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n°251

Editorial : « Une des erreurs que peut commettre un chef d’entreprise, c’est de se croire le seigneur de l’affaire qu’il dirige.* »

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

Philippe NaszalyiIntroduire un numéro consacré aux « pouvoirs », ne pouvait être placé sous une meilleure référence que celle de cet « enfant terrible du patronat français », cet helléniste polytechnicien, ce philosophe, éditeur de revue doublé d’un musicien émérite que fut Auguste Detoeuf, auteur toujours actuel de la « fin du libéralisme », celui qu’il caractérisait de « manchestérien », pour bien en définir sa dérive. Devenu « monétariste », depuis 30 ans, ce système est bien aussi en train de mourir devant nous des mêmes dérives, dénoncées déjà en 1936.

Un succédané du Plan Laval de 1935 s’étend sur l’Europe et sans encore sa suite tragique, préfiguration de la capitulation et de la «
collaboration ». Rien ne semble nous être épargné par « des gouvernants de rencontre » qui « cédant à la panique, oubliant l’honneur…1 » sont prêts à tout abandonner pour mendier les bonnes appréciations des « pitres » stipendiés des agences de notation et de leurs thuriféraires financiers.

Celles-là même, dont l’impéritie vaniteuse et tant de fois prouvée, ne cessent de les hanter alors qu’ils devraient en être les maîtres.
Thermomètres, au nom de quoi, de quelle légitimité ? Au nom de quelles compétences miraculeuses ? Les agences de notation ne mesurent que la faiblesse de ceux qui sont élus et pas les peuples et
leurs économies. Elles estiment à leur valeur, cette renonciation de ceux qui sont investis de la souveraineté qui découle de la démocratie. Mais quand les maîtres ont une âme de valet !

Si les philosophes des Lumières en appelaient au « despotisme éclairé », c’est aux « économistes vaudous2 » que se vouent ces ochlocrates qui préfèrent l’incantation moralisatrice à la volonté populaire. Tout cela pourrait n’être qu’une mauvaise pièce de Ionesco dans un univers kafkaïen, si tant d’organisations, tant de structures, tant d’entreprises et de ce fait tant d’hommes ne dépendaient pas de ces gens-là.

Dans une étude récente d’un magazine sérieux, et qui ne passe pas pour prôner l’altermondialisme ou des idées révolutionnaires, deux
journalistes dressent ainsi le bilan de du passage de l’URSS à la Russie de Boris Eltsine qualifié de « paravent, notamment, du Fonds monétaire international (FMI) », celui de Michel Camdessus, «
servant à couvrir la mise en oeuvre, en Russie, d’une « thérapie de choc » ultralibérale » pour « convertir brutalement le pays à l’économie de marché, censée apporter la prospérité ». Et les deux auteurs de conclure qu’à la sortie « au lieu de la prospérité promise, la Russie va être ruinée, affamée, pillée, humiliée, le tout assorti d’une explosion sans précédent de la corruption – même si celle-ci était déjà développée du temps de l’URSS – et du crime organisé.3 » On ne peut alors que comprendre que la restauration de l’État est l’oeuvre des successeurs de B. Eltsine et qu’elle a, quoi qu’en pensent nos «
intellectuels salonnards », le soutien du peuple russe qui, pas plus que les autres, n’aime être humilié et dépossédé de son honneur.

Lorsque l’on considère également que le nombre des personnes qui fréquentent ce Mont de Piété qu’est le Crédit Municipal de Paris, a augmenté de 30 % depuis deux à trois ans et que le public concerné désormais est celui de la classe moyenne, voire moyenne supérieure, on ne peut se dire que le retour au XIXe siècle et à ses affres, n’est pas vraiment le signe de la réussite de ce système !

Pas plus que l’action de ceux qui ne savent « que compter des dollars et négliger totalement des hommes » pour reprendre la célèbre formule de William E. Deming ne nous intéresse évidemment pas ici. Pas plus notre propos ne se veut un débat de sciences politiques.

A notre modeste mesure, ce numéro consacré aux « pouvoirs et aux organisations » entend ne considérer que la réflexion vivante et fondée sur la pratique du management selon la même conviction méthodologique que celle de Peter F. Drucker4.

Il est apparu toutefois que ce thème si riche et que cet important numéro que dix-neuf articles d’horizons divers n’épuisent pas, ne pouvait s’ouvrir sans un double clin d’oeil sur la coupe du monde de rugby (celle de 2007) moins glorieuse pour la France que celle de 2011 qui vient de s’achever, qui replace bien toute cette problématique du pouvoir. Quelle est la légitimité de ces « institutions internationales, souveraines absolues dans le sport mondial »5, autre que celle de représenter unebanale oligarchie devant laquelle les « chefs » plus ou moins démocratiquement élus des peuples souverains viennent déposer des oboles et attendre des décisions comme l’on attendait les oracles de la Pythie à Delphes ? C’est à peu de chose près, ce que les gouvernements, États-Unis exceptés, attendent des agences de notation, prêts à tout moment à sacrifier Iphigénie, c’est-à-dire la chair de leur chair, pour que les dieux leur soient favorables. Ceux-là mêmes, qui, par idéologie, faiblesse ou conviction, dans un grand élan panurgique, se sont privés du pouvoir d’emprunter à leur banque centrale pour se livrer pieds et poings liés à des marchés réputés infaillibles.

À propos d’infaillibilité, même si cette question n’entre pas dans le champ doctrinal de son application, il n’est pas vain de rappeler ici, que le pape lui-même ose enfin, remettre en mémoire après ses prédécesseurs, que le libéralisme tel qu’il est vécu, n’a de commun avec la liberté que la racine.

« Mais qu’est-ce qui a donc poussé le monde dans une direction aussi problématique, y compris pour la paix ? », interroge pour Benoît XVI, le Conseil pontifical Justice et Paix, avant de répondre sans ambages : « Avant tout, un libéralisme économique sans règles ni contrôles. » et de souligner pour les hommes de pouvoir que « dans un tel processus, il est nécessaire de retrouver le primat du spirituel et de l’éthique et, en même temps, de la politique – responsable du bien commun – sur l’économie et la finance. »6

Ces questions ne laissent pas indifférents nos auteurs du premier dossier consacré justement aux « réflexions sur le pouvoir » sur ceux qui l’exercent, sur leurs mobiles (Denis Cristol), et leurs manières de rendre concrètes leurs actions (Michèle de St-Pierre et Jacques Bernard Gauthier pour le secteur de la santé et Jean-Michel Sahut pour les actionnaires institutionnels). Cela amène évidemment à s’interroger sur les fondements des enjeux de l’organisation comme le fait Benoît Pigé ou sur l’importance des valeurs du « remodelage d’une gouvernance par le haut », que n’aurait pas renié l’esprit jésuite, et que Serge Alain Godong décrit pour les « valeurs » américaines dans l’entreprise africaine.

Ce dossier ne serait pas complet sans une remise en cause de ce « coût de l’excellence » pour reprendre le très bel ouvrage de Nicole Aubert et Vincent de Gaulejac7, qu’est notamment le « stress professionnel » admirablement étudié par Dominique Steiler et Elisabetth Rosnet. Il est peu vraisemblable en ce dernier domaine que la « Charte de la bienveillance au travail », signée par plus de 200
entreprises françaises à l’occasion du « World Kindness Day 8» (journée internationale de la gentillesse) qui pour les entreprises signataires tombe opportunément un dimanche (le 13 novembre) ait un grand effet sur ce sujet douloureux. Il sera plus facile, aux
signataires au rang desquels on trouve France-Telecom-Orange, excusez du peu, ou Pôle Emploi en grève pour surcroît de travail, de répondre à l’appel à plus de bienveillance au travail pour
refuser notamment « les pratiques managériales néfastes ». Par-delà la triste ironie immédiate qui surgit à l’énoncé de quelques signataires, on peut aussi rêver à une prise de conscience, enfin,
des méfaits de la performance devenue norme individuelle, isolatrice et dévastatrice de cohésion sociale, alors que la véritable compétitivité « …c’est la coopération vers le but de l’organisation » comme le définit W. Edwards Deming9 et qu’ « on ne peut
pas se permettre l’effet destructeur de la compétition ». Comprenne qui pourra !

Cette incursion dans la gestion des ressources humaines amène tout naturellement à poser la question de la « formation et de la culture du
pouvoir en entreprise ». Le professionnalisme est la clé du succès. Mais comment peut-on appréhender un métier qui par nature ne s’apprend pas, en en tout cas et pas par les MBA, comme le dénonce
avec justesse Henry Mintzberg. Thierry Levy-Tadjine qui effectue ses recherches entre le Liban et la Bretagne s’essaie au moins à « modéliser la relation d’accompagnement entrepreneurial ».
Souhaitons à ce chercheur comme à bien d’autres, de pouvoir continuer à faire rayonner et la recherche et la culture francophones, compte tenu des restrictions, prises à l’encontre des étudiants et diplômés francophones. On s’interroge sur les raisons qui ont poussé un tel béotien à s’en prendre au rayonnement des universités françaises qui commençaient tout juste à se reconstruire. Avec
les réminiscences du plan Laval, il est vrai que tout devient possible dans l’incommensurable abjection dont on peut se rendre coupable10. Maurice Papon, mais bien d’autres aussi, nous ont montré ce dont est capable une administration appliquant sans conscience une instruction immorale et destructrice.

Le Professeur Alain Fayolle, fort de ses trente années de recherche, présente avec deux chercheuses tunisiennes (Amina Omrane et Olfa
Zerbi-Benslimane) le fruit d’une étude sur les compétences requises pour « le processus entrepreneurial », que complètent « les figures de la professionnalisation en GRH » de Denis Monneuse et Patrick Gilbert. Enfin ce dossier s’achève par deux travaux de la riche recherche tunisienne. Une des grandes questions se posant à la jeune démocratie d’Outre-Méditerranée à savoir : « suréducation et dévalorisation de l’enseignement supérieur » peut aussi se rencontrer de ce côté-ci de la Méditerranée. Quant au problème concernant l’aménagement du territoire tunisien et sa stabilité à venir qu’est le développement des zones intérieures, redécouvertes par les gouvernants, il est aussi crucial. De sorte que « relève et renouvellement des générations » dans un artisanat qui n’est pas seulement urbain, peut aussi s’examiner dans le considérable mouvement générationnel qui se prépare en France pour les TPE et PME.

Chrys Argyris avait posé le principe du « savoir pour agir »11 et avec Donald Schön l’apprentissage en double boucle pour éviter la routine12. Telle est bien la suite logique du dossier précédent que ce dernier qui s’intitule « organisation et pouvoir ».

Les deux concepts se confrontent, se coordonnent et  l’interpénètrent.

Une première tentative de « typologie des styles de gouvernance », due à deux chercheuses de l’université d’Orléans (Céline Chatelin-Ertur et
Eline Nicolas) ouvre la multiplicité des domaines d’application. Cette typologie méritera un approfondissement, mais nous tenions à la présenter dans l’état actuel de son élaboration… La recherche est toujours en mouvement et le débat est source de son approfondissement (comme nos lecteurs pourront également le constater page 129). Une caisse primaire d’assurance-maladie, des bureaux de poste et la fine gestion de la file d’attente, le groupe Carrefour, les industries agroalimentaires ou le monde de l’Art… entrent-ils dans ce « chaos management »13, cher à Thomas Peters, devenu chantre d’une qualité fondée sur la flexibilité et la passion du changement. Nous ne saurions l’affirmer, mais le refus des habitudes sclérosantes et l’innovation managériale sont bien au rendez-vous de ces contributions.

Qu’il nous soit permis pour conclure cette introduction à ce numéro sur les pouvoirs, avec celui avec lequel nous l’avons ouverte. Auguste
Detoeuf dont ne peut nier ni qu’il fut un patron innovant, ni qu’il fut un chercheur incomparable, sans se prendre au sérieux, posait bien le problème du pouvoir, toujours actuel dans une société financiarisée : « Les économistes ont raison, disait un homme de Bourse : “le capital est du travail accumulé.

Seulement, comme on ne peut pas tout faire, ce sont les uns qui travaillent et les autres qui accumulent” ».


* Auguste Detoeuf- Extrait des Propos d’O.L. Barenton, confiseur.
1. Charles de Gaulle, affiche de l’Appel du 18 juin 1940, désignant le gouvernement Pétain.
2. Qualificatif prêté à George Bush (père) pour caractériser les inspirateurs des reaganomics.
3. David Sellos et Pierre-Alexandre Bouclay, 1991-2011 : Comment la Russie a changé, Le Spectacle du Monde, novembre 2011, page 38.
<span lang=”EN-GB”>4. The Practice of Management, NY 1954.
5. Voir ci-après l’article de Frédéric Lassalle, Le pouvoir présent sur un
événement sportif, la coupe du monde de rugby 2007 ; La revue des Sciences de Gestion, n° 251, page 15.
6. Note du Conseil pontifical Justice et paix : “Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle », Rome, Vatican, 24 octobre 2011
http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/justpeace/documents/rc_pc_justpeace_doc_20111024_nota_fr.html.
7. Nicole Aubert et Vincent de Gaulejac, Le coût de l’excellence. Paris, 1991, Editions du Seuil.
8. http://www.worldkindness.org.sg/ Le Mouvement Small Kindness du Japon a réuni tous les mouvements de même inspiration sur la gentillesse à Tokyo en 1997, ce qui a fait naître le Mouvement Bonté du Monde (WKM). Ce dernier a officiellement lancé à Singapour, le 18 novembre 2000 à la 3e Conférence WKM ce Kindness day. La mission de la WKM est d’inspirer les individus vers une plus grande gentillesse et de relier les nations à créer un « monde gentil ». En France, cette journée a été reprise par notre consoeur « Psychologies magazine » en 2009.
9. Du nouveau en économie (1996).
10. Circulaire du Ministre de l’Intérieur du 31 mai 2011, sur la maîtrise de l’immigration professionnelle : conséquences sur les demandes d’autorisation de travail.
11. Chris Argyris, Savoir pour agir. Surmonter les obstacles à l’apprentissage organisationnel, Paris, InterÉditions, 1995.
12. Chris Argyris et Donald Schön, Apprentissage organisationnel. Théorie, méthode, pratique, Bruxelles, De Boeck, 2002.
13. « Le Chaos management. Manuel pour une nouvelle prospérité de l’entreprise », Tom Peters, InterEditions, Paris 1998, 610 pages.

n°211-212 La Revue des Sciences de Gestion – Editorial par Philippe Naszalyi – 40 ans…

40 ans…

par Philippe Naszályi,
Directeur de la rédaction et de la publication

Vous avez dit : « responsable… »

Nous avons choisi de consacrer ce 1er numéro de la 40e année à l’éthique de la responsabilité…

Le « management responsable » doit être étudié, analysé, mis en pratique, … avec tout ce qui caractérise nos propresconceptions de l’entreprise et de la société que nous vivons mais aussi que nous voulons.

Cela ne peut, cela ne doit pas être d’abord une pâle copie de ce que l’on pratique Outre Atlantique voire Outre Manche.

Non que ces méthodes soient condamnables en soi, mais bien parce qu’à la suite de Montesquieu, Aristote, Hippocrate, … nous pensons
qu’il existe réellement une théorie des climats, (1) que Max Weber a admirablement, et, à mon sens, fort bien décrite ce qui fait la particularité du capitalisme anglo-saxon (2) qui malgré tous les « thuriféraires de la décadence » n’est pas le nôtre !

Ce n’est pas critiquer les Américains, et l’actualité très récente le montre bien, que de considérer que le proverbe « right or wrong, my country » (3) continue d’avoir un sens pour eux, alors qu’il est incompréhensible pour un Français. C’est ce que l’on appelle tout simplement le management interculturel dans la lignée de Geert Hofstede. (4)

Les codes éthiques d’Enron, de Wordcom, les arrangements financiers de la justice californienne dans la fâcheuse affaire du Crédit
lyonnais et consorts sont là pour nous rappeler que justice, éthique, morale n’ont pas tout à fait le même sens des deux côtés de l’Atlantique !

Bon nombre de notations éthiques pour les « investissements responsables » qui y sont pratiquées, encore que la mode (c’est-à-dire le manque d’idées) nous  les apporte de plus en plus, n’ont normalement aucun sens pour nous : alcool, tabac, violence, sexe, …Ces notations, ces engagements sont souvent là pour satisfaire aux relations publiques et au marketing des groupes de pression internes plus qu’à un engagement réel des sociétés.

Il y a même souvent duplicité, tromperie, à mettre en place des politiques industrielles et commerciales qui ne visent qu’à contenter les puissants du moment, avec un management en fait totalement, « irresponsable » à moyen ou long terme. Cette pratique a déjà ses émules en France, depuis quelques années, aussi bien dans certaines grandes entreprises privées que dans le management directorial de certaines entreprises publiques ou semi publiques… les télécommunications naguère, les chemins de fer aujourd’hui. L’utilisation du  mot éthique dans les affaires, la pseudo recherche de satisfaction des « usagers/clients » masquent l’absence totale et réelle de morale de certains dirigeants  qui sacrifient de très belles entreprises à leurs soucis carriéristes.

Ce n’est évidemment pas cela que nous appelons le Management responsable et qui constitue un très complet et copieux dossier de ce
numéro double qui ouvre cette année anniversaire.

Ce dossier est le fruit d’une collaboration étroite entre notre rédaction et les organisateurs d’un colloque sur ce thème en 2004, à
Lyon, l’ESDES.

Comme le souligne Philippe de Woot dans un ouvrage récent et remarquable : « en matière d’éthique, l’évolution culturelle consiste à développer celle-ci comme une pensée qui imprègne les différents niveaux de l’entreprise et chacune de ses fonctions : finance, marketing, recherche, etc. » (5)

Dans cet esprit, nous avons sélectionné les meilleures contributions à ce Colloque et notre Comité scientifique de Lecture a effectué, comme à chaque fois, le choix final pour ne retenir que les articles que nous présentons ici.

La Revue de recherche… libre :

Permettez-moi de saluer ceux qui contribuent à faire de notre revue à la fois la référence académique dans la recherche managériale,
mais aussi à préserver son indépendance.

Qu’il me soit permis un mot particulier pour le Professeur Pierre Lassègue alors professeur à la faculté de Droit de Paris et Directeur de l’Institut d’administration des entreprises qui faisait parti du comité de patronage du premier numéro. Devenu depuis professeur émérite à l’Université de Paris I Panthéon Sorbonne, il est à l’heure actuelle toujours  un éminent  et efficace membre du Comité Scientifique de Lecture présidé par Alexandre Baetche, lui aussi professeur à la Sorbonne, et qui ne compte jamais son temps et son action de directeur et d’âme du comité.  Il n’est pas possible de citer tous ceux qui furent du comité de patronage de la revue :

Universitaires, comme le Doyen Georges Vedel, le professeur Pierre Tabatoni de l’Université de Paris IX Dauphine, aujourd’hui membre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, Jacques
Lesourne
qui présida ensuite aux destinées de notre confrère Le Monde ;

Grands commis de l’Etat, comme Pierre Massé, Commissaire au Plan, François Bloch- Lainé qui présida aussi aux destinées du Crédit lyonnais ou François Xavier Ortoli, qui fut également Ministre des Finances mais également président de la Commission européenne ou Olivier Giscard d’Estaing qui dirigea aussi le comité de perfectionnement de l’INSEAD ;

Grands patrons, comme Paul Huvelin, président du CNPF, Arnaud de Vogüe, Président de Saint-Gobain ; Gérard Chevalier, PDg de Cybel, mais aussi, et on leur réservera une attention particulière, Marcel Boiteux qui présida aux destinées d’EDF GDF après Pierre Massé, mais  avant, Pierre Gadonneix qui s’occupait alors de la rubrique stratégie et structure de la revue et qui est devenu depuis
président de GDF puis d’EDF…

Syndicalistes, comme G. Nasse  Secrétaire Général de la Confédération Générale des Cadres

Comme toutes les énumérations, celle-ci n’échappera pas à la règle des oublis que l’on ne me pardonnera pas… Citons pourtant encore
parmi les membres du comité de patronage ou du comité de rédaction : Michel Fitoussi, chargé des modèles économiques et dont on connaît la carrière…, Jean Bénassy, ingénieur général, qui avait en charge les questions de production et dont on retrouve des papiers recherche très récents, Henri Moingeon qui dirige la
recherche à HEC…

Rappelons bien que direction et gestion des entreprises est  née, en mars 1965,  de la volonté de Roger Labourier et de l’Institut de Contrôle de Gestion (ICG), devenu Institut Français de Gestion (IFG) et qu’elle a conquis son indépendance complète, depuis 1985, grâce à son rédacteur en chef d’alors, Jean-Pierre Gravier.

Nous n’appartenons de près ou de loin à aucun groupe financier, à aucun groupe d’entreprises, à aucune académie, aucune association,
aucune  fondation…

Nous n’avons aucune dépendance d’aucune école, université, groupe de pression ou coterie …

En un mot, et pour paraphraser le plus grand des Français du siècle dernier, nous n’appartenons à personne car nous
appartenons à tous
,… c’est-à-dire à  la Recherche managériale, riche, diversifiée, ouverte aussi bien aux  jeunes chercheurs qu’aux plus reconnus, aux hommes d’entreprise pour que la revue puisse « offrir à l’ensemble des Cadres de Direction, une publication qui fasse une synthèse utile également au spécialiste » comme Roger Labourier l’écrivait en 1965 (6) avec les obligations et les contrôles d’une véritable société de presse que nous sommes depuis l’origine.

Comme Michel Berry l’écrit,  nous appartenons à ceux qui «  en France et à l’étranger… pensent qu’il y a des voies fécondes en dehors du mainstream américain. » (7)

Généraliste, mais toujours référence dans chacun des domaines traités, la revue s’est étoffée, internationalisée. Elle est devenue la
référence francophone dans tous les domaines de la recherche et de la pratique managériales, tant pour les entreprises que pour les organisations au sens le plus vaste.

C’est sur le site de recherche universitaire et américain www.proquest.com de Abbi inform que nous comprenons toute la responsabilité  internationale qui est la nôtre.

C’est pour rendre cette action et cette présence internationales plus lisibles que nous sommes devenus La RSG, La Revue des Sciences de Gestion, en conservant bien entendu notre titre originel, direction et gestion des entreprises.

Publier la recherche managériale en français, c’est-à-dire les travaux de chercheurs qui pensent que la culture francophone et européenne a un sens, quel que soit le pays auxquels ils appartiennent ou dans lequel ils travaillent sont une vaste et difficile mission.

La gestion : instrument au service de la domination géopolitique.

Le mot n’est pas trop fort en effet, puisque, comme le montre si bien notre confrère Michel Berry, qui s’opposait à juste titre au classement surprenant et dénué de bon sens des revues, fait par une commission Théodule  du CNRS  faisant la part belle aux revues américaines et plaçant en 4e catégorie, les revues françaises pour autant qu’elles étaient nommées !

Citons encore,  le directeur de Gérer et Comprendre : « Comme beaucoup, j’ai été abasourdi par le classement des revues d’économie et de gestion publié récemment par la commission 37 du CNRS : comment peut-on à ce point nier l’identité du CNRS et est-ce vraiment le moment de s’aligner, en gestion, sur les nonnes dominantes américaines, alors même qu’elles sont l’objet de remises en cause aux USA ? » (8)

Comme nous ne recevons pas de subventions de ce comité, d’ailleurs composé essentiellement de personnes qui ne font pas de gestion…
notre revue n’est jamais classée…

Avec humour, ces doctes apôtres de la recherche publique se  retrouvent aux côtés de Libéraux de tout bord qui ont déjà admis, selon les mots de Léon Bloy, l’auteur impérissable du « Salut par les Juifs » (9)  que leur adversaire a raison et qu’il vaut mieux passer avec armes et bagages à l’anglo américain et à ses pratiques entrepreneuriales. (10)

Sans aller jusqu’à lancer l’anathème, rappelons-nous ce qu’écrivait déjà en 1927 Julien Benda ; « La loi du clerc est, quand l’univers entier s’agenouille devant l’injuste devenu maître du monde, de rester debout et de lui opposer la conscience humaine. »
(11)

« Le parti de l’Etranger » n’est jamais vraiment mort…

Que dire des gouvernements successifs : Qui du Ministère de la Culture et de la Communication arc-bouté sur les « arts » ou
le  Ministère de la Recherche, plus archaïque encore dans son positivisme scientiste, ne comprend pas que « Les Etats-Unis consolident leur domination à travers le savoir en science managériale », comme le rappelle si bien Jean-Claude Thoening qui ajoute : «  De même que leurs normes comptables s’imposent à ous les pays, la formation en gestion devient géopolitique. » (12)

Il existe bien une idéologie gestionnaire telle que la décrit pour la stigmatiser Vincent de Gauléjac  dans un très récent et très roboratif ouvrage. (13)

Sans partager toutes ses convictions, il faut être conscient que, dans une économie mondialisée, la recherche managériale est bien un
enjeu de domination  et que la première chose offerte par George W. Bush aux Irakiens consiste en  des bourses d’études en gestion aux Etats-Unis. (14)

Comme le rappelle encore Jean-Claude Thoenig : «  ce sont les rentes académiques (qui) induisent des rentes financières. » (15)

La Recherche en gestion : outil de management interculturel

Plus pragmatiquement, nous relevons ce que  souligne avec justesse Richard D. Lewis, « la question vitale est de savoir comment l’esprit est culturellement conditionné… » (16) aussi  pensons-nous que le management interculturel signifie d’abord qu’il existe une coexistence des cultures, y compris dans celui de la gestion des entreprises.

La langue est à l’évidence un des éléments déterminants, il est donc indispensable, que promoteur d’une pensée managériale
euro-méditerranéenne, La Revue des Sciences de Gestion,
bien que fondamentalement et intrinsèquement  francophone, cherche à
développer son audience auprès de publics toujours plus variés et souvent non francophones.

A partir de ce numéro, les articles sélectionnés et publiés seront précédés, non seulement de résumés en anglais comme cela était le
cas depuis fort longtemps, mais également dans la langue de Cervantès dont nous célébrons cette année aussi l’anniversaire.

Bâtir la recherche managériale euro méditerranéenne, non pas contre les autres cultures mais à côté et en collaboration avec elles, en
particulier l’anglo américaine, tout en demeurant certains de son droit à l’existence propre, originale  et autonome, est notre but depuis
1965.

Faire commencer cette année anniversaire par un dossier sur le management responsable  et ses implications, voilà qui me conduit à  laisser conclure Julien Benda : « il existe des hommes qui veulent unir les peuples, des hommes qui pensent à “faire l’Europe”. Je ne m’adresse pas à tous. Parmi ces hommes certains cherchent ce que l’Europe devra faire pour exister dans l’ordre politique, d’autres dans l’ordre économique, d’autres dans l’ordre juridique. Je n’ai point qualité pour retenir leur audience. D’autres pensent à la révolution qu’elle devra accomplir dans
l’ordre intellectuel et moral. C’est à ceux-là que je parle. »

« Bien entendu, je ne viens pas nier les graves transformations économiques que l’Europe devra réaliser pour se faire. Je dis que ces transformations ne lui seront vraiment acquises, ne pourront être tenues pour stables que lorsqu’elles seront liées à un changement profond de sa moralité, de ses évaluations morales. »

(1) Hafid – Martin (Nicole) : Evolution et critique de la théorie des climats à travers le XVIIIe siècle en France. Du déterminisme géographique à la liberté politique. Acura di Paolo Quintili – quintili@lettere.uniroma2.it (2001).

(2) Weber (Max) : L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme. Erfurt (1904-1905), traduction française, Gallimard (2003).

(3) cité par  Fèvre (Jean-Marie) : Manuel de gestion interculturel. Sarreguemines (2004).

(4) Hofstede (Geert) :Culture’s Consequences, Comparing Values,
Behaviors, Institutions, and Organizations Across Nations
Newbury Park, CA: Sage Publications (1980) ; 2nd Edition; (2003)- édition renouvelée et enrichie de l’édition de 1980, Culture’s Consequences : International differences in work-related
values
.

(5) Woot (Philippe de) : Responsabilité sociale de l’entreprise. Faut-il enchaîner Prométhée ?
Economica, Paris (2005).

(6) Labourier (Roger) : Direction et gestion des entreprises. N°1, mars-avil 1965

(7) (8) Berry (Michel) : Classement des revues : le CNRS va-t-il perdre son âme ? Lettre ouverte au CNRS.
(2003)

(9) Bloy (Léon) : Le Salut par les Juifs. Paris, Adrien Demay, 1892, iii-143 p. Édition nouvelle revue et corrigée par l’auteur, Paris, Victorion, 1906, vii-163 p.

(10)  voir la démission de Thomas Legrain,  PDg de Coach’ invest, de l’association des diplômés de l’ESSEC dont il était le vice-président.  A la suite de son article dans les Echos,  4 mars 2005 (Grandes écoles de gestion : oser le débat ! ).

(11) Benda (Julien) :La  Trahison des clercs, Paris (1927). Julien Benda dénonce la capitulation des intellectuels français.

(12) Thoenig (Jean-Claude) : Décider, gérer, réformer. Les voies de la gouvernance. Revue Sciences humaines, n° 44 (hors série), mars-avril-mai 2004.

(13) Gauléjac (Vincent de) : La société malade de la gestion. Idéologie gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social. Seuil, Paris (2005).

(14) Thoenig (Jean-Claude) : ibid.

(15) Thoenig (Jean-Claude) : ibid.

(16) Lewis  (Richard D.) When Cultures Collide : Managing Successfully Across Cultures; Published by Nicholas Brealey,
Londres (1996) 2ème édition ( 2001).

(17) Benda (Julien) : Discours à la nation européenne. Gallimard, Paris (1933)

n°214-215 La Revue des Sciences de Gestion – Editorial par Philippe Naszalyi – Allo New-York, je voudrais le 22 à Asnières…

« Allo New-York, je voudrais le 22 à Asnières… »

parPhilippe NASZÁLYI
Directeur de La Revue des Sciences de Gestion
direction et gestion des entreprises

C’est par ce sketch populaire d’il y a tout juste cinquante ans qu’un humoriste français1 raillait l’incohérence de l’Administration des Postes, Télégraphes et Téléphone (PTT) comme l’on disait alors, et ridiculisait ceux qui, pour atteindre la banlieue parisienne, devaient passer par New York. On n’était pas avare en ce temps là, de « soumission Atlantique»… Toujours cité parmi les cinq sketches les plus populaires, par les Français2, malgré la disparition tragique de l’humoriste3 il y a plus de 30 ans, sa renommée dépasse largement les frontières de l’Hexagone. Cela montre, s’il en était besoin, que malgré les progrès réalisés, notamment en « technique »4, le fond qui justifiait la raillerie n’a pas disparu. En effet, il est peu vraisemblable que les représentants des gouvernements successifs rappellent à une grande société de transport ferroviaire :

– que le service public est celui du public ;

– que le progrès des techniques ne peut compenser une politique managériale fleurant bon le XIXesiècle ;

– qu’un « marketing des services tronqué » qui sacrifie le service et la sécurité des usagers par des économies sur le personnel ne peut fonctionner qu’en faussant la représentation pourtant bien faible, des associations de voyageurs.5

Ils ne rappelleront pas plus à l’ordre, une société de transport en commun parisien, à prétention internationale, mais de statut toujours public, dont le service commercial décide sans aucune justification légale qu’elle ne prélèvera pas les abonnements de transport sur certains types de compte…

C’est bien oublier cet excellent apport de chercheurs en marketing que sont notamment les Américains affirmant, études à l’appui, qu’il ne peut y avoir de marketing intelligent que lorsque l’entreprise vise « la satisfaction réelle des besoins de ses clients tout en gérant un  système de production de services, profitable, délivré par des employés qualifiés et agréables »6 et non la poursuite de chimères propres à satisfaire l’ego et le carriérisme de ces fossoyeurs des entreprises qu’ils ont pourtant mission de défendre et développer.

Pratiquant ce que dans le pays dont ils idolâtrent les méthodes, on appelle « racket », nos modernes Trissotin avec la neutralité bienveillante voire la complicité des hommes de gouvernement, estiment pourtant appliquer une politique managériale et de marketing de pointe !

L’on ne peut cesser de s’interroger sur la véritable schizophrénie de ces praticiens qui, souhaitent tout à la fois le renforcement de la construction économique européenne mais appliquent aux entreprises des modèles mal copiés et souvent obsolètes d’un autre continent. Ces mêmes qui oublient que la liberté d’entreprendre chez les Anglo-Saxons s’accompagne d’un contrôle réglementaire scrupuleux et d’une éthique des affaires que la justice n’hésite pas à mettre en application de manière stricte avec des condamnations souvent rigoureuses.7

Il n’en est pas de même en France où — avec regret — on peut craindre par exemple, qu’un rapport pourtant bien clair de la Direction de la Concurrence heureusement ébruité par la presse8 cet été, ne change en rien les pratiques inqualifiables de nos téléphonistes si peu respectueux des règles de la concurrence,
pourtant fondamentales dans un régime de libre entreprise.

« Pourquoi ne pas enseigner les techniques et pratiques de corruption si la référence à une morale de l’action n’est pas jugée nécessaire ou si, après calcul, on peut montrer que transgresser les règles du droit rapporte davantage que de les respecter ? »9

Hubert de La Bruslerie pose bien ici, la question de fond, mais il ne pouvait prévoir que d’aucuns en plus que d’enseigner n’hésitent plus à mettre en pratique, dans l’indifférence générale des « zélateurs de la vertu ».10

Le nombre des entreprises, souvent grandes, et apparemment respectables pratiquant des politiques qui tomberaient sous les coups de la justice chez les Anglo-Saxons est tel, qu’on peut souvent désespérer de l’utilisation en France, des termes « éthique », « responsabilité sociétale » qui sont encore bien souvent des arguments de mauvais « marketing » plus que des pratiques.

Heureux encore lorsque ces méthodes ne se transforment pas elles-mêmes en des pratiques délictueuses !

Nous ne souhaitons pas quant à nous, faire nôtres les travers de nos correcteurs de versions grecques ou latines qui jadis épinglaient discrètement dans la marge de nos copies ces abréviations : CS11
ou plus gravement NS12, pas plus que nous n’épouserons l’« antiaméricanisme » par ailleurs, de bon aloi.

Nous sommes et voulons demeurer à l’écart de toutes les modes, comme nous le rappelions dans notre éditorial d’ouverture de la 40e année de notre revue. C’est donc une recherche originale, fondée sur l’analyse et l’expérimentation que le numéro double « spécial marketing » présente à ses lecteurs.

S’ouvrant par une analyse du « tourisme culturel en Sicile », il comprend en outre, deux gros dossiers thématiques :

– le premier s’intéresse à tous les acteurs pour « comprendre les comportements » ce qui est le fondement d’un bon marketing ainsi que nous l’écrivions précédemment, y compris en « apprenant d’un échec commercial»…

– le second qui poursuit l’analyse du « e commerce » commencée dans notre numéro précédent, s’ouvre comme la « toile » sur des auteurs du monde entier et aura, bien sûr une suite.

Enfin, c’est par un opportun rappel de l’importance de la « politique des petits pas » que se clôt ce numéro de près de 200 pages !

Bonne lecture !

__________________

(1) Sketch de Fernand Raynaud de 1955.

(2) Etude réalisée en face-à-face du 27 novembre au 5 décembre 2003 pour DMLSTV et TF1 auprès d’un échantillon de 500 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus. Méthode des quotas (sexe, âge, activité) et stratification par région et catégorie d’agglomération. http://www.tns-sofres.com/

(3) Fernand Raynaud, 1926-1973.

(4) Belgacom propose toujours un service de mise en connexion manuelle : Allo, je voudrais le 22 à Asnières, DH, la Dernière heure, 30 juillet 2005. http://www.dhnet.be.

(5) Méthode de corsaire à la SNCF, 28 février 2003, communiqué des organisations nationales de consommateurs
signataires : Adéic – AFOC – ALLDC — Asséco-CFDT – CGL – CNAFC – CNAFAL — CNL – CSF – Familles de France – FNAUT – Familles Rurales — INDECOSA-CGT – ORGECO – UFCS – UNAF. http://www.adeic.asso.fr/article_detail.php?article_id=23
; Pour ne citer que cet exemple parmi des centaines.

(6) Christopher Lovelock, Jochen Wirtz et Denis Lapert, Marketing des services, traduit de l’anglais, page 3, 5e édition, Pearson education, 619 pages, Paris 2004.

(7) L’ex-PDG du conglomérat industriel Tyco, Dennis Kozlowski, 58 ans, et son ex-directeur financier Mark Swartz, 44 ans, accusés d’avoir détourné des centaines de millions de dollars des caisses de l’entreprise, ont été condamnés, lundi 19 septembre (2005) à New York, à 25 ans de prison, avec une période incompressible de huit ans »… « La condamnation de M. Kozlowski est la dernière d’une série.
Même si le procès de l’affaire Enron n’a pas encore eu lieu (il est prévu en janvier (2006) au Texas), plusieurs scandales des années 2001-2002 ont connu cet été leur dénouement judiciaire.
En juillet (2005), Bernard Ebbers, l’ex-PDG de l’opérateur télécoms américain WorldCom, a luiaussi écopé de 25 ans de prison pour fraude et complot dans l’affaire de la plus grande faillite de l’histoire des Etats-Unis en 2002. Il devrait commencer à purger sa peine début octobre (2005) dans sa région du Mississippi. En juin (2005) le fondateur du câblo-opérateur américain Adelphia, John Rigas, 80 ans, a été condamné à 15 ans de prison. Inculpés en 2002, John Rigas et son fils Timothy étaient accusés par le ministère de la justice d’avoir « pillé massivement Adelphia, se servant de la trésorerie de la compagnie comme d’une tirelire pour leur famille, aux dépens des investisseurs ». Le Monde, 19 septembre 2005, AFP. Le Monde.fr Les dates entre () sont de la rédaction de La RSG. (8) Rapport de la DGCCRF, Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, 24 mai 2004 cité par Le Canard enchaîné, n° 4426, 24 août 2005, page 3 et Le Parisien, Aujourd’hui, 24 août 2005, page 10.

(9) Hubert de La Bruslerie (sous la direction), Ethique, déontologie et gestion des entreprises, cité par Hervé Mesure et Jacques Lauriol, L’Ethique d’entreprise : présentation, bilan et interprétations, Humanisme et Entreprise, 204-267,15, page 83, 2004.

(10) Nos lecteurs pourront lire avec intérêt ce rapport définitif de la Chambre régionale des Comptes de Rhône Alpes, en particulier des pages 10 à 22. Ils y comprendront notre désabusement… http://www.ccomptes.fr/crc/votre-region/rhone-alpes/Travaux/lettres-et-rapports_obs/rapports_obs2005/rar200506_universite_lyon_2/RAR200506.pdf, Lyon 15 février 2005.

(11) Contre sens, en général moins 4 points sur 20.

(12) Non-sens.

n°218 La Revue des Sciences de Gestion – Editorial par Philippe Naszalyi – Et nunc, reges, intelligite, erudimini, qui judicatis terram !

Et nunc, reges, intelligite, erudimini, qui judicatis terram !

Philippe NASZÁLYI
Directeur de la rédaction et de la publication 

« Pendant qu’ils font de la sociologie, ils ne sont pas au chômage ! » me répondait avec conviction, en mars 2003, un ministre du gouvernement français qui me recevait dans sa mairie.

Effectivement, comme le montrent les études des chercheurs en sociologie, ce sont les « populations d’origine moyenne ou populaire » 2 dont « le capital scolaire est assez faible » et qui en général « sont plus âgées que la moyenne » qui s’inscrivent dans ces matières à l’université et qui deviennent « le plus souvent (des) employés » ou sont « en statut précaire » ou « travailleurs sociaux »3.

« La pseudo démocratisation de l’université est en fait un massacre organisé » comme le souligne si justement Grégoire Bigot4.

On dénombre :
– 67 197 étudiants en psychologie ;
– 53 874 étudiants en histoire ;
– 52 709 étudiants en science de l’informatique et de la communication ;
– 28 053 étudiants en sociologie ;
– 5923 étudiants en archéologie, ethnologie et préhistoire.

Pour ne retenir que ces disciplines universitaires.5 Cette entrée en masse en premier cycle est encore accentuée par la multiplication des baccalauréats technologiques ou professionnels comme le montre bien Alain Chenu6, nécessitée par la volonté politique du « grand bond en avant » qui doit amener dans « l’avenir radieux », 80 % de classes d’âge au Baccalauréat. Comme le souligne l’analyse d’Odile Piriou pour ces étudiants de sociologie appelés de ses vœux par ce Ministre d’alors, il y a bien des difficultés, contrairement aux autres disciplines, à trouver un modèle professionnel autre que le « sociologue académique de l’Université ou du CNRS » 7.Or, et c’est une évidence, malgré l’augmentation importante des enseignants du supérieur en cette matière, les débouchés professionnels manquent cruellement ! La professionnalisation matérialisée naguère par la création des DESS
(Bac + 5) n’a pas plus été une réussite, hormis bien entendu les matières déjà essentiellement professionnelles, comme le souligne encore Charles Soulié à la suite de Pierre Bourdieu. Un diplôme
« en dehors du marché académique8 » ne vaut « en grande partie (que) ce que vaut déjà socialement mais aussi professionnellement son porteur »
9.

A ouvrir largement, sans sélection, à des enfants de milieux défavorisés, en raison de leurs origines sociales et scolaires, des premiers cycles universitaires, est une stupidité doublée d’un crime social et économique. « Comme la sociologie, la psychologie ou les langues » 10, il est tout aussi criminel, depuis 2002, d’avoir laissé filer la création des masters professionnels (successeurs des DESS) dans ces disciplines dont les débouchés ne devraient, au moins pour la sociologie à ce niveau, n’être que l’enseignement supérieur ou la Recherche ! 

« La société du risque »

En dénaturant la réforme du LMD11, depuis 2002 par corporatisme, imprévoyance ou lâcheté, les ministres de l’Education Nationale français, à commencer par le séduisant « dîneur en ville » devenu coqueluche des « Hauts Plateaux » 12 ces médias à la mode dont certaines chaînes de télévision prétendument d’information, ont amené la jeunesse estudiantine là où elle en est.

« Seule la France est capable d’un tel génie pervers et finalement destructeur de l’idée même d’enseignement public » 13. Il ne faut donc pas s’étonner que ces jeunes désabusés « qui se pensent plus rarement qu’autrefois comme de futurs intellectuels » 14 brûlent les écoles qui les ont laissés sans diplôme (150 000 selon le Ministère) ou dégradent les universités qui ne les conduisent qu’à la précarité et à l’exploitation. Il faut être bien incompétent ou obstinément inconscient, comme naguère Jules de Polignac15, pour proposer à des étudiants de sociologie, de lettres ou de sciences humaines, dont les débouchés sont à 80 % dans le secteur public ou para-public, des contrats de travail uniquement destinés aux entreprises privées.

Il faut aussi avoir une véritable méconnaissance de ce qu’est une entreprise et de ce que sont les orientations politiques, « traditionnellement à gauche, des étudiants comme des enseignants de ces disciplines » 16 pour mettre ainsi en porte-à-faux les chefs d’entreprise à commencer par ceux des TPE et des PME. « Les patrons vont payer très cher un soutien mesuré d’un contrat devant lequel ils ont été mis devant le fait accompli » s’insurge Sophie de Menthon17.

Qu’il est doux d’entendre encore, les doctes fonctionnaires devenus des hommes politiques fustiger ces jeunes « qui ne savent plus prendre de risque ». Si nous sommes bien entrés dans la « société du risque » 18 au sens d’Ulrich Beck, c’est-à-dire celle où « la production sociale de richesses est systématiquement corrélée à la production sociale des risques », nous sommes entrés dans une « paupérisation nouvelle19».

C’est l’attitude face au risque, c’est-à-dire la manière de le répartir, de le gérer ou de l’éviter qui détermine aujourd’hui les processus économiques mais surtout politiques et sociaux. Si la « stratégie du hérisson » « toutes épines dehors » ne produit pas l’effet escompté, comme le souligne Didier Heiderich, « les multinationales, les pouvoirs financiers et politiques (qui) n’ont d’autres volontés que de protéger le statu quo » doivent alors mettre en place une manœuvre d’évitement en « transférant les risques vers le bas de la hiérarchie sociale20».

Cette dimension sociale qui reprend des termes connus explique semble-t-il mieux cette crispation qui est apparue dans la société française lors de « la crise du CPE » qualifiée à juste titre de « mesurette » par la Présidente d’ETHIC qui prône que « Pour chaque filière l’ANPE ou le patronat pourrait évaluer les débouchés afin d’avertir les jeunes, attention, à la fin d’un cursus de sociologie, vous avez une chance sur mille de trouver un boulot » 21. Voilà donc réconciliés, chercheurs en sociologie et patrons, voilà surtout fustigée « la politique du chien crevé au fil de l’eau » selon l’excellente expression du Président de la Sorbonne pour qualifier la politique éducative des gouvernements successifs22.

Le « bougisme »

La pire des hypocrisies est bien alors de s’étonner qu’une jeunesse aussi fourvoyée par la seule volonté des gouvernements puisse trouver raisonnablement un emploi. Non seulement 150 000 jeunes, selon les sources ministérielles, sortent-ils du système scolaire sans diplôme, mais ceux qui, après un parcours du combattant « reviennent en gueules cassées », pour une majorité d’entre eux23 et reviennent avec un diplôme universitaire, après 5 ou 8 années de cursus (selon les redoublements) ne trouvent évidemment pas de travail à la mesure de leur formation et de leur niveau de connaissance. Dire que ce contrat de travail, le CPE, n’était destiné qu’à ceux qui, sans formation, restent au bord du chemin, c’est oublier bien vite la loi de Gresham qui énonce que : « la mauvaise monnaie chasse la bonne », et que par extension cela s’applique évidemment aussi, aux mauvais contrats de travail !

Le chômage des hommes peu qualifiés est passé de 5,4 % en 1981 à 13 % en 2002, celui des « qualifiés », c’est-à-dire diplômés du supérieur de 3 % en 1981 à 5,4 % 24. Il en est de la responsabilité de la classe dirigeante qui s’était engagée dans la stratégie de Lisbonne à doter « l’Europe d’ici 2010 de l’économie, de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique (en se donnant comme objectif de rattraper puis de dépasser les Etats-Unis) capable d’une croissance durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi, d’une plus grande cohésion sociale, dans le respect de l’environnement » 25. Plutôt que de réformer l’enseignement supérieur, « l’Etat républicain qui ne fonctionne plus comme une puissance d’impulsion, un point névralgique producteur d’initiatives »26 préfère agiter les peurs ou les réprobations pour justifier ce que l’on nomme, dans le politiquement correct, le « changement » qu’Eric Delbecque appelle avec justesse « le bougisme27 confondu avec le véritable changement ». C’est bien de cela qu’il s’agit en effet et deux études économiques au moins ont relativisé les chiffres atterrants qu’à l’envie, le mode politico médiatique relaie, en sachant parfois qu’ils sont tronqués.

« Le vertueux mensonge !»

Dans leur analyse, les effets des délocalisations sur l’emploi en France, G. Daudin et S. Levasseur l’écrivent sans ambages : « les données utilisées dans ce débat public pour appréhender les conséquences des délocalisations sont trop souvent de faible qualité ». C’est un euphémisme et l’on ne peut qu’inviter nos lecteurs à se reporter à cette étude de près de 30 pages qui apporte un éclairage excellent : « le gouvernement actuel utilise aussi ce type d’argument pour justifier les réformes structurelles du marché du travail » écrivent les deux jeunes analystes de l’OFCE avant
de rappeler que « les salaires plus faibles ne sont pas la source exclusive de la croissance des importations » et que « le dumping monétaire » est loin d’être indifférent dans les rapports déséquilibrés avec des pays émergents comme la Chine28 comme nous l’écrivions déjà en 1998. Il est dommage qu’une fois encore, ce soit le Président des Etats-Unis29 qui l’ait compris tandis que le Président de la Banque Centrale Européenne s’enferre dans le monétarisme le plus dévastateur30. Plusieurs économistes ont, par ailleurs, apporté des nuances aux chiffres admis sans discussion par l’ensemble de la classe politique et médiatique et qui figurent dans l’exposé des motifs de la proposition de loi sur l’accès des jeunes à la vie active en entreprise 31 qui est devenue loi et remplace le mort-né CPE. C’est ce que Philippe Monti appelle un « vertueux mensonge »32.

En effet, si 23 à 24 % des jeunes Français de 15 à 24 ans se trouvent être demandeurs d’emplois, il s’agit, bien entendu, de tous ceux qui ne sont pas scolarisés. En effet, si l’on rapporte comme pour toutes les autres catégories, le nombre de jeunes chômeurs (609 000) à la totalité de leur classe d’âge (7 833 709) on découvre alors, et c’est plutôt rassurant, que seuls 7,8 % des jeunes Français de 15 à 24 ans, sont au chômage, soit moins que la moyenne européenne (qui est de 8,2 %).

C’est ce que déclarent un peu dans le désert, à partir d’une étude du CEREQ, à la fois, le professeur Jacques Marseille33, trois économistes d’une autre « Ecole » 34 ou le professeur Olivier Favereau qui ajoute d’ailleurs que les jeunes ont une « durée de chômage » significativement plus faible que celle de toutes les autres classes d’âge : trois mois de 20 à 24 ans, contre dix mois de 40 à 44 ans… c’est-à-dire que les jeunes « sont plus employables » que les plus
âgés35. Il est donc réconfortant que les chercheurs et les universitaires soient d’accord sur les données réelles, même si l’on peut considérer, comme on l’a vu plus haut, que les jeunes Français sont plus longtemps scolarisés que les Européens. 

Et nunc, reges, intelligite…

Toutefois, la « méconnaissance de la réalité statistique ne peut que surprendre de la part de dirigeants supposés instruits ou correctement conseillés » 36 sauf si l’on considère que les hommes politiques, on n’ose plus les appeler « hommes d’Etat », « ces professionnels hyper spécialisés dans les jeux de pouvoir » selon la bonne formule de Jacques Marseille37, négligent la vérité des faits économiques tant cette culture est fort éloignée de leurs préoccupations réelles.

Quant aux journalistes, même pour ceux que l’on répute sérieux, est-ce paresse ou manquements fondamentaux à l’éthique élémentaire qui les fait reproduire sans vérification des approximations éminemment dangereuses pour leurs lecteurs ou les auditeurs ? De nombreux observatoires des Médias ont une fois de plus pointé avec justesse ce manquement de la presse française, « ces faiseurs d’opinion » beaucoup trop liés aux « dîners en ville » pour ne pas parler de cohabitations plus intimes !

Quoi qu’il arrive, le véritable perdant est une fois encore l’économie française et l’image de l’entreprise. Le « constat est rude ; les étudiants français les plus brillants n’ont pas envie d’être entrepreneurs, les investisseurs étrangers aiment moins la France, les entrepreneurs français sont convaincus que le « climat » est plus agréable à Genève ou à Bruxelles… Quant aux hommes publics, responsables syndicaux ou encore membres du corps professoral, peu parmi eux considèrent l’entreprise comme suffisamment noble pour y consacrer plus d’intérêt que cela » souligne Frédéric Bedin, Directeur Général du Public System et membre du Comité Directeur de Croissance Plus38, faisant aussi écho à Sophie de Menthon qui, à la sortie de la crise du CPE se désole que le « dramatique fossé entre l’enseignement qui justement pose problème vient de se creuser un peu plus ? Ce n’est pas le corps professoral qui va souffler l’esprit d’entreprendre39.

Rapprocher l’entreprise et l’université, voilà bien l’enjeu de ce que l’on avait appelé la loi Devaquet40 et son échec à l’automne 1986 à la suite de manifestations comparables à celles de ces dernières semaines. De là est ancré dans l’esprit de certains et relayé par la presse anglo-américaine ou chez certains Européens que la France est devenue irréformable.

Ce que reprennent à l’envie pour le culpabiliser, nombre de «  personnalités » qui estiment, à tort, que le « pauvre vieux pays » est ingérable ou que l’Education Nationale est un vestige stalinien.

…erudimini, qui judicatis terram !

Il y a toujours des contempteurs de leur propre pays. Ce furent les Bourguignons qui voulaient que la couronne passât aux « Anglois » et que défit Jeanne d’Arc. Ce furent des Catholiques qui autour des
Guise souhaitèrent la victoire de l’Espagne contre la dynastie des Valois puis celle des Bourbons. Ce furent, plus près de nous des « collaborateurs » qui souhaitèrent la victoire des Nazis contre le pays du Front populaire. Tout comme nos contemporains, ils pensent représenter le réalisme, le sens inéluctable de l’histoire ou celui de la construction d’une Europe idéale contre les tendances rétrogrades des peuples. Ils oublient qu’un pays qui à l’heure actuelle et à lui tout seul, fournit les excédents démographiques des 24 autres pays n’a guère de leçons d’avenir à recevoir de pays malthusiens41 où la mort dépasse la vie et dont les populations sont en décroissance absolue42.

Il est temps de clore la bouche à ces propagandistes de l’idée de la décadence, non pas au nom d’un patriotisme économique, mais bien au nom de la vérité des faits. Que la France qui entraîne à elle seule la totalité de la croissance de la population européenne depuis plusieurs années ait envie de se faire entendre de l’Europe, quoi de plus naturel. Que ses habitants, plus jeunes, plus divers que les autres, refusent l’uniformisation issue de systèmes qui leur sont hostiles, quoi de plus sain et de plus naturel car la France « joue un rôle spécifique et nécessaire »43en Europe.

Le nier « c’est manifester une haine de soi nihiliste et, dans le même mouvement, vassaliser notre continent, préparer le triomphe du nouvel ordre moral si cher à toutes les oligarchies financières et à tous les cénacles néo conservateurs, américains ou européens… » affirme encore avec force, Eric Delbecque dans une analyse si réconfortante de la part d’un si brillant chercheur de 33 ans.

En revanche, il y a bien un absolu échec des constructions européennes depuis Maastricht et Amsterdam à mettre en
place la « société de la connaissance » pourtant prévue par le protocole de Lisbonne. Sans contestation possible, le rapport de Wim Kok44, malgré le désir de la Commission européenne de minimiser la portée de ce document, le confirme. « En matière de R & D, on sait que la politique européenne a constamment balancé entre rhétorique de l’excellence et réalité du saupoudrage dans un contexte globalement marqué par la modicité des moyens et la lourdeur des procédures » 45. D’ailleurs, l’Europe, de l’aveu même de la Commission vient tout juste de lancer une consultation sur les améliorations à apporter aux règles communautaires en matière d’aides d’Etat pour ce qui concerne les projets encourageant l’innovation46. « Au cours des dix dernières années, alors que l’Europe donnait l’impression d’avancer, avec le marché unique, l’euro, l’élargissement, etc., elle a, en fait, fait du surplace ».47

Il est bien évident que le « volapük intégré48» qu’a fabriqué l’Europe, depuis quelque temps, trop longtemps même, sous la conduite d’un vieillard cacochyme qui depuis des années, croit et fait croire que toutes les mauvaises idées qu’il propose, le quinquennat fut l’une d’elles comme on le voit, sont signe de « modernité » alors qu’elles ne sont qu’une manière de détourner, avec la complicité de beaucoup, des vrais combats à mener comme celui de la formation ou de
l’innovation au sens schumpétérien 49 du terme. Dénoncer les insuffisances et les mauvais combats n’est pasnier la réalité, bien au contraire. L’on peut clairement dire que l’Europe et donc la France et ses entreprises se trouvent dans une véritable guerre économique qui a remplacé, pour le moment, les guerres qu’elles soient chaudes ou froides, depuis la n de l’empire soviétique au début des années 90. Désormais, l’entreprise est bien au centre de l’antagonismeentre les puissances économiques et il n’est pas étonnant que le « marketing
warfare
» mis en lumière en France par François Le Roy à la suite des chercheurs américains Philip Kotler et de R. Singh50 et d’Al Ries et Jack Trout51 eux-mêmesdans la lignée de Clausewitz52 et des stratèges de la guerre des siècles passés, soit à la pointe de la stratégie de la guerre économique. Comme le souligne Ludovic François « l’entreprise est au coeur de luttes d’influence » et un nombre croissant de grands groupes et de PME sont victimes « d’agressions par l’information » qu’on peut classer en deux catégories : « des opérations de déstabilisation à des fins concurrentielles » et des « crises éthiques » 53. Avec l’idée de la guerre économique est apparu le concept d’intelligence économique. Dès 1994, le président américain Bill Clinton lance une déclaration de guerre économique qui vise à asseoir la domination des entreprises américaines tant dans la conquête de nouveaux marchés que l’intégration et l’économie dans un marché globalisé dominé et appuyé par le contrôle de l’information.

« Pour faciliter la conquête des marchés » déclarait Marc Racine54, le Gouvernement américain « a mis en réseau tous les services de l’Etat susceptibles d’aider les entreprises grandes ou petites ». C’est l’Advocacy policy, cette politique de défense qui a été mise en place dès 1993
autour de deux organismes : le Trade Promotion Coordinating Committee55 et l’Advocacy Center56.

C’est en 1994 qu’Henri Martre, dans un rapport fondateur du Commissariat général au Plan sur « l’intelligence économique et les stratégies d’entreprise » 57 démontre l’intérêt de mettre en place une sorte de cellule de guerre pour défendre les intérêts de l’économie et des entreprises françaises et donc européennes. Et pourtant, « L’histoire ne repasse pas les plats58 ». C’est par cette expression populaire que Bernard Carayon, rappelle que depuis le rapport Martre, la politique française, dans le domaine de l’intelligence économique, est faite « d’efforts disparates et désordonnés et parfois de ratiocinations intellectuelles, de barbouzeries d’officines ou de
verbiages anglo-saxons de consultants
».

La première application du rapport de 2003, est la nomination d’« un haut responsable chargé de l’intelligence économique » en la personne d’Alain Juillet59 dont la mission est de sensibiliser à la guerre économique les entreprises tout autant que les administrations. A sa nomination, il estimait qu’il faudrait au moins trois ans pour que l’Etat réussisse à remplir son contrat pour « amener la majeure partie des entreprises françaises à utiliser l’intelligence économique en vue d’améliorer leurs compétitivités face à la concurrence mondiale60». La « veille attitude » pour emprunter l’expression de Jean Michel61.

« The accumulation of Knowledge »

Pour mettre en place « la société de l’information », « la société de la connaissance », consacrer 3 % du PIB en dépenses de R & D, à l’horizon 2010 au lieu des 2,10 %, aujourd’hui62, il faut réaliser un effort considérable qui ne peut venir que d’une prise de conscience et d’une mobilisation de tous les acteurs économiques. Le Japon qui sort de dix ans de restructurations et les Etats-Unis « qui est le pays le plus interventionniste quant il s’agit de protéger les intérêts de ses entreprises et quand il faut les accompagner sur les marchés mondiaux » comme le souligne encore Bernard
Carayon63 sont partis devant l’Europe. Ils sont suivis par la Russie et la Chine voire l’Inde, au moins. La saine réaction du Président de la Bibliothèque nationale64, même si elle se heurte à la fois au
scepticisme méprisant des traditionnels « thuriféraires de la décadence » et à la difficulté de mettre en place toute action dans le cadre européen présent, est « un véritable plaidoyer pour un
sursaut » concrétisé déjà par un accord francophone, le 28 février 2006.65

En effet, si l’on veut que les oeuvres de l’esprit retrouvent leur place, il faut qu’elles soient justement ,rémunérées ; là encore, le débat qui a lieu au Parlement sur l’application à la législation française de la directive « droits d’auteur » a montré la fragilité du respect que les parlementaires accordent au travail intellectuel, culturel, scientifique ou artistique.

Sous des prétextes fallacieux et démagogiques d’« exception pour les Bibliothèques » ou pire, d’« exception pédagogique » soutenues sans se rendre compte des conséquences, aussi bien par la CPU66 que par la CGE67, alliées des partisans de la « licence globale » au nom de l’accès à tous à la culture qui rendent le pire service que l’on peut
à la Recherche et à la Création. C’est la protection du droit d’Auteur, comme la législation française a su le conserver qui comme pour « l’exception culturelle » a permis, permet et permettra la
vie et la revitalisation des œuvres de l’esprit. La magnifique réussite du cinéma français en est un exemple limpide. Le travail de l’esprit qui a mis si longtemps à être considéré dans les
sociétés paysannes et matérialistes européennes, risque à tout moment de sombrer car il ne peut en aucune façon être offert gratuitement. Le développement de l’Innovation ne peut se faire que par le foisonnement, mais aussi la juste et convenable rémunération des idées et de leurs créateurs sous toutes leurs formes. Là encore, avec « les exceptions » les plus émouvantes possibles, c’est être sérieusement archaïque que de le nier ou volontairement conscient que cela favorise comme toujours les puissants établis ailleurs.

Un tiers des nouveaux produits lancés par Procter et Gamble est développé hors des murs de l’entreprise, dans le cadre de ce qu’Henry Chesbrough appelle l’Open Innovation du model « Connect and Develop », nouvelle appellation de R & D.68

La guerre économique, c’est aussi le renseignement et la veille, une stratégie d’anticipation et une vision proactive qui se fonde sur des réalités précises : 19 des plus grandes entreprises des Etats- Unis ont moins de 40 ans alors que les 25 premières entreprises françaises ont plus de 40 ans.69

51 % des entreprises de haute technologie sont américaines du Nord, 28 % ont leur origine dans la zone Asie-Pacifique et 17 % sont européennes.70

« La force des Etats-Unis aujourd’hui, c’est Dell, c’est Google, c’est E-bay, c’est Cisco… Ce n’est plus ni General Motors, ni Hewlett-Packard, La force de l’Angleterre, c’est Easyjet, Vodafone ou Virgin… Ce n’est plus ni Rover, ni British Airways » 71 s’exclame avec fougue le jeune patron de
« The Phone house », Geoffroy Roux de Bézieux qui préside aussi aux destinées du groupe d’entrepreneurs « CroissancePlus ».

Sans partager totalement cet enthousiasme « du passé, faisons table rase ! », il est évident que l’innovation au sens le plus large, préside à la création et au développement de ces fleurons de l’économie voire des NTIC comme elle se retrouve aussi dans de grands groupes comme Veolia, ancienne compagnie générale des eaux créée en 1853, avec ses 250 000 collaborateurs72ou chez Dassault Systèmes qui appartient à un groupe né après guerre.

Ce discours rappelle cependant que les PME, c’est-à-dire 98 % des entreprises et 60 % de l’emploi sur le continent européen peuvent être également l’un des vecteurs de l’innovation et du développement73, mais qu’il existe une véritable « difficulté pour les start-up de trouver en France plusieurs grandes entreprises technophiles, c’est-à-dire clientes, pour se développer »74hors d’un grand marché protégé.

Rappelons cette vérité des chiffres que les entreprises du CAC 40 ou les 101 plus grandes (celles de plus de 10 000 salariés) représentent 58 à 60 % des fonds investis en R & D, même si cela reste en part des profits et du chiffre d’affaires, notoirement et très largement insuffisant comme le souligne, Jean-Hervé Lorenzi, qui y voit avec raison, la véritable cause de la faiblesse française75.

Ce sont ces « gazelles »76qui doivent être encouragées. C’est bien
dans cet esprit que nous avons bâti le dossier sur l’Intelligence économique et sa relation avec la stratégie de l’Innovation.

La dizaine d’articles qui le composent tient compte de la diversité des problématiques sans jamais les épuiser : les « informations terrain » et le problèmes de management interculturel que nous plaçons résolument dans le cadre de l’intelligence économique, la compétition pour développer ce que certains appellent la rente technologique, les adaptations des organisations y compris les PME aux technologies et à la lutte « intelligente » constituent un ensemble cohérent où s’allient expériences et réflexion conceptuelle avec Internet au cœur.

Selon une pratique maintenant éprouvée, nous achevons ce numéro par un article « hors-dossier » qui est une très originale et excellente leçon à mettre en application en comptabilité en s’inspirant de Delaporte. Décidément la gestion nous rappelle avec justesse ses liens avec la science historique !

Cette masse d’information est là aussi pour nous rappeler qu’une étude récente nous informe que si l’âge moyen des prix Nobel et des plus grands inventeurs a augmenté « d’environ six ans au XXe siècle »77, alors que celui des exploits sportifs ne bouge pas, c’est comme le constate son auteur, le professeur Benjamin Jones de la Kellog School of Management78, parce que l’acquisition des connaissances préalables à toute découverte originale pèse plus lourd aujourd’hui…

Comme Benjamin Jones, Pierre Tabatoni enseigna à la Nortwestern University (Kellog). Qu’il me soit donc permis de les
associer, en rendant hommage à celui qui fut l’un de nos fondateurs et qui vient de nous quitter, en citant cette formule lapidaire qu’il affectionnait et qui peut constituer à la fois le résumé et l’introduction de ce numéro :

« L’innovation n’est pas une discipline universitaire ni un thème fréquent de doctorat. Elle est pourtant une des sources majeures de l’évolution de nos sociétés de technologie, de concurrence et de communication » 79.

Que cette lecture soit pour vous, « The accumulation of Knowledge » !

Notes

1. Littéralement : « Maintenant, rois, comprenez ; instruisez-vous, juges de la terre » Cette citation du Psaume (Ps., II, 10) est utilisée comme une antienne et avec la traduction suivante qui nous semble mieux appropriée à cet article : « Entendez, ô grands de la terre ; instruisez-vous,
arbitres du monde
» par Jacques Bénigne Bossuet, évêque de Meaux, lors de l’Oraison funèbre d’Henriette-Marie de France, reine d’Angleterre et veuve du roi décapité Charles Ier Stuart, le 16
novembre 1669 au Couvent de la Visitation-Sainte- Marie-de-Chaillot. Nous citons ici l’introduction de ce morceau particulièrement brillant de l’éloquence jusqu’à l’introduction par son auteur, du verset du Psaume II « Celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires, à qui seul appartient la gloire, la majesté et l’indépendance, est aussi le seul qui se glorifie de faire la loi aux rois et de leur donner, quand il lui plaît, de grandes et terribles leçons. Soit qu’il élève les trônes, soit qu’il les abaisse, soit qu’il communique sa puissance aux
princes, soit qu’il la retire à lui-même et ne leur laisse que leur propre faiblesse, il leur apprend leurs devoirs d’une manière souveraine et digne de lui. Car en leur donnant sa puissance, il leur commande d’en user comme il fait lui-même pour le bien du monde ; et il leur fait voir, en la retirant, que toute leur majesté est empruntée, et que, pour être assis sur le trône, ils n’en
sont pas moins sous sa main et sous son autorité suprême. C’est ainsi qu’il instruit les princes, non seulement par des discours et par des paroles, mais encore par des effets et par des exemples. Et nunc, reges, intelligite, erudimini, qui judicatis terram. »

2. Charles Soulié : « Mais que deviennent nos étudiants ? Une enquête sur le devenir professionnel des étudiants en sociologie ? », La lettre de l’ASES, n° 29, octobre 2000, page 1.

3. Charles Soulié, ibid

n°228 « Faits et Foutaises dans le Management » ou « Hard Facts, dangerous half-truths & total nonsense (1) » !

La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion n°228 – Editorial

 
« Faits et Foutaises dans le Management » ou
« Hard Facts, dangerous half-truths & total nonsense (1) »
!
Philippe NASZÁLYI
Directeur de la rédaction et de la publication
Qu’il est roboratif de découvrir venues d’Outre-Atlantique, des idées neuves qui
contredisent tant de très nombreuses et dangereuses contrevérités bien européennes celles-là !
Qui parmi nous n’applaudira pas à cette évidence que souligne le préfacier(2)
de l’édition française des deux éminents professeurs de Stanford, que les « pratiques managériales ne font qu’un usage très limité (quel
doux euphémisme !) des connaissances accumulées par la recherche en management »?
Les mesures prises en novembre 2006(3), par le Gouvernement français, de supprimer l’imputation des frais d’abonnement à des revues professionnelles, de la participation des employeurs au
développement de la formation professionnelle, risque encore d’augmenter ce « gap » entre Recherche et management opérationnel, si préjudiciable à la formation de qualité de nos cadres
et dirigeants !
Il n’y aura d’ailleurs plus que la presse qui satisfait tant leur narcissisme intéressant ces hommes politiques toujours en quête
de leur image idéalisée par les medias généralistes et qui réclament toujours plus, tant ils perdent de lecteurs. C’est le salaire de leur
veulerie qu’ils entendent obtenir et que toutes tendances confondues, le monde politique est prêt à leur donner, en sacrifiant la presse spécialisée, indépendante et professionnelle dans une
logorrhée européano-moderniste liberticide à la « Barrot ».
Ce dernier numéro de 2007 s’essaie donc à traiter d’abord, de la Gouvernance en trois dossiers thématiques à la fois distincts
et liés. En effet, le terme en lui-même se prête à de nombreusesinterprétations plus variées les unes que les autres et suscitant parfois critiques et débats houleux, mais demeurant parfoisune
utopie oscillant entre la philosophie politique et les impératifs financiers.
Des quatre articles qui composent le 1erdossier sur l’impact de la gouvernance, les deux premiers constituent un double clin d’oeil à une actualité politique et sociale agitée en
France comme en Belgique ou en Europe. Deux universitaires marseillais analysent avec talent « la crise comme stratégie de changement dans les organisations publiques ».
Souhaitons notamment que les patrons et cadres dirigeants de certaines entreprises publiques françaises ou allemandes, relevant le gant du défi de la « Recherche en management » en fassent
profiterleurs « pratiques managériales » ! Deux universitaires « belges » nous apportent ensuite leur exploration de « l’efficacité du Conseil d’Administration en tant que mécanisme de
gouvernance dans les organisations universitaires
» ! En cette fin d’année
troublée, par l’entrée en application de la très bien venue loi dite LRU(4)
dans les Universités françaises qui ont tant besoin de se réformer, comme nous le soulignions dans notre éditorial précédent(5), souhaitons que l’Université belge puise nous apporter des méthodes de gouvernement. L’occasion
est trop belle pour ne pas la saisir en ce moment !
Deux universitaires tunisiens mettent en parallèle le rôle du système de gouvernement d’entreprise dans l’innovation
technologique
en l’appliquant à un secteur souvent peu étudié en gestion, à tort, le secteur agro-alimentaire.
Ce dossier se termine par l’analyse par deux universitaires camerounais d’une gouvernance jugée plus classique, celle qui considère les
déterminants de la rentabilité,
mais rapportés novembre-décembre 2007 avec originalité et sagacité aux valeurs culturelles ambiantes, illustrant à la perfection ce que J. Pfeffer et R. Sulton (ou plutôt
leur traductrice
) nomment : « les avantages d’une intégration renforcée(6)».
Européenne ou africaine, cette recherche managériale illustre s’il en était besoin encore, que notre revue développe une pensée originale et
riche de tous les apports que la diversité seule peut faire naître.
Laissons donc aux autres, l’hexagonalité de leur pensée, qui n’est enrichie, si l’on peut dire, que par les « Hard Facts, dangerous
half-truths & total nonsense »
de leurs modèles périmés.
On finira bien par s’apercevoir un jour, même dans les arcanes secrets et tortueux de la recherche stipendiée, qu’elle fait un mal incalculable,
notamment aux élèves qu’ils entendent réduire à leur scène d’ombres. « Sine, ut mortui sepeliant mortuos suos(7)
», ces « morts-vivants(8) », « et continuons, nous, à diffuser cette recherche qui fait notre raison d’exister et
de publier(
9) » ! Le dossier suivant entend cerner un problème rarement abordé, celui des PME et de leurs finances autour de trois thèmes, les
variables propres aux structures financières des PME
que développent deux jeunes chercheurs belges, la grande difficulté à appréhender l’artisanat, comme structure de
TPE
typologiquement définissable grâce à une étude complète d’un universitaire de Limoges, tandis que les rapports difficultueux, par essence même, des PME avec les
banques
sont abordés par deux chercheurs rémois, proches également d’une École de commerce.
La variété de nos auteurs, non plus seulement géographique, mais d’origine et d’âge, illustre ici, notre volonté d’ouvrir nos colonnes à toute
recherche pour peu qu’elle se fonde sur une méthodologie éprouvée que notre Comité Scientifique de Lecture a considéré propre à enrichir le lecteur, de cas remarquables par leur originalité et
leur caractère scientifique.
La transition avec le 3edossier qui traite de « finances de marché », (aurions-nous dû écrire « marchés »?) nous est procurée par l’article fort actuel, même s’il
se veut analytique de faits plus anciens, sur les Risques, comportements bancaires et déterminants de la surliquidité que la globalisation financière fait courir à la planète en
ces temps de hedge founds désordonnés et de crise immobilière américaine(10). Après cette analyse venue de l’Université de Yaoundé, c’est la Sorbonne qui prend le relais sur l’Interaction entre clause de remboursement
anticipé d’une obligation et risque de défaut
. Toute la technicité de la « nouvelle finance » ! Enfin deux enseignants- chercheurs de Tunisie apportent à partir d’une excellente
monographie d’entreprise, une analyse de l’effet de la privatisation sur l’importance des stakeholders.
Peut-on trouver meilleure illustration, dans ce numéro, de ce que R. Pfeffer et J. Sutton entendent promouvoir par le livre que nous avons cité
en titre, qui est le credo de la Revue, depuis 1965 c’est-à-dire qu’il n’est de management que fondé sur la preuve, en américain, EBM, « Evidence Based Management » et que tout
le reste n’est que du vent ou pour en revenir au titre français : « des foutaises ».
1. Titre de l’ouvrage de Jeffrey Pfeffer et Robert Sutton, Harvard Business School Press, 2006, traduction de l’américain par Sabine Rolland,
Editions Vuiber t, Paris 2007, 265 pages.
2. Présentation de l’édition française par Hervé Laroche, professeur de stratégie et management à l’ESCP-EAP, Paris.
3. Circulaire de la DGEFP n° 2006/35 du 14 novembre 2006; c’est l’expression d’une Direction Générale de l’Emploi et de la Formation
professionnelle (DGEFP) qui ne pouvant rien, et depuis des années, pour l’Emploi, sabote une partie de la Formation Professionnelle des entreprises, c’est-à-dire la remise à niveau des
connaissances tout au long de la vie, pour justifier sa propre existence.
4. Loi n° 2007-1199 du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités, JO n° 185 du 11 août 2007, page 13468; http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnTexteDeJorf?numjo=ESRX0757893L.
5. « Graecia capta ferum victorem cepit… ou « Messieurs, il est cinq heures, le cours est terminé » ! La Revue des Sciences de Gestion,
direction et gestion des entreprises, n° 226-227, juillet-octobre 2007, pages 5 à 10.
6. Op. cit, page 77 sq.
7. « Laisse les morts ensevelir les morts », Luc IX, 60.
8. Au sens que Marcel Gauchet donne à ce terme dans son Introduction générale à « L’avènement de la démocratie », tome I, « La
révolution moderne
», NRF, éditions Gallimard, Paris, 2007, 206 pages: « Sommes-nous vraiment condamnés, sans espoir de retour, à l’agitation immobile et à l’agonie perpétuelle des
mortsvivants de la posthistoire?
».
9. Très libre paraphrase de la suite de l’interpellation: « tu autem vade, annuntia regnum Dei » et « va donc annoncer le royaume de
Dieu ! ».

10. On pourra aussi se reporter à notre éditorial : « La banqueroute est au coin de la rue ou les arbres ne montent pas jusqu’au ciel
!
» du n° 224-225, mars-juin 2007, pages 5 à 8, pour la partie plus factuelle des choses.

n°241 La Revue des Sciences de Gestion – Editorial par Philippe Naszalyi « Donner cette vision globale de l’entreprise… »

Par Philippe Naszalyi

 

45 ans ! C’est l’âge de notre revue, en ce début 2010. Fondée dans les meilleures années de la croissance gaullienne, le « miracle français »,
elle se proposait en ce premier éditorial de 1965 de « Donner cette vision globale de l’entreprise…
1».

 

Une revue qui décloisonne les champs de l’activité

« Quelles que soient ses fonctions, un Cadre de Direction, a fortiori un chef d’entreprise, doit être en mesure aujourd’hui de saisir dans leur interdépendance
les problèmes soulevés par la conduite des Affaires.

S’il n’a de ces problèmes qu’une vue partielle, limitée à son champ de responsabilité, il ne peut jouer pleinement son rôle car pour être
efficace, l’action doit être solidaire, intégrée et coordonnée dans un plan d’ensemble.

Enfin, pour avoir une vue complète de l’activité de l’entreprise, chaque responsable doit pouvoir la situer dans le contexte où elle
s’exerce. Il lui faut de plus en plus étendre son horizon au-delà des frontières du secteur d’activité qui lui est familier ».

 

Une revue qui embrasse tous les aspects du management

« Avec l’apport des diverses disciplines scientifiques, et des techniques nouvelles qui en sont résultées, ces méthodes de gestion tendent à se multiplier
en se spécialisant.

Ce faisant, elles deviennent plus hermétiques et plus disparates.

Il est de plus en plus difficile de les relier entre elles, d’en délimiter les champs d’application, d’en apprécier les possibilités
d’utilisation.

Or, tout Cadre de Direction doit être en mesure, de situer dans une perspective globale, non seulement les problèmes de l’entreprise, mais
également, les méthodes permettant de les résoudre.

C’est pourquoi, il nous a paru nécessaire, à côté des revues spécialisées consacrées à ces différentes méthodes, d’offrir […] une
publication qui en fasse une synthèse, utile également pour le spécialiste ».

 

Une vision pragmatique et propédeutique de la Recherche

« Les méthodes de Direction et de Gestion évoluent rapidement. Parmi les innovations dont elles font l’objet,

– les unes, d’ordre théorique, n’ont dans l’immédiat, que des applications limitées. Il est bon cependant d’en connaître les principes,
quand ce ne serait que pour se préparer à les mettre en pratique ;

– les autres ont déjà fait leur preuve et sont susceptibles de recevoir de larges applications. Mais présentées dans un langage souvent
ésotérique, elles sont encore peu connues.

Tous ceux dont le rôle est de faire évoluer les entreprises dans le sens du progrès, doivent pouvoir se tenir au courant des
perfectionnements ainsi apportés aux méthodes de direction et de gestion.

Présenter ces perfectionnements en les illustrant par des exemples concrets, voici notre troisième objectif ».

 

Notre revue n’a pas failli à ses objectifs initiaux, quelles que soient les critiques, çà et là entendues ou lues, le champ de la direction et
gestion des entreprises s’est élargi au domaine des organisations publiques et nous avons étendu le champ de nos analyses. Ne parle-t’on pas de gouvernance publique ou de productivité dans les
services de l’Etat ?

Le domaine académique s’est ouvert à la « gestion », cette petite dernière nées dans les années 1960 en France, et devenue «
sciences »
, avec au moins autant de légitimité que nombre de ses consoeurs des sciences humaines, voire des sciences du vivant. Nous avons accompagné et porté sur le devant cette évolution
nécessaire, sans tomber dans les dérives de la déshumanisation provoquées par la modélisation qui fait florès dans d’autres sciences et vient de montrer son inanité et sa vacuité pédante.
Diafoirus a étendu son discours bien au-delà de son champ originel.

C’est pour y résister que nous avons maintenu le cap des « exemples concrets ». Point de management ou de gestion «
hors-sol »
dans nos colonnes. Nos articles ne sont pas une compilation de lectures diverses et généralement limitées d’ouvrages inadaptés à nos sphères entrepreneuriales. Il n’est que de
lire les bibliographie des articles de certaines revues pour comprendre que produire est généralement traduire et dans le meilleur des cas compiler. Ce n’est pas notre sens de la Recherche et
tant pis si nous dérangeons toujours en ne choisissant ni la facilité ni la médiocrité.

L’internationalisation pour nous, est de publier des auteurs du monde entier qui appliquent leur recherche à des sujets locaux, variés,
différents et par le fait même exemplaires, enrichissants et originaux, et non pas de plagier, résumer, imiter sans invention des auteurs souvent dépassés – la crise vient de donner un coup de
vieux certain, aux « thuriféraires des idées des autres ». Sans aller jusqu’à lancer l’anathème, rappelons-nous ce qu’écrivait déjà en 1927, Julien Benda ; « La loi du clerc est,
quand l’univers entier s’agenouille devant l’injuste devenu maître du monde, de rester debout et de lui opposer la conscience humaine. »
2

Ce premier numéro de la 45e année, se situe donc dans cette triple volonté initiale, décloisonner, considérer tous les domaines et
s’appuyer sur le terrain de l’expérience pour produire un véritable bouillon de culture, destiné autant aux cadres dirigeants qui voudraient sortir de l’immédiateté pour réfléchir avant d’innover
et agir, qu’aux enseignants pour lesquels les exemples nouveaux présentés ici, permettront de compléter leurs travaux, aux chercheurs qui comme nous le souhaitons, seront toujours enclins à
discuter, critiquer, vérifier pour créer encore du savoir nouveau, aux consultants qui veulent apporter toujours plus à leurs clients entrepreneuriaux dans une tourmente où les certitudes passées
se sont effondrées, à tous ceux enfin qui, lecteurs curieux, grapillonneront çà et là, leur provende…

… à la lecture de ces deux forts dossiers, le premier sur l’Innovation dans son aspect spatial : réseaux et territoire, et le second,
sur la mesure de la performance qui entraîne tant de bouleversements humains.
 

 

1. Les citations en italiques sont extraites du 1er éditorial de notre revue en 1965.

2. Benda (Julien) : La Trahison des clercs, Paris (1927). Julien Benda dénonce la capitulation des intellectuels français.