n°271 Esprit d’entrepreneurs

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Editorial : « Comment peut-on être entrepreneur ? »

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

Philippe Naszalyi

Comme Rica, le Persan, l’entrepreneur est l’objet de toutes les attentions, de toutes les curiosités, de tous les intérêts lors de ces grands «raouts» qui se tiennent régulièrement ou les hommes politiques s’affichent volontiers auprès de «patrons» sans doute, mais qui ne sont pas tous, loin de là des entrepreneurs pour professer des amours souvent éphémères ou contre nature. Tout comme Rica encore, l’entrepreneur entre « tout à coup dans un néant affreux »(1), lorsqu’il se présente avec les habits et les soucis du quotidien de l’entreprise, dont les réalités apparaissent si rudes et si inconnues aux hauts fonctionnaires, préposés à l’économie et si grossières ou si ennuyeuses à ces politiciens que les faits dérangent toujours !

Et pourtant quelle part de rêve, d’optimisme et de volonté est la marque de celui ou des ceux qui entreprennent.

Commencer l’année du cinquantenaire de la revue est choix délibéré de notre rédactrice en chef, Aude d’Andria qui a composé ce premier numéro de 2015.

En effet, Direction et gestion des entreprises, premier titre de La Revue des Sciences de Gestion a été créée en avril 1965, par Roger Labourier alors responsable de l’Institut de Contrôle de Gestion (ICG). Véritable entrepreneur, il s’appuyait sur un groupe pionnier d’universitaires, à l’origine de la création en France des études de gestion : Pierre Lassègue, premier directeur de l’Institut d’administration des entreprises de Paris, Georges Vedel et Pierre Tabatoni (Paris IX Dauphine), aujourd’hui tous deux disparus, qui ont été membres de l’Académie des sciences morales et politiques. Cette revue voulait (déjà) être ouverte à la recherche originale.

Il posait alors la bonne question : « A quelles préoccupations devrait répondre une revue consacrée à la Direction et à la Gestion des entreprises, pour servir d’outil de travail aux Cadres supérieurs ? »

Il poursuivait sa démonstration ainsi : « Ceux auxquels nous avons posé cette question ont exprimé un triple besoin :
– se tenir informés de l’ensemble des problèmes de l’entreprise ;
– mieux connaître les possibilités offertes par les diverses méthodes permettant de résoudre ces problèmes ;
– faire périodiquement le point de l’évolution de ces méthodes et des progrès réalisés dans leur application.

Direction et gestion, devenue en 1997 La RSG, continue à répondre à ce triple besoin.

« Quelles que soient ses fonctions, un Cadre de Direction, a fortiori un chef d’entreprise, doit être en mesure aujourd’hui de saisir dans leur interdépendance les problèmes soulevés par la conduite des Affaires.

S’il n’a de ces problèmes qu’une vue partielle ; limitée a son champ de responsabilité, il ne peut jouer pleinement son rôle car pour être efficace, l’action doit être solidaire, intégrée et coordonnée dans un plan d’ensemble.

Enfin, pour avoir une vue complète de l’activité de l’entreprise, chaque responsable sable doit pouvoir la situer dans le contexte où elle s’exerce. Il lui faut de plus en plus étendre son horizon au-delà des frontières du secteur d’activité qui lui est familier.

Donner cette vision globale de l’entreprise constitue notre premier objectif.

Avec l’apport des diverses disciplines scientifiques, et des techniques nouvelles qui en sont résulté, ces méthodes de gestion tendent à se multiplier en se spécialisant. Ce faisant, elles deviennent plus hermétiques et plus disparates.

Il est de plus en plus difficile de les relier entre elles, d’en délimiter les champs d’application, d’en apprécier les possibilités d’utilisation.

Or, tout Cadre de Direction doit être en mesure, de situer dans une perspective globale, non seulement les problèmes de l’entreprise, mais également, les méthodes permettant de les résoudre.

C’est pourquoi, il nous a paru nécessaire, à cote des revues spécialisées consacrées à ces différentes méthodes, d’offrir à l’ensemble des Cadres de Direction une publication qui en fasse une synthèse, utile également pour le spécialiste.

Tel est notre deuxième objectif.

Enfin, les méthodes de Direction et de Gestion évoluent rapidement. Parmi les innovations dont elles font l’objet,
– les unes, d’ordre théorique, n’ont dans l’immédiat, que des applications limitées. Il est bon cependant d’en connaître les principes, quand ce ne serait que pour se préparer à les mettre en pratique ;
– les autres ont déjà fait leur preuve et sont susceptibles de recevoir de larges applications. Mais présentées dans un langage souvent ésotérique, elles sont encore peu connues.

Tous ceux dont le rôle est de faire évoluer les entreprises dans le sens du progrès, doivent pouvoir se tenir au courant des perfectionnements ainsi apportés aux méthodes de direction et de gestion.

Présenter ces perfectionnements en les illustrant par des exemples concrets, voici notre troisième objectif.

Direction et gestion n’est donc pas une revue de plus, elle est tout simplement comme le voulait son créateur, La revue, c’est-à-dire « un instrument de travail efficace».

Cela passe notamment par des collaborations avec des partenaires de recherche : Laboratoires, Ecoles, Universités, mais et dont nous produirons les travaux suite à des colloques notamment, tout au cours de l’année 2015. Des rédacteurs en chef invités présenteront sous leur responsabilité, des cahiers thématiques.

Comme en 1965, contre vents et marées, contre les modes et les capitulations intellectuelles, nous sommes toujours partie prenante sur le plan académique, de la réflexion sur les moyens d’exprimer et de faire comprendre, la multi culturalité du management.

Et parce que former est une des belles tâches où l’entrepreneur peut s’associer au professeur, nous donnons la parole à la nouvelle présidente du Mouvement des Entreprises de la Région capitale, pour développer l’initiative sur l’apprentissage… (page 3).

Académique n’a jamais voulu dire pour nous, comme pour les fondateurs, des travaux hors-sol, une gestion en chambre…

Cela dérange, mais nous ne nous différencions pas en cela des revues américaines qu’admirent tant nos modernes Trissotins, sans en comprendre la philosophie.

L’entreprise, cette réalité multiforme, aux statuts très variables, de « l’entreprenant », cet entrepreneur individuel dans la législation togolaise à la pieuvre la plus multinationale, en passant par l’association, la PME ou la société d’économie mixte, pour ne pas citer tous les modèles, ne se résume pas à la société par actions, et nécessite que l’on prenne le temps d’écouter ceux qui la font. En premier lieu, comme dans ce numéro, les entrepreneurs : Entrepreneuriat et intrapreneuriat, analyse grâce à cinq approches différentes les motivations de l’entrepreneur. Son environnement notamment les difficultés qu’il peut rencontrer dans le domaine de la finance, avec les banquiers, qu’il faudra bien un jour faire revenir à leur vocation première après tant de dévoiements, ou simplement avec l’Administration. Quatre études solides traitent des parties prenantes extérieures. Et parce ce le mot d’entreprise et la vaste acception qu’il prend dans le domaine des actions humaines, empruntons à Corneille notre envoi… est-il si loin de nos préoccupations depuis 1965 !

« Jamais contre un tyran entreprise conçue
Ne permit d’espérer une si belle issue. »(2)

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  1. Lettres persanes : Comment peut-on être Persan ? (Lettre 30) – Montesquieu, 1721.
  2. Cinna, acte I scène 3.

Une réflexion sur « n°271 Esprit d’entrepreneurs »

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