas de la Chine

par Jean-Claude Gilardi

 

L’actualité de la gestion par Philippe Naszályi

Nouvelles de la communauté des amis de La RSG

 

Dossier 2 : Responsabilité, sociale et développement durable

Responsabilité sociale et profit. Repenser les objectifs de l’entreprise

par Blandine Laperche et Dimitri Uzunidis

 

Un autre regard sur les rapports de développement durable

par Nathalie Aubourg, Béatrice Canel-Depitre et Corinne Renault-Tesson

 

Développement durable en petites entreprises. De la sensibilisation à l’engagement

par Agnès Paradas

 

L’intégration du développement durable dans le financement bancaire aux entreprises

par Vincent Maymo et Valérie Pallas Saltiel

 

La pertinence de la performance sociétale des entreprises dans un contexte de développement équitable

Le cas des entreprises de production au Cameroun

par Jean Biwolé Fouda

 

Chronique bibliographique par Jean-Louis Chambon

Chronique bibliographique par Yves Soulabail

 

Pour
consulter le numéro https://www.cairn.info/revue-des-sciences-de-gestion-2011-1.htm

n°247-248

Editorial : Savoir plus, pour pouvoir plus,
pour être plus*

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

Philippe NaszalyiProgramme d’une vie, revendication sans cesse renouvelée, cette injonction du Père Teilhard de Chardin, jésuite et chercheur, à la pensée parfois hétérodoxe pour sa hiérarchie, a été reprise pour en faire son credo par Jean Orcel, scientifique lui aussi, et naguère vice-président de l’Union rationaliste. De même que non sans clin d’œil, à Paris, la rue Teilhard de Chardin voisine avec celle de Jean Calvin, près de la Montagne Sainte-Geneviève, la concordance entre « celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas »1, ouvre la réflexion, le fil conducteur, on dit parfois, le fil rouge, que nous avons choisi de poursuivre.

Savoir plus… car notre objectif de travail est de mettre en place, à notre mesure, une réflexion pour penser à une nouvelle, à de nouvelles formes de croissance économique.

Puisque « Tout se gère »2, comme nous le constations naguère, il
n’est pas illégitime que le manageur, le gestionnaire, celui qui est le stratège, mais aussi l’acteur du management de toute organisation prenne sa juste part conceptuelle.

Si l’expression « homme de terrain » fleure plus la démagogie ambiante que la valorisation de celui qui agit, il n’en demeure pas moins que plus que d’autres, et au moins à égal à tous les autres, celui qui pratique et anticipe ses actions, soit appelé à tirer profit de ses connaissances et de ses expériences pour contribuer à concevoir de nouvelles formes d’organisation. Car savoir plus, n’est pas confiné à la personne et à son enrichissement personnel, il est aussi le moyen de pouvoir plus.

Une journée de recherche, inspirée par une jeune équipe de management le L@rem, a choisi cette thématique « Gérer
autrement »3 qui signifie concevoir et mettre en pratique des idées innovantes, pour pouvoir plus et mieux trouver un nouveau modèle de croissance4. Dans un domaine, ô combien sensible, celui de la finance et dans une démarche qui enjambe l’Atlantique, un groupe de recherche franco québécois s’interroge sur « l’évolution des modèles d’affaires de la sphère financière »5. C’était déjà dans cet
esprit, celui d’un colloque qui posait une question impertinente : « Existe-t’il une alternative à la banque capitaliste ? »6 dont nous publierons sous peu les meilleures contributions, que nous avions souhaité marquer clairement notre déréliction pour un système totalitaire qui vise à conserver tout ce qui valorise l’avoir sur l’être, la rente sur le travail et la réflexion, et qui conduit à l’échec.

Être plus !, avec cette « impertinence » des idées, la seule qui vaille à côté des sentiers battus. Longtemps l’impertinent a incarné l’arrogance ou ce qui ne convient pas, « le fat outré » de La Bruyère.
L’arrogance a changé de camp en ceXXIesiècle.

Ce qui ne convient pas désormais, est bien de maintenir ce qui est. Quelques beaux esprits, plutôt tournés vers le passé, se sont mis à promouvoir et à rendre « positif », ce mot plus usité dans la langue classique, en décernant un prix des impertinents7. Plus proche de nos sujets d’intérêt, « le Cercle des entrepreneurs du futur », animé par Michel Godet8, a lancé aussi, un Prix de l’Impertinence9. On s’étonnera juste que l’édition 2011, soit dédiée à l’historien et économiste, Jacques Marseille10, à l’évidence talentueux et brillant, mais qui se place plutôt dans une lignée bien définie et peu impertinente de penseurs.
Ceux qui flirtent davantage avec les idées économiques et financières dominantes qui nous ont amené là où nous en sommes, sont-ils les modèles d’une réelle volonté de réinventer le monde avec des concepts innovants ?

On reprendrait mieux pour eux, cette tirade de Crispin, en « rival de son maître », qui, triomphant, s’exclame qu’« au lieu de les rebuter par mes manières impertinentes, j’ai eu le malheur de leur plaire ».11

Autrement dit, il y a peu de chance que le « prix des impertinents » ne soit jamais décerné à un lauréat du « prix de l’Impertinence » et réciproquement, ce qui ne manque ni de saveur ni de pertinence !

Notre propos n’est pas ici, de courir derrière le succès immédiat ou les reconnaissances académiques, canoniques ou officielles, mais bien de proposer des idées impertinentes pour déranger, bousculer, faire réfléchir… et agir.

C’est, nous dit-on souvent avec agacement, cette impertinence que ressentent, en nous lisant, certains thuriféraires des choses, des évaluations, des classements, bien établis, en un mot, ces tenants des « traditions » qui, si j’en crois Jean d’Ormesson, répondant naguère à la première académicienne française, « sont faites pour être à la fois respectées et bousculées »12.

« Savoir plus, pour pouvoir plus, pour être plus », est donc une vaste ambition. Nous ne prétendons pas que ce premier numéro de l’année 2011 y réponde totalement. Ce serait aussi présomptueux que prétentieux et vain. Nous ne cessons de le dire et l’écrire, il n’y a pas qu’un seule voie, ni une seule voix, dans le domaine complexe du management des structures, de leurs stratégies et de leur conduite, car toutes sont d’abord faites d’hommes qui utilisent des ressources variées, mais plus souvent limitées qu’inépuisables !

Deux dossiers ouvrent donc notre programme : Innovation, innovateur, recherche et développement, commence par une
étude que d’aucuns pourront qualifier de plus économique que « gestionnaire ». Grand bien leur en fasse !

La réflexion de son auteur, Patrice Noailles pose des principes, énonce une thèse et propose des pistes pour comprendre et faire comprendre qu’il n’y pas un effet mécanique à la transformation d’une invention en une innovation. Il y faut un homme particulier et si possible, fonctionnant dans un environnement favorable. Bien des politiques, sûrs de leur fait, s’appuyant sur une sorte de benchmarking d’autant plus mal compris, qu’il ne propose au fond aucune vue d’ensemble, feraient bien de s’y attarder. Et pourtant, l’imitation est à coup sûr, indissociable de l’innovation, encore faut-il qu’elle réponde à des objectifs cohérents et non à des modes oratoires qui ne sont même plus des effets de manche. L’industrie agro-alimentaire française ainsi que la gestion des marques en Chine, procèdent, elles, d’une vraie réflexion. Les articles qui composent ce dossier analysent la difficulté de sortir de méthodes archaïques ou de tirer profit d’une analyse post mortem après un échec.

L’innovation dans une économie fondée sur la connaissance, s’étudie dans des institutions financières, ici en Algérie, tout en découlant aussi de la R&D dans les industries en France comme au Japon. Ce dernier pays, meurtri, nous inspire toute la compassion. Sa triste expérience dans le domaine nucléaire démontre, s’il en était besoin, (hélas, il en est encore besoin, au moins à Bruxelles et auprès de ses sectateurs français) le danger de confier la sécurité de ses habitants voire de la planète, à une logique qui, par nature même, intrinsèquement, aurait-on dit naguère, fait passer le profit avant toute considération.

Qu’on ne voit là aucune condamnation, mais le constat d’une réalité consubstantielle à l’entreprise privée dans le système économique qui prévaut aujourd’hui. C’est ce que ne peut pas faire, s’il est fidèle à sa vocation, un état démocratique et par conséquent une entreprise publique qui en dépend.

Le deuxième dossier de ce numéro prolonge la réflexion entamée par le premier, en plaçant la Responsabilité sociale et le développement durable.

L’un et l’autre de ces domaines ont une existence propre que nous tenons à réaffirmer. Si nombre d’« investisseurs socialement responsables » (ISR) par commodité de notation -toujours ces fameuses notations ! – et absence de conviction, réduisent la responsabilité sociale à un « développement vert », en éliminant tous les facteurs humains, ils ne peuvent être considérés ni comme socialement responsables, ni comme réellement innovants. Le premier article de ce dossier, confié à des spécialistes de l’innovation, Dimitri Uzunidis et Blandine Laperche, pose bien les enjeux de la RSE pour l’entreprise et la société. Là encore, sans épuiser le sujet, les quatre contributions qui s’ensuivent, abordent différentes applications : le développement durable, « fruit » de la réglementation pour les grandes entreprises, « fruit » de l’engagement dans les PME, mais aussi « fruit » du financement bancaire, voire qui s’exprime davantage en « développement équitable » dans le cas du Cameroun, pays où le rôle des tontines populaires est souvent considéré comme le facteur d’une croissance autofinancée qui méritera tout notre intérêt.

Être une « préface de l’espérance13», mais instructive, raisonnée,
argumentée pour « penser la croissance » !


* Pierre Teilhard de Chardin, cité par Jean Orcel, préface à « Teilhard de Chardin », Ernest Kahane, Publications de l’Union Rationaliste, Paris, 1960, page 2.

1. Louis Aragon, La Rose et le Réséda, 1943.

2. Éditorial, Direction et Gestion des entreprises n° 159-160, 1996, p. 5 DOI :10.1051/larsg:1996017.

3. Colloque organisé par le L@rem, 24 juin 2011, voir page 12 de ce numéro

4. Voir page 80.

5. Voir page 38.

6. La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion n° 243-244, 2010, page 34.

7. Créé en 2009, le prix des Impertinents récompense un ouvrage s’inscrivant à contre-courant de la pensée unique. Décerné au début de chaque année, il est remis au restaurant Montparnasse 1900. Le jury est composé ainsi : Christian Authier, Bruno de Cessole, Jean Clair, Louis Daufresne, Chantal Delsol, de l’Institut, Paul-François Paoli, Jean Sévillia (président), Rémi Soulié (secrétaire général), François Taillandier et Eric Zemmour.

8. Professeur titulaire de la chaire Prospective stratégique du Conservatoire national des Arts et Métiers de Paris (Cnam).

9. Le Grand prix de l’impertinence, créé en 2007, vise « à récompenser des réflexions et actions impertinentes et innovantes en relation avec le développement durable, l’entrepreneuriat, le développement, les territoires et les services ». Son édition 2011 aura lieu le 18 mai.

10. Décédé le 4 mars 2010.

11. J.-R. Lesage, Crispin rival de son maître, Paris, 1707.

12. J. d’Ormesson, Réponse au discours de réception à l’Académie française de Madame Yourcenar.

13. Selon la belle formule de Jean d’Ormesson.

Pour consulter le numéro
https://www.cairn.info/revue-des-sciences-de-gestion-2011-1.htm

 

n°216 La Revue des Sciences de Gestion – Editorial par Philippe Naszalyi – La République n’a pas besoin de savants !

« La République n’a pas besoin de savants ! »

 par Philippe NASZÁLYI

Directeur de La Revue des Sciences de Gestion
direction et gestion des entreprises

Terrible et lourde de conséquences, cette réplique du président du Tribunal révolutionnaire1scellant le sort du « législateur de la chimie »2qu’est Lavoisier3qui demandait au prononcé de sa condamnation à mort, quelques jours de grâce, pour terminer une expérimentation. Il est vrai que le Tribunal révolutionnaire restait dans la logique de la Convention qui avait supprimé quelque temps auparavant, l’Académie des sciences4.

On peut raisonnablement se demander si les lointains successeurs de la dite Convention, fondatrice de la République française, ne sont pas dans les mêmes dispositions envers nos modernes savants que sont les « chercheurs ».

La marchandisation du savoir

« Chercheur » : ce mot vague, parfois moqué est souvent utilisé dans un sens très restrictif.

Si la recherche médicale ou biologique trouve en général grâce, la recherche fondamentale est plutôt regardée avec mépris par ceux qui attendent d’un chercheur qu’il valorise le « grille-pain » ou invente l’objet qui permettra une rentabilité immédiate dans le sens actuel « de la marchandisation du savoir »5.

Si les hommes d’affaires ont bien souvent une vision qui n’excède pas une année, que dire des hommes politiques dont l’horizon ne dépasse
parfois pas quelques jours et, en tout cas, la « une du 20 heures ». C’est dans cet esprit qu’après avoir célébré en grande pompe, notre admirable défaite navale de Trafalgar6, par, et avec les Anglais, les mêmes n’ont pas eu la raison de s’impliquer dans la célébration d’Austerlitz de cettemême année 18057.

Quel rapport pourra-t-on penser entre la décapitation de Lavoisier et la célébration de la victoire de Napoléon Ier? – loin de nous, l’anachronisme ou l’amalgame !

Nous nous garderons comme d’aucuns, de juger le passé à la lumière du présent, ce qui constitue la plus grande forme d’intolérance, de manque de jugement et d’« ascienticité », mais de comprendre le présent, à la lumière des événements passés.

C’était déjà tout le problème du grand Joseph Roth dans les années 30 : « comment résister à un imbécile ? »8et de plus, ne pas être écouté comme Cassandre ! La Convention décapite les savants et supprime l’Académie des sciences. Rétablie à peu près, dès 1795, cette indispensable réunion des savants élit parmi ses membres, le jeune « mathématicien » passionné qu’est le vainqueur d’Italie, le général Napoléon Bonaparte, en 1797. Les connaissances de ce dernier en sciences, et particulièrement, en mathématiques sont évidentes et connues, même si, bien sûr, son élection demeure aussi politique9.

Toutefois, c’est bien entouré de 150 savants qui vont illustrer tant d’excellences scientifiques dans tous les domaines que le futur empereur part en Egypte en 1798.

De manière comparable, quelque temps après, la victoire d’Austerlitz annonce l’Europe française de 1811. « Et cette Europe, ou du moins ses
élites, parlaient une seule langue, le français, dont Rivarol avait vanté l’universalité dans un discours couronné par l’Académie de Berlin
».10 […] « L’Europe de Napoléon reposait sur la force et sur une édification empirique. Lorsqu’il annexe, lorsqu’il impose, l’empereur ne fait jamais appel au référendum, ce plébiscite dans l’utilisation duquel il était passé maître en France. Le Grand empire est d’abord une machine de guerre contre l’Angleterre : fermer le continent aux marchandises anglaises pour ruiner son commerce et son industrie et précipiter la chute de la livre sterling, condamnant ainsi « la perfide Albion » à accepter la paix.11»

Toutes les raisons pour les thuriféraires des marchés, de ne pas célébrer Austerlitz sont déjà presque réunies dans cette comparaison entre l’ambition et la réussite politiques de l’un et la longue kyrielle d’échecs sans idéal des autres ! 

Cette « démocratie émotive »

Louis-Philippe déjà ne s’était pas grandi à essayer de se parer des cendres du défunt empereur : la leçon a, semble-t-il, été retenue, du
moins pour quelques uns qui ont encore un peu de culture historique, mieux valait parader à Trafalgar. La défaite est soeur du renoncement.

C’est le fruit de cette « démocratie émotive » que souligne encore le sociologue Gérard Mermet qui explique les choix ou plutôt les lâchetés – les non-choix – par peur de heurter ce besoin qui « existe dans nos populations […] d’éprouver les mêmes émotions que son voisin, de vibrer à l’unisson autour des mêmes slogans, de détester les mêmes symboles ou de s’identifier systématiquement à ceux qui apparaissent, à tort ou à raison comme des victimes. »12 « La rationalité a par moments beaucoup de difficultés à l’emporter sur le slogan émotionnel » le rapporte non sans humour, le généticien Axel Khan13 dans un tout autre contexte !

Dans ces conditions, il est alors plus facile d’être en fait, continuateur du président du Tribunal révolutionnaire que successeur du vainqueur d’Austerlitz ! « Décidément, la République n’a pas besoin de savants ! »

En effet, et l’histoire est là pour nous le confirmer, c’est également : « grâce à une politique volontariste (que) Napoléon a élevé (la France) au premier rang des puissances scientifiques. »14

Les différences sont ainsi confirmées et pour mieux le comprendre, il n’est que de reprendre, quelques éléments de l’avis de l’actuelle Académie des Sciences « sur l’avant-projet de loi programme pour la Recherche. » en discussion au Parlement : « Il apparaît, cependant, que la plupart de ces mesures contiennent des zones d’ombre préoccupantes parce que traitées de façon trop imprécise et ne donnant pas les garanties nécessaires pour une application satisfaisante.

En outre, certaines des dispositions proposées risquent d’avoir des effets délétères si elles sont appliquées sans mesure. Il convient ainsi d’insister sur 4 préoccupations qui devront guider la rédaction des textes, notamment des décrets d’application de la loi. Une inquiétude importante persiste, poursuit encore l’Académie des Sciences15, sur l’utilisation de l’augmentation annoncée du budget de la Recherche. Il est impératif d’une part que cette augmentation soit précisée en termes de pouvoir d’achat réel, et d’autre part, qu’elle ne soit pas réduite par les dispositions fiscales accordées aux entreprises. Si la croissance de l’effort financier dévolu à la recherche est bienvenue, celle-ci doit se traduire simultanément par des moyens accrus, pour les organismes et les universités, afin de leur redonner des capacités d’initiative et de financement des bons laboratoires, en particulier pour la recherche fondamentale. »

Décidément, pour reprendre les travaux récents d’une équipe du CNRS, il n’y a pas que les poux pour détruire l’oeuvre et les ambitions de Napoléon Ier !16 

L’absence de politique scientifique volontariste

L’absence de vision prospective et la méconnaissance de l’histoire (ce qui va généralement de pair) doublée de l’application rétroactive de
valeurs du présent sur les faits passés, redonnent sans cesse et malgré tout, vie à cette assertion barbare : « La République n’a pas besoin de savants ! ».

La France ne se situe plus que légèrement au-dessus de la moyenne des « 25 » et globalement en dessous des « 15 » dans le domaine de
l’Innovation17 largement distancée par la Suède, la Finlande ou le Danemark mais aussi par la Suisse, les Etats-Unis ou le Japon…

Comme le constatent les experts de Bruxelles, « l’indice global d’innovation » de la France est inférieur à celui de l’an passé et débute une grave tendance vers le recul. Les causes premières en sont évidentes : l’absence de politique volontariste en faveur de la Recherche, de toute la Recherche, fondamentale ou appliquée, mais aussi, et là encore, contrairement à nos concurrents d’Outre-atlantique, dans tous les domaines des sciences humaines et sociales parmi lesquelles, et nous ne cessons de le dénoncer, les sciences de
gestion sont parmi les plus mal traitées, autant par les instances et organismes de la Recherche d’ailleurs que par les hommes politiques globalement et quasi uniquement formés à l’administration
publique.

Ce n’est pas en France qu’un ministre interromprait sa carrière pour faire des études de gestion… c’est bien entendu outre-Atlantique et
particulièrement au Québec18!

Ce recul, ce besoin de réflexion par rapport à l’immédiateté est le fondement de toute action et de tout travail intellectuel, « chaque
chercheur le ressent comme une évidence : aucune activité scientifique ne peut être menée en prétendant du passé faire table rase.
»19

La connaissance scientifique n’est pas simplement utilitariste, ni de circonstance, comme le montre à l’envie les dévoiements anachroniques de l’histoire. Il n’est pas vrai que l’on puisse faire dire à l’histoire tout et son contraire. L’attribution à des personnages passés ou à des périodes anciennes, de qualifications liées uniquement à l’histoire du XXe siècle, tendant à se généraliser
ces derniers temps, aboutit à une dangereuse banalisation des crimes que l’on pense dénoncer en leur enlevant leur spécificité temporelle.

Comme Yves Coleman, et pour prendre un exemple  transalpin, nous pouvons affirmer que « ceux qui dénoncent l’avènement proche du fascisme en Italie pratiquent sciemment la désinformation ».20
On peut faire la même analyse à propos de la France contemporaine !

Si elle n’est pas immédiatement mercantile comme pour certains auteurs de « brûlots » contemporains (on pourrait même s’interroger sur la finalité réelle de ces dénonciations des siècles passés), l’action de ces demandeurs de repentance, à des morts qui ignoraient tout de ce que l’on peut leur reprocher et ne peuvent se défendre
aujourd’hui, est un trait d’union, décidément avec cette république qui « n’avait pas besoin de savants ! »…

« A vaincre sans péril… »

On se doit donc d’attendre avec impatience, à l’instar des Bourgeois de Calais, le chef de l’Etat italien venir reconnaître humblement et
publiquement les « génocides » de César contre les populations gauloises et la faute de son peuple complice des mauvais traitements envers Vercingétorix, étranglé dans sa prison romaine21 ou encore, le renouvellement de « Canossa » par le président allemand afin de faire repentance du « crime de guerre » que constitue le massacre des légions de Varus par Herman !22

Si l’ancienneté des faits conduit naturellement à sourire, elle n’en est pas moins révélatrice de la confusion des pensées qu’amène l’absence de convictions dans cet état que l’on appelle la « démocratie émotive ou émotionnelle ». Cette mode de l’accusation qui pourrait n’être qu’un moyen de faire parler de soi ou de vendre du
papier fait courir un risque majeur accru aux sciences humaines et sociales. 

L’histoire : mère de toutes les disciplines !

Comme le rappelle Gérard Noisiel, « les sciences humaines sont constamment menacées car elles sont décrédibilisés par les discours que les hommes politiques ou les journalistes tiennent sur le monde social »23.

Procéder en historien est fondamentalement le fait d’une démarche scientifique et méthodologique éprouvée : « La méthode historique présente un intérêt : l’administration de la preuve. Le fait comme preuve est au centre de sa problématique ».24

Tout comme pour les autres chercheurs, la connaissance de l’histoire et l’utilisation de la méthode historique sont aussi indispensables aux
gestionnaires. Marc Nikitin souligne fort justement : qu’« En devenant des partenaires, l’historien et le manager devront nécessairement apprendre à se connaître et se respecter. Oui, l’histoire peut-être utile au manager ! et quand elle accepte de l’être, rien ne l’oblige à se dévoyer. »25

Nous ne pouvions écrire mieux pour expliquer nos propos préliminaires : Historia magister vitae.26 Ce dernier numéro de
l’année du bicentenaire d’Austerlitz, consacré aux rapports entre les finances et l’éthique, entre tout naturellement dans cette logique que définit si bien encore, Anne Pezet lorsqu’elle écrit que : « la construction stratégique de l’investissement… serait la synthèse de la stratégie et de la finance »27. Pas plus que les autres domaines, l’éthique des affaires n’échappe pas à cette règle de la synthèse des faits : « Un cas n’est rien d’autre qu’une pseudo-histoire d’entreprise » le constatent avec raison Luc Marmonnier et Raymond.-Alain
Thiétart28.

C’est donc par le cas Enron que nous ouvrons le dossier consacré à l’évaluation des entreprises et l’éthique qui, en huit articles, fait le point de la recherche managériale la plus poussée sur cette épineuse question et illustrée par des exemples qui dépassent largement le champ hexagonal pour s’implanter dans une vision globale et francophone du management financier.

Cette éthique qui, dans l’esprit de Lévinas dont l’année 2005 qui s’achève, marque le dixième anniversaire de la mort et l’année 2006 qui s’ouvre, le centenaire de sa naissance, n’est pas recherche de « perfectionnement ou accomplissement personnel » mais responsabilités à l’égard d’autrui à laquelle le moi ne peut échapper et qui est le secret de son unicité.

Car, comme l’expose le philosophe « les activités sociales, la science et la technique sont, dans la mesure où elles ont pour but de venir au
secours de l’homme, plus « religieuses » que toute forme de sacralité. »29 

« Il n’est de richesse que d’hommes »

Les relations entre la finance et les hommes et les femmes qui constituent les entreprises n’obéissent pas « à un modèle unique en matière de relation « compétitivité – emploi » mais au contraire un ensemble de relations complexes à la fois interactives, instables, susceptibles d’évolutions drastiques, y compris par les représentations humaines d’autre part. » Nous ne pouvons qu’adhérer à cette conviction défendue par Roland Pérez et Julienne Brabet dans une étude récente.30

C’est dans cet esprit que clôturer ce numéro par une étude empirique qui replace la « culture d’entreprise » souvent un peu oubliée par les
gestionnaires, dans la logique de son interaction sur le contrôle de gestion nous a paru en cohérence avec l’ensemble. Finis coronat opus…31 disaient les Anciens.

En achevant cette présentation consacrée à la Finance, il n’est pas interdit de formuler des voeux qui annoncent à la fois la
nouvelle année 2006 et le 1er numéro de cette 41e année de la revue qui sera consacré à différents aspects des ressources humaines et résumant après Bodin, auteur notamment de « La méthode de l’histoire »32, notre conviction profonde qu’« Il n’est de richesse que
d’hommes
.
»

(1) René-François Dumas est nommé président du tribunal révolutionnaire par Robespierre, le 8 avril 1794 en remplacement de Martial Hermann, jugé « trop mou ».
Dumas fut arrêté le IX thermidor et guillotiné, le lendemain, 28 juillet 1794 avec Robespierre et les principaux « terroristes » jacobins. C’est devant ce tribunal que comparaissent trente-deux fermiers généraux dont Lavoisier, pour malversations, profits excessifs, gratifications abusives, retards injustifiés dans les versements au Trésor et surtout fraude sur le tabac. La Ferme générale est accusée alors, d’avoir majoré ses profits par une « mouillade » excessive et d’avoir utilisé ces profits dans un « complot contre le peuple français tendant à favoriser par tous les moyens possibles le succès des ennemis de la France » (AN, W362, n° 785). Vingt-huit d’entre eux sont condamnés à la guillotine et exécutés le jour même : tous leurs biens sont confisqués. Lavoisier est le quatrième. Il est décapité en même temps que son beau-père Jacques Paulze, avec lequel il s’était spontanément rendu, après le décret d’arrestation contre les fermiers généraux du 24 novembre 1793. On pourra lire, à propos des fermiers généraux et de leur funeste sort notre info : « congrès internationaux : Paris largement dépassé, » page 123 de ce numéro.

(2) Titre décerné par Louis Pasteur à Lavoisier, lors du centenaire de l’exécution du chimiste, en 1894.

(3) Antoine-Laurent de Lavoisier, né et mort à Paris, 1743-1794.

(4) D’abord société de savants qui se réunissent dans la bibliothèque et sous la protection de Colbert à partir de
1666, cette assemblée prend le nom d’Académie royale des sciences lorsque Louis XIV en devient le « Protecteur » et lui donne un règlement. Elle est supprimée comme toutes les académies, par un décret de la Convention en 1793. En 1795, le Directoire rétablit un Institut national des sciences et des
arts. En 1806, Napoléon Ier transporte ce qui est désormais, l’Institut de France, dans l’ancien collège des Quatre-Nations. Bicentenaire de l’installation des cinq Académies au Collège des
Quatre-Nations. http://www.institut-de-france.fr

(5) Sophie Boutillier et Blandine Laperche, Savoir et recherche, la place des femmes : le cas de l’Université
du Littoral Cote d’Opale (Nord-Pas-de-Calais), cahiers de recherche du Lab. RII — documents de travail, n° 116, janvier 2006, p.3.

(6) A Trafalgar, près de Cadix, le 21 octobre 1805, les flottes françaises et espagnoles furent détruites par l’Amiral
Horatio Nelson. Pour célébrer le bicentenaire de leur victoire, les Anglais ont organisé le 28 juin 2005, une parade navale internationale, où étaient représentés 35 pays, sous la présidence de
la reine Elizabeth II. La France avait dépêché pour fêter la mort de 4 400 marins français et alliés et la destruction de 22 de ses navires, le fleuron de sa flotte, le porte-avions Charles-de-Gaulle !

(7) Le 2 décembre 1805, le jour du 1er anniversaire de son sacre, l’empereur des Français, Napoléon Ier remporte une
victoire décisive contre les armées coalisées du Tsar de Russie et de l’empereur du Saint empire romain germanique, François II qui, quelques jours après, au traité de Presbourg, devait constater
la dissolution du vieil empire germanique médiéval et prendre le titre de François Ier d’Autriche. Outre que cette victoire consacre le triomphe des idéaux révolutionnaires qu’incarne Napoléon Ier sur les souverains d’Ancien Régime que sont Alexandre Ier Romanov et François II de Habsbourg-Lorraine, il est à noter que le projet « Austerlitz 2005 » mis en place par plusieurs organismes internationaux et des sociétés savantes internationales, sous la conduite du gouvernement tchèque, comportait parmi les buts de cette commémoration: (www.austerlitz2005.com)

• « Inciter à mieux connaître l’histoire et la culture française…
• Permettre aux historiens du monde entier et à tout intéressé de se rencontrer… » Décidément, on comprend mieux l’absence de retentissement dans les instances officielles… « La République continue à ne pas avoir besoin de savants ! ». Heureusement que l’on ne sait pas très bien où se situe Alésia, sinon nos vaillants dirigeants s’y seraient précipités pour célébrer la défaite gauloise… Heureusement, il leur reste 2015, le 18 juin. Il est certain qu’ils se précipiteront alors en Belgique fêter le bicentenaire de Waterloo et laisseront de côté le Mont Valérien et le 75e anniversaire de l’appel à la résistance du Général de Gaulle ! Ne serait-ce pas lui qui fustigeait par avance certains de ceux qui viendraient après lui : « place aux doctes spécialistes de la décadence et de l’abdication…. » si l’on s’en réfère à Philippe Seguin.

(8) Joseph Roth, « La Filiale de l’enfer. Ecrits de l’émigration », traduit de l’allemand par Claire de Oliveira,
Seuil/Le don des langues, Paris 2005.

(9) Pendant la campagne d’Italie, lors d’une veille de bataille, il lui aurait été soumis le problème suivant : «
retrouver le centre d’un cercle (non marqué bien sûr) avec la seule aide d’un compas ? ». Il résolut ceci, qui désormais porte le nom de « problème de Napoléon » tandis qu’on appelle « théorème
de Napoléon » le texte suivant : « un triangle quelconque, construire sur chacun des côtes, vers l’extérieur, un triangle équilatéral. Construire le « centre » de chacun de ces triangles (point
de rencontre des médianes, hauteurs et bissectrices). Alors, le triangle formé par les trois centres est un triangle équilatéral. Source : Serge Etienne, professeur de mathématiques, Lycée Fesch, Ajaccio.

(10) Jean Tulard, président de l’Académie des sciences morales et politiques, texte de la conférence prononcée lors de la séance de cette Académie, le 9 janvier 2004.

(11) Jean Tulard, op. cit.

(12) Denise Bombardier, « La Démocratie émotionnelle », Le Devoir, 5 août 2003.

(13) Axel et Jean-François Khan : « Comme deux frères, Mémoires et visions croisées », Stock, 302 pages, Paris 2006.

(14) Eric Sartori : « Napoléon et ses savants », Masterclass de l’association Sciences et télévision, 3 juin 2004, www.sciences-television.com.

(15) Recommandations de l’Académie des sciences sur l’avant-projet de loi de programme pour la Recherche. Texte voté en séance le 22 novembre 2005 (modifié le 15 décembre 2005 par la suppression de la référence aux articles de la loi).

(16) Selon les résultats de l’équipe franco-lituanienne de Didier Raoult (CNRS-Université de la Méditerranée) sur une
fosse où s’ont ensevelis des soldats de la Grande armée à Vilnius, datant de décembre 1812 et mise à jour en 2001, près d’un tiers des soldats ont été victimes d’infections et de fièvres transmises par les poux plus que par les assauts des Cosaques.

(17) Source : Tableau de bord européen de l’Innovation, 5e édition, publiée par la Commission européenne, Bruxelles, 2006.

(18) André Boisclair a été élu le 15 novembre 2005, chef du Parti québécois à l’âge de 39 ans. Après avoir exercé les charges de ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration puis de la Solidarité sociale, de l’Environnement et enfin des Affaires municipales, il avait choisi à l’été 2004 de quitter ses fonctions pour parfaire sa formation en devenant étudiant en gestion à Harvard…

(19) Marc Nikitin – laboratoire orléanais de recherche (LOG), IAE, document de recherche « Utilité et méthodes de l’histoire pour les sciences de gestion » n° 1997-5, p. 11

(20) Yves Coleman : « Voter les yeux fermés : une curieuse conception de la démocratie ». http://www.mondialisme.org

(21) En 46 avant J.-C., après son triomphe officiel à Rome, César fit étrangler Vercingétorix dans sa prison romaine après six ans d’incarcération.

(22) En 9 après J.-C., Herman ou Arminius après les avoir attirées, dans un piège, massacra les trois légions romaines
menées par Varus dans la forêt de Teutberg. (23) Entretien avec Gérard Noisiel, auteur des « Fils maudits de la république, l’avenir des intellectuels en France », Nouveaux regards, n°29, avril-juin 2005.

(24) Anne Pezet, « Le management stratégique et financier de l’investissement: un siècle d’histoire de la décision
dans l’industrie française de l’aluminium », Finance Contrôle Stratégie, vol. 3, n° 3, septembre 2000, p. 157.

(25) Marc Nikitin, op cit., page 10.

(26) L’Histoire est maîtresse (enseignante) de la vie.

(27) Anne Pezet, op. cit., p. 159.

(28) Luc Marmonnier et Raymond-Alain Thiétart, « L’histoire, un outil pour la gestion ? », La revue française de gestion, n° 70, septembre-octobre 1988, p. 164-5, cités par Marc Nikitin, op. cit., page 5.

(29) Emmanuel Levinas (1906-1995), d’après l’édition francaise du Jerusalem Post, 7 janvier 1997.

(30) Roland Perez et Juliennne Brabet, « Management de la compétitivité et emploi : un cadre d’analyse », Humanisme et entreprise, n° 304-44, 05-273, 2005, pp. 14-66.

(31) « La fin couronne l’oeuvre » en traduction littérale.

(32) Jean Bodin (1529 ou 30-1596), « La méthode de l’Histoire », 1566.

Mélissa BOUDES lauréate de la bourse de recherche 2017 de l’ARIMHE

L’Association pour la Recherche Interdisciplinaire sur le Management des Entreprises (ARIMHE), au travers de son comité scientifique de la bourse de recherche a retenu pour 2017 le projet de Mélissa BOUDES intitulé “Innovation sociale et transformation du travail”. En plus de la qualité scientifique du projet, l’objet de recherche est en phase avec la vocation de l’association.

Nos félicitations à Mélissa BOUDES

La Revue des Sciences de Gestion est d’autant plus heureuse d’annoncer cette bourse de recherche que Mélissa BOUDES vient de publier un article dans  le n°269-270  intitulé Repenser le travail à l’intersection des ordres institutionnels. Le cas des coopératives d’activités et d’emploi.

Mélissa BOUDES ARIMHE

ARIMHE

La remise officielle de la bourse par Pierre Louart, le Président de l’ARIMHE, se fera le 23 novembre à Paris à l’occasion du colloque annuel de l’ARIMHE.

Les candidatures pour la bourse de recherche 2018 seront ouvertes du 26 février au 23 mars 2018.

Pour plus de précisions : cliquez ici

ARIMHE RIMHE

n°243-244 La Revue des Sciences de Gestion – Editorial par Philippe Naszalyi : Lorsque le sage montre la lune, l’imbécile regarde…

“Lorsque le sage montre la lune, l’imbécile regarde… le doigt ou le classement de Shangai »
(proverbe chinois)

Cet été semble ne pas connaître de trêve dans les polémiques qui, reprises par la presse étrangère, mettent en exergue ou au pilori, les
relations entre le monde des affaires et celui de la politique. Il n’est évidemment pas question, ici, ce serait hors de propos, de prendre parti en quoi que ce soit dans un conflit où, à notre avis, l’amoralité, est bien plus criante que l’immoralité, qu’on connaît, elle, habituellement dans toutes ces questions depuis qu’il y a des gens riches et des gouvernants.

Amoralité ! N’est ce pas au fond ce qui de part et d’autre, et encore plus depuis « la Crise », est reproché au capitalisme dont il est pour
plus d’un, et nous suivons en cela André Comte-Sponville1, l’essence même ? Rien d’étonnant donc à ce que certains avouent « ne pas avoir de problèmes avec la morale » puisque cela est consubstantiel au système même qu’ils servent avec zèle !

Ce n’est pas ce vaste sujet, rassurons-nous, qui sera notre propos. Sans vouloir entrer dans le grand débat pour savoir si le capitalisme peut être moralisé, il nous a semblé bon, et à notre portée d’hommes de terrain, de consacrer le premier dossier de ce numéro d’été, dans la logique pragmatique de Michel Camdessus ou d’autres, à la recherche de la bonne gouvernance que nous considérons comme un véritable facteur de croissance et qui induit des « méthodes et modèles d’organisation » ce qui constitue tout naturellement le dossier conclusif de ce numéro.

Dans cette actualité de l’été, l’on peut relever aussi et ce, depuis 2003, la publication de l’« Academic Ranking of World Universities » de l’Université Jiao Tong, plus connu sous le vocable de « classement de Shanghai ». Cette parution jette en émoi, chaque année, tous ceux que le proverbe chinois dit « regarder le doigt » plutôt que la lune.

L’on ne reviendra pas sur les critères plus que litigieux du classement dont l’objectif initial était somme toute modeste. Nous avons déjà souligné en son temps, son absence quasi-totale de scientificité, malgré son apparence quantitativiste, ou sa totale insignifiance dans le domaine qui est le nôtre : économie ou gestion. Nous ne soulignerons jamais assez combien il repose quasi exclusivement sur la comptabilité de revues dans le domaine des sciences dites exactes. Celles-ci reconnues malgré d’énormes canulars involontaires, mais publiés à grand renfort de publicité, comme le clonage sud-coréen, se devraient de disposer de Comités de Lecture moins monochromes, plus ouverts au monde. La Science invite tout le monde à la modestie. Insignifiant, une fois encore dans les autres domaines, ce classement ne considère quasi exclusivement que des revues en langue anglaise et tient pour rien, toutes les publications des colloques, des conférences, des congrès, de toutes ces réunions savantes et scientifiques en toutes langues, où s’échangent idées et connaissances, ce qui est, avouons-le,
une curieuse analyse de la Recherche !

Il semble d’ailleurs que les étudiants chinois eux-mêmes, pour lesquels il fut inventé, n’attachent que peu de prix à ce classement qui hypnotise toujours nos trissotins officiels. S’il n’y avait « que » 18 000 étudiants chinois en France en 2007-20082 ce qui plaçait malgré tout la France au 5e rang mondial en ce domaine, on en dénombre plus de 35 000, répertoriés en 2009, selon l’ambassade de Chine en France, dont 85 % qui paient eux-mêmes leurs études3 ! Ce qui est plus que significatif.

Classement des classeurs ?

Dans le domaine Économie-Gestion qui est le nôtre, on peut citer également la récente initiative de Jean-Michel Courtault, professeur d’économie à l’Université Paris 13 qui vient de proposer un classement des établissements (Universités et Grandes Écoles) et des Enseignants-chercheurs à partir des citations des articles des professeurs qui les composent4. C’est une proposition à suivre sans doute, même si l’on peut légitimement s’interroger sur les « indices h » et « g » qui servent de base à cette analyse des réalités de 2008.

À l’inverse de la recherche de la grande taille qui obnubile toujours nos actifs trissotins officiels depuis Shanghai, et les font réinventer
des monstres universitaires ingérables, « La calidad de las universidades en España », publiée en mai 2009 par l’université de la Complutense de Madrid se fonde sur un classement multicritères
des universités espagnoles : 32 critères au lieu des 9 utilisés au maximum par les autres classements5. C’est révolutionnaire et peut être plus réel…

L’exploitation de ces classements comme le font notamment les Allemands, par un marketing agressif pour attirer les étudiants6voire en créant des « marques » est-il encore dans l’esprit de ce que qu’est l’Université dans son essence.

On peut au moins s’interroger !

En tout état de cause, un colloque très instructif au Sénat, au titre volontairement provocateur : « Oublier Shanghai ! »7a bien reposé les enjeux et les nécessités de se montrer vigilants, constructifs et ouverts dans ces classements qui en se multipliant, ont tendance à se dévaluer les uns les autres ce qui n’est pas non plus une solution.

Comme le soulignait à cette occasion, le professeur Patrick Hetzel, « Les classements doivent être positionnés comme des outils et doivent rester à leur place. Ils ne sont en aucun cas la stratégie. Ils ne peuvent être que des formes de représentation à un instant T de celle-ci. Il y a toute une pédagogie à faire pour les remettre à
leur place, dans leur contexte, savoir que ce sont des outils pouvant être mobilisés par les étudiants pour faire leurs choix. » Nous ne pouvons que souscrire à cette déclaration du Directeur
général de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle.

Comment évaluer la performance et quelle performance ?

Nous ne sommes bien sûr pas opposés loin de là, à l’évaluation des résultats ou des compétences. Le 2e dossier : « Évaluation de la performance » de ce numéro, qui s’inscrit dans le domaine des
organisations, est tout à fait dans cette ligne de pensée.

Il est dans la nature même d’une revue comme la nôtre qui dispose de deux instances d’évaluation des contributions qui lui sont soumises : CIVIS et Conseil scientifique de lecture, que de croire à une évaluation saine et constructive pour l’Homme qui considère le quantitativisme simplificateur certes, mais fondamentalement simpliste et donc aussi faux qu’un sophisme voire un enthymème.

Notre souci également est, pour garder la valeur des avis et donc des publications, à la fois de chasser les bouffonneries des savants Cosinus de la gestion, plus nombreux qu’on ne le croit, ou d’éviter des travaux comme ceux d’Hwang Woo-suk, pourtant avalisés par une revue de la qualité de « Science » !

Notre souci enfin, est d’éviter cette plaie que génèrent encore plus les classements aux incidences financières dénoncées plus haut, qu’est le plagiat. C’est une autre forme de ce que l’on appelle dans le domaine des entreprises la contrefaçon. Une remarquable exposition sur le sujet à la Cité des Sciences de Paris8, accompagnée d’un ouvrage très pédagogique d’Olivier Quezada9, rappelle notamment cette vérité que si l’imitation est la base de l’éducation et de la transmission du savoir, la contrefaçon, elle, « cherche à tromper l’acquéreur et à déposséder le créateur de ses doits ». On peut s’amuser que des « penseurs » comme Alain Minc ou Jacques Attali, ténors des plateaux de télévision et autres cénacles où se forme l’opinion et considérés comme « coutumiers du fait10 » d’emprunter aux autres leurs textes et leurs idées, au point d’avoir été condamnés par la Justice, ne soient pas choisis ici, pour illustrer cette collection de fausses valeurs où l’amoralité des hommes et du système trouve là encore, son expression.

Nul donc n’est à l’abri, industriels, auteurs ou revues.

C’est pour cela que pour ce qui nous concerne, la vérification de chaque ouvrage cité en bibliographie par nos relecteurs nous a permis, et continue à nous permettre d’éliminer

les tricheurs et de traquer les emprunts un peu longs, inspirés souvent des interventions de colloques inédits.

Internet secrète aussi ses propres moyens de parer aux indélicatesses. C’est une lourde tâche qui explique parfois à nos auteurs le temps mis à publier leurs travaux. Nous mettons tout en oeuvre pour ne pas tomber dans les affres du plagiat que Walter Enders et Gary Hoover pour ne citer que leurs recensions impressionnantes dont nous étions fait l’écho déjà en 200711, dénoncent à propos des revues économiques américaines (celles que comptabilisent précisément et sans vergogne, nombre de classements dont celui de Shanghai !).

Soulignons avec insistance, le remarquable travail que fait depuis l’université de Genève, Michelle Bergadaà dont nous présentons « le vade-mecum du plagieur ». Le phénomène a toutefois pris suffisamment d’ampleur pour rendre plus que suspecte toute cette comptabilité d’apothicaire à propos du nombre de citations relevées par tel ou tel moteur de recherche. C’est une comptabilité d’attaché de presse, profession utile sans conteste, mais à laquelle jusqu’à présent, on ne demandait pas d’évaluer recherche et chercheurs…

C’est comptabilité encore sans aucune notion de la qualité de la recherche ou de son impact réel, fonctionne comme si le fait divers scabreux ou le scandale que la presse va développer à l’envi, et c’est son rôle, valait plus par son nombre de passages dans les colonnes, sur les ondes ou par les images que la découverte de travaux de
l’équipe de Christine Balsdeschi sur les cellules souches pour ne citer que cet exploit thérapeutique des laboratoires de l’Université d’Evry. Quantité n’est que rarement qualité et l’on ferait bien de s’en ressouvenir !

Ne nous y trompons pas, en effet, en mélangeant sans discernement le qualitatif et le quantitatif des publications on génère, à la fois le
copinage, (certains classements de revues en sont le témoin éloquent), le copiage, mais aussi la publication inutile, y compris dans des sujets comme les nôtres, souvent tellement « hors-sol » qu’elle n’est qu’un enfumage de mots et plus souvent de chiffres pour faire accroire à la scientificité.

Le scientisme revient au galop, et avec lui des valeurs matérialistes qui font de l’Homme un objet et non la finalité de toute chose. Le grand scientifique que fut Condorcet, avait cette phrase toujours actuelle : « Toute société qui n’est pas éclairée par des philosophes est trompée par des charlatans. »

Prenons garde à ce que les sages continuent bien à regarder la lune et pas le doigt ou… le classement de Shanghai !

1. Le capitalisme est-il moral ?Albin Michel (ISBN
978-2226142207) ; rééd.
Le  Livre de Poche, 2006 (ISBN 978-2253117223) ; rééd. avec une postface inédite, Albin Michel, 2009 (ISBN 978-2226192912). http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/03/28/kant-et-les-parachutesdores_1173803_3234.html

2. Source EDUCPRO,http://www.educpros.fr/detail-article/h/4dac1c6294/a/etudiants-chinois-en-mobilite-la-france-au-5eme-rang.html, 15 janvier 2009.

3. Source : M. Kong Quan, ambassadeur de Chine en France. http://french.peopledaily.com.cn/Sci-Edu/6870375.html 15 janvier 2010.

4. Source EDUCPRO, http://www.educpros.fr/detail-article/h/f5132b007b/a/recherche-en-eco-gestion-un-nouveau-classement-des-ecoles-et-universites.html, 4 juin 2010.

5. Source EDUCPRO, http://www.educpros.fr/detail-article/h/2ecfd6a52a/a/un-ranking-revolutionne-le-classement-des-universites-espagnoles.html, 17 juin 2009.

6. Source EDUCPRO,http://www.educpros.fr/detail-article/h/61e82132e6/a/les-universites-allemandes-s-offrent-au-marketing.html, 24 février 2010.

7. Actes du colloque organisé au Sénat, le 6 mai 2010, http://www.senat.fr/rap/r09-577/r09-5771.html.

8. Contrefaçon, la vraie expo qui parle du faux, du 20 avril 2010 au 13 février 2011, à la Cité des sciences et de l’industrie. Paris. www.cite-sciences.fr/contrefacon

9. Contrefaçon, la vraie livre qui parle du faux, Universcience, Palette, 48 pages, 2010. 13.

10. Source : Evaluation de la Recherche en SHS « La question du plagiat », 29 juin 2010, http://evaluation.hypotheses.org/940

11. La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion n° 226-227, p. 5 – Éditorial : Graecia capta ferum victorem cepit… ou “Messieurs, il est cinq heures, le cours est terminé” ! DOI : 10.1051/larsg:2007031.

Romain Zerbib, le Rédacteur en Chef adjoint de La RSG

Romain Zerbib, le Rédacteur en Chef adjoint de La Revue des Sciences de Gestion (La RSG).

Résumé du parcours de Romain Zerbib

Romain ZerbibDocteur en sciences de gestion, Romain ZERBIB est enseignant-chercheur au Lara/ICD BS et chercheur associé au CEREGE. Responsable pédagogique de l’académie du Commandement à HEC Paris, il est également directeur de la revue Management & Data Science (MDS) et rédacteur en chef adjoint de La Revue des Sciences de Gestion (La RSG).

Matières enseignées
Stratégie, du Management, Marketing.

Axes de recherche
Les recherches actuelles de Romain ZERBIB se concentrent essentiellement sur les mécanismes de diffusion et d’adoption des outils de gestion au sein des entreprises.

Extrait de son dernier article publié dans la Harvard Business Review France (numéro hiver 2016)

Comment faire d’une théorie inefficace un phénomène de mode en entreprise ?

Nous avons déjà tous assisté à un séminaire, une réunion où nombre de dirigeants employaient le même champ lexical et s’appuyaient sur un même outil, une même logique, émanant généralement d’une firme ou d’un pays affichant une insolente croissance. Et quelques mois plus tard… plus rien. La solution miracle semblait déjà remplacée par une autre formule idoine et son cortège d’histoires incroyables. Les managers suivent aussi des modes et ont parfois, en la matière, des comportements peu rationnels.

Quels mécanismes sous-jacents induisent une telle uniformisation ? Sommes-nous de zélés suiveurs, soumis à une insidieuse industrie du prêt-à-penser ? Si oui, comment procèdent au juste les architectes en question pour imposer leurs normes sur le marché ?

Un cas d’école d’abord : en 1972, soit deux ans après le lancement officiel de la matrice de portefeuille (qui est une représentation graphique des différents domaines d’activités stratégiques de l’entreprise dans le but d’évaluer sa compétitivité et d’en déduire une stratégie), 100 multinationales américaines en avaient adopté une. Et, six ans plus tard, 75% des firmes du fameux classement Fortune 500 emboîteront le pas. Moult études ont pourtant démontré que les entreprises ayant eu recours aux matrices ont obtenu de moins bons résultats que les autres. Et il ne s’agit ici nullement d’un cas isolé : depuis un siècle environ, de multiples pratiques se sont succédées à intervalles plus ou moins réguliers pour venir orienter – de façon significative – les pratiques de gestion des firmes du monde en entier.

Nombre de chercheurs se sont en conséquence interrogés sur les motifs d’un tel phénomène. Une première explication suggère que les managers adoptent une pratique car elle permet de répondre le plus simplement et efficacement possible aux contraintes techniques auxquelles ils sont confrontés. Royston Greenwood et Bob Hinings observent toutefois que cette explication n’est guère satisfaisante dans la mesure où elle ne permet pas de comprendre pourquoi un grand nombre de managers adoptent de façon quasi simultanée la même pratique, alors qu’ils appartiennent à des secteurs d’activités différents, soumis à des logiques distinctes et des cycles économiques particuliers.

La théorie néo-institutionnelle et la théorie des modes managériales constituent néanmoins deux angles d’analyse en mesure de dénouer cette intrigue à travers la mise en évidence de 5 facteurs explicatifs. Ils supposent que les managers – en partie à cause de la pression normative qu’ils subissent – convoiteraient en priorité les pratiques étant présentées, au sein du discours promotionnel, comme étant simples, modernes, efficaces et rationnelles. Les motifs d’un tel comportement sont schématiquement déclinés ci-dessous […]

Lire la suite de l’article en suivant ce lien.

Nouvelle revue : la revue Recherches et Pratiques Marketing

Nous saluons la naissance d’une nouvelle consœur : la revue Recherches et Pratiques Marketing  (RPM). Cette revue publie des recherches et points de vue de praticiens et de chercheurs en marketing.

Première revue spécialisée en marketing au Maroc, la revue Recherches et Pratiques Marketing vise à faire connaitre les nouvelles techniques et pratiques marketing aux communautés académiques et professionnelles au Maroc et dans le monde francophone.

Son objectif est de permettre aux chercheurs, enseignants, étudiants et responsables d’entreprises de communiquer, d’échanger et de soumettre à la critique leurs réflexions et leurs recherches sur des problématiques Marketing.

La revue Recherches et Pratiques Marketing bénéficie ainsi de l’appui des deux principales associations spécialisées en Marketing au Maroc : l’AMM (l’Association Marocaine du Marketing) et l’AMMC (l’Association Marocaine du Marketing et de la Communication).

C’est une revue électronique en accès libre et gratuit. La Revue des Sciences de Gestion lui souhaite évidemment une longue vie dans le paysage des publications de recherche en marketing.

la revue Recherches et Pratiques Marketing est accessible à l’adresse suivante : http://revues.imist.ma

Appel à contribution de la revue Recherches et Pratiques Marketing

La RPM, lance un appel à contribution pour son premier numéro. Vos contributions sur différentes thématiques marketing : marketing de grande consommation, marketing B to B, marketing de services, marketing touristique, marketing politique, marketing territorial, Comportement du consommateur… sont les bienvenues.

La date limite de soumission pour ce premier numéro est fixée pour le 30 juin 2016.

rpm revue Recherches et Pratiques Marketing

n°213 La Revue des Sciences de Gestion – Editorial par Philippe Naszalyi – Quand le Journal Officiel montre le chemin…

Quand le Journal Officiel montre le chemin…

par Philippe Naszályi,

Directeur de la publication et de la rédaction.

Il paraîtra peut-être étonnant, à l’orée de ce dossier sur la « stratégie de la gouvernance » dans les entreprises, de s’arrêter sur un des fleurons du secteur public à la française qu’est le Journal Officiel (le JO)[1].

Incarnation du pouvoir de l’Etat, de ses lois et règlements, la Direction des Journaux Officiels, dotée d’un budget annexe voté chaque année par le Parlement, et la SACIJO[2] créée en même temps qu’était instaurée la liberté de la presse en France[3], sont devenues, en quelques années, un modèle de novations sociales et de management responsable.

Près de 1 000 salariés (non fonctionnaires) constituent le personnel de ces deux entreprises de service et d’intérêt général et de missions éminemment publiques[4].

Y développer l’apprentissage, comme cela se fait déjà dans quelques entreprises privées et, bien sûr dans le commerce et l’artisanat, était un pari raisonné et intelligent.

Pari d’abord, parce que, malgré l’évidence, les Elus de tous bords, les gestionnaires publics de tous niveaux rechignent – et c’est pitié – à ouvrir les innombrables métiers possibles dans la fonction publique à des jeunes en formation par le biais de l’alternance.

Les lenteurs, les blocages, la mauvaise volonté, viennent au secours de la lâcheté des hommes de gouvernement, qui préfèrent subventionner à profusion des emplois « parking » associatifs ou autres, des formations elles aussi « parking », que la réforme telle qu’elle a été menée jusque là du LMD[5] , ne fait que ravaler comme le « sépulcre blanchi » des Ecritures, mais surtout sauvegarder pour le plus grand profit des différents professionnels de la formation de tout acabit mais nantis.

C’est le « Tartuffe aux affaires[6] » qui s’est ainsi prolongé.

Pari raisonné et intelligent ensuite, sous l’inspiration et grâce à la ténacité constructive de l’un de ses sous-directeurs[7] rompu en la matière, qui a imaginé que l’on pouvait faire cohabiter dans une institution aussi riche en emplois différents que le JO, des apprentissages variés. Du CAP de restauration au diplôme d’Ingénieur des systèmes d’information en passant par des BTS variés, le JO offre une palette impressionnante de métiers tout en
privilégiant, comme il se doit, son métier cible, la publication de données avec son indispensable adaptation aux techniques de pointe actuelles et en devenir.

C’est la parfaite compréhension des enjeux de l’apprentissage qui ne peut être cantonnée, comme beaucoup se l’imaginent encore, dans des métiers traditionnels et de niveau faible de diplôme, mais bien, à l’instar de nos voisins allemands[8]au cœur même de l’enseignement supérieur et professionnel hautement qualifié.

Gageons que malgré le peu d’empressement de la Presse à valoriser ce modèle, il puisse inspirer enfin le secteur public français sous toutes ses formes, lui qui manque si cruellement de vision prospective dans le domaine du recrutement et de la formation. Car le développement de l’apprentissage constitue toujours une « bataille » qu’il faut mener, comme le prix Nobel Pierre-Gilles de Gennes le conseille vivement[9].

Mais, loin de s’arrêter en si bonne voie, le JO est devenu également un modèle pour la formation de son personnel, en particulier dans l’application du Droit Individuel à la Formation (DIF). Peut-être parce que c’est sous ses « presses » que le premier exemplaire de la loi qui institue ce droit novateur[10] est apparu, que le JO a ouvert depuis le 1er janvier 2005, avant même que la loi ne le rende obligatoire, le DIF à ses salariés.

Rappelons que la loi prévoit un crédit de formation de 20 heures par année, cumulables sur six ans pour atteindre un maximum de 120
heures. Au JO, les salariés peuvent bénéficier par anticipation, dès la première année, d’une enveloppe de 60 heures de formation. L’entreprise a elle-même défini les actions prioritaires suivantes : techniques de communication, langues, développement personnel, cours par correspondance, préparation à la retraite et culture générale. Ces dispositions ont fait l’objet d’un accord signé mi-février 2005 avec les partenaires sociaux.

Il est encore trop tôt, contrairement à la mise en place de l’apprentissage, pour tirer un premier enseignement de cette action[11].

Notons encore que pour s’assurer du bon relais de l’information à propos du DIF à l’ensemble de l’entreprise, une session de formation
a été dispensée dès septembre 2004 à tous les chefs de service et à tous les membres de la Commission paritaire de formation professionnelle. Les cadres intermédiaires chargés de l’application du
nouveau dispositif ont été formés à leur tour au début de l’année.

N’est-ce pas cela aussi mettre en place une politique responsable ou tout simplement : « une stratégie de la gouvernance » ?


([1]) http://www.journal-officiel.gouv.fr/

([2]) SACIJO, Société anonyme de composition et d’impression des Journaux officiels, fondée en 1881.

([3]) Loi du 28 juillet 1881.

([4]) Les missions des Journaux officiels :

la Direction des Journaux officiels est chargée de l’édition et de la diffusion des textes législatifs et des principaux textes
réglementaires, de leur organisation en banque de données et de l’édition de débats parlementaires et annonces légales sur support papier et numérique.

([5]) LMD : abréviation pour Licence, Mastère, Doctorat, c’est-à-dire, l’application de la réforme européenne des accords de
Bologne dans la France du « post-bac ».

([6]) Kaltenbach, Pierre Patrick, Tartuffe aux affaires, génération morale et honneur politique – 1980-2000- Les éditions de
Paris, 2001.

([7]) Patrick Butor a été nommé depuis avril 2005, Directeur de la Population et des Migrations au Ministère de l’emploi, du travail et
de la cohésion sociale.

([8]) Hugonnier René, « Quand nous savons mieux que les Allemands former des apprentis » Direction et gestion des entreprises, page 9, n° 134, 1992.

([9]) Cambon Christian et Butor Patrick « la bataille de l’apprentissage » : une réponse au chômage des jeunes « préface
de Pierre-Gilles de Gennes, Prix Nobel de physique, Descartes et cie, Paris 1993.

([10]) Loi n° 204-391 du 4 mai 2004 relative à la formation professionnelle tout au long de la vie et au dialogue social

([11]) Pour tout complément d’information ; Sacha Lauzanne : téléphone : + 33 (0)1 40 58 75 04 ; télécopie
+ 33 (0)1 45 78 99 39 ; courriel : sacha.lauzanne@journal-officiel.gouv.fr

n°236 La Revue des Sciences de Gestion – Editorial par Philippe Naszalyi – Ploutocratie et/ou Ochlocratie ?

Ploutocratie et/ou Ochlocratie ?

Par Philippe Naszalyi

« J’ai fait une erreur en comptant sur l’intérêt privé des organisations, principalement des banquiers, pour protéger leurs actionnaires. Ceux d’entre nous qui comptaient sur l’intérêt des établissements de crédit pour protéger les actionnaires, en particulier moi-même, sont dans un état de choc et d’incrédulité. J’ai trouvé une faille dans l’idéologie capitaliste. Je ne sais pas à quel point elle est significative ou durable, mais cela m’a plongé dans un grand désarroi »1 déclarait il y a quelques mois, l’ancien président de la Réserve fédérale des Etats-Unis (FED), devant une commission d’enquête des députés de son pays.

Qu’on se rassure :

– ce n’est pas la démesure (ubris) que nous fustigeons régulièrement à l’instar des auteurs grecs qui nous fait choisir de consacrer notre deuxième numéro de 2009, après le thème de « la Recherche et du développement », à la Finance. Elle constitue bien un enjeu permanent pour les gestionnaires qui se penchent avec acuité sur le fonctionnement des organisations qui nous font réellement vivre ;

– ce n’est pas non plus, volonté de provoquer les tenants de telle ou telle idéologie que de présenter des études circonstanciées sur
les activités, principalement dans les sociétés et avec des exemples pris en plusieurs points du monde que de consacrer ce numéro 236, à la finance des entreprises. L’on redécouvre, que bien plus que les grandes spéculations du monde de la banque et de ses dérivés (dans tous les sens du terme), elles sont un véritable enjeu de la poursuite de la vie de l’économie.

Il n’aura pas échappé à nos lecteurs, que nous avons usé de la facilité d’employer le terme de « société », pour celui d’« entreprise », ce qui n’est évidemment pas neutre. Tout étudiant en 1re année de « management », sait qu’en France, il n’existe pas de droit de l’entreprise, mais un droit des sociétés. C’est dire que la société de capital, et plus grave, sa logique et son système, par vide juridique, a pris le pas sur ce qui est notre sujet privilégié d’étude, l’entreprise ou plus génériquement, puisque « tout se gère »2, l’organisation. Ce n’est pas ratiociner que de relever le fait que le droit des sociétés de capitaux s’est imposé abusivement dans le monde économique comme le droit des entreprises. Les « corporations » comme disent les Américains, c’est-à-dire les sociétés d’argent des « publicains » de l’Ecriture, des « argentarii » romains, n’ont pris leur envol en France, que sous le Second Empire avec la loi du 23 mai 1863 et celle du 24 juillet 18673, durant cette période que les historiens, en suivant l’expression du publiciste-journaliste, Emile de Girardin, nomment pour des raisons souvent plus politiques qu’économiques : « l’Empire libéral ». La société anonyme est ainsi devenue le parangon de l’entreprise (mais pas celui de la vertu !).

Les adaptations juridiques ont vu le jour, à partir de 1984, avec la désastreuse loi bancaire en France qui, en voulant assurer la sécurité de ce secteur, a banalisé de fait, la finalité de l’action de tous les établissements4 de crédit. Ce qui en est suivi, ne fut à partir de 1985, (on l’oublie parfois un peu vite) que l’application méthodique et voulue des postulats des « Chicago boys », dans une rage de « bing bang » de néophyte ou de récent converti, pour certains d’entre les politiques de gauche et de droite qui indistinctement, mirent en place les mesures qui ont abouti là où notre économie et son train de misère sont arrivés.

Faire accroire que seule, la société anonyme (et ses structures approchantes) est l’unique forme de l’entreprise, alors qu’elle est, de l’avis des juristes « la forme la plus poussée de dissociation entre la propriété et la gestion »5, équivaut à « mettre sous le boisseau » les sociétés de personnes, celles dans lesquelles la considération de l’être humain (l’intuitu personae) revêt le caractère fondamental.

L’Histoire des hommes est pourtant jalonnée des découvertes les plus remarquables, à commencer par celle de l’Amérique que l’on doit, à ce que l’on appellerait de nos jours une « société en nom collectif » voire une « société en commandite simple ». Christophe Colomb dont nos anciens maîtres, Pierre Chaunu6 et Jacques Heers7 ont tant décrit l’action, n’est pas concevable, sans le commanditaire qu’est la Reine Isabelle !

La création d’un statut d’auto-entrepreneur, entré en vigueur en France, au 1er janvier de cette année8, et le succès qu’il remporte9, veut sans doute signifier qu’un retour au juste usage des bonnes
valeurs entrepreneuriales est à l’horizon et plébiscité !

Le choix de la société de capital a certes aussi, été lié au gigantisme des appels de fonds que seules les sociétés anonymes semblaient permettre depuis l’histoire des « maîtres de forge » et du chemin de fer. Cela a conduit cependant, à une telle dépersonnalisation que
nul ne sait plus qui possède l’une ou pour qui l’on travaille. Vers où vont ces géants de capitaux que sont Chrysler ou GM puisque ces fameux capitaux n’ont pas servi à ce pour quoi ils étaient
faits normalement, c’est-à-dire à l’investissement productif ? Quels noms portent véritablement ces « patrons voyous » que l’actualité, en France, fait proliférer, en même temps que la crise financière frappe ce que l’on appelle désormais l’économie réelle et qui est, en fait, le travail de l’Homme ?

On ne voit souvent que des gens qui, comme ces intendants appliquaient les mesures de la réaction féodale au XVIIIe siècle, mais n’étaient sûrement pas les seigneurs. On n’entend souvent que des logorrhées auto-justificatives de tel manageur, comme il y a peu, ceux des « parjures » de Continental et qui ne sont en fait, que les porte-parole du monstre anonyme, décrit par Antonio Gramcsi : « Le vieux monde se meurt. Le nouveau monde tarde à paraître. Et dans ce clair-obscur les monstres surgissent ».

Si abus il y a, au fond, ce n’est pas celui de quelques cadres supérieurs, appelés « manageurs » cristallisant haines ou ressentiments, qui même parfois, peuvent croire diriger ce théâtre d’ombres alors qu’ils n’en sont que les valets. Ils ne jouent que le rôle du chien qui porte la marque du collier, de la fable de notre enfance, si bien illustrée par Benjamin Rabier ou par Granville, en costume bourgeois du
XIXesiècle. Il ne leur manque que la livrée !

C’est tout un système qui confisque l’entreprise et le travail des hommes au seul profit des détenteurs anonymes du capital financier, qui se meurt devant nous !

Qui a jamais pensé que l’entreprise pouvait fonctionner avec seulement du capital ?

Midas10, selon la légende n’évita la mort d’inanition à côté de son or,
qu’en promettant à Dionysos, un retour à une juste considération de la richesse, alors qu’actionnaires et fonds de pension essaient eux, de canaliser voire de détourner Pactole.

Pourquoi nos sociétés démocratiques ont-elles perdu la notion de l’utile et du vrai, pour donner à « ces gens-là », comme le disait Brel, le pouvoir et tout le pouvoir ?

Si les « deux cents familles » sont un mythe électoralement pratique,
la Ploutocratie, elle, qui règne aujourd’hui, ne l’est pas. Selon Patrick Viveret11, 225 personnes contrôlent, en la possédant, l’équivalent de la richesse de 2 milliards et demi d’habitants de la planète Depuis de nombreuses années en Amérique, la ploutocratie a remplacé la démocratie, par suite d’une trop grande proximité de la classe dirigeante avec le monde de l’argent. Le système Bush-Cheney a atteint un degré si inusité dans la mise au service des intérêts privés, desmoyens publics que les rapines de Verrès sont devenues dérisoires. Les mensonges éhontés d’un Colin Powell à leur service, au Conseil de sécurité de l’ONU, relèguent « Tricky Dicky12 », au rang d’un enfant de choeur vidant les burettes. L’Histoire nous apprendra si cette ploutocratie ne s’est pas trouvé une solution pour maintenir l’essentiel de ses acquis, en se dotant d’une figure aimable pour les Américains, et accessoirement pour le monde (les Français sont si bon public !).

L’Europe à première vue, semble moins « abîmée » par cette dérive ploutocratique, et les règles plus anciennes, régissant les Etats, servent encore de limite au mélange irrémédiablement impur, de l’argent et du pouvoir, malgré les efforts répétés de l’actuelle Commission européenne. Celle-ci, en passe d’être « un gigantesque conseil d’administration13 », est présidée, pour peu encore, espérons-le, par José-Manuel Barroso, et dans lequel, le vibrionnant vice-président français tente de jouer, comme toujours, les utilités. Si l’Europe, comme la France de 1789, selon Mirabeau, est un « agrégat
inconstitué de peuples désunis »
, elle est toutefois devenue, en grande partie grâce à (à cause d’) eux, un ensemble de « trusts horizontaux et verticaux et de groupes de pression qui maintiennent sous leur contrôle, non seulement les produits du travail, mais les travailleurs eux-mêmes » selon le discours qui n’a pas vieilli, du « Président »14, à la chambre des députés français.

Si dans ce concert des Nations, l’Italie semble fleureter d’avantage avec l’abject du mélange des genres, toutes les démocraties, en sont atteintes, depuis près de trente ans. John Major, devenu « Chairman » de Carlyle Europe15, retrouve au conseil de cette société de placements américaine, le président George Bush père, l’ancien secrétaire d’Etat américain, James Baker et devait normalement être rejoint par son successeur du 10 Downing street si l’on en croit les sources britanniques, au moment de sasortie16. Il est vrai que l’Europe, en proposant à ce dernier, un poste diplomatique d’ampleur, retarde son entrée au « juteux conseil », et se grandit peu aux yeux du reste du Monde, par ce choix ambigu quant à la rigueur morale, de ce représentant du « Quartet ».

Sans entrer dans « la théorie du complot » que véhiculent çà et là des
organes idéologiquement connotés, il faut bien considérer que ce mélange des strates politiques et financières, qu’on a connu en France, à plusieurs reprises et que Montesquieu a si bien su rendre dans « Les Lettres persanes », au moment de la banqueroute de Law, est signe que le système politique est vermoulu. Les excès des boursicoteurs de la rue Quincampoix17, dont les « princes du Sang
»
, Conti ou le duc de Bourbon, n’ont pas été étrangers à l’abaissement moral qui frappa à mort, en la déconsidérant, la monarchie, avant que de l’emporter.

La démocratie européenne qui connaît régulièrement elle aussi, cette dangereuse dérive n’a souvent eu que deux voies pour s’en sortir. L’Histoire rappelle que les années de l’« entre-deux guerres », sont assez semblables aux nôtres, par l’abaissement des moeurs publiques
qu’on y vit, et les cascades de faillites et d’appauvrissement qui surgirent. La France a sans doute, toujours été la plus rétive à ces bassesses. Elle tombe plus volontiers en revanche, et de manière sporadique, dans ce que le grand géographe Malte-Brun appelle l’ochlocratie « ou l’anarchie populaire. (Celle qui) existe lorsqu’une multitude, une tourbe quelconque, s’empare d’un suprême pouvoir légitime. Donc la majorité même, lorsqu’elle n’est pas légalement constituée souveraine, ne peut exercer qu’un pouvoir anarchique »18. Les « assemblées générales » dans les universités en grève, ces dernières semaines, qui ont tant fait fuir, sans doute durablement, les étudiants étrangers, sont assez semblables, à cette déviance ultime de la démocratie en imposant une loi minoritaire et terroriste. Elle n’apparaît généralement que si le système représentatif en place n’apporte plus l’espoir de justice et de progrès humain (social, économique…).

La Commune qui échoua, ou les soviets qui réussirent (du moins à s’emparer du pouvoir), sont un peu semblables à cette sorte de chose.

La ploutocratie qui est le stade le plus ignoble de l’oligarchie et l’ochlocratie qui est celui de la plus grande dégénérescence de la démocratie, peuvent cohabiter un moment dans des états constitués, comme on le voit. Il faut s’interroger toutefois sur la durée qui sépare alors de la crise finale qui s’en suit toujours, si l’on ne propose pas une alternative réformatrice, voire révolutionnaire !

Elles peuvent donc, par leur coexistence simultanée, être aussi un signe que le retour aux idées fondamentales, se prépare et peut sourdre.

Plus prosaïquement pour ce qui nous concerne, puisque la finance, et notamment anglo-saxonne, est cause des maux qui accablent l’économie, il devient urgent de lui enlever son pouvoir de nuisance pour lui rendre sa capacité de servir « le bien commun ». C’est sans
doute cette « faille dans l’idéologie capitaliste » que note pour son « désarroi », Alan Greenspan que nous citions en introduction.

Pour y remédier, il nous semble que l’on devra avant tout examen, considérer que le travail des hommes, en entreprise, n’est pas la propriété des détenteurs des sociétés de capitaux plus anonymes que jamais. Cela ne signifie pas pour autant nier le rôle des finances. Il n’est que de voir, le poids du manque de crédit, que les erreurs des banquiers ont entraîné pour en comprendre son importance. Cette mesure faite, c’est la confiance des uns et des autres qui permet à
l’entreprise de créer, innover, fabriquer pour vendre et se développer et qui constitue la deuxième étape.

Deux articles, enchâssés aux extrémités, ouvrent chacun pour ce qui les concerne, (psychologie et performances de la stratégie), la perspective d’une réflexion élargie, mais toujours fondée sur l’analyse du terrain. Cela nous a amené à bâtir ce numéro de Finance, en tenant compte de ces données. C’est autour de ces deux thèmes d’analyse de la psychologie des composantes dans leur appréhension du
temps et des faits, et de mesures aussi précises que possible, que nous avons organisé ce numéro 2, de 2009.

Les normes comptables unanimement louées, puis vouées aux gémonies, souvent par les mêmes commentateurs, sont ici présentées in situ, comme il se doit dans une revue de sciences de gestion, qui se préoccupe d’abord, de finances d’entreprise. Elles ne sont pas seulement techniques, mais éminemment politiques, comme un rapport récent de l’Assemblée nationale française le découvre19. Nous ne pouvons nous empêcher de citer ce passage introductif : « Sur le plan international, les normes IFRS sont élaborées par un organisme indépendant composé d’experts : l’IASB, qui est l’émanation d’une fondation américaine composée de trustees indépendants et cooptés entre eux, via un processus de consultation sensé en garantir la qualité et la légitimité auprès de l’ensemble des parties prenantes. Pourtant, nombreuses sont les personnes auditionnées qui, estimant avoir du mal à se faire entendre d’experts parfois qualifiés « d’autistes » ou « d’ayatollahs de la comptabilité », ont souligné la mainmise de la vision anglo-saxonne et des grands cabinets d’audit anglo-saxons sur la normalisation comptable internationale.

C’est pourtant à un tel organisme que l’Union européenne a délégué, faute d’avoir su élaborer des normes comptables communes, son pouvoir de normalisation comptable…»

Pour sortir du dilemme que nous abordons furtivement, ici, Ploutocratie et/ou Ochlocratie, provoquées par la Financequi est le
dénominateur commun de ce numéro, nous essaierons de regarder de très près les choses, pour éviter l’écueil, soulevé avec sagacité déjà, par Napoléon Bonaparte, au printemps de 1789 : « On est en France comme chez un grand seigneur ruiné : du moment que l’on a de l’argent pour satisfaire au moment présent, l’on ne pense plus à l’avenir ».20

1. Alan Greenspan, Déclaration à la Chambre des représentants, Washington, 25 octobre 2008, cité par Patrice de Plunkett, Le Spectacle du Monde, n° 550, novembre 2008, page 9.

2. Philippe Naszályi : « tout se gère », There is always a management
solution… Article published by La Revue des Sciences de Gestion and available at http://www.larsg-revue.com  or http://www.larsg-revue.com/index.php?option=article&access=standard&Itemid=129&url=/articles/larsg/pdf/1996/03/larsg199615916001.pdf

3. La loi du 23 mai 1863 dispense les petites et moyennes sociétés anonymes d’une autorisation administrative. La loi du 24 juillet 1867 relative aux sociétés par actions a supprimé l’autorisation préalable de fondation d’une société anonyme.

4. Loi du 24 janvier 1984 modifiée, n° 84-46, relative au contrôle des établissements de crédit.

5. Code du Commerce, chapitre V, titre II.

6. Pierre Chaunu, Colomb ou la logique de l’imprévisible, Bourin, 1993, 303 pages.

7. Jacques Heers : Christophe Colomb, Hachette, Paris, 1991, 666 pages.

8. La Loi de modernisation de l’économie n° 2008-776 du 4 août 2008, Titre 1 chapitre I instaure le statut de l’entrepreneur individuel communément appeléauto-entrepreneuravec comme date d’application le 1° janvier 2009.

9. « Grâce à la mise en oeuvre du régime de l’auto-entrepreneur 47 121 entreprises créées, soit +89 % par rapport à fin 2008 », Record de créations d’entreprises en mars 2009 par Yves Soulabail, mercredi 22 avril 2009

10. « Le roi Midas a des oreilles d’âne », « Midas has the ears of an ass ! » Article published by La Revue des Sciences de Gestion and available at http://www.larsg-revue.com or http://dx.doi.org/10.1051/larsg:2007001

http://www.larsg-revue.com/index.php?option=article&access=standard&Itemid=129&url=/articles/larsg/abs/2007/01/larsg200722301/larsg200722301.html

11. Patrick Viveret, au Forum « Réinventer la démocratie », Grenoble,
France-inter, le 7-9 du samedi, parStéphane Paoli et Sandra Freeman,9 mai 2009, 8 h 35.

12. Surnom du Président Richard Nixon, « Richard le tricheur », après
l’affaire du Watergate en 1974.

13. Le Président, film d’Henri Verneuil, dialogues de Michel Audiard d’après un roman éponyme de Georges Simenon. Paris, 1er mars
1961.

14. Le Président, film d’Henri Verneuil, op. cit.

15. Business Editors London- (Business Wire)-May
14, 2001 « The Carlyle Group is pleased to announce that John Major, the former Prime Minister of Great Britain, will be joining the firm as Chairman of Carlyle Europe ».

16. « He’s Eyeing up £250K Job With Arms
Trade Link Firm »
Tony Blair… is being lined up for a highly lucrative position with the Carlyle Group — an Americanbased investment giant with strong links to the White House and the
defence industry… » Sources in the City have revealed that he is « seriously considering » a high-profile role with Carlyle… » Last night one leading City source said : « Private equity firms
don’t come any more powerful than Carlyle. »
At one time, Carlyle’s multi-million pound investors included Saudi members of the… family of…
Osama bin Laden. » http://www.theleftcoaster.com/archives/001237.php

17. C’est là que se trouvait les bureaux de la compagnie des Indes de John Law. On se reportera à l’ouvrage mémorable d’Edgar Faure, La Banqueroute de Law, 17 juillet 1720, Paris, Gallimard, coll. « Trente journées qui ont fait la France », 1977, 742 pages.

18. Conrad Malte-Brun, Jean Jacques Nicolas Huot, « Précis de la géographie universelle ou description de toutes les parties du monde sur un plan nouveau, d’après les grandes divisions naturelles du globe ; précédée de l’histoire de la géographie chez les peuples anciens et
modernes, et d’une théorie générale de la géographie mathématique… », éditeur Aimé André, Livre 47e, Paris 1837, pages 689-690.

19. Rapport n° 1508 d’information déposé, en application de l’article 145 du Règlement, par la Commission des finances, de l’économie
générale et du plan, relatif aux enjeux des nouvelles normes comptables et présenté par MM. Dominique Baert et Gaël Yanno, Députés. AN. 10 mars 2009.

20. Lettre de Napoléon Bonaparte à son oncle, Joseph Fesch, le 28 mars 1789 in Charles Napoléon : « Napoléon par Napoléon, pensées, maximes et citations », Le Cherche Midi, Paris 2009, 282 pages, page 15.

n°245-246 La Revue des Sciences de Gestion – Sommaire

« La valeur d’un général réside dans sa stratégie et non dans son courage. »

par Philippe Naszályi

 

Résumés en français, anglais et espagnol

 

GESTION DE LA CONNAISSANCE

 

Dispositifs de formation et choix managériaux

par Corinne Baujard

 

Les stratégies de propriété intellectuelle et leur ingénierie juridique :

Une nouvelle approche managériale du droit fondée sur le recours à la ruse

par Boualem Aliouat

 

La surinformation causée par l’Internet : un facteur d’échec paradoxal largement avéré :

Veille stratégique – Cas concrets, retours d’expérience et piste de solutions

par Humbert Lesca, Salima Kriaa-Medhaffer et Annette Casagrande

 

Le contrôle de l’information. La réorganisation du conseil d’administration

par Sabrina Alioui, Virginie Cibert-Goton et Cine Rousset

 

L’actualité de la gestion par
Philippe Naszalyi
.

 

Nouvelles de la communauté des amis de La RSG

 

DES METHODES DE GOUVERNANCE

 

Les effets non linéaires de la prise de participation sur les performances des entreprises familiales

par NehmAzoury, Charbel Salloum et Maria
Bianca Merheb

 

Les déterminants de la présence des administrateurs indépendants dans les conseils

d’administration des sociétés françaises

par Ibtissem Chouchane

 

Le contrôle des implantations bancaires à l’étranger par la maison-mère

par Hamadou Boubacar

 

Gestion du changement, TIC et compétitivité organisationnelle : le cas de la société MBA-France

par Abdallah Alaoui

 

Conseil d’administration et performance des entreprises conjointes franco-camerounaises. 91

par Robert Wanda

 

APPROCHES NORMATIVES ET GOUVERNANCE

 

Analyse des déterminants de l’adoption anticipée des normes comptables internationales IAS/IFRS

par les groupes français

par Daniel Zéghal et Yosra Mnif Sellami

 

Comptabilisation des écarts actuariels. Mise en perspective des pratiques françaises

par Samira Demaria

 

Les déterminants de la couverture des risques en France

par Karim Ben Khediri et Souad Lajili Jarjir

 

Pertinence des normes comptables IAS/IFRS au contexte culturel tunisien

par Besma Chouchane

 

Où en est-on avec le projet de l’IASB de norme IFRS adaptée pour les PME ?

par Raimondo Lo Russo

 

Harmonisation des normes africaines (OHADA) et internationales (IAS/IFRS) : une urgence ou une exigence ?

par Jules Roger Feudjo

 

Chronique bibliographique
par Jean-Louis Chambon

n°249-250

Editorial : « Raiffeisen, réveille-toi, ils sont devenus fous ! »

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

Philippe NaszalyiCurieuse idée, et si peu universitaire, que cette apostrophe m’a-t-on dit ! Pourquoi donc, pour parler de finance ou d’« autre finance », et reprendre, pour le parodier en interpellant, le Père du Mutualisme bancaire1, cet appel des Praguois du 21 août 1968, après les Hongrois du 4 novembre 1956 et avant les Polonais du 13 décembre 1981, lorsque désespérés, ils pensaient lutter contre l’implacable dictature soviétique, en en appelant aux mannes de Lénine, pour les délivrer du cauchemar du « socialisme réel », qui se matérialisait dans des chars.

« Raiffeisen, réveille-toi, ils sont devenus fous ! » est bien le sous-titre d’un colloque dont Aude d’Andria a accepté le difficile challenge d’être la rédactrice en chef du cahier spécial. Un fort dossier de quatorze articles reprend quelques-unes des riches contributions d’un colloque international que notre revue avait patronné et que nous avions dirigé, le 8 octobre 2010 à l’université d’Evry-Val-d’Essonne.

En effet, le pari d’une revue comme la nôtre est, et demeure, de faire la place la plus grande aux innovations, aux réflexions qui bousculent voire aux « utopies » qui depuis Thomas More sont le signe de la richesse de l’invention et des désirs humains, et aux présentations moins académiques, parfois même moins abouties, mais qui sont les prémisses d’une pensée novatrice qui s’élabore, avec les risques et imperfections inhérents à cet exercice2. Nous l’assumons pour rester fidèles à notre vocation de soutenir une réflexion originale, souvent hors des chemins battus et rebattus du « prêt-à-penser », et toujours fondée sur les faits et les cas concrets, car la gestion et le management, tout comme la mère des disciplines, l’histoire, ne sont jamais « hors-sol » lorsqu’ils se veulent recherche et application et non pâles copies ou traductions plus ou moins fidèles.

La finance qui constitue le lien commun entre tous les articles de ce numéro du printemps 2011, est multiple. Elle constitue le sujet brûlant qui de G8 en G20, de FMI malencontreusement décapité en « Bâle III » inadapté, agite, meut ou émeut les dirigeants de la planète en quête de règles prudentielles et de certitudes dans un monde où les peuples semblent moins bien disposés à accepter que les normes demeurent comme elles étaient avant la Crise. Si le printemps arabe3, né en hiver comme la révolution de 1848 d’ailleurs, dont elle emprunte le qualificatif, séduit, après les avoir désarçonnés, les « Grands » de ce monde, on ne sait trop que penser de ce surgissement du mécontentement sans doute profond, qui commence çà et là à poindre dans la « Vieille Europe » au cri de ralliement d’un nonagénaire facétieux, et qui en agace tant, « indignez-vous ! ». On n’a sans doute pas fini de mesurer l’étrange puissance de réveil des consciences que le système pensait bien endormies par un « consommez plus ! », (et sans doute : « réfléchissez moins ! »), moderne réplique du « Enrichissez-vous ! » de Guizot !

La crise dont la déflagrante première partie s’est déroulée sous nos yeux, mais n’est certainement pas finie puisqu’aucun remède durable n’a été appliqué, a démontré aussi que cette « autre finance » qui constitue notre 2e dossier ne s’était pas toujours bien distinguée dans ses pratiques des financiers classiques. Comment, ces banquiers coopératifs et mutualistes français se sont-ils laissé entraîner dans la tourmente financière mondiale, se sont-ils livrés aux joies de filiales, sociétés anonymes, aux plaisirs des titres toxiques, aux dérapages internes et perdre ainsi, et le sens commun, et les valeurs morales ?

Gardons-nous toutefois, d’être des parangons de vertu ou des redresseurs de tort. Nous sommes en cela, convaincus, du bien-fondé
de la thèse fondamentalement explicative de Max Weber que « le problème majeur de l’expansion du capitalisme moderne n’est pas celui de l’origine du capital, c’est celui du développement de l’esprit du capitalisme4».

La solution n’est donc certainement pas dans la vertu, n’en déplaise à ceux qui veulent moraliser à tout prix l’immoralisable qu’est par essence, l’« amoral capitalisme »5. Elle ne viendra certainement pas des comités d’éthique, de ce nom d’origine grecque, donné pour faire accroire qu’il est plus moderne que la morale. Alors qu’elle n’est qu’un choix idéologique car l’éthique est signe d’individualisme alors que la morale, elle, entraîne une attitude responsable vis-à-vis de toute la société.

Ces institutions de la bonne conscience, créées çà et là, avec la bénédiction plus ou moins donnée en France, par un ancien
directeur-général du FMI qui comme Claudel a sans doute reçu la lumière, mais après avoir mis mal en point quelques états par ses méthodes. Il s’agit bien ici, qu’on ne s’y méprenne pas, de l’auteur du rapport au Premier ministre sur « la règle d’équilibre des finances publiques »6, Michel Camdessus. En toute logique libérale, mais pour être à la tête du FMI ne faut-il pas l’être, ce dernier ne voit pour causes de la crise que les dérives à corriger : « la course au rendement » est la première d’entre elles, » et l’« appât du gain », qui « exacerbe les errements de la nature humaine 7». L’Homme est donc coupable et le système est juste et simplement à réguler !

Notre intention, est-il utile de le préciser encore, n’est jamais de proposer une seule voie, fut-elle et a fortiori « autre », mais bien dans ce riche domaine de l’économie monétaire et financière de permettre le foisonnement des apports dont le 1er dossier que nous avons intitulé « ce qui se fait en finance classique» entend témoigner !

Les cinq articles que nous avons choisis pour l’illustrer, insistent bien sur les possibilités, dans le contexte donné, de mesurer les performances dans le cadre du développement, (nous avons constaté que c’est un point qui réunit les économistes et les gestionnaires de l’une et l’autre finance), de prévenir les risques y compris de manière normative, mais aussi, et cet article conclut opportunément le 1er dossier, par une question centrale, de rappeler le rôle dominant d’une monnaie et d’un système comptable pour des économies et des entreprises !

Puisque donc la solution ne vient pas de quelques « cosmétiques lotions éthiques », même issues d’un géant, encore français, il faut organiser une réflexion pour trouver un remède ou mieux une alternative à ce qui a failli et bien failli.

«Ce que fait et propose l’autre finance » est multiforme et peut être une réponse ou des pistes de solution que nous avons laissées à Aude d’Andria, le soin de collecter et de présenter. Comme elle le dit fort bien, « Si l’hétérogénéité apparente des contributions peut surprendre au départ, elle attesterait plutôt de la vitalité et des nombreuses perspectives potentielles autour des pratiques incarnant l’idée d’une « autre » finance ».

Laissons donc à nos lecteurs, le soin de découvrir, d’apprécier, de critiquer les méthodes et les réalisations…

Nous tenons à souligner que ce numéro, pour son 2e dossier « ce que fait et propose l’autre finance », a été facilité grandement  par la remarquable maîtrise des techniques de
communication par Internet des étudiants en alternance du département AES de l’Université d’Évry-Val-d’Essonne (DEUST travail social, Métiers de l’aménagement et des activités sociales,
(DEUST-MAAS), LP de management des organisations : aide et service à la personne, (LP-MAP) et Licence Administration des Territoires (L3-ADT), réunis dans l’association DTSE dont le logo
constitue le dessin d’arrière-plan de ce dossier. Qu’ils trouvent ici le témoignage de notre reconnaissance et de celle des auteurs.
Et puisque le colloque dont une partie des contributions est publiée dans ce numéro, était international, il convient de signaler
aussi, car ce furent les seuls, les entraves, blocages et difficultés de tous ordres faits à la libre circulation des intervenants, par les services consulaires français au Cameroun.
Comme dans « le printemps arabe », les moyens de communication ont eu raison de ces attitudes révélatrices d’un autre âge et qui portent gravement atteinte à l’image de la France et à son universalisme intellectuel !« À la longue le sabre est toujours vaincu par l’esprit » !
Philippe Naszályi

 

1. Ph. Naszályi, Crédit coopératif, histoire et actualité ; l’héritage de Raiffeisen (1818-1888) et Schultze-Delitzsch (1808-18885) in Economie sociale et solidaire, Nouvelles trajectoires d’innovations sous la direction de Sophie Boutiller et Sylvain Allemand, collection Marché et Organisation, L’Harmattan, 236 pages, 2010.

2. Notre revue relaie volontiers l’appel : « Renouveler la recherche et l’enseignement en finance, économie et gestion pour mieux
servir le bien commun », voir page 47.
3. Notre revue s’associe d’ailleurs à cette importante réflexion sur les « nouveaux enjeux, nouvelles perspectives économiques et sociales des pays de la rive sud de la Méditerranée », organisée conjointement par les Universités de Tunis, Carthage et Nice Sophia Antipolis, voir page 46.
4. Max Weber, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1904-1906). Traduction par J. Chavy, Plon, 1964.
5. André Comte Sponville, Le capitalisme est-il moral ? Albin Michel (ISBN 978-2226142207) ; rééd.
Le Livre de Poche, 2006 (ISBN 978-2253117223) ; rééd. avec une postface inédite, Albin Michel, 2009 (ISBN 978-2226192912).  Voir à ce sujet l’article du Monde.
6. Michel Camdessus, Réaliser l’objectif constitutionnel d’équilibre des finances publiques, Rapport au Premier ministre,
Paris ; La Documentation française (Collection des rapports officiels), juin 2010, 58 pp.
7. Cité par Anne-Bénédicte Hoffner, in La crise des marchés financiers
tient aussi à une dérive éthique
, La Croix, 28 janvier 2008.

n°213 La Revue des Sciences de Gestion – Stratégie de la gouvernance

Editorial (pdf)
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>>Quand le Journal Officiel montre le chemin… (pdf)

Dossier : Stratégie de la gouvernance
>> Histoire et mémoire de la pensée stratégique
>> Changement stratégique et gouvernance
>> Le modèle de création de valeur « EVA-MVA »
>> Cumul des fonctions dans les conseils d’administration
>> Génération et transfert de connaissance
>> Approche culturelle des rapports entre Tunisiens et Occident
>> Mesure de la performance d’une alliance

Hors dossier
>> Prise de décision d’achat au sein du couple

> L’attitude à l’égard d’Internet : la vente de disques

>> Rubrique des livres (pdf)

>> Infos de la rédaction (pdf)

n°216 La Revue des Sciences de Gestion – Spécial finance et responsabilité éthique

Télécharger ici tous les résumés des articles (pdf)

>> « La République n’a pas besoin de savants ! »(pdf), éditorial parPhilippe Naszalyi

Dossier : Finance et responsabilité éthique

>>L’éthique des affaires : le cas Enron
>> Légitimité et réglementation dans la gouvernance dans les sociétés américaines et françaises
>> Indépendance des analystes lors de l’introduction en bourse
>> Pratiques comptables et système d’information des PME
>> Évaluation des options sur obligations
>> Stratégie d’innovation, diversification et gestion des résultats
>> Diversification des firmes et appréciation des marchés
>>La performance des fonds obligatairesfrançais

Hors dossier
>> L’actualité de la gestion (pdf)
>>Culture d’entreprise et contrôle de gestion

Vous retrouverez également dans la publication papier des appels à communication, à papiers, présentations de colloques… inédits.