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N°301-302 – Merci à nos relecteurs, réviseurs et correcteurs ! ou Comment fonctionnons-nous

Merci à nos relecteurs, réviseurs et correcteurs ! ou Comment fonctionnons-nous

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

La crise mondiale a frappé notre publication comme tout le reste de la presse ou de l’économie.

Certes beaucoup de relations se font par Internet et le confinement qui frappait nombre de nos collègues et confrères comme nous-mêmes, n’entravait pourtant pas les liaisons, objectera-t-on !

En effet, mais notre revue contre vents et marées depuis 1965,

  • pense que la recherche en gestion n’est pas le monopole des anglo-américains,
  • refuse les contributions, qu’acceptent pourtant des revues encore francophones et souvent mieux « rankées « que nous, qui ne sont que de mauvais « remakes » souvent mal traduits d’ailleurs de pensées américanisées,
  • favorise les jeunes auteurs et les auteurs aux cultures et pratiques différentes du « main stream », et de ce fait a permis de faire émerger nombre de respectables « professeurs »,
  • ne publie pas les articles d’un soir mais une réflexion rigoureuse et durable,
  • a tenu, durant cette crise à ne pas modifier sa rigueur unique et son fonctionnement international.

En effet, rappelons-le : toutes les propositions qui nous sont adressées, sont analysées par TROIS évaluateurs dont au moins, un n’est pas hexagonal.

Après les différents échanges entre auteur(s) et évaluateurs, le texte définitif est ensuite adressé à DEUX RELECTEURS pour :

  • la langue,
  • l’orthographe,
  • la vérification de toutes les sources et références bibliographiques contenues par chaque article.

Je mets au défi les évaluateurs, rankeurs, classeurs de revues de trouver une telle rigueur ailleurs !

En effet, ami lecteur, cadre d’entreprise, chercheur, universitaire, étudiant, nous pensons que « tu » mérites le mieux !

Permettez-moi alors tous simplement de dire merci à tous ceux qui interviennent aux différentes étapes de ce processus (souvent trouvé long par nos auteurs) qui aboutit à la publication d’un numéro de cette revue qui, depuis 1965, souhaite promouvoir recherche et pratiques dans toute ce qui est le champ des sciences de gestion en toute liberté et honnêteté intellectuelle !

n°299-300 – L’incompétence est-elle seulement le fruit de l’idéologie ? Kakistocratie, cleptocratie et cacocratie

L’incompétence est-elle seulement le fruit de l’idéologie ? Kakistocratie, cleptocratie et cacocratie

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

Dans un article de 1953, Karl Loewenstein défendait la thèse que « toute idéologie doit pour se réaliser en tant qu’action politique et sociale, créer et utiliser des institutions et des techniques adaptées à ses principes[1]. Staline dirigeait alors l’empire soviétique et il faut bien reconnaître que l’idéologie était sans nul doute le fruit « des actions-non logiques », comme Pareto le prétendait.

L’apparente disparition, du moins en Europe, de la terreur qu’inspirait le communisme, a fait croire à nombre de nos contemporains que nous sortions de l’« âge idéologique » pour entrer dans un monde sans histoire où la rationalité du système de production capitaliste serait contrôlée par ce nouveau dieu qu’est le marché.

Il s’agit là d’une nouvelle croyance propagée par un cercle d’initiés, formés aux mêmes sources, et se prenant pour une élite mondialisée. Elle a pour fondement la croyance en « l’intérêt du consommateur » comme valeur suprême. Ni le travailleur, cher au modèle socialo-communiste, ni le pauvre, éminent parmi tous, dans la foi catholique, ni le citoyen, valeur suprême de la république, ne pouvaient désormais servir de référence à cette toute-puissance, au sens psychanalytique, qu’est l’acte d’acheter.

La sécularisation de l’Europe principalement, a favorisé la « réceptivité » de cette nouvelle religion qui, en conditionnant les masses, après avoir conquis les dirigeants, l’emporte désormais en vidant l’Occident de son passé religieux.

C’est justement parce que la religion ne va plus de soi que se dressent les conflits qu’on observe un peu partout, et en France un peu plus que partout. Même les entreprises y sont confrontées ! Notre revue dans son numéro précédent a traité fort justement de ce sujet grâce à deux articles de fond[2].

Ce n’est toutefois pas cet aspect que nous entendons ici, rapidement mettre en avant. C’est plutôt celui qui, a contrario du talent que requiert l’entrepreneur, place la caste politico-affairiste à la tête interchangeable des grands postes de gouvernement comme des grandes entreprises.

Le fait d’avoir fait croire à l’ensemble de la planète qu’une seule voix désormais menait le monde, est une idéologie qui génère tout autant de serviteurs zélés et incompétents que l’on trouvait jadis à la tête des organisations du Gosplan. Cette foi des croyants en absolu indiscutable et indépassable a été, nous l’avons dit maintes fois, théorisé si l’on ose accoler ce noble mot à cet « archevêque de la pensée unique[3] qu’est Alain Minc. Ce promoteur du « cercle de la raison » semble avoir triomphé. Depuis 2012, l’establishment de « gauche raisonnable et de droite raisonnable », pour reprendre ici, les propos de l’inénarrable, lecteur de « Zadig & Voltaire » qu’est l’ancien député et ancien ministre sarkozyste devenu macroniste, Fréderic Lefebvre, en est convaincu !

Cette bourde culturelle, peut-être malencontreuse, illustre pourtant bien ce qui nous semble être la véritable caractéristique de ces gens du « nouveau monde ». lls croient dur comme fer, qu’ils vont réformer, un verbe transitif qu’ils transforment en absolu, avec les recettes éculées du libéralisme des xviiie et xixe siècles, que leur ignorance du passé, leur fait prendre pour nouvelles. Le film de Terrence Malick, Le Nouveau Monde, sorti en 2006, contient déjà toute la désillusion de ce qui est alors une rencontre entre « la civilisation » et la nature. C’est le viol des sanctuaires, le vol du territoire et la destruction des pratiques qui concluent cette confrontation. Par-delà l’aspect symbolique, ce film se révèle prémonitoire de ce qui se vit aujourd’hui. Ce n’est bien sûr pas la représentation des Indiens de l’empire brisé de Powhatan en Amérique au moment de sa conquête par les Européens qui est en jeu désormais, mais la vieille Europe. C’est le retour d’une idéologie, dominante outre-Atlantique, assimilée comme credo, par notre caste inculte et prête à tout « larguer » pour apparaître, comme jadis le père du « libéralisme avancé »[4] : « moderne » !

Mais cette caste est aussi souvent, très étatique, ce qui n’est pas le moindre de ses paradoxes. Le financier Charles Gave qui préside aux destinées de « l’Institut des Libertés » qu’il a créé dénonce cette palinodie. Plus sérieusement, Sebastián Pérez Sepúlveda défend l’idée que le niveau de précarité du travail ainsi que son invisibilité comme objet de la critique collective, au Chili, premier pays à avoir appliqué sous Pinochet, les effets du monétarisme friedmanien par l’action des « Chicago boys », correspondent à un désarmement radical des sens normatifs associés au travail [5]. C’est ce à quoi nous avons assisté ces dernières années lors des coups de boutoir donnés contre la protection sociale et le Code du travail. C’est ce à quoi nous avons assisté par les débuts de l’étatisation de la sécurité sociale lors des ordonnances Juppé de 1995. Son successeur idéologique à Matignon s’emploie à soviétiser le chômage (ASSEDIC) et les retraites avec la même volonté destructrice du vieux monde que ses devanciers bolcheviques, tant leur conception du néo-libéralisme marie si bien Lénine et Elstine : violences et accaparement !

Les effets, comme au Chili d’ailleurs, sont favorables aux Grandes firmes et n’apportent à peu près aucun avantage au véritable tissu économique et de l’emploi que constituent les PME et TPE qui assurent 95% des embauches.

C’est ce que l’on pourrait appeler la « cleptocratie » où, le copinage de formation et l’interchangeabilité des carrières, font qu’en gouvernant, on favorise, par le vol des deniers publics, les entreprises des copains de promotion, allés « pantoufler », et qui se montreront accueillants, lors des changements de pouvoir. Il est intéressant de voir que la Cour des comptes, constate qu’en 2018, un tiers seulement des élèves sortant de Polytechnique, choisissent la fonction d’État, alors qu’ils ont été rémunérés pendant toutes leurs études par ce même État ! Petite cleptocratie… encore que, ce sont bien les mêmes qui dirigeront nos grands Corps d’État et les grandes entreprises : Certains, comme Erwan Le Noan, parlent alors de relations incestueuses et de « capitalisme de copinage »[6] !

Mais cette cleptocratie qui n’a pas empêché, un Richelieu ou un Mazarin d’être de très grands ministres pour la France, se double désormais du règne des médiocres : la Kakistocratie est une nuance certaine de la cacocratie (Kakocratie), ce cinquième système socio-technico-économique qu’André Maïsseu voit se développer sous nos yeux. Il y voit la confiscation des pouvoirs du peuple par les représentants de la démocratie représentative voulue par Siéyès, ce gouvernement des plus mauvais au détriment de la démocratie directe telle qu’appliquée en Suisse[7] !

La kakistocratie correspond bien à ce que nous constatons, du moins en France. La caste dirigeante formée pour l’essentiel dans les mêmes écoles, dites « Grandes », est bien une sorte d’aristocratie inversée. L’ampleur du phénomène touche toutes les grandes administrations de l’État comme des régions ou des départements. Brigue, ou pour le dire plus communément, copinage, préside aux nominations. Point n’est besoin de connaître le système de santé, pour se trouver à la tête de la plus grande agence de santé du pays, tout comme il n’est pas nécessaire d’avoir jamais enseigné pour se trouver, grâce à un corps électoral irrégulièrement constitué, élu président d’une université. De toutes manières, les juges administratifs qui auraient à examiner la chose, sont issus des mêmes origines endogamiques et font carrière dans les mêmes réseaux !

Ce n’est pas pour rien que de petits chefs d’entreprise se sont retrouvés aux côtés d’authentiques ouvriers, de chômeurs en fin de droit ou de retraités appauvris à partir de novembre 2018, sur des ronds-points, avec des gilets jaunes. Cette désespérance d’une partie des populations résulte directement de ce mirage qu’est cette religion de la consommation qui s’enfonce dans une financiarisation incontrôlable des rapports économiques et sociaux. Cette absence de repère se double des scandales connus, et parfois supposés, d’une caste dirigeante qui oscille entre la cleptocratie et la kakistocratie. Cette idéologie néolibérale a vidé le débat démocratique et intellectuel de tout contenu au nom de la vérité indépassable du « main stream » qui refuse toute alternative. Cette « seule voie possible » crée elle-même les angoisses et les rejets dès que le déclassement économique et social, du fait des inégalités croissantes, montre aux populations l’inanité de son efficacité et de ses promesses d’une consommation sans fin !

Loin de cette « société des individus »[8] au narcissisme mortifère, s’il faut vraiment parler d’une seule voie possible, retenons celle que Kofin Annam proposait au monde, celle « qui offre quelque espoir d’un avenir meilleur pour toute l’humanité est celle de la coopération et du partenariat, où toutes les forces sociales – les États, le secteur privé, les institutions de savoir et de recherche, et la société civile sous toutes ses formes – conjuguent leurs efforts en vue d’atteindre des objectifs concrets et réalisables. »[9]

On pourra objecter que l’on est loin des problèmes qu’une revue de gestion doit traiter et à coup sûr, on aura tort. Comme Térence, nous faisons nôtre cette sentence qu’étant hommes, « rien de ce qui est humain ne nous est étranger ! » et que c’est l’oubli de cette vérité qui est la cause de bien des problèmes économiques et sociaux qui concernent au premier chef les gestionnaires.

C’est dans cet esprit qu’a été organisé ce numéro autour de ces quatre dossiers :

  •  L’entrepreneur, un métier ou des pratiques ?
  •  Le changement : un moyen de survie ?
  •  La RSE et l’Éthique !
  •  Digitalisation : clef de la performance ?

[1] Les systèmes, les idéologies, les institutions politiques et le problème de leur diffusion. Revue française de science politique Année 1953 3-4 pp. 677-698

[2] Olivier Guillet et Martine Brasseur, « Le comportement des managers face au fait religieux. Apports de la théorie du comportement planifié », pp11-18, La Revue des Sciences de Gestion, n°297, mai-août 2019,
Hugo Gaillard et Thierry Jolivet, « L’entreprise émancipatrice. Dépasser la « régulation » du fait religieux au travail par le disputatio, » pp. 89-102, La Revue des Sciences de Gestion, n°297, mai-août 2019

[3] Raphaël Stainville, Alain Minc : l’archevêque de la pensée unique, https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/societe/alain-minc-larcheveque-de-la-pensee-unique-104654, publié le 08/03/2019 à 11 : 02

[4] Valéry Giscard d’Estaing, président de la République de 1974 à 1981

[5] Pérez Sepúlveda, S. (2019) « La précarité du travail à l’ère du néo-libéralisme avancé », Emulations – Revue de sciences sociales, 0 (28), p. 63-77. doi : 10.14428/emulations.028.05.

[6] Erwan Le Noan, « Mettre fin aux relations incestueuses entre Medef et Etat », l’Opinion, 1er juillet 2008.

[7] André Maîsseu, (2019), De la féodalité à la cacocratie – Tome 1 : Le Paradigme Médiéval, les éditions Persée, 574 pages.

[8] Norbert Elias (1991), La Société des individus, Fayard, 301 pages[9] Kofi Annan, Discours à l’Assemblée générale de l’ONU, 24 septembre 2001.

n°296 – Au secours le ‘scientisme’ est de retour !

Au secours le « scientisme » est de retour !

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

Il fallait s’y attendre, mais est réapparu dans les bagages des idées néolibérales, habitées toujours au fond par le mythe de l”homo economicus, le scientisme et sa volonté de tout expliquer par une raison qui n’a que de très loin rapport avec une méthodologie cartésienne bien comprise.

Ad veritatem per scientiam, lisait-on au fronton de l’observatoire de Camille Flammarion, il y a deux siècles. Être moderne désormais, du moins en France, consiste donc à ressasser les idées développées par quelques physiocrates de la deuxième moitié du XVIIIe siècle et quelques rationalistes du siècle suivant !

Les attendus et arguments qui justifient les récentes ordonnances réformant le droit du travail en France, sont à peu de chose près les mêmes que ceux de l’Édit de Turgot de février 1776 puisque comme de nos jours, les « codes sont obscurs » ! À l’instar de nos juges prud’homaux, les jurés d’alors ont besoin d’être encadrés pour éviter que des sommes importantes soient dilapidées dans des procès (sic).

Bien entendu la liberté de circulation de la main-d’œuvre est une bonne chose et il ne faut pas craindre « que l’affluence subite d’une multitude d’ouvriers nouveaux ruine les anciens, et occasionne au commerce une secousse dangereuse ». L’accueil des travailleurs anglais, non pas chassés par le Brexit, mais alors par l’Indépendance des colonies américaines, est une opportunité du moment qui justifie des mesures particulières… « S’il y a un moment où l’on puisse espérer d’attirer en France beaucoup d’ouvriers anglais, et avec eux une multitude de procédés utiles inconnus dans nos fabriques, c’est celui-ci ! ».

L’innovation n’est pas non plus en reste dans cet argumentaire contre l’organisation du travail qu’on veut disqualifier car il existe des « difficultés multipliées que rencontrent les inventeurs auxquels différentes communautés disputent le droit d’exécuter des découvertes qu’elles n’ont point faites ». Même aussi et déjà, sont remises en cause certaines formations professionnelles jugées inutiles, en 2016 c’était notamment celles des coiffeurs[1], car « fermant la porte à tout ouvrier qui n’a pas passé par de longues épreuves, et en général aux étrangers » écrit Turgot. Quant à Madame de La Fayette, elle n’a qu’à bien se tenir[2] !

On pourrait s’en arrêter là, dans ce rapide et instructif comparatif entre les textes dits modernes et leurs devanciers d’il y a trois siècles que l’on vient de citer. Ce serait oublier cette croyance, cette conviction même et affirmée en la régulation optimale par le marché : « dans les lieux où le commerce est le plus libre, le nombre des marchands et des ouvriers de tout genre est toujours limité et nécessairement proportionné au besoin, c’est-à-dire à la consommation ».

L’étude de l’actualité est devenue un bain de jouvence pour un « moderniste » voire pour un « contemporanéiste » au sens des historiens français, et qui les change de l’habituelle référence aux années 1930, toujours largement exploitées par une caste politique qui ignore généralement ce qui s’est passé avant. Les imbéciles et les ignares croient toujours que leurs idées sont neuves et qu’ils sont des innovateurs ! Les plus cyniques exploitent la méconnaissance générale et la crédulité publique grâce à la complicité des médiocrates que l’information en continu devenue un produit à vendre et donc une communication, a érigé en arbitre d’un prêt à penser réduit aux émotions et aux lynchages.

À ce plagiat des idées libérales initiées notamment par un Clicquot de Blervache dont le mémoire sur les « obstacles que les corps de métiers apportent au travail et à l’industrie, avait été primé par l’Académie d’Amiens », (l’histoire offre quelques clins d”œil) en 1757, ce que l’on nomme néolibéralisme de nos jours, s’ajoute naturellement car ils sont fils d’une même pensée, cet autre sophisme qu’est le « scientisme » ! Même si l’école autrichienne en économie a essayé de faire passer cette doctrine pour celle du clan haï des « planificateurs » ou « collectivistes », il faut bien constater, tout en restant le plus impartial qui soit, que les justifications « scientistes » se trouvent le plus souvent dans ceux qui apportent de l’eau au moulin des produits les moins défendables des firmes industrielles ! Car c’est effectivement dans le domaine de la santé que cette alliance contre nature fleurit le plus et depuis bien longtemps. Les comités Théodule dits de déontologie sont aussi myopes que des taupes (celui de l’administration française semble vouloir s’illustrer par son aveuglement) et sauf très rares exceptions, les déclarations obligatoires de liens d’intérêts sont autant d’inutiles prétextes à une bonne conscience pharisaïque.

Mais les scientistes en santé, ne sont pas seulement des affidés plus ou moins stipendiés des grands groupes ou leurs dévots soumis par une mauvaise compréhension du « doute méthodique », ils professent en outre « qu’en dehors de la connaissance scientifique, aucune autre forme de connaissance n’est légitime[3] ». L‘on est confondu devant tant de suffisance et de prétention alors que le cerveau humain est encore si vaste à explorer, les interactions entre molécules si inconnues qu’elles permettent une crise sanitaire comme celle du Levothyrox[4], que les pratiques médicales des autres civilisations échappent pour beaucoup à nos perceptions comme celles des médecines « dites alternatives » dont fait partie l’homéopathie…

L’appel des 124 « médecins et professionnels de santé[5] » contre les médecines alternatives, appelées « fake médecines » vaut son pesant de suffisance, de vision limitée à un scientisme qui exclut toute ouverture à des pistes à venir et des découvertes dans des champs jusqu’ici inconnus. Ce relent de « vraie foi », qui en fait de véritables émules de Torquemada, nous rappelle avec sourire que le Dr Georges Clemenceau, fier de son titre de médecin, fut avec nombre de professionnels de santé, y compris de l’Académie de Médecine, un virulent propagandiste de la « théorie de la génération spontanée » contre la « découverte » des microbes de Pasteur, à qui on reprochait de n’être même pas médecin ! Contre ces nouveaux inquisiteurs agissant au nom des vérités qu’il faudrait démontrer avec une seule méthode, c’est un rejet de tout découverte hors du connu.

Devant les plaies, Saint Thomas a cru, mais un scientiste ne l’aurait pas fait car son présupposé l’aurait empêché de faire même le constat puisqu’il va contre la vérité scientifique du moment !

On est affligé devant tant de suffisance qui démontre tant de vacuité et qui empêche en fait l’expérimentation, le doute et la marche en avant. « Nous n’avons pas le droit d’avoir un désir, quand la raison parle ; nous devons écouter, rien de plus ; prêts à nous laisser traîner pieds et poings liés où les meilleurs arguments nous entraînent » disait déjà Renan[6].

Ce n’est évidemment pas cette religion de substitution qui rend serf que nous avons voulu développer dans ce numéro en plaçant l’Intelligence comme principe, l’« intelligence des choses » est bien autre et bien plus riche que ces quelques 124 Diafoirus devenus Trissotin et il y a fort à parier que quelque ministre ou Haute Autorité ne serve de Vadius !

Ce qui est indémontré avec nos modestes connaissances du moment ne peut être voué aux gémonies par quelque pédant ou quelque ayatollah !

C’est donc avec cette approche ouverte sur la multiplicité que nous continuerons à rejeter cette science-là en ne séparant pas ce qui la connaissance du laboratoire et celle du terrain ce que dénonce comme nous, Boris Cyrulnik car « Il n’y a pas d’intelligence froide. Il n’y a d’intelligence qui si elle est éveillée. Pour cela, il faut qu’il y ait des émotions et une relation ».

C’est ce que les deux dossiers de ce numéro présentent :

– « Intelligence et perceptions » entend intégrer différentes approches fondées sur la diversité des points de vue pour pouvoir appréhender cette part essentielle dans les organisations que sont :

– « Investissements et gouvernance », un lien ténu, lui-aussi circonstanciel du fait des différentes cultures entrepreneuriales dans le temps et dans l’espace.

« Je crois que 2 et 2 sont 4 et 4 et 4 sont 8 » répond Don Juan à Sganarelle[7] qui demandait à son maître à quoi il croyait.

Eh bien, en ce qui nous concerne et parce que pour paraphraser Térence tout ce qui est humain ne nous est pas étranger, et est aussi sciences de gestion, nous pensons aussi que 1 et 1 sont parfois 3 et que 2 et 2 sont parfois 5, et que tout cela est Intelligere : comprendre, penser, réfléchir, estimer, évaluer, percevoir… en fait tout sauf rejeter l’altérité !

Et nunc, reges, intelligite, erudimini, qui judicatis terram[8] !


[1]. https://www.ladepeche.fr/article/2016/03/14/2303393-macron-defrise-les-coiffeurs.html

[2]. https://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/03/29/et-nicolas-sarkozy-fit-la-fortune-du-roman-de-mme-de-la-fayette_1500132_3476.html.

[3]. Marie-Hélène Parizeau, Biotechnologies, nanotechnologies, écologie, entre science et idéologie, éd. Quae, 2010.

[4]. http://sante.lefigaro.fr/article/levothyrox-un-nombre-inedit-d-effets-indesirables/ , 30/01/2018.

[5]. http://sante.lefigaro.fr/article/l-appel-de-124-professionnels-de-la-sante-contre-les-medecines-alternatives-/, 27/02/2018.

[6]. Ernest Renan, Examen de conscience philosophique, Revue des Deux Mondes, 3e période, tome 94, 1889 (p. 721-737).

[7]. Don Juan ou le Festin de pierre, III, 1.

[8]. « Et maintenant, rois de la terre, instruisez-vous, vous qui décidez du sort du monde ! » Psaumes, 2, 10, cité par Bossuet dans son oraison funèbre d’Henriette-Marie de France, reine d’Angleterre, 16 novembre 1669.

n°295 – De nouvelles représentations

De nouvelles représentations

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

L’affaire des « gilets jaunes » qui fleurit en France depuis la mi-novembre et semble vouloir durer au moins jusqu’à la fin de ce l’on appelle le « Grand Débat », pose à l’évidence, même si les élus poussent des cris d’orfraie, le principe de la représentation, de sa légitimité, de sa durée et de ce fait de sa révocabilité.

Des tombereaux d’injures et d’invectives se déversent de part et d’autre et n’enrichissent pas le débat qui repose sur les questionnements de marketeurs aux ficelles trop grosses pour ne pas être vues même des plus partisans favorables !

« Plus c’est gros, mieux ça passe » du langage populaire qu’avait repris Jacques Chirac est avec la poursuite de la « politique du pire » une des réponses classiques. En effet, la poursuite de la confrontation violente pour retrouver le soutien de ce que l’on peut appeler la « petite bourgeoisie pusillanime » a souvent été utilisée en histoire, lorsque se pose un problème de légitimité du pouvoir.

L’histoire du XVIIIe siècle nous rapporte que déjà en 1757, Simon Clicquot de Blervache, avait remporté le prix de l’Académie d’Amiens (ça ne s’invente pas !), en fustigeant les « obstacles que les corps de métiers apportent au travail et à l’industrie ». On récompensait déjà les auteurs « libéraux » appelés alors physiocrates dans la lignée de Gournay et Turgot… qui écrivait que « Les hommes sont puissamment intéressés au bien que vous voulez leur procurer, laissez-les faire, voilà le grand, l’unique principe »!

Devant la crise qui montait avec le déficit du pays, on envisagea tout, des «assemblées de notables » d’abord, en 1786-87 qui firent remonter certes des préoccupations, mais perdirent toute autorité car engluées dans leurs divergences et le maintien de leur « autorité ». Les Parlements, alors hautes assemblées de justice, comme le sont notre conseil constitutionnel ou notre Conseil d’État, apparurent vite comme les défenseurs de leur caste et perdirent leur influence… Il ne resta plus que les états-généraux avec la suite qu’on connaît. L’histoire ne se reproduit jamais à l’identique, mais les problèmes de légitimité de la représentation sont toujours les plus graves et ne se résolvent que par une action en profondeur.

C’est pour cela que ce 1er numéro de 2019, entièrement dédié au Marketing, s’ouvre par un dossier consacré aux innovations en marketing : « Un nouveau Business Model pour réussir la transition énergétique : quels impacts sur les relations producteur/ client ? » est d’une actualité brûlante, mais il se veut comme tous les articles choisis par les évaluateurs et la rédaction comme porteur de « durabilité » par une redéfinition de la relation producteur-client comme une combinaison de ressources à susciter et organiser et sur l’introduction de la notion de service orienté résultat nécessitant de revoir le jeu des parties prenantes en y introduisant tous les acteurs institutionnels et territoriaux de l’efficacité énergétique. Le e-marketing dans les associations et la prise en compte du rôle des femmes dans les conseils d’administration sont deux aspects développés chacun dans un article permettent d’introduire les représentations dans le marketing : le rôle de la mémoire des enfants dans le prix, l’image du point de vente, la personnalité de la marque, et l’uniformisation des services télécoms sont autant de points saillants qui permettent tout en nous situant dans une actualité brûlante d’apporter une méthodologie et des réponses adaptées et éclairantes dans un univers en recherche. C’est dans cet esprit que vient opportunément la chronique bibliographique : L’économie comportementale : entre faiblesses méthodologiques et idéologie que Bruno Tinel, fait à partir de l’ouvrage, paru aux éditions Charles Léopold Meyer de Jean-Michel Servet : L’économie comportementale en question !

Il est toujours utile de confronter les idées et de ne pas se contenter des apparences simplificatrices !

n°297-298 – LaRSG.fr

LaRSG.fr

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

Depuis 2005, grâce à Yves Soulabail, notre société d’édition avait mis en place un site que connaissent tous ceux pour qui la recherche et les informations en sciences de gestion veut dire quelque chose dans l’espace académique et des entreprises francophone.

Notre rédaction a décidé en juin de passer une étape et de faire de ce site une publication à part entière aux côtés de la revue papier qui elle, existe depuis 1965, 54 ans.

En France, pour bénéficier du régime de la presse, il faut que la CPPAP, une instance composée à parité de représentants de l’administration de l’État et de professionnels de la presse, reconnaisse au demandeur « la qualité la qualité de service de presse en ligne (SPEL) »[1].

Appuyés sur les conseils de notre Fédération de presse (FNPS) nous avons déposé un dossier et La RSG.fr a été agréé le 4 juillet 2019…

Comme « on n’est jamais si bien servi que par soi-même », selon la formule célèbre de la pièce « Bruis et Palaprat » de Charles-Guillaume Etienne[2], il nous semble important de présenter rapidement LaRSG.fr, car cette reconnaissance ne constitue que les prémisses d’un projet éditorial d’une plus grande envergure et sur lequel désormais nous travaillons. Nous y associerons toutes les bonnes volontés.

LaRSG.fr est née de cette idée de partir d’une revue académique et internationalement reconnue de recherche, pour présenter une information destinée à un public plus diversifié et plus vaste. En effet, on le voit tous les jours « Tout se gère »[3].

C’est cette réalité profonde et ancienne qui a constitué l’idée que, par-delà les limites socio-culturelles et sémantiques, le terme « gestion », concerne bien toutes les actions de l’information dans une société économique développée. On gère certes les entreprises, mais aussi les associations, les administrations, les collectivités territoriales et même l’Etat (et souvent très mal d’ailleurs) … On voit fleurir partout des masters de gestion des activités sportives, des activités culturelles, de la santé …

En en mot, la gestion concerne bien la politique, la société en général. On fait de la gestion comme M. Jourdain faisait de la prose.

LaRSG.fr, est déjà un site qui totalise 2 369 textes en accès gratuit, ainsi que deux années d’articles téléchargeables de la revue, bien entendu payants et sous format PDF, en dehors des éditoriaux de la publication qui sont en accès libre.

LaRSG.fr à la mesure des moyens qui sont les siens souhaite étendre son rôle pour devenir une, voire la passerelle c’est-à-dire ce passage entre un monde de la gestion (enseignement comme entrepreneurial) et des activités dans toutes les domaines : diffuser de manière large dans tous les champs de la société pour informer et distraire, mais aussi pour contribuer à faire prendre en compte des réalités et forger un esprit critique et citoyen sur des problèmes généralement laissés aux spécialistes ou ignorés du plus grand nombre.

Une source d’innovations pour que la pensée francophone de management !

C’est ce vaste chantier qui va occuper la rédaction élargie durant les mois qui viennent. Il fait de notre revue qui est déjà pratiquement la seule à être une publication répondant aux normes et aux exigences de la presse, une source d’innovations pour que la pensée francophone de management ne soit pas enfermée dans les combines de copinages que sont les pseudo classements qui ont paru eux-aussi cet été. On reviendra dans un numéro prochain sur celui de Shanghai.

Depuis des années, ces manœuvres lilliputiennes, « je crée une « association de recherche », qui imprime une revue et je deviens de cette sorte membre d’un comité Théodule qui attribue un classement aux revues » sont la pratique du classement des revues de gestion en France. C’est la magnifique ritournelle enfantine, « je te tiens, tu me tiens par la barbichette ».

Notre revue n’appartient pas à ce petit cénacle de l’entre soi et ne grouillotte donc pas pour s’y faire reconnaître.

Elle avance des arguments sérieux : une triple évaluation des articles, puis s’ils sont acceptés une double relecture pour vérifier toutes les sources bibliographiques. Aucune autre revue n’a ce degré de qualité. Notre revue est reconnue par la Commission paritaire des publications, aucune des autres revues ne l’est. Est-il utile de conclure sur ces classements et leur légitimité ?

Déjà pratiqué par nombre de « comités de sélection », ces pratiques incestueuses ont été dénoncée par nombre d’entre nous sans que la puissance publique qui pourtant sait mettre en place des instances de régulation à la hauteur, la CPPAP que nous citions plus haut en est un exemple, ne s’en émeuvent.

C’est sans doute que dans l’esprit d’une partie de la caste aux affaires, la publication en français n’est pas digne d’intérêt.

Contre cette nouvelle « trahison des clercs », nous prétendons que penser et publier dans la 3e langue la plus parlée au monde, n’est en rien dépassé.

Robert Aron, journaliste et chercheur, disait qu’ « il n’y aura jamais de repos sur la terre pour les hommes de bonne volonté ![4] »

C’est un encouragement pour LaRSG.fr


[1] http://www.cppap.fr/

[2] Bruis et Palaprat, comédie en un acte, Masson Libraire,1807

[3] Philippe Naszalyi, Editorial Direction et gestion des entreprises n°159-160, mai-août 1996.

[4] https://www.ina.fr/video/CPF86655907

n°252

Editorial : « Une revue, une Entreprise et le Marketing »

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

Philippe NaszalyiCela pourrait être le titre d’une fable !
Ce dernier numéro de 2011 est tout entier dédié à différentes approches du « Marketing », cette discipline de la gestion, que nous devrions appeler « mercatique » depuis 1987. Toutefois, parler de mercatique, ne nous semble pas n’être que l’utilisation d’un terme francophone. Il sous-tend une réalité idéologique.

Nous pensons que la francisation du mot ne serait pas neutre, mais bien une allégeance à un système d’organisation économique, qui par son imprégnation libérale, reste si proche du système économique dominant anglo-saxon. Cette « idéologie marketing » que décrit fort bien Gilles Marion, aux « pratiques et (…) schématisations, pour
l’essentiel inspirées d’outre-Atlantique », mais dont « la diffusion (…) en France est décalée par rapport au modèle américain du capitalisme » 1, plus connu sous l’appellation de « marketing management », au service du profit seul. En effet, comme P.-F. Drucker, nous estimons que le gain financier, « ce mal nécessaire », ne devait pas primer sur la création de valeur2.

Tel est le « credo » de notre revue de recherche en gestion qui, rare parmi ses consoeurs, est une véritable entreprise, fonctionnant, non de subventions, d’adossements divers et variés, mais bien de son lectorat, de ses abonnements, puisque la publicité n’est pas tournée vers la presse spécialisée dans le domaine de la Recherche.

Une entreprise… de Presse

Mes prédécesseurs, aujourd’hui décédés, et que je salue pour leur intuition, pensaient que l’on ne parle bien de gestion et de management que lorsque l’on n’en est pas éloigné. Ils ont donc fait, après un adossement initial, sur un organisme de formation, l’Institut français de gestion (IFG), de « direction et gestion », éditeur
de La Revue des Sciences de Gestion, une « SARL de presse », soumise comme toute entreprise aux règles qui sont celles de l’économie et du marche.
Quand nous rejetons, la « gestion » hors-sol, de certains, ou l’inféodation d’autres à des influences prégnantes de structures, idéologiquement ou financièrement marquées, nous savons le prix de
l’indépendance et de l’ostracisme qui vise celui qui entend ne pas passer sous les fourches caudines de la recherche serve et sclérosée, des amateurs de copinage ou des sectateurs du conformisme…

Tout comme pour parler de gestion, nous pensons qu’être une entreprise réelle avec les obligations qui sont siennes, est un plus. De même, nous pensons que pour être une revue, c’est-à-dire, appartenir à la « presse », il faut en respecter les critères et les obligations et se soumettre au contrôle régulier des organes prévus par la loi,
et adhérer aux organismes représentatifs de la presse française, dans la spécialité professionnelle qui est nôtre. C’est ce que fait notre revue depuis sa création. Une étude réalisée, en décembre 2011, par l’IFOP pour la FNPS, vient nous confirmer dans le bon choix que nous avons fait de sérieux et de crédibilite3.

C’est ce sérieux, cette indépendance, cette reconnaissance internationale, puisque l’American Economic Association (ECONLIT), notamment nous a fait le plaisir de nous agréger à ses publications reconnues, alors que nous prônons, à juste titre, et la francophonie, et l’internationalisation de la connaissance et de la diffusion qui nous font obligation de publier, « in extenso », et en fac-similé, la décision ou « Arrêt de la Cour d’Appel » de Lyon du 26 mai 20114, devenue « définitive », au sens juridique du terme, par le certificat de « non pourvoi » de la Cour de Cassation en date du 25 août 2011.

La seule Revue des Sciences de Gestion

Depuis 2005, en effet, une revue lyonnaise nous contestait, le droit d’être La Revue des Sciences de Gestion, direction et gestion des entreprises, et nous demandait une forte indemnité. Nous n’avons eu alors qu’une solution possible, celle de défendre notre bonne foi. Par deux fois, la Justice nous a donne raison.

L’indépendance que nous revendiquons, était aussi au prix de ce combat qui pouvait heurter certains caciques peu habitues à ce que l’honneur, le bon droit ou la simple justesse des faits soient défendus.

Nous ne concevons pas la publication, par une rigoureuse sélection, de la recherche, comme autre chose qu’une complémentarité de travail. Mais si certains entendent disputer, notre titre, nous ne sommes pas prêts à nous laisser égorger, sans rien dire, comme des moutons. Le renoncement ou les combines ne sont jamais, à nos yeux, autre chose qu’une « collaboration », avec la connotation que ce mot a pris, depuis 1940, à cette paix corporatiste. Cela ne veut évidemment pas dire non plus que nous vouons aux gémonies ceux qui ont
répondu, de bonne foi, à certaines sirènes.

Pour nous, la chose est jugée, et sauf demandes particulières, nous entendons ne pas y revenir, afin de préserver la juste sérénité qui sied a la Recherche.

Une Rédaction collégiale

Nos lecteurs depuis le dernier numéro, ont compris que la Rédaction, dont nous préparions, in pectore, depuis plusieurs années, la mue, est
désormais publiquement collégiale.

Un Conseil Restreint de Rédaction dont la coordinatrice est Aude d’Andria qui a déjà été la Rédactrice en chef de plusieurs cahiers ou numéros, est désormais public. Il vient appuyer la démarche sans cesse innovante que nous voulons pour cette revue. Si le directeur de la publication demeure, comme la loi sur la presse l’exige, nous
avons pensé, en le rodant depuis quelques années, que le Rédacteur en chef, pouvait ne pas être un individu permanent, mais un collectif de chercheurs de haut niveau. Cela bouscule un peu les habitudes et obligera les organismes attachés à des certitudes traditionnelles et conformistes, à revoir leurs analyses et leurs définitions. Et c’est tant mieux, tant nous étouffons sous la chape de plomb de cet académisme qui n’est en rien comparable avec la recherche académique que nous entendons, elle, comme par le passé, défendre et promouvoir.

Eric Séverin (Professeur des Universités, Université de Lille 1, Laboratoire LEM (UMR CNRS 8179) et Damien Bazin (Maître de Conférences HDR Université de Nice Sophia Antipolis), aux cotes d’Aude d’Andria, officiaient depuis plusieurs années, in peto. Qu’ils trouvent ici, « avec la lumière », l’expression de notre gratitude renouvelée et amicale.

Je remercie vivement, les éminents chercheurs qui ont accepté d’êtres parties prenantes de la rédaction de cette revue à nos côtes :

– Sylvie Chevrier, Professeur des Universités, Université Paris Est Marne la Vallée,
– Ulrike Mayrofer, Professeur des Universités, Université Jean Moulin, Lyon 3, Directrice de la Recherche de l’IAE de Lyon Centre Magellan,
– Katia Richomme-Huet, Maître de Conférences HDR, Professeur Associe à EUROMED Management, Chercheur au Laboratoire CELL – GRIDS,
– Patrice Laroche, Professeur des Universités a l’ISAM-IAE Nancy, Directeur du CEREFIGE,
– Frédéric Le Roy, Professeur des Universités, Université Montpellier I-ISEM (Institut des Sciences de l’Entreprise et du Management) et Groupe Sup de Co Montpellier, directeur de MRM-ERFI
(Equipe de recherche sur la firme et l’industrie)
– Jean-Philippe Lhernould, Professeur de droit privé à l’Université de Poitiers, expert auprès de la Commission européenne
– Karim Messeghem, Professeur des Universités, Université Montpellier 1 – MRM, (Montpellier recherche management), Directeur du Labex Entreprendre.

Dès les prochains numéros, nous systématiserons la visibilité de cette pratique collective et individuelle que nous entendons promouvoir.

Un numéro consacré au marketing

Et, puisque ce numéro est le fruit de la réflexion et de la pratique du Professeur Alexandre Baetche qui dirige depuis des années notre « Comité des Sages », le Comité Scientifique de Lecture, que nous ne remercierons jamais assez pour son implication permanente, est essentiellement un numéro de « marketing », empruntons, encore une fois à Gilles Marion, non sans un clin d’oeil paradoxal, notre conclusion : « La doctrine traditionnelle du marketing management reconnaît l’orientation client comme le noyau dur du marketing
puisqu’elle conduit à un double résultat positif : la satisfaction du client et la performance de l’entreprise ». Notre revue qui est une entreprise, a bien cette ambition de satisfaire ses
clients que sont ses lecteurs !


1. Gilles Marion, « Ideologie et dynamique marketing : Quelles responsabilités ?, Décisions Marketing, n° 31 juillet-septembre 2003, page 50.
2. P.-F. Drucker “The Post-Capitalist Society”, Harper & Collins, 1993, « Au-delà du capitalisme, La métamorphose de cette fin de siècle », Collection : Stratégies et Management, Dunod 1993 –
240 pages.
3. Voir page 79.
4. Voir page 123.

n°253

Editorial : « Gérer autrement, une autre exigence d’efficacité et de responsabilité ! »

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

Philippe NaszalyiNous l’annoncions dans le dernier numéro de 2011, il n’y a plus d’ambiguïté, sauf pour ceux que la confusion, la connivence et le copinage arrangent. Dans les revues de recherche en gestion, désormais seule la nôtre est à juste titre la seule revue des sciences de gestion.

C’est une décision définitive de la Cour d’Appel de Lyon, saisie, non par nous, mais, par chacun des appelants, c’est-à-dire ceux qui nous contestaient notre titre et notre revue, à savoir « M. Henri SAVALL ès qualité de directeur de publication de la revue intitulée « Revue Sciences de Gestion », la Société civile Ingénierie du management socio-économique dite INDUMASE, chez Madame ZARDET et l’Association pour la promotion de l’analyse socio-économique des entreprises et des organisations (APASEOR). »

La Cour d’Appel a effet considéré que : « Ce préjudice a été généré par l’usage et l’utilisation, par chacun des appelants qui voulait en bénéficier, faits sciemment de manière fautive, déloyale et de concert, en publiant sous ce vocable des revues et autres documents en toute connaissance de cause de l’antériorité, dans un même secteur d’activité et de recherche, pouvant ainsi créer sciemment un risque de confusion chez les lecteurs, mêmes avertis »…

Et puisqu’il y avait eu appel, c’est qu’une décision de justice avait déjà été rendue :

En effet, « La Cour confirme le jugement du 26 novembre 2009 en toutes ses dispositions sauf celles qui font référence à l’article L. 112-4 du code de la propriété intellectuelle qui doit être retranché ; à savoir : …
– « Dit que la S.a.r.l DIRECTION ET GESTION bénéficie d’une antériorité d’usage sur le titre La Revue des Sciences de Gestion…
– Prononce la nullité de la marque semi-figurative Revue Sciences de Gestion déposée par la société INDUMASE le 30 août 2004 auprès de l’I.N.P.I. sous le numéro 3310289 ;
– Dit la présente décision sera transcrite auprès de l’I.N.P.I à l’initiative de la partie la plus diligente ;
– Fait interdiction à la Société INDUMASE et à l’Association A.P.A.S.E.O.R, sous astreinte provisoire de 150 euros par infraction constatée… de faire usage de la marque Revue SCIENCES de GESTION
;
– Condamne in solidum la Société INDUMASE, l’Association A.P.A.S.E.O.R et Monsieur SAVALL à payer à la S.a.r.1 DIRECTION ET GESTION la somme de 4 000 euros à titre de dommages et intérêts en réparation de l’atteinte portée à ses droits sur le titre LA REVUE DES SCIENCES DE GESTION ;
– Condamne in solidum la Société INDUMASE, l’association A.P.A.S.E.O.R à payer, à la S.a.r.1 DIRECTION ET GESTION la somme de 2 500 euros en application de l’article 700 du Code de procédure
civile ;
– Condamne in solidum. la Société INDUMASE, l’Association A.P.A.S.E.O.R et Monsieur SAVALL aux entiers dépens ; … »1

pour nous, c’était affaire de droit et de principes, pas affaire de marchands. Nous sommes heureux que la Justice par deux fois, et de manière définitive, ait mis fin à une situation qui n’était en rien favorable à la reconnaissance de la recherche en management française et qui lui a causé un tort considérable.

Espérons que tous appliqueront désormais ce qui est un jugement en droit !

Notre revue dont un numéro sur deux est lu hors de l’Hexagone et dont un auteur sur deux n’est pas de nationalité française, mais bien
francophone, est fière d’avoir pu faire condamner le plagiat et obtenir de la Justice que la qualité que les organismes étrangers lui reconnaissent, soit enfin établie en France ! Notre philosophie n’est toutefois pas celle du Vae victis ! (Malheur aux vaincus !).

Nous pensons depuis toujours, que la Recherche s’enrichit d’avantage de complémentarité que de concurrence débridée ou de compétition exclusive de l’autre. Depuis l’origine, nos collaborations multiples avec d’autres revues et notre ouverture aux disciplines connexes, en sont la preuve éloquente.

« Bien faire et laisser braire » est le pendant populaire à la phrase scripturaire bien adaptée « Laissez les morts enterrer les morts »2 ce qui nous permet en douze articles, sinon « d’annoncer le Royaume de Dieu », plus modestement, de proposer une réflexion managériale innovante !

C’est ce à quoi ce premier numéro de 2012 entend répondre !

Nous avons maintes fois attesté que la recherche et sa publication doivent prendre une dimension collective, puisque notre revue n’a pas un « Rédacteur en chef » au sens commun du terme, mais un collectif qui décide : « le Conseil Restreint de Rédaction ». Il charge chacun d’entre ses membres ou parmi des « Rédacteurs en chef invités », de diriger un numéro, un dossier ou un cahier spécialisé qu’il introduit.

Nous avons déjà, depuis plusieurs années, lancé cette innovation de rédaction collective, elle s’incarne plus complètement encore dans ce numéro où :

– Sylvie Chevrier, membre de notre « Conseil Restreint de Rédaction », a pris la responsabilité de présenter le dossier : « Gérer autrement » (page 13) qui reprend après de nombreux « allers et retours » avec les auteurs, les six meilleurs papiers d’un colloque aux très nombreuses contributions, organisé le 24 juin 2011, à l’Université d’Evry et que nous avions parrainé. L’une des idées fortes de notre publication et la philosophie de notre revue est bien cette « ardente obligation », pour reprendre non sans un clin d’œil, les termes de Jacques Rueff, de chercher toutes les voies novatrices en matière de management, tant l’échec du système actuel est patent, malgré ses thuriféraires dévots
ou intéressés, mais aussi, ne nous le cachons pas, béotiens ! (La Grèce pour son infortune, est à la mode !)
– C’est donc aussi tout naturellement ouverts, le plus largement possible à cette jeune recherche qui tâtonne parfois, mais se veut inventive et pragmatique, ce qui devrait être un leitmotiv en
gestion (l’allemand est à la mode aussi !), que nous avons confié à Serge Guérin3 et Yoann Bazin de l’« ESG Management school », en partenariat avec l’Université de Bretagne-Sud, de diriger
et de présenter (page 67), un cahier consacré à la Responsabilité sociale (sociétale ?) des entreprises(RSE) que nous concevons dans une acception beaucoup plus large que le « développement vert ». Dans les six contributions présentées, praticiens et académiques apportent leurs analyses, leurs conclusions voire leurs interrogations grâce à une ouverture aux mondes les plus variés voire les plus lointains.

Notre tâche d’éditeur de La Revue des Sciences de Gestion est de continuer à faire normalement notre métier de facilitateur de Recherche innovante et de simple faire-valoir à nos auteurs, venus de tous les horizons et ouverts à l’expérimentation multiculturelle, hors des chapelles et de la recherche stipendiée, plagiaire, serve ou mercantile comme cela est reconnu, notamment outre-Atlantique4 !

Gérer autrement est bien une autre exigence d’efficacité et de responsabilité » !

C’est celle que La Revue des Sciences de Gestion, seule à avoir droit à ce titre, entend développer…


1. L’intégralité de la décision de la Cour d’Appel de Lyon figure dans le numéro 252 (novembre-décembre 2011), mais plusieurs lecteurs nous pressaient de publier les termes mêmes des décisions du TGI de Lyon du 26 novembre 2009, approuvées par l’Arrêt ainsi rendu, et devenues définitives. Nous nous acquittons bien volontiers de cette mission complète d’information.
2. Luc 9, 60 : 60. « Dixitque ei Iesus sine ut mortui sepeliant mortuos suos tu autem vade adnuntia regnum Dei »
3. Serge Guérin, Professeur à l’ESG MS, président d’Imagine 2012 et Virginie Votier, Trésorière de Générations Engagées, ont animé un débat : « Nucléaire : et maintenant ? Economie et/ou écologie : quels choix possibles ? », dans la perspective de l’élection présidentielle française, le 21 février dernier, avec la participation de Corinne Lepage, ancien Ministre de l’Ecologie, Jean-Luc Bennahmias, Eurodéputé, vice-président du Mouvement Démocrate (MoDem), Marie-Hélène Aubert, chargée du pôle Energie-Environnement-Développement durable de la campagne de François Hollande, candidat du Parti socialiste, Denis Baupin, Adjoint au Maire de Paris en charge du développement durable, de l’environnement et du plan climat, Jean-Paul Deléage, Docteur en histoire de l’écologie et fondateur de la revue « Ecologie et Politique » et Ben Cramer, Membre du conseil d’administration du Bureau international de la paix, vice-président de l’Association des journalistes de l’environnement – AJE. http://www.generationsengagees.fr/?p=4718
4. http://www.erudit.org/revue/remest/2010/v5/n1/039357ar.pdf

n°254 La Revue des Sciences de Gestion – Sommaire

Crise ? Vous avez dit : « Crise » ?
par Philippe Naszályi

I CrIse et envIronnement InstItutIonnel

La rentabilité des entreprises sous protection judiciaire
par Xavier Brédart et Alain Finet

Les réformes européennes du cadre législatif des agences de notation à la suite de la crise des
subprimes
par Faïza Bouguerra Gentile

Régimes douaniers économiques et compétitivité des petites et moyennes industries des départements français

d’Amérique
par Katie
Lanneau

La culture et le recours aux IAS/IFRS
par Salma Damak Ayadi et Rahma Ben Salem

L’asymétrie informationnelle autour des annonces de bénéfices : le cas du marché
français
par Waël Louhichi

II CrIse et antICIpatIons organIsatIonnelles

Contribution à l’étude du slack* organisationnel : le cas des dépenses d’investissements dans une grande

entreprise industrielle
par Gilles David

Une entreprise mature décide d’accompagner une jeune entreprise potentiellement concurrente : Quelles motivations
et conditions d’émergence ?
par Katherine Gundolf, Annabelle Jaouen et Audrey Missonier

L’impact de l’intervention des administrateurs externes et de la taille du conseil sur la performance des
entreprises : Application au contexte tunisien
par Dorsaf Ben Taleb Sfar et Catherine
Léger-Jarniou

Nouvelles de la communauté des amis de La RSG

III CrIse et Comportements des Consommateurs

La « gouvernementalité » des consommateurs sous l’éclairage foucaldien
par Béatrice Canel-Depitre

Le marketing de la couleur : Etude comparative entre l’affiche en couleur et l’affiche en noir et
blanc
par Myriam Elloumi – Ayedi et Mohamed Kammoun

Diagnostic culturel : Regain d’intérêt pour des composantes trop souvent occultées. Cas d’une PME tunisienne de Télécommunications
par Lamia
Hechiche Salah

Perception de la promotion des ventes par le consommateur à travers le cas de la brochure
promotionnelle
par Mariem Daoud Moalla et Mohamed Kammoun

Spécificités des techniques promotionnelles des entreprises africaines et analyse de leurs effets
transitoires

à court et à long termes sur les ventes
par Mamoudou Halidou

Chronique bibliographique
par Jean-Louis
Chambon

n°254

Editorial : Crise ? Vous avez dit : « Crise » ?

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

Philippe NaszalyiCrise et environnement institutionnel, crise et anticipations organisationnelles et crise et comportements des consommateurs, sont autant de scansion de ce mot « crise », mot qui, depuis plus de quatre ans, pour les moins perspicaces et depuis plus de trente ans, pour ceux qui scrutent avec attention les mouvements profonds, est le mot approprié à ce stade de développement du système économique contemporain.

Mais « de quelles crises parlons-nous ? » s’interroge fort à propos l’économiste Michel Roux1, en rappelant que « crise » signifie « tamis » ou « crible » en grec ancien et que c’est donc un instrument de mesure ou de sélection.

Crise des valeurs, crise de société, crise des institutions, crise de la famille, crise financière ou économique…
Tout est désormais mis en avant pour éviter de se poser la seule bonne question qui vaille, celle de l’Homme, car il y a bien longtemps pourtant que nous savons que « le sabbat est fait pour l’homme et non pas l’homme pour le sabbat »2.

Il en est de même des systèmes économiques. C’est au fruit que l’on reconnaît l’arbre et que « tout arbre qui ne donne pas un bon fruit, on le coupe et on le jette au feu »3. Il y a plus de vingt ans, les Européens de l’Est, ont jeté au feu, un système dont il est certain qu’il ne menait pas à la prospérité et bafouait la Liberté. Il semble que l’avatar qui lui a succédé mérite de subir le même sort. « Il n’y a pas deux politiques possibles » disaient et disent toujours, ces « imposteurs de l’économie » que vient de dénoncer avec verve, mais sans doute insuffisamment, Laurent Mauduit4. Cette théorie d’enfants de chœur, plutôt thuriféraires stipendiés s’inscrit notamment dans la lignée de l’inénarrable prêt à penser souvent plagiaire, d’Alain Minc et de ses semblables. Ce même « prêt à penser » totalitaire qui vouait déjà aux gémonies, ceux qui dès 1992, avaient saisi que dans le traité de Maastricht, il y avait à la fois, l’excellente idée d’une monnaie européenne, dans la lignée du rapport Barre, et en même temps, les germes mortifères du monétarisme, hérité de l’Entre-Deux-Guerres, cher à la chancelière allemande, et onéreux, l’autre acception de « cher », pour les peuples européens. Ce n’est pas Bismarck qui ressurgit, (il faut être bien inculte pour la confondre avec ce grand chancelier), mais un composé assez approchant de la sottise impériale de Guillaume II et de la dangereuse impéritie de von Papen. En résumé, ce qui amène désastre et ruine pour l’Europe de 1914, de 1933 ou…

Ces sectateurs de la pensée unique ne comprennent pas, souvent, ou ne veulent pas comprendre, parfois, que cette « rigueur », étendue à l’Europe, est un pur sophisme économique qui ne vise qu’à favoriser le rentier, le financier plutôt que l’entrepreneur et le travailleur. Pour faire accroire à leurs fadaises, ils utilisent le procédé classique de la culpabilisation et de la morale.

« Vivre au dessus de ses moyens » est leur expression.

Cette vulgarité de termes pour désigner la conduite d’une politique, tente de masquer cette œuvre de mystification qui se donne des airs de bon sens populaire, pour mieux abuser le commun. En effet, comparer gestion du ménage et conduite d’un État n’a de sens que dans cette vulgate libérale qu’ils veulent imposer. Cela aboutit à dénier ce qui de tout temps doit être, l’assujettissement des intérêts privés à l’intérêt général qui, en démocratie, est incarné par l’État. Faire du citoyen, avant tout un consommateur, permet de nier le rôle du souverain exprimé par le suffrage. La représentation élue se trouve ainsi mesurée à l’aune du panel représentatif du sondeur ou du « mercateur » pour être ainsi délégitimée. Les quotas sont pour la démocratie, la négation même de son essence populaire. Les meilleures intentions peuvent être invoquées – et la parité en est une-, elles ne trompent que ceux qui sont prêts à tous les compromis, à toutes les compromissions pour obtenir l’agrément des puissants qui entendent profiter sans contrôle pour liquider l’État et ses
obligations. Il est étonnant depuis ces années de voir combien est hétérogène d’apparence, la cohorte de ceux qui sous diverses étiquettes politiques, servent la soupe de moins en moins équitablement partagée. L’attitude des « puissants » de cette zone euro face à l’idée, jugée démente, d’un premier ministre grec de soumettre à référendum, un plan européen, en dit long sur le
divorce entre ce système et les peuples. Il est d’ailleurs symptomatique de constater que le meilleur élève est la Chine dont on reconnaîtra bien volontiers qu’elle a, avec la démocratie, une
relation lointaine !

Ni le chômage en Espagne, ni la dépression en Grèce pour ne citer que ces malheureux pays soumis au plan « Laval » de l’Europe, ne parviennent à remettre en cause les certitudes de ceux qui croient encore que quelques cataplasmes et une bonne cure de rétrécissement de l’État et des aides sociales amèneront, sinon la croissance du moins le sacro-saint équilibre qui en toute bonne théorie libérale apporte la plénitude. Comme Herbert Hoover, de qui l’Histoire n’a pratiquement retenu que son insondable « laissez-faire » qui s’exprime par un optimisme idéologique en 1932, « La prospérité est au coin de la rue ! », les échecs des politiques classiques dans les années 1930, lors de la grande crise précédente, ne les ont que partiellement instruits. L’État certes, est intervenu, mais c’était pour sauver le système bancaire. C’est une règle que George Bush (père) a appliqué en 1990 à la suite de la faillite des caisses d’épargne américaines qui témoignaient déjà, de la faiblesse du système financier laissé à ses propres règles. C’était il y 22 ans ! Le journaliste Jacques Decornoy tirait, en juillet 1990 dans Le Monde diplomatique, ce constat qui n’a pas vieilli : « Tout, estimait-on pourtant, avait été dit sur la funeste décennie passée : la fuite en avant dans les dépenses d’armement, les fantastiques endettements intérieur et extérieur, la cupidité forcenée des prédateurs conduisant à la corruption généralisée de Wall Street et à la chute symbolique de la firme Drexel Burnham, l’incapacité du pouvoir à réduire le déficit budgétaire »5 . Lehman Brothers, en septembre 2008 et cette cupidité des subprimes, les 2 milliards de dollars, voire plus, de perte de J.-P. Morgan, cette année, « l’une des banques les mieux dirigées qui soient » si l’on en croit le Président Obama qui poursuit en qualifiant : « James Dimon, son dirigeant » d’être « l’un des banquiers les plus intelligents que nous ayons »6, ont pris la relève. Faut-il rattacher à cette « corruption généralisée », la démission du directeur-général de
Yahoo7 à la suite de la découverte de « fraudes » dans son curriculum vitae ! Péché véniel si l’on en croit Naomi Oreskes et Erik M. Conway dont l’ouvrage vient d’être traduit en français8 par ce physicien émérite qu’est le Professeur Jacques Treiner. Les deux chercheurs américains y décrivent l’action des « lobbyistes » industriels qui, à coup de milliards de dollars, favorisent une stratégie destinée à éviter
toute réglementation de santé publique ou environnementale qui nuirait à leurs intérêts en semant le doute sur les études scientifiques. Car le relativisme que Platon reprochait à Protagoras, le premier « sophiste » et le premier à avoir vendu son enseignement, triomphe avec le système communautariste ou individualiste qui découle de cette présentation toujours clivante d’une société et de sa population. Cette « dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui donne comme mesure ultime uniquement son propre ego et ses désirs »9. Tout est égal à tout, car l’État en système libéral est avili, « Si l’impôt, payé sous la contrainte, est impossible à distinguer du vol, il s’ensuit que l’État, qui subsiste par l’impôt, est une vaste organisation criminelle, bien plus considérable et efficace que n’importe quelle mafia « privée » ne le fut jamais. », est le credo libéral exprimé par l’économiste américain de l’École de Vienne, Murray Rothbard. Il faut dire que les hommes qui incarnent ces états, les gouvernants sont devenus souvent davantage des oligarques ou des ploutocrates tenant de lobbies, eux aussi que des hommes d’État. Le gouvernement américain sous George W. Bush (fils) et son Vice-président Dick Chenney, en est une illustration.

C’est portant loin d’en être le seul exemple, même dans de vieilles démocraties, tant sont imbriqués façonneurs d’opinions que sont journalistes, propriétaires de médias et intérêts économiques et financiers. Le conflit d’intérêts qui s’illustre notamment dans l’affaire Woerth-Bettencourt en France, semble une préoccupation éthique10, mais concerne de nombreuses affaires dont celle du Médiator, en cours d’instruction et ne trouve pas de solution légale, tant sont fortes les résistances de ces mondes étroitement imbriqués !

A qui faire confiance en effet, quand les experts médicaux émargent aux fonds des laboratoires qui produisent les substances évaluées et mises sur le marché par ces mêmes sommités scientifiques ou lorsque quelques députés ou anciens ministres font des allers-retours dans des cabinets d’avocats plus proches de cellules d’influence politico-économique que de défense de la veuve et de l’orphelin ?

Tout cela est le fruit d’un système, d’une idéologie qui l’habite et dont la moindre habileté a été même de tenter de se présenter comme indépassable, « par la fin de l’histoire » ! Or, comme Max Weber, il nous semble que les connaissances d’aujourd’hui sont toujours destinées à être dépassées, surtout en sciences humaines, puisque la société se transforme constamment. Il n’y a donc aucun modèle économique qui ne doive être discuté pour être amélioré voire remplacé. Se plonger dans la pensée de Sismondi, aujourd’hui à tort bien oublié ou étudier Karl Polanyi sont autant d’apports à une réflexion contemporaine qui ne peut opposer en permanence Keynes, résumé souvent au déficit des politiques publiques et les « Chicago Boys » dont l’action auprès d’Augusto Pinochet est bien symbolique de ce « néo-libéralisme » des conservateurs américains qui s’étend encore sur le monde, malgré les crises qu’il a engendrées.

« Au XIXet au XXsiècles, on se tuait au boulot ou on mourait de sa dureté, au XXIe siècle naissant, c’est une nouvelle organisation scientifique du travail qui tue » écrit en introduction à un fort revigorant numéro11, François Chobeaux qui s’interroge pour savoir « si l’homme pensant est encore de saison ? ».

Crise ? Vous avez dit : « Crise » ? Une question, un constat, mais aussi à la manière d’« hommes pensants », des pistes et des solutions que gestionnaires au sens le plus large du terme, « ceux qui s’occupent des autres et de leurs entreprises », apportent par les treize articles, ordonnés en trois dossiers thématiques de ce numéro de printemps qui ouvre une nouvelle perspective de réflexion et d’action car « il est temps de remettre la production avant la spéculation, l’investissement d’avenir avant la satisfaction du présent, l’emploi durable avant le profit immédiat »12.


1. Michel Roux : « Sortie de crise ou crise de sortie ? Impacts de ce contexte sur les modèles d’affaires de la sphère financière », VSE n° 189, décembre 2011, pp. 62-74.
2. Marc 2,27.
3. Matthieu 7,19.
4. Laurent Mauduit : « Les imposteurs de l’économie », Jean-Claude Gawsewitch, 294 pp. Paris, mars 2012.
5. Jacques Decornoy, « L’exemplaire faillite des caisses d’épargne américaines », Le Monde diplomatique, juillet 1990.
6. « Pour Obama, l’affaire JP Morgan illustre la nécessité de réformer Wall Street », Le Monde.fr, 15 mai 2012,
7. http://larsg.over-blog.com/article-suite-a-la-demission-du-directeur-general-de-yahoo-scott-thompson-105184095.html
8.
Naomi Oreskes et Erik M. Conway : « Les Marchands de doute Ou comment une poignée de scientifiques ont masqué la vérité sur des enjeux de société tels que le tabagisme et le réchauffement climatique », éditions Le Pommier, 524 pages, Paris, mars 2012.
9. Homélie du cardinal Josef Radzinger, Missa pro eligendo Romano Pontifice, Rome, 18 avril 2005.
10. Martin Hirsch, Pour en finir avec les conflits d’intérêts, Stock, 162 pages, Paris septembre 2010.
11. V.S.T. revue du champ social et de la santé mentale : « L’homme pensant est-il encore de saison ? », n°, 104, 4e trimestre 2009.
12. François Hollande, Discours d’investiture, Palais de l’Élysée, 15 mai 2012.

n°255-256

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Editorial : « Ein Mann bezwingt die Not »* ou « Car j’ai eu faim… »**

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

Philippe NaszalyiC’est par le titre allemand de la biographie du père du mutualisme que fut Frédéric-Guillaume Raiffeisen « Un homme triomphe de la misère », traduit par ces premiers mots de l’Évangile de saint Matthieu, dans l’édition française du récit de sa vie : « Car j’ai eu faim… » que l’on peut prendre conscience que les mêmes causes amènent les mêmes conséquences. Les chercheurs comme les praticiens, les plus innovants, devant cette crise systémique, proposent une fois encore, une alternative ou des alternatives à un système totalitaire qui se meurt devant nous, pour les mêmes raisons, que mourut, il y a plus de 20 ans le communisme : injustice et finalement inefficacité réelle.

En effet, le système économico-politique dominant, comme le communisme naguère, est un système « totalitaire ». Ses thuriféraires se situent à gauche comme à droite, de Pascal Lamy à Michel Camdessus en passant par Jacques Delors et l’Ecole de Vienne, pour ne pas citer les lilliputiens hexagonaux à la mode sur les plateaux de télévision ou chroniqueurs à ce grand magazine que fut, jadis, l’Express. Bien entendu, ce n’est pas par la similitude de l’organisation avec le bloc soviétique, que ce système quasi religieux de la Mondialisation est totalitaire. C’est notamment parce qu’il se croit un phénomène indépassable ou inéluctable et, selon l’excellent mot (une fois n’est pas coutume !) de Bernard-Henri Lévy, parce que « la vérité y est enchaînée » !

Le processus depuis la fin des années 1970, n’a qu’un but, celui de nier d’autres formes d’organisation que ce qui découle de l’esprit du « Compromis de Washington » de 19921. Largement inspirée d’Ayn Rand, cette conception libérale, voire « libertarianiste », se fonde sur un rationalisme du mérite individuel, bâti sur « l’égoïsme rationnel ». Cette idéologie conduit a faire de la possession du capital un droit absolu qui l’emporte même comme on le verra par la suite, sur la démocratie. Le gouvernement des entreprises, ne devenant que « le simple usage du droit de propriété » dans cette « idéologie actionnariale »2. On n’est pas loin du suffrage censitaire. Sieyès, son père dans la constitution de 1791, estimait que seuls les citoyens riches qui contribuent à la bonne marche de l’économie nationale, ont le droit de voter. Tout le libéralisme économique est né à cette époque et en a bien conservé les stigmates.

En est-on si loin, lorsque l’on constate l’absentéisme populaire aux élections au Parlement européen ou plus récemment, aux élections législatives françaises ?

En est-on si loin, lorsque l’on considère que cette idéologie entend définir le gouvernement des Etats, et la primauté de l’économique sur le politique ? « Cela a l’avantage de la simplicité et des dehors d’évidence.

Mais c’est faux ! », le dit encore Jean-Philippe Robé, comme le sont tous les sophismes ou les mythes fondateurs.

Ce choix n’est donc bien qu’adhésion à une théorie économique parmi d’autres et rien de plus, car il y en a d’autres.

Cela est notablement imposé, tant par les « régulateurs » internationaux que par les organismes européens. Parmi ceux-là, le comité de Bâle en particulier, dans la droite ligne du G20 de Pittsburgh, ignore les spécificités de ce qui n’est pas une société de capital.

refonder une alternative à ce système qui n’en peut plus, est désormais cohérent. Selon Alan Greenspan lui-même, « la crise actuelle est sans doute la plus grave depuis un siècle.

Cette gravité de la situation a conduit certains (dont nous sommes) à penser que nous pourrions bien assister à un changement radical de système économique3 ». C’est de ce bouillonnement des idées et de la confrontation avec les réalités de la misère que sont les premières
expériences alternatives en finance. Les questions se posent toujours, particulièrement dans la conception contemporaine de la finance islamique, du microcrédit, de la refondation nécessaire, du moins en France, des banques coopératives et mutualistes ou des monnaies alternatives dont les « Banques du temps » sont notamment l’exemple. Une plongée dans l’Histoire est toujours instructive, car seuls les imbéciles ou les ignares pensent que le monde commence avec eux. Dès 1846, Proudhon, créateur de l’éphémère, mais si instructive Banque du Peuple prônait la nationalisation de la Banque de France qui devait être « déclarée d’utilité publique4» . Ne devrait-on pas y réfléchir pour la BCE ?

Au même moment, en Prusse, Frédéric Guillaume Raiffeisen institue la notion d’association mutuelle et se rend compte très vite, que le crédit est la source de la plupart des appauvrissements et de la misère. « Tous les membres s’engagent égalitairement mais solidairement sur leur fortune à l’égard des obligations et garanties assumées par l’Association ». Le principe de la mutualisation des risques naît immédiatement, il précède une deuxième phase qui propose la rémunération sur les dépôts et « l’intérêt du capital… modéré et honnête » suivant les principes de Calvin.

Bel enseignement à retenir et plus que les principes de Bâle III, il assure une véritable sécurité. La solidarité entraîne automatiquement l’égalité de décision : « un homme : une voix », le principe démocratique est consubstantiel à la naissance des établissements mutualistes.

Or c’est justement cette démocratie qui génère seule la responsabilité que les tenants de la mondialisation financière ont bafoué et bafouent depuis plus de 30 ans, ne serait-ce que par l’organisation de l’Europe telle qu’elle est. Le « néoconstitutionalisme5 », idéologie internationale dont Jürgen Habermas est l’une des figures de proue, s’incarne dans la Commission ou la Cour de Justice européennes notamment. Ces organes, mais pas eux seulement, soumettent la volonté des peuples,
exprimée par les lois à des principes qui lui seraient supérieurs, les règles constitutionnelles. Dans la lignée de Benjamin Constant ou de Guizot, cette conception s’inscrit bien dans le principe de la constitution libérale bourgeoise qui est d’ignorer le souverain, même devenu peuple, au nom de la liberté de chaque individu. Le Conseil constitutionnel français, depuis la réforme de sa saisine, imposée par Valéry Giscard d’Estaing, qui voulait faire de la France une « société libérale avancée » et fut le principal auteur de la « constitution européenne », obéit à cette logique et consacre que la loi (donc votée par les représentants du peuple) « n’exprime la volonté générale que dans le respect de la Constitution6 ». Le traité de Lisbonne n’est qu’une illustration de la mise en pratique grossière de cette conception qui nie au fond, la souveraineté populaire.

Pourquoi les « Libéraux » de tous côtés de l’échiquier politique, ont-ils si peur du peuple ? Parce qu’ils y ont intérêt semble répondre notre collègue, Aquilino Morelle, dans un remarquable papier. Il y confirme bien aussi l’« oubli » qu’ils font de la démocratie : « Financière, la mondialisation, au gré des accords successifs de libre-échange imposés aux peuples à leur insu par cette élite agissante de la gauche libérale, est devenue aussi la mise en concurrence des économies, des salaires, des fiscalités, des protections sociales, des peuples, des hommes, de leurs vies.7»

Dans le Financial Times du 9 juillet 2012, on lit avec plaisir que le commissaire européen au marché intérieur, Michel Barnier, devrait proposer des modifications à la directive et au règlement sur les abus de marché dans les semaines à venir.

Au même moment, on entend Andreas Dombret, un membre du directoire de la Bundesbank, déclarer qu’il n’a « jamais cru à l’autoréglementation pour un bien public ! »8. Verrait-on un retour à la sagesse ?

Assister ou aider à l’émergence ?

Dans la pure tradition aristotélicienne et thomiste, nous pensons que sans retour à la conception fondamentale que l’argent demeure stérile et ne peut être « frugifère ! », il n’est pas de solution à ce système. Le point de rencontre indéniable de cette « utopie nécessaire », selon le mot de Benoît XVI, réside dans cette conviction profonde que l’homme doit s’affranchir de l’avoir, pour exercer son destin, et que cela s’exprime en un seul mot : « démocratie ». Il faut innover pour « Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun en s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même, et reste aussi libre qu’auparavant » est l’ambitieux programme, l’utopique programme que le Contrat social assigne .

Les 3 dossiers de ce numéro double de l’été 2012 obéissent à cette logique complexe qui, venue du refus de la croyance en une voix économique unique, offre un aperçu des expériences et des pratiques dans le monde entier.

• « L’entrepreneuriat social » a été confié à la responsabilité d’une équipe conduite depuis l’ESG de Paris
;

• La question « Financer autrement ? » a été posée par Fedj Jawadi, aux auteurs d’une journée internationale de Recherche à l’Université d’Evry-Val-d’Esssonne dont il coordonne la publication des travaux en finance ;

• Les « concepts et pratiques alternatives » enfin, s’interrogent non seulement sur la finance, comme le précédent dossier, mais allient aussi la réflexion en marketing des associations et s’achèvent sur l’influence de la religion qui traverse soit directement soit implicitement presque chacune des contributions, renvoyées à une morale en pensée ou en action.

Comme toujours, La RSG est internationale et ouverte sur les différences culturelles. Souhaitons, pour conclure, qu’à l’instar du Groupe des XX, dont Oscar Mauss fut le secrétaire et inspirateur de ces artistes d’avant-garde, les 20 articles de ce numéro démontrent que la Recherche, est ici, création permanente !

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* Franz Braumann : « Ein Mann bezwingt die Not » (un homme triomphe de la misère) : Lebensroman Friedrich Wilhelm Raiffeisens, (la vie de F.-G. Raiffeisen), 3e édition, Ed. Neuwied am Rhein : Verlag der Raiffeisendruckerei, 1961, 254 pages.
** Titre de la traduction française par Charles Lehmann de l’ouvrage de Franz. Brauman sur F.-G. Raiffeisen, reprenant l’Évangile selon Mt 25 – 35, Ed. COPRUR, Strasbourg 1966, 234 pages.

1. Texte signé le 20 novembre 1992 entre les États-Unis et la CEE, dans le cadre des accords du GATT et souvent appelé « traid not aid
».
2. Jean-Philippe Robé, « À qui appartiennent les entreprises ? », Le débat, mai-août 2009, n° 155, page 33.
3. Cité par Moulaye Abdelkader Ould Moulaye Ismail et Joël Jallais, « L’éthique du client face à l’offre bancaire islamique en France », », La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion n° 249-250, mai-août 2011, page 65.
4. Pierre-Joseph Proudhon, Proposition relative à un
emprunt national et à la réunion de la Banque de France au Domaine public, 22 août 1846, art. II.
5. Pierre Brunet “ Remarques critiques sur le constitutionalisme contemporain” in Droit et Economie. Interférences et interactions, Mélanges en l’honneur de Michel Bazex, Lexis-Nexis, 2009, p. 51-64.
6. Décision n° 85-197 DC du 23 août 1985.
7. Aquilino Morelle, “La démondisalisation inquiète les partisans d’un libéralisme aux abois”, Le Monde.fr 07.09.2011.
8. Euractiv.com, 9 juillet 2012.

n°257 Responsabilité et/ou culpabilité ?

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Editorial : Responsabilité et/ou culpabilité ?
Innovation et/ou prudence ?
ou agir « de manière créative et responsable[1] »

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

Philippe NaszalyiIl y a vingt ans en prononçant, à la télévision, un ministre (on ne disait pas alors une ministre) cette reconnaissance sous cette forme elliptique : « responsable, mais pas coupable » posait avant bien d’autres, les cruels dilemmes de la responsabilité ou de la culpabilité, qui sont aussi devenus avec le « principe constitutionnel de précaution », ceux de l’innovation ou de la prudence. « Agir avec prudence », disait Benoit XVI, pour la journée mondiale de la paix « ne signifie pas ne pas prendre en main ses responsabilités et renvoyer à plus tard les décisions; cela veut plutôt dire s’engager à prendre ensemble ces décisions, non sans avoir au préalable examiné, de manière responsable, la voie à emprunter, dans le but de renforcer l’alliance entre l’être humain et l’environnement». Sans doute à méditer ! Car cela concerne désormais tout autant les « politiques » que les fonctionnaires ou les hommes et femmes d’entreprise. La laïcisation de l’Europe, et de la France en particulier, en faisant quasiment disparaître la notion de péché a, sous l’influence des pratiques judiciaires de l’empire dominant, créé des fautes à l’égard de la société et de collectifs plus ou moins répertoriés et représentants des communautés plus que la Nation. Si la faute pénale qui, en France était jusque -là toute proche du « péché mortel » catholique a évolué, elle est devenue « un objet juridique non identifié » que les Tribunaux essaient tant bien que mal, de définir en navigant entre la jurisprudence européenne souvent inspirée des pratiques totalement opposées de la « Common law » et le commode lynchage médiatique de la société de l’émotion.

La Responsabilité sociale ou sociétale de l’entreprise est une notion qui nécessite en permanence une réflexion et souvent une analyse critique. On est étonné de constater que sans vergogne, ceux qui s’y réfèrent ou la prônent, sont souvent ceux qui la bafouent. Ainsi semble en être l’analyse initiale d’Alain Finet et Romina Giuliano auteurs du cahier qui ouvre ce numéro : La RSE, l’amiante et Eternit. Ils constatent qu’Eternit, au passé trouble en matière d’amiante, veut apparaître, au milieu des années 1990, « comme le précurseur du mouvement managérial mettant en évidence la notion de Responsabilité Sociétale des Entreprises ».

RSE : réalité ou pharisaïsme ?

Sans aller jusqu’en Belgique, on ne peut que s’amuser, certains s’en attrister, qu’on trouve aussi ces comportement chez ceux-là même, qui se sont fixés pour but le « Développement de l’Enseignement et de la Recherche sur la Responsabilité Sociale de l’Entreprise ». La forme d’association « académique » du moins en ce qui concerne la tête, ne protège pas des dérives en tartufferie. Et pourtant, nous avions salué cette création et soutenu, à leur demande, l’effort des initiateurs en officialisant leurs premières publications. Le Professeur Yvon Pesqueux indiquait en introduction du numéro 205 de notre revue, les enjeux et les perspectives de la RSE en France, en publiant
les textes qui avaient servi de base aux travaux de ce « 1er congrès de l’ADERSE », tenu le 14 juin 2003.Une fois de plus, notre revue était au service de cette recherche nouvelle, puisque c’est sa marque de fabrique et son « credo » éditorial. Les initiateurs avaient ainsi permis que Michel Capron, Jean-Paul Gond, Astrid Mullenbach-Servayre, Marie Nigon ou François Beaujolin, qui font autorité, soient retenus pour ce dossier spécial du numéro 205. Le présent de la « gouvernance » de cette association si prometteuse en 2003, -et ce qui étonnamment ne semble gêner personne  dans les instances de la Gestion en France !-, rend très actuelle la problématique de nos deux auteurs s’interrogeant sur Eternit : « Au-delà, nous nous posons la question de savoir si la Responsabilité Sociétale des Entreprises constitue réellement une avancée dans la manière de concevoir l’entreprise en permettant de satisfaire aux attentes des diverses parties prenantes ou alors s’il ne s’agit que d’un simple avatar managérial correspondant à des attentes sociologiques plus larges. »

En laissant à nos lecteurs le soin de trouver la réponse pour Eternit dans les trois articles du cahier spécial, nous avons, quant à nous, la réponse à notre propre questionnement sur la situation présente de ce qui a été une belle initiative de François Lépineux, d’Arnaud Pelissier-Tanon (voir page 48) et bien sûr d’Yvon Pesqueux. C’était il y a dix ans déjà et tout a changé. En revanche, ce qui est resté dans sa brutalité très actuelle, c’est la triste réalité présente qu’une une formule vieille de 2 000 ans caractérise toujours, avec son acuité : « au dehors vous offrez aux yeux des hommes l’apparence de justes, mais au dedans vous êtes pleins d’hypocrisie et d’iniquité » (Mt 23:28). Il serait bon que ceux qui le doivent, en prissent conscience avant qu’il ne soit trop tard.  Il est vrai qu’après une condamnation par la justice, l’appellation forte, de « sépulcres blanchis » (Mt 23:27) rend bien compte de ce qui est ! A bon entendeur, Salut !

Responsabilité d’un système ?

Le problème environnemental toutefois, ne résume pas à lui seul, loin de là, la RSE. Il  n’est pas seulement prégnant, outre Quiévrain ! Plusieurs dizaines de hauts fonctionnaires français, les responsables publics des secteurs de la santé ou du travail des années 1970 à 1990, ont été convoqués depuis 2009, par la juge d’instruction Marie-Odile Bertella-Geffroy. La convocation et la mise en examen, en octobre 2012, de Martine Aubry a remis sous la lumière des projecteurs le « drame de l’amiante ».L’Europe plus prompte à se préoccuper de concurrence et de transparence des marchés que de protéger les vies et la santé des travailleurs, n’a en effet, interdit l’amiante qu’en 1999 La période transitoire de 5 ans ne s’est achevée que le 1er janvier 2005 ! La France pourtant a interdit l’amiante au 1er janvier 1997 comme la Belgique alors que la Grande-Bretagne avait légiféré dès 1931 ! C’était pourtant bien trop tard ! Dès le 1er juin 2000, le tribunal administratif de Marseille avait estimé que l’Etat est
responsable des conséquences de la mort de quatre personnes contaminées sur leur lieu de travail. La juridiction phocéenne, dans sa décision rejetait également le motif d’ignorance des risques « au moins pendant la période de septembre 1983 au 27 mars 1987 » ! De quoi enlever prétexte aux « responsables non coupables ».

Si l’on pense comme Marcel Goldberg que « l’indépendance de l’expertise est une donnée fondamentale, mais (qu’) il s’agit d’une utopie »,
il reste donc le facteur économique. La connivence, pour ne pas parler de la complicité passive et active, le mélange entre experts et laboratoires, dirigeants d’entreprise, issus des mêmes écoles et formations que les politiciens, le pantouflage ou les allers-retours incestueux, la lâcheté intellectuelle ou la conversion contre-nature, on appelait cela jadis « Collaboration » et plus tôt « trahison des clercs » sont parmi les raisons qui expliquent, dans le domaine de l’amiante, comme dans d’autres cet enchaînement mortifère qu’on découvre toujours trop tard.  Les premières prévisions de mortalités ont été établies en 1995, par un épidémiologiste anglais, d’origine hongroise, Julian Peto. On parle désormais de 100 000
morts d’ici 2030…

C’est donc bien l’idéologie économique dominante qui est la cause première. Cela n’absout pas les hommes et les femmes qui sont coupables et responsables, mais il faut rejeter cette commodité du sacrifice des victimes expiatoires, aux dieux médiatiques aux larmes de crocodile. En effet, « à l’échelle mondiale, deux logiques économiques s’affrontent : la logique du profit et celle de la distribution équitable des biens, ….» poursuit, en appelant à une « conversion économique », Benoît XVI dont nous avons trouvé que la pensée, donnait un sens et une direction originale à cette réflexion à propos de la responsabilité sociétale.

Responsabilité et Innovation ?

Il y a donc tout lieu comme on vient de le voir de :

  • « Repenser le socle théorique » comme deux chercheurs parisiens Valérie Paone et Damien Forterre s’y essaient ;
  • poser « l’hypothèse des régulations syndicales »… « entre logiques marchandes et non marchandes publiques » selon les concepts posés par Marc Morin, spécialiste tout à la fois des organisations et de l’économie ;
  • considérer, comme on l’a fait au long de cet éditorial, « les croyances sur la diversité et leurs rôles dans le management, avec Martine Brasseur, dont nous sommes heureux d’encourager les efforts de recherche et de publication, naguère avec notre consoeur « Humanisme et entreprise » et maintenant à l’ARIMHE, qui vient de réaliser une belle manifestation à l’Université Paris V ;
  • considérer, comme on l’a fait au long de cet éditorial, « les croyances sur la diversité et leurs rôles dans le management, avec Martine Brasseur, dont nous sommes toujours heureux de saluer et d’encourager par ailleurs, les efforts de recherche et de publication à l’ARIMHE, association qui vient de réaliser une belle manifestation à l’Université Paris V ;
  • mettre en perspective cette responsabilité dans le cadre de « l’Innovation dans les services » : en comparant comme le fait, Thierry Burger-Helmchen, « les entreprises de mécanique françaises et allemandes » ;
  • s’attarder, pour en comprendre ce lien : Le management : responsabilité et innovation :

– « les singularités managériales », sur l’entrepreneuriat en réseau de franchise, dans le cadre extensif de « gérer autrement » avec Délila Allam ;
– la « nouvelle nécessité » pour les PME et groupements, avec Martine Boutary, Marie-Christine Monnoyer et Raphaëlle Faure, chercheuses à Toulouse ;
– « la théorie de la SDL (Service-DominantLogic) appliquée à la distribution », comme l’étudie Annie Munos, d’Euromed.

Par delà les responsables, les coupables, l’innovation ou la prudence, c’est bien la terre qui nous est donnée à tous « pour que nous habitions de manière créative et responsable » !

_________________________________________________

Benoît XVI, ibid,

La Revue des Sciences de Gestion, n°205, janvier-février 2004, pp. 63-142

Marcel Goldberg, « Le hasard et la nécessité : le cas de l’amiante », La revue pour l’histoire du CNRS [En ligne], 16 | 2007, mis en ligne le 26 mars 2009, consulté le 19 décembre 2012. URL : http://histoire-cnrs.revues.org/1568

Peto J., Hodgson J. T., Matthews F. E., Jones J. R. Continuing increase in mesothelioma mortality in Britain. Lancet, 1995, 345(8949): 535-9.

Angelus du 23 septembre 2007, http://www.zenit.org/article-16230?l=french

n°258 La Revue des Sciences de Gestion – Sommaire

L’argent tranquille
par Philippe Naszályi

Résumés en français, anglais et espagnol

Dossier I – Approches de la finance

Les déterminants de la maturité de la dette : le cas français
par Éric Séverin

Sources d’inefficience et ajustement asymétrique des cours boursiers
par Mohamed El Hédi Arouri et Fredj Jawadi

Actions gratuites, dividendes et microstructure du marché
par
Wissem Daadaa et Mohamed Tahar Rajhi

La place de l’investissement socialement responsable (ISR) dans le champ de la finance durable : proposition d’une grille de
lecture

par Christophe Revelli

Dossier II – Banques coopératives et mutualistes

« La banalisation de la sphère financière mutualiste : comment résister, actualiser ou affirmer ses valeurs ? ». Propos introductifs
et objectifs de ce cahier

par Michel Roux

Modèles d’affaires de la sphère financière : Pour qui ? Pour quoi ?
par Claude Béland

La spécificité démocratique des coopératives bancaires françaises
par Patrick Gianfaldoni, Rémi Jardat et David Hiez

Comment résister à l’effet de normalisation : le défi des banques coopératives
Analyse du processus de convergence de la banque coopérative française vers un modèle dominant de gouvernance
actionnariale

par Jean-Noël Ory, Andrée De Serres et Mireille Jaeger

Voyage au coeur de la gouvernance mutualiste : le cas d’une banque française
par Christine Marsal

Mesures de performance adaptées aux institutions financières coopératives : la contribution des chercheurs universitaires en tant
qu’agents de changement

par Lovasoa Ramboarisata et Andrée De Serres

Dynamique des banques coopératives dans les expérimentations du microcrédit personnel : vers une nouvelle stratégie bancaire solidaire
?

par Maryline Meyer, Valérie Billaudeau et Pascal Glemain

Chronique bibliographique par Jean-Louis Chambon

Bulletin d’abonnement