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n°299-300 – L’incompétence est-elle seulement le fruit de l’idéologie ? Kakistocratie, cleptocratie et cacocratie

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L’incompétence est-elle seulement le fruit de l’idéologie ? Kakistocratie, cleptocratie et cacocratie

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

Dans un article de 1953, Karl Loewenstein défendait la thèse que « toute idéologie doit pour se réaliser en tant qu’action politique et sociale, créer et utiliser des institutions et des techniques adaptées à ses principes[1]. Staline dirigeait alors l’empire soviétique et il faut bien reconnaître que l’idéologie était sans nul doute le fruit « des actions-non logiques », comme Pareto le prétendait.

L’apparente disparition, du moins en Europe, de la terreur qu’inspirait le communisme, a fait croire à nombre de nos contemporains que nous sortions de l’« âge idéologique » pour entrer dans un monde sans histoire où la rationalité du système de production capitaliste serait contrôlée par ce nouveau dieu qu’est le marché.

Il s’agit là d’une nouvelle croyance propagée par un cercle d’initiés, formés aux mêmes sources, et se prenant pour une élite mondialisée. Elle a pour fondement la croyance en « l’intérêt du consommateur » comme valeur suprême. Ni le travailleur, cher au modèle socialo-communiste, ni le pauvre, éminent parmi tous, dans la foi catholique, ni le citoyen, valeur suprême de la république, ne pouvaient désormais servir de référence à cette toute-puissance, au sens psychanalytique, qu’est l’acte d’acheter.

La sécularisation de l’Europe principalement, a favorisé la « réceptivité » de cette nouvelle religion qui, en conditionnant les masses, après avoir conquis les dirigeants, l’emporte désormais en vidant l’Occident de son passé religieux.

C’est justement parce que la religion ne va plus de soi que se dressent les conflits qu’on observe un peu partout, et en France un peu plus que partout. Même les entreprises y sont confrontées ! Notre revue dans son numéro précédent a traité fort justement de ce sujet grâce à deux articles de fond[2].

Ce n’est toutefois pas cet aspect que nous entendons ici, rapidement mettre en avant. C’est plutôt celui qui, a contrario du talent que requiert l’entrepreneur, place la caste politico-affairiste à la tête interchangeable des grands postes de gouvernement comme des grandes entreprises.

Le fait d’avoir fait croire à l’ensemble de la planète qu’une seule voix désormais menait le monde, est une idéologie qui génère tout autant de serviteurs zélés et incompétents que l’on trouvait jadis à la tête des organisations du Gosplan. Cette foi des croyants en absolu indiscutable et indépassable a été, nous l’avons dit maintes fois, théorisé si l’on ose accoler ce noble mot à cet « archevêque de la pensée unique[3] qu’est Alain Minc. Ce promoteur du « cercle de la raison » semble avoir triomphé. Depuis 2012, l’establishment de « gauche raisonnable et de droite raisonnable », pour reprendre ici, les propos de l’inénarrable, lecteur de « Zadig & Voltaire » qu’est l’ancien député et ancien ministre sarkozyste devenu macroniste, Fréderic Lefebvre, en est convaincu !

Cette bourde culturelle, peut-être malencontreuse, illustre pourtant bien ce qui nous semble être la véritable caractéristique de ces gens du « nouveau monde ». lls croient dur comme fer, qu’ils vont réformer, un verbe transitif qu’ils transforment en absolu, avec les recettes éculées du libéralisme des xviiie et xixe siècles, que leur ignorance du passé, leur fait prendre pour nouvelles. Le film de Terrence Malick, Le Nouveau Monde, sorti en 2006, contient déjà toute la désillusion de ce qui est alors une rencontre entre « la civilisation » et la nature. C’est le viol des sanctuaires, le vol du territoire et la destruction des pratiques qui concluent cette confrontation. Par-delà l’aspect symbolique, ce film se révèle prémonitoire de ce qui se vit aujourd’hui. Ce n’est bien sûr pas la représentation des Indiens de l’empire brisé de Powhatan en Amérique au moment de sa conquête par les Européens qui est en jeu désormais, mais la vieille Europe. C’est le retour d’une idéologie, dominante outre-Atlantique, assimilée comme credo, par notre caste inculte et prête à tout « larguer » pour apparaître, comme jadis le père du « libéralisme avancé »[4] : « moderne » !

Mais cette caste est aussi souvent, très étatique, ce qui n’est pas le moindre de ses paradoxes. Le financier Charles Gave qui préside aux destinées de « l’Institut des Libertés » qu’il a créé dénonce cette palinodie. Plus sérieusement, Sebastián Pérez Sepúlveda défend l’idée que le niveau de précarité du travail ainsi que son invisibilité comme objet de la critique collective, au Chili, premier pays à avoir appliqué sous Pinochet, les effets du monétarisme friedmanien par l’action des « Chicago boys », correspondent à un désarmement radical des sens normatifs associés au travail [5]. C’est ce à quoi nous avons assisté ces dernières années lors des coups de boutoir donnés contre la protection sociale et le Code du travail. C’est ce à quoi nous avons assisté par les débuts de l’étatisation de la sécurité sociale lors des ordonnances Juppé de 1995. Son successeur idéologique à Matignon s’emploie à soviétiser le chômage (ASSEDIC) et les retraites avec la même volonté destructrice du vieux monde que ses devanciers bolcheviques, tant leur conception du néo-libéralisme marie si bien Lénine et Elstine : violences et accaparement !

Les effets, comme au Chili d’ailleurs, sont favorables aux Grandes firmes et n’apportent à peu près aucun avantage au véritable tissu économique et de l’emploi que constituent les PME et TPE qui assurent 95% des embauches.

C’est ce que l’on pourrait appeler la « cleptocratie » où, le copinage de formation et l’interchangeabilité des carrières, font qu’en gouvernant, on favorise, par le vol des deniers publics, les entreprises des copains de promotion, allés « pantoufler », et qui se montreront accueillants, lors des changements de pouvoir. Il est intéressant de voir que la Cour des comptes, constate qu’en 2018, un tiers seulement des élèves sortant de Polytechnique, choisissent la fonction d’État, alors qu’ils ont été rémunérés pendant toutes leurs études par ce même État ! Petite cleptocratie… encore que, ce sont bien les mêmes qui dirigeront nos grands Corps d’État et les grandes entreprises : Certains, comme Erwan Le Noan, parlent alors de relations incestueuses et de « capitalisme de copinage »[6] !

Mais cette cleptocratie qui n’a pas empêché, un Richelieu ou un Mazarin d’être de très grands ministres pour la France, se double désormais du règne des médiocres : la Kakistocratie est une nuance certaine de la cacocratie (Kakocratie), ce cinquième système socio-technico-économique qu’André Maïsseu voit se développer sous nos yeux. Il y voit la confiscation des pouvoirs du peuple par les représentants de la démocratie représentative voulue par Siéyès, ce gouvernement des plus mauvais au détriment de la démocratie directe telle qu’appliquée en Suisse[7] !

La kakistocratie correspond bien à ce que nous constatons, du moins en France. La caste dirigeante formée pour l’essentiel dans les mêmes écoles, dites « Grandes », est bien une sorte d’aristocratie inversée. L’ampleur du phénomène touche toutes les grandes administrations de l’État comme des régions ou des départements. Brigue, ou pour le dire plus communément, copinage, préside aux nominations. Point n’est besoin de connaître le système de santé, pour se trouver à la tête de la plus grande agence de santé du pays, tout comme il n’est pas nécessaire d’avoir jamais enseigné pour se trouver, grâce à un corps électoral irrégulièrement constitué, élu président d’une université. De toutes manières, les juges administratifs qui auraient à examiner la chose, sont issus des mêmes origines endogamiques et font carrière dans les mêmes réseaux !

Ce n’est pas pour rien que de petits chefs d’entreprise se sont retrouvés aux côtés d’authentiques ouvriers, de chômeurs en fin de droit ou de retraités appauvris à partir de novembre 2018, sur des ronds-points, avec des gilets jaunes. Cette désespérance d’une partie des populations résulte directement de ce mirage qu’est cette religion de la consommation qui s’enfonce dans une financiarisation incontrôlable des rapports économiques et sociaux. Cette absence de repère se double des scandales connus, et parfois supposés, d’une caste dirigeante qui oscille entre la cleptocratie et la kakistocratie. Cette idéologie néolibérale a vidé le débat démocratique et intellectuel de tout contenu au nom de la vérité indépassable du « main stream » qui refuse toute alternative. Cette « seule voie possible » crée elle-même les angoisses et les rejets dès que le déclassement économique et social, du fait des inégalités croissantes, montre aux populations l’inanité de son efficacité et de ses promesses d’une consommation sans fin !

Loin de cette « société des individus »[8] au narcissisme mortifère, s’il faut vraiment parler d’une seule voie possible, retenons celle que Kofin Annam proposait au monde, celle « qui offre quelque espoir d’un avenir meilleur pour toute l’humanité est celle de la coopération et du partenariat, où toutes les forces sociales – les États, le secteur privé, les institutions de savoir et de recherche, et la société civile sous toutes ses formes – conjuguent leurs efforts en vue d’atteindre des objectifs concrets et réalisables. »[9]

On pourra objecter que l’on est loin des problèmes qu’une revue de gestion doit traiter et à coup sûr, on aura tort. Comme Térence, nous faisons nôtre cette sentence qu’étant hommes, « rien de ce qui est humain ne nous est étranger ! » et que c’est l’oubli de cette vérité qui est la cause de bien des problèmes économiques et sociaux qui concernent au premier chef les gestionnaires.

C’est dans cet esprit qu’a été organisé ce numéro autour de ces quatre dossiers :

  •  L’entrepreneur, un métier ou des pratiques ?
  •  Le changement : un moyen de survie ?
  •  La RSE et l’Éthique !
  •  Digitalisation : clef de la performance ?

[1] Les systèmes, les idéologies, les institutions politiques et le problème de leur diffusion. Revue française de science politique Année 1953 3-4 pp. 677-698

[2] Olivier Guillet et Martine Brasseur, « Le comportement des managers face au fait religieux. Apports de la théorie du comportement planifié », pp11-18, La Revue des Sciences de Gestion, n°297, mai-août 2019,
Hugo Gaillard et Thierry Jolivet, « L’entreprise émancipatrice. Dépasser la « régulation » du fait religieux au travail par le disputatio, » pp. 89-102, La Revue des Sciences de Gestion, n°297, mai-août 2019

[3] Raphaël Stainville, Alain Minc : l’archevêque de la pensée unique, https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/societe/alain-minc-larcheveque-de-la-pensee-unique-104654, publié le 08/03/2019 à 11 : 02

[4] Valéry Giscard d’Estaing, président de la République de 1974 à 1981

[5] Pérez Sepúlveda, S. (2019) « La précarité du travail à l’ère du néo-libéralisme avancé », Emulations – Revue de sciences sociales, 0 (28), p. 63-77. doi : 10.14428/emulations.028.05.

[6] Erwan Le Noan, « Mettre fin aux relations incestueuses entre Medef et Etat », l’Opinion, 1er juillet 2008.

[7] André Maîsseu, (2019), De la féodalité à la cacocratie – Tome 1 : Le Paradigme Médiéval, les éditions Persée, 574 pages.

[8] Norbert Elias (1991), La Société des individus, Fayard, 301 pages[9] Kofi Annan, Discours à l’Assemblée générale de l’ONU, 24 septembre 2001.

Pour la défense des libertés académiques

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A l’occasion de la journée internationale pour la défense des libertés académiques, le SNESUP-FSU organise un colloque à l’ENS site JOURDAN, le samedi 8 février 2020 de 14h à 17h, au 48 boulevard Jourdan, Paris XIVe.

Au programme des interventions et des témoignages à propos :
– des attaques contre les libertés académiques dans le monde, avec un focus sur la Turquie et un autre sur l’Europe et la France ;
– du développement du néolibéralisme au niveau international et de ses attaques contre les libertés académiques, sous la formes de l’autoritarisme étatique, de la mise en concurrence et de la focalisation sur l’innovation marchande ;
– des mobilisations pour la défense des libertés académiques et de la coopération syndicale internationale sur ce sujet.

Inscription obligatoire auprès de l’adresse : international@snesup.fr

Pour un Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) !

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Dans une intervention publique dans un colloque à Arras en 2006, reprise par une publication en 2007[1], je m’exprimais ainsi : « Il convient donc que dans les pays libres, la profession s’organise et se légitime par un ensemble de principes dits éthiques et de règles dites déontologiques valables pour toutes les familles de médias. Ces principes et règles constituent des repères de l’exercice responsable de la liberté d’informer dans une société où, tant du côté des pouvoirs publics que de la justice, persiste une vieille tendance, héritée du passé mais toujours prête à resurgir, à instrumentaliser la Presse ou à limiter la liberté des journalistes et à préserver leurs sources.

Pour ce faire, il sous semble qu’il faut concilier le contrôle de la déontologie et des informations grâce à des observatoires indépendants[2] et, et cela est parfaitement complémentaire, comme le disait l’un des plus grands professionnels de l’information, Jean Miot[3], mettre en place « la labellisation de l’information (qui) permettra (seule) de sauver le métier d’informer »[4] !

C’est dire, si notre revue s’est associée à cet « Austerlitz » pour la déontologie de la presse en France, ce 2 décembre 2019, qu’est la création d’un Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM).

Bien entendu, les résistances sont nombreuses et parfois inattendues de la part de personnalités ou d’organes dont on pouvait penser qu’elles avaient le souci de la liberté de la presse qui s’assortit toujours de l’indépendance que donne un organisme paritaire par rapport à toute autre structure, y compris la Justice. L’histoire nous enseigne que cette dernière suit souvent plus la mode ou les pouvoirs que le droit à la liberté.

Il y a ceux qui veulent croire à l’organisation autonome de la profession et les tenants d’un immobilisme du quant à soi. Même si quelques impulsions sont venues de l’actuel gouvernement français, nous pensons préférable de choisir, dans l’esprit de 1945, une structure paritaire librement consentie que le carcan toujours insupportable des interventions étatiques.

Se cacher derrière la formule : « Ce sont les lecteurs qui jugent les journalistes, pas les journalistes qui se jugent entre eux.[5] » est oublié que selon le rapport du Reuters Institute[6], 24% de nos concitoyens font confiance aux médias… donc de moins en moins de lecteurs …

Invoquer « une norme artificielle de déontologie », est tout simplement nier toute valeur à une affirmation de principes de Droits et d’éthique ce qui est un non-sens grave en démocratie. Il y a bien une déontologie professionnelle, indépendante de celui à qui elle est adressée. Le nier est aussi stupide que de prétendre que seule l’appréciation du malade vaut pour l’éthique ou la déontologie médicales par exemple.

La presse et les médias renforceront leur liberté et leur crédibilité en concourant à participer à cette construction collective et paritaire qu’est le Conseil de déontologie journalistique et de médiation. La RSG en est un membre fondateur au titre des éditeurs de presse et à sa place et avec toutes les parties prenantes souhaite un plein succès à cette initiative que nous appelions de nos vœux déjà, il y a plus de 10 ans.

Philippe NASZALYI


[1]. Philippe Naszalyi, 2007. “La gestion de l’information en cas de crise la responsabilité des médias (Information management in a situation of crisis the responsability of media),” Working Papers 150, Laboratoire de Recherche sur l’Industrie et l’Innovation. ULCO / Research Unit on Industry and Innovation. https://ideas.repec.org/p/rii/riidoc/150.html

[2]. On citera parmi les observatoires qui se sont mis en place pour vérifier et dénoncer les dérives d’information en France : Acrimed, http://www.acrimed.org/ ou l’Observatoire français des Médias, http://www.observatoire-medias.info/ ou Media ratings : http://www.m-r.fr/accueil.php

[3]. Jean Miot (1939-2017) Directeur du Figaro (1979-1980), Président de l’Asssociation Presse-Enseignement, Président de la FNPF, Directeur de l’AFP….

[4]. Jean Miot, « La déontologie du Net », in La gazette de la presse francophone, N°124, octobre-novembre 2005, page 4. Jean Miot a été, notamment : directeur du Figaro, de l’Agence France Presse (AFP), de la Fédération Nationale de la Presse française (FNPF) et de l’Association Presse Enseignement (APE) …

[5] https://blogs.mediapart.fr/la-sdj-de-mediapart/blog/291119/conseil-de-deontologie-pourquoi-nous-n-y-participerons-pas?utm_source=Newsletter+Nationale&utm_campaign=59201a5c5c-EMAIL_CAMPAIGN_2019_12_07_11_39&utm_medium=email&utm_term=0_d0b9b5b5b8-59201a5c5c-76887663&mc_cid=59201a5c5c&mc_eid=c5a1508e41

[6] https://reutersinstitute.politics.ox.ac.uk/sites/default/files/2019-06/DNR_2019_FINAL_0.pdf

n°297-298 – LaRSG.fr

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LaRSG.fr

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

Depuis 2005, grâce à Yves Soulabail, notre société d’édition avait mis en place un site que connaissent tous ceux pour qui la recherche et les informations en sciences de gestion veut dire quelque chose dans l’espace académique et des entreprises francophone.

Notre rédaction a décidé en juin de passer une étape et de faire de ce site une publication à part entière aux côtés de la revue papier qui elle, existe depuis 1965, 54 ans.

En France, pour bénéficier du régime de la presse, il faut que la CPPAP, une instance composée à parité de représentants de l’administration de l’État et de professionnels de la presse, reconnaisse au demandeur « la qualité la qualité de service de presse en ligne (SPEL) »[1].

Appuyés sur les conseils de notre Fédération de presse (FNPS) nous avons déposé un dossier et La RSG.fr a été agréé le 4 juillet 2019…

Comme « on n’est jamais si bien servi que par soi-même », selon la formule célèbre de la pièce « Bruis et Palaprat » de Charles-Guillaume Etienne[2], il nous semble important de présenter rapidement LaRSG.fr, car cette reconnaissance ne constitue que les prémisses d’un projet éditorial d’une plus grande envergure et sur lequel désormais nous travaillons. Nous y associerons toutes les bonnes volontés.

LaRSG.fr est née de cette idée de partir d’une revue académique et internationalement reconnue de recherche, pour présenter une information destinée à un public plus diversifié et plus vaste. En effet, on le voit tous les jours « Tout se gère »[3].

C’est cette réalité profonde et ancienne qui a constitué l’idée que, par-delà les limites socio-culturelles et sémantiques, le terme « gestion », concerne bien toutes les actions de l’information dans une société économique développée. On gère certes les entreprises, mais aussi les associations, les administrations, les collectivités territoriales et même l’Etat (et souvent très mal d’ailleurs) … On voit fleurir partout des masters de gestion des activités sportives, des activités culturelles, de la santé …

En en mot, la gestion concerne bien la politique, la société en général. On fait de la gestion comme M. Jourdain faisait de la prose.

LaRSG.fr, est déjà un site qui totalise 2 369 textes en accès gratuit, ainsi que deux années d’articles téléchargeables de la revue, bien entendu payants et sous format PDF, en dehors des éditoriaux de la publication qui sont en accès libre.

LaRSG.fr à la mesure des moyens qui sont les siens souhaite étendre son rôle pour devenir une, voire la passerelle c’est-à-dire ce passage entre un monde de la gestion (enseignement comme entrepreneurial) et des activités dans toutes les domaines : diffuser de manière large dans tous les champs de la société pour informer et distraire, mais aussi pour contribuer à faire prendre en compte des réalités et forger un esprit critique et citoyen sur des problèmes généralement laissés aux spécialistes ou ignorés du plus grand nombre.

Une source d’innovations pour que la pensée francophone de management !

C’est ce vaste chantier qui va occuper la rédaction élargie durant les mois qui viennent. Il fait de notre revue qui est déjà pratiquement la seule à être une publication répondant aux normes et aux exigences de la presse, une source d’innovations pour que la pensée francophone de management ne soit pas enfermée dans les combines de copinages que sont les pseudo classements qui ont paru eux-aussi cet été. On reviendra dans un numéro prochain sur celui de Shanghai.

Depuis des années, ces manœuvres lilliputiennes, « je crée une « association de recherche », qui imprime une revue et je deviens de cette sorte membre d’un comité Théodule qui attribue un classement aux revues » sont la pratique du classement des revues de gestion en France. C’est la magnifique ritournelle enfantine, « je te tiens, tu me tiens par la barbichette ».

Notre revue n’appartient pas à ce petit cénacle de l’entre soi et ne grouillotte donc pas pour s’y faire reconnaître.

Elle avance des arguments sérieux : une triple évaluation des articles, puis s’ils sont acceptés une double relecture pour vérifier toutes les sources bibliographiques. Aucune autre revue n’a ce degré de qualité. Notre revue est reconnue par la Commission paritaire des publications, aucune des autres revues ne l’est. Est-il utile de conclure sur ces classements et leur légitimité ?

Déjà pratiqué par nombre de « comités de sélection », ces pratiques incestueuses ont été dénoncée par nombre d’entre nous sans que la puissance publique qui pourtant sait mettre en place des instances de régulation à la hauteur, la CPPAP que nous citions plus haut en est un exemple, ne s’en émeuvent.

C’est sans doute que dans l’esprit d’une partie de la caste aux affaires, la publication en français n’est pas digne d’intérêt.

Contre cette nouvelle « trahison des clercs », nous prétendons que penser et publier dans la 3e langue la plus parlée au monde, n’est en rien dépassé.

Robert Aron, journaliste et chercheur, disait qu’ « il n’y aura jamais de repos sur la terre pour les hommes de bonne volonté ![4] »

C’est un encouragement pour LaRSG.fr


[1] http://www.cppap.fr/

[2] Bruis et Palaprat, comédie en un acte, Masson Libraire,1807

[3] Philippe Naszalyi, Editorial Direction et gestion des entreprises n°159-160, mai-août 1996.

[4] https://www.ina.fr/video/CPF86655907

Colloque : Entreprendre dans les économies medievales et modernes. innover, risquer, organiser

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La 8e école d’été d’histoire économique se réunira à Suse, en Italie (province de Turnin les 26, 27 et 28 août 2019. Les séances auront lieu à l’Archivio Diocesano à partir de 9h00 le lundi 26 août. La thématique retenue cette année est : “Entreprendre dans les économies medievales et modernes. innover, risquer, organiser”.

Entreprendre dans les économies medievales et modernes. innover, risquer, organiser
Affiche du colloque

La 8e école d’été d’histoire économique se réunira à Suse (Piémont, Italie) les 26, 27 et 28 août 2019. La thématique retenue cette année, « Entreprendre dans les économies médiévales et modernes : innover, risquer, organiser », insistera sur la liaison entre les innovations techniques et l’action économique. Entreprendre signifie en effet agir sur le réel et, à cette fin, implique de mobiliser des compétences, des savoirs, des techniques et de les mettre à la preuve de la vie économique.

Ce thème, « Entreprendre dans les économies médiévales et modernes : innover, risquer, organiser », permettra de poursuivre et d’approfondir celles qui ont été développées les années précédentes (la valeur des choses, la pauvreté, les biens communs, les moyens de paiement, la qualité, l’organisation du travail, les écritures de l’économie[1][1]

Institutions partenaires

L’école d’été d’histoire économique rassemblera des chercheurs, des enseignants-chercheurs, des chercheurs postdoctoraux, et des doctorants de toutes nationalités. Les institutions partenaires sont l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, l’Université de Toulouse 2 Jean-Jaurès, l’EPHE, les Archives Nationales (Paris) et le CNRS. Les laboratoires impliqués sont les suivants : LAMOP (UMR 8589, Paris 1/CNRS), FRAMESPA (UMR 5136, Toulouse 2/CNRS), SAPRAT (EA 4116 EPHE), IDHES (UMR 8533 Paris 1/CNRS). La manifestation reçoit également l’appui financier du LabEx HASTEC (Histoire et Anthropologie des Savoirs, des Techniques et des Croyances) et se déroulera sous le patronage de l’Association Française d’Histoire économique (AFHé).

Organisateurs / comité scientifique

Michela Barbot (CNRS, Idhes ENS Cachan), Patrice Baubeau (Univ. Paris-Nanterre, Idhes), Marc Bompaire (EPHE, Saprat), Julie Claustre (Univ. Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Lamop), Anne Conchon (Univ. Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Idhes), Laurent Feller (Univ. Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Lamop), Agnès Gramain (Univ. Lorraine, Beta), Emmanuel Huertas (Univ. Toulouse 2 Jean-Jaurès, Framespa), Rosine Lheureux (Archives Nationales – Paris)

Lieu et dates

Suse (Piémont, Italie) du 26 au 28 août 2019

Objectifs et nature de l’opération

La nature du thème implique, outre la mobilisation d’historiens médiévistes et modernistes, la présence d’économistes et de sociologues spécialisés dans l’étude de la vie économique. La méthode proposée est de faire présenter une série d’exposés par des spécialistes et de les mettre en débat. Le but poursuivi est d’approfondir nos connaissances et nos réflexions sur ces matières et de permettre à des doctorants ou à des postdoctorants de s’associer à ces travaux par une participation active. La partition des doctorants/postdoctorants prendra la forme d’exposés sur leurs propres travaux et de prises de paroles dans le débat suivant les interventions.

Thématique de la session 2019

Entreprendre dans les économies medievales et modernes

innover, risquer, organiser

Entreprendre ne peut se concevoir sans un arrière-plan de compétences et de techniques. Le Moyen Âge a beaucoup entrepris et su innover. Si le secteur agraire a longtemps connu une sorte de stase technologique, il a cependant toujours eu à sa disposition les moyens matériels et organisationnels de sa croissance et a pu par conséquent mener des entreprises de plus ou moins grande taille qui ont assuré l’augmentation globale de la production et de la richesse. La question de la mobilisation du stock technique disponible a permis aux agents de multiplier les constructions d’infrastructures de toute taille, souvent d’importance vitale. Édifier un moulin suppose, par exemple, de maîtriser les problèmes du foncier, ceux de l’hydraulique, ainsi que la métallurgie nécessaire à la mise en place et à l’entretien des engrenages. L’opération, au total, n’est pas compliquée, mais elle est complexe dans le détail de sa réalisation. Elle suppose aussi que des risques soient assumés. Risque du crédit souvent nécessaire à la réalisation d’infrastructures même de petite taille. Risque aussi de la perte, si l’affaire n’est pas bien menée ou pensée.

D’autres opérations supposent également de savoir mobiliser et risquer pour réussir. Les opérations de peuplement, par exemple, entraînent des prises de risque financier souvent considérable, même durant le haut Moyen Âge. Il faut souvent procéder à des emprunts sur gage foncier pour couvrir l’investissement que constitue l’ouverture d’un nouveau terroir, la construction des habitations paysannes et des fortifications nécessaires à leur mise en sûreté et à l’affirmation du pouvoir seigneurial. L’entreprise de peuplement amène les seigneurs, d’autre part, à user de leur prestige pour convaincre ou de leur force pour contraindre : les conditions concrètes des déplacements de population, même sur de courtes distances sont, elles aussi parfois compliquées. Si l’entreprise agraire médiévale passe par l’utilisation des instruments de domination et de pouvoir que sont les seigneuries, elles ne s’affranchissent cependant pas des règles qui amènent ou non à la réussite d’une opération et l’incompétence du seigneur autant que les difficultés matérielles peuvent être cause d’échecs et de matérialisation des risques. Les défrichements organisés selon des opérations de grand style peuvent être abandonnés. Les villages de fondation ne pas connaître l’expansion que les seigneurs espéraient. Dans ces domaines, au demeurant, les actions individuelles, souvent subreptices, font de la prise d’initiative individuelle un facteur de changement économique et favorisent l’accroissement de la production.

Le monde artisanal, de son côté, connaît une organisation structurée qui ne se limite pas à l’encadrement juridique, moral et religieux que proposent les corporations. Les ateliers sont de véritables entreprises dont la logique économique peut être retracée. Le monde de la métallurgie a ainsi fait l’objet ces dernières années d’enquêtes novatrices qui montrent quelles sont les logiques à l’œuvre en matière d’organisation du travail et en matière d’utilisation des innovations. Les moulines du xve siècle, qui combinent un dispositif de soufflerie et un moulin à battre sont, en Catalogne, un très bel exemple de ce qu’est une entreprise de la fin du Moyen Âge et du début de l’époque moderne : un instrument de production, identifié par le nom de son propriétaire et la qualité de ses produits. Les dépouillements systématiques des registres de notaires ont permis, de plus, de cerner assez précisément les identités sociales des agents, montrant que les propriétaires de moulines avaient parfois une formation intellectuelle non négligeable (l’un d’eux était apothicaire) et qu’ils maîtrisaient parfaitement aussi, depuis, leurs villages, les circuits financiers, de même que les techniques de maniement de l’argent, nécessaires à leur activité.

Entreprendre, dans ces cas, signifie élaborer des objets identifiables par leurs propriétés et dont la valorisation se fait aisément. Les ateliers proposent, en fonction des savoir-faire et de la nature des minerais des produits de qualité différente. Il a fallu pour cela raffiner des procédés de fabrication déjà sophistiqués afin de parvenir à fabriquer les objets demandés par un marché exigeant, mais surtout segmenté et éclaté en fonction des besoins spécifiques de chaque activité ou de chaque localité. La petite taille des unités de production dont chacune correspond peu ou prou à une entreprise correspond à l’état de ce marché. Des remarques analogues peuvent être faites pour le textile médiéval, ou pour toute autre branche d’activité devant allier des compétences, des tours de main mais aussi des capitaux et des réseaux. Entreprendre, dans ces conditions, c’est mettre en valeur tous ces éléments. Cela implique aussi la mobilisation des réseaux familiaux et clientélaires, l’échange, né et développé autour des produits, échappant souvent aux règles du marché mais recoupant aussi des préoccupations non directement économiques.

Entreprendre, c’est aussi organiser des activités à grande échelle. Le commerce à longue distance est ainsi le vecteur d’innovations techniques de première importance. Son activité repose sur les progrès de la navigation et donc sur les modifications intervenues dans la construction navale. Elle repose aussi sur la mobilisation de formes juridiques particulières, celles des associations commerciales qui vont des ententes les plus simples, comme celles de la commenda, aux formes les plus sophistiquées qui organisent la vie des grandes compagnies, de leur formation à leur dissolution. L’action de l’entrepreneur passe donc aussi par l’invention et l’utilisation de formes juridiques qui permettent de rassembler des capitaux afin de promouvoir une activité et de programmer la répartition des bénéfices ainsi que le partage des risques qui, au Moyen Âge, sont considérables. Des formes documentaires neuves apparaissent et se perfectionnent autour de ces activités, et en particulier les comptabilités, qu’elles soient strictement analytiques ou qu’elles reposent sur une capacité mathématique importante commSTLS e le sont les comptabilités à partie double, apparues au xve siècle, sans que leur usage soit jamais généralisé dans l’activité commerciale.

Ces entreprises sont désormais mieux connues grâce à l’attention portée aux correspondances commerciales qui, à la fin du Moyen Âge et durant l’époque moderne, documentent la matérialité même de la vie des bureaux comme elles éclairent la nature et les modalités des échanges, les négociations qui ont lieu autour des prix, les vérifications de poids des marchandises, l’estimation des pertes et des coulages, bref tout ce qui fait le quotidien de la vie commerçante. Les grandes firmes internationales, comme celle de Francesco di Marco Datini, qui ont des représentants et des boutiques dans tout le bassin méditerranéen, tiennent par la multiplication des courriers. Cela suppose un personnel compétent, toujours à la recherche d’informations de toute nature, susceptibles de guider les choix du patron qu’est Datini ou de rendre compte ou d’expliquer ceux effectués par les facteurs répartis dans un très vaste espace. Le réseau de correspondance qui naît et se développe alors, d’une densité tout à fait remarquable, est une nouveauté : il mobilise des formes d’écriture particulières et inaugure une communication éloignée des formes documentaires très sophistiquées des correspondances officielles, qu’elles relèvent de l’État ou de l’Église. Elles donnent à voir un monde grouillant, dont la novellistique italienne du xive siècle, qu’il s’agisse des textes de Boccace ou de ceux Sercambi, a donné un aperçu extraordinaire. Le monde de l’entreprise commerciale et le monde de la haute culture ou celui des humanistes sont en rapport l’un avec l’autre et ce rapport donne à l’action économique une saveur particulière propre à la fin du Moyen Âge sans doute et aux débuts de l’époque moderne.

D’autres formes d’entreprise très spectaculaires requièrent des prodiges d’organisation. Il en est ainsi du travail de la mine, spécialement en contexte colonial à l’époque moderne. L’extraction de l’argent du Potosi, par exemple, et son transport jusqu’en Espagne entraînent une activité matérielle considérable, la construction d’une infrastructure, le recours au travail forcé des Indiens et l’organisation d’un transport toujours périlleux et de toute façon délicat à mettre en œuvre. À une autre échelle, et avec des valeurs moindres, l’économie de transhumance pose des problèmes de logistique considérables. Elle pose également la question du rapport entre l’entreprise privée qu’est l’élevage et le public, puisqu’il faut parcourir des distances importantes et, pour cela, utiliser les routes et les chemins qui, eux, relèvent d’une gestion publique. La question de l’affectation des espaces de pâturage implique les autorités de l’État comme elle implique aussi les communautés humaines auxquels ils appartiennent. La question de la réunion et de la gestion des capitaux nécessaires à l’organisation du déplacement de troupeaux de plusieurs milliers de têtes, qu’il s’agisse de moutons, de bovins ou de chevaux n’est pas de facile résolution et fait passer l’élevage du stade d’une économie largement informelle et ne nécessitant pas l’apport d’un capital particulier à une économie d’entreprise mobilisant d’importants capitaux ainsi que différents métiers, complémentaires les uns des autres et ayant besoin pour exister d’un rapport stable à l’État, caractérisé par des droits d’usage sur l’espace public et ses infrastructures et s’appuyant sur les biens communs produits par l’État, à savoir la justice et la sécurité.

Enfin, entreprendre suppose aussi d’assumer le risque de l’échec. Celui-ci se marque matériellement dans le territoire par l’abandon, celui de sites d’habitat mal choisis ou celui de sites industriels lorsque cesse l’activité. L’échec se marque aussi par la faillite, qui est l’un des problèmes de droit commercial les plus importants et les plus complexes qui soient. La faillite est également une question d’ordre politique et social, parce qu’elle est un des modes de régulation de la vie économique et des conflits qui traversent les élites sociales, comme dans la Florence du xive siècle, où les faillites des grandes compagnies des Bardi et des Peruzzi apparaissent comme éléments d’un système économique qui intègre la disparition et la liquidation dans ses paramètres de fonctionnement. Le risque et la perte font partie intégrante de la vie économique. Ce ne sont pas seulement des accidents mais aussi des moments normaux, voire attendus dans des processus de régulation. 

Le fait d’entreprendre afin d’agir sur son environnement et de produire, d’échanger et de transformer des biens, a une histoire. Celle-ci part des actions individuelles, non formalisées, comme les défrichements subreptices opérés aux dépens de la forêt seigneuriale, et culmine avec les grandes institutions commerciales ou industrielles de la fin du Moyen Âge et de l’époque moderne, qui sont, elles de véritables entreprises au sens où l’entendent les économistes.

L’étude de cette évolution, qui oblige à multiplier les angles d’approche et à considérer différents niveaux d’organisation et d’institutions comme elle oblige aussi à considérer la capacité des sociétés anciennes à lier techniques, innovations et prise de risques, a été puissamment renouvelée ces dernières années à la fois par l’histoire des techniques mais aussi par celle des entreprises comme du travail. C’est de ce renouvellement que nous voudrions discuter lors de la 8e école d’été d’histoire économique.

C’est pourquoi nous envisageons une école d’été comportant six sessions de leçons, entrecoupées d’études de cas présentées par les doctorants et postdoctorants. D’autre part, la documentation produite par les entreprises sera mise en valeur dans un atelier dirigé par deux conservateurs des Archives Nationales afin que la question de la documentation et des sources puisse être abordée.

            1. L’historiographie médiévale et moderne

            2. Le point de vue des économistes et des sociologues

            3. Entreprendre : figures et réseaux

            4. Entreprendre : investir, risquer, financer

            5. Innover et organiser une entreprise

            6. Présentation de deux fonds des Archives Nationales


Lorsque des membres du gouvernement font de dangereux amalgames sur la Liberté d’expression

Modifié le

La Revue des Sciences de Gestion, membre du SPIIL, adhère totalement au communiqué que vient de diffuser le Syndicat de la Presse Indépendante d’Information en Ligne. C’est un fait que les récentes déclarations de deux membres du gouvernement, la ministre de la Justice Nicole Belloubet et le secrétaire d’État chargé du numérique Cédric O, alimentent de dangereuses confusions dans un débat public, par ailleurs légitime, sur la propagation de propos haineux, la diffusion massive de fausses nouvelles, les opérations d’influences étrangères destinées à peser sur des résultats électoraux, et l’un des fondements de la démocratie, à savoir la liberté de la presse.

SPIIL, le  Syndicat de la Presse Indépendante d'Information en Ligne
SPIIL, le Syndicat de la Presse Indépendante d’Information en Ligne

Pour éviter les amalgames

Tous ces sujets sont certes liés au numérique, mais chacun d’eux relève de logiques différentes, et mérite des réponses spécifiques. Le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil) estime que les amalgames entretenus par le gouvernement montrent une méconnaissance grave des problèmes soulevés, ce qui risque d’engendrer des évolutions législatives qui, in fine, iront à l’encontre des principes démocratiques prétendument défendus.

  • Préservons la loi de 1881 sur la liberté de la presse

En associant étroitement l’injure et la diffamation dans son projet de réforme de la loi 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse (Le Journal du Dimanche du 15 juin), la ministre de la Justice mélange deux concepts juridiques bien distincts. La diffamation s’appuie sur des données factuelles, alors que l’injure ne renferme l’imputation d’aucun fait. 

Plus grave : dans la réalité numérique actuelle, l’injure et les propos haineux sont essentiellement diffusés sur les réseaux sociaux, et dans la très grande majorité des cas, de manière anonyme. Donc en toute impunité. La diffamation, en revanche, est typiquement un délit de presse, intervenant dans un cadre réglementé. Chaque organe de presse est légalement tenu de publier des “mentions légales” comprenant une adresse physique, un hébergeur et un directeur de publication qui est juridiquement responsable de toutes les informations publiées sur son site. 

De fait, les journaux sont très exceptionnellement condamnés pour injure, mais peuvent l’être pour diffamation. En mettant en avant les propos injurieux pour mieux faire sortir la diffamation du cadre de la loi de 1881, afin de l’intégrer au droit commun, Mme Belloubet porte gravement atteinte au droit de la presse, fondement de notre démocratie depuis… 138 ans. 

Contre un Conseil de l’ordre des journalistes

En préconisant la création d’un Conseil de l’ordre des journalistes qui serait chargé de recommander au gouvernement de l’interdiction de tel ou tel organe de presse (Reuters du 25 juin), M. Cédric O s’engage sur une pente encore plus dangereuse. Le fait qu’il ait fait machine arrière le 27 juin sur France Culture en affirmant que ses propos n’engageaient que lui et non le gouvernement, ne change rien au fait qu’il s’agit bien de la position d’un ministre en exercice.

Cedric O ignore notamment qu’une instance officielle, la Commission paritaires des publications et agences de presse (CPPAP), composée à égalité de membres de l’administration et de représentants des organisations professionnelles d’éditeurs, est chargée depuis 1945 d’attribuer l’agrément “presse” aux publications qui répondent à un nombre de critères très précis. 

Il ignore également que l’ancien patron de l’AFP, Emmanuel Hoog, a remis au gouvernement, au mois de mars, un rapport préconisant la création d’un Conseil de déontologie des médias, qui serait une instance d’autorégulation de la profession, de facto une autorité morale sans aucun pouvoir de coercition. À l’opposé d’un Ordre qui, comme pour les avocats et les médecins, dispose d’un pouvoir de sanction. 

Un tel niveau d’ignorance se double d’un raisonnement confus et dangereux préconisant de faire des journalistes des auxiliaires de police du gouvernement, en leur demandant de dénoncer les médias qui “fragilisent la démocratie”, un concept pour le moins fourre-tout.

Pour une régulation des plateformes

Pour défendre sa position, Cédric O donne comme exemple le fait que les chaînes russes RT et Sputnik sont mieux référencées sur YouTube que BFM ou CNews. Et il estime que c’est aux journalistes d’y mettre fin ! Dans un bel aveu d’impuissance, le secrétaire d’État chargé du numérique oublie avec légèreté que YouTube n’est pas un organe de presse et que la régulation des grandes plateformes relève de sa compétence.

Cédric O ne devrait donc pas se réfugier derrière la responsabilité des journalistes, mais s’interroger sur les meilleurs moyens d’obtenir de ces plateformes véhiculant haine, propagande, et injures, qu’elles assurent une certaine transparence quant à leurs algorithmes ainsi qu’une plus grande responsabilité juridique des contenus qu’elles diffusent.

Le Spiil ne conteste pas la nécessité d’un débat sur la nécessaire adaptation de la loi de 1881 à l’ère numérique, sur la création éventuelle d’un Conseil de déontologie de la presse, et sur l’obligation de réguler des plateformes dont la puissance de diffusion fait qu’elles devraient assumer une responsabilité juridique sur leurs contenus.

C’est pourquoi le Spiil fera prochainement des propositions concrètes. Il apportera ses connaissances et son expertise de dix ans de défense de la déontologie de la presse numérique à un débat complexe, soulevant des questions inédites, mais qui ne peuvent souffrir d’approximations, de propos simplistes ou encore d’injonctions contradictoires.

Institut français du Monde associatif recherche chargé(e) de mission

Modifié le

L’Institut français du Monde associatif, en création sous l’égide de la Fondation pour l’Université de Lyon, constitue son équipe et poursuit sa recherche à Lyon d’un(e) chargé(e) de mission pour lancer son activité de soutien financier et de valorisation des travaux de recherche sur le fait associatif. À la croisée des enjeux du monde associatif et des enjeux de recherche, le poste requiert capacités d’ingénierie, de communication et d’animation. Participer à la naissance de cette Institut constituera indéniablement un tremplin à la trajectoire professionnelle de cette nouvelle recrue.

Institut Français du Monde Associatif
Logo de ce nouvel Institut Français du Monde Associatif

Contexte

Dans le cadre de la création sous son égide de l’Institut français du Monde associatif, la Fondation Pour l’Université de Lyon (FPUL) procède au recrutement d’un(e) Chargé(e) de missions en CDD.

Structure pour l’Institut Français du Monde Associatif

L’Institut français du Monde associatif a l’ambition de promouvoir une meilleure connaissance du monde associatif dans toute sa richesse comme une composante essentielle de la civilisation universelle et comme un pilier de la démocratie.

La mission de l’Institut est triple :

  • Inciter à la recherche et l’orienter sur des sujets d’intérêt
    Par la promotion du fait associatif comme un objet de connaissance, et par l’apport de financements dédiés, l’Institut français du monde associatif se donne comme objectif de créer une émulation auprès de jeunes chercheurs et doctorants et d’inciter à la publication de travaux sur les associations. Parmi les premières thématiques de recherche quatre ont été identifiées comme prioritaires : la création de valeur(s), la gouvernance, l’Europe et l’histoire.
  • Mettre à disposition les résultats de la recherche auprès du secteur
    Centre de ressources et de partage de l’information, en réseau avec les bases de données et centres de ressources existants en France et à l’étranger, l’Institut favorisera l’accès à un vivier de documentations et travaux de recherche. Ces travaux seront largement partagés, en ligne et lors d’événements, avec les chercheurs, mais aussi avec les associations, leurs organisations et leurs parties prenantes.
  • Lever des fonds pour appuyer et renforcer la recherche sur le monde associatif
    Par son statut de fondation, l’Institut développera une mission inédite et permanente de levée de fonds au profit de la recherche sur le secteur associatif à travers des approches interdisciplinaires.

Le programme d’actions de l’Institut pour 2019 est le suivant : lancement d’un 1er appel à candidatures exploratoire de recherche, mise en place de groupes de travail sur 2 premières thématiques d’intérêt (histoire, gouvernance), lancement d’un travail de recensement des écrits sur le fait associatif, installation de notre gouvernance scientifique, articulations et partenariats avec les grands réseaux et acteurs de la recherche en France et à l’étranger.

L’Institut est particulièrement attaché à ancrer sa mission dans ses environnements académiques et associatifs, tant en France qu’à l’international. Figurent parmi ses premiers soutiens et partenaires : la Fondation de France, la Fondation Daniel & Nina Carasso, l’Institut Mérieux, l’Université Lyon III, le Mouvement associatif, la Fonda et la Ville de Lyon.

Descriptif du poste

La création du poste de Chargé(e) de mission sera une ressource fondamentale pour la création de l’Institut français du Monde associatif et le lancement de ses premières actions au bénéfice de la promotion de la connaissance de l’ensemble du secteur associatif.

Sous l’autorité globale du Délégué général de l’Institut français du Monde associatif et du Directeur Général de la FPUL, le/la chargée de missions aura pour mission de participer à la conception et à la réalisation de programmes de soutiens à la recherche sur le fait associatif, de contribuer à l’élaboration d’études et autres contenus et à la valorisation de ces contenus.

Contribuer à la conception et à la mise en place des programmes de financement de l’Institut

  • Contribuer à la conception et à la diffusion des appels à projets, en lien avec les instances de gouvernance.
  • Participer à l’organisation de l’instruction et de la sélection des projets à financer.
  • Superviser et s’assurer de la réalisation des engagements et des paiements des prix, bourses et subventions accordés.
  • Organiser le suivi et l’évaluation des projets soutenus.
  • Mettre en oeuvre des actions de soutien et de mise en réseau des bénéficiaires.

Coordonner la production de travaux et d’études sur le fait associatif

  • Assurer une veille continue sur les travaux de recherche concernant les associations, en France et à l’étranger.
  • Participer au processus de sélection de prestataires (cahier des charges, appels d’offre) et à la contractualisation de partenariats pour les études et leur diffusion.
  • Animer des rencontres, conduire des auditions avec nos parties prenantes (acteurs associatifs, représentants institutionnels, chercheurs, partenaires académiques et éditoriaux, observatoires) et rédiger des comptes rendus
  • Participer à l’analyse et à la rédaction d’études.

Participer à la valorisation des travaux de recherche sur le fait associatif

  • Contribuer à la production de supports de communication et à leur diffusion (lettre d’informations, articles, site internet, réseaux sociaux, …)
  • Appuyer l’organisation d’événements

Contribuer aux activités de reporting

  • participer au suivi budgétaire
  • contribuer au reporting et à l’évaluation des activités de l’Institut, à destination des instances internes et des parties prenantes extérieures

Profil

‐ Capacité d’analyse et de synthèse ; curiosité, créativité et audace ; très forte autonomie ; sens relationnel et capacité d’animation ; capacités de communication écrite et orale ; goût pour le travail en équipe
– Excellente maîtrise de l’Anglais professionnel (oral et écrit)
‐ Connaissance du monde associatif et du milieu académique
– Esprit start-up !

Formation

– Diplômé(e) d’une grande école, Doctorat, Master 2, ou thèse dans le domaine associatif
– Expérience : 0 à 3 ans

Conditions

– Selon profil candidat/e -­‐ entre 29 000 et 31 000 € brut annuel
– Il est prévu un Contrat à Durée déterminée de 18 mois, qui peut débuter au 26/08/19
– Lieu de travail : MILC, 35 rue Raulin, 69007 LYON.

Contact CV et lettre de motivation (en précisant votre dernière rémunération) sont à adresser à : recrutement@fpul-lyon.org avant le 30 juin 2019

n°296 – Au secours le ‘scientisme’ est de retour !

Modifié le

Au secours le « scientisme » est de retour !

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

Il fallait s’y attendre, mais est réapparu dans les bagages des idées néolibérales, habitées toujours au fond par le mythe de l”homo economicus, le scientisme et sa volonté de tout expliquer par une raison qui n’a que de très loin rapport avec une méthodologie cartésienne bien comprise.

Ad veritatem per scientiam, lisait-on au fronton de l’observatoire de Camille Flammarion, il y a deux siècles. Être moderne désormais, du moins en France, consiste donc à ressasser les idées développées par quelques physiocrates de la deuxième moitié du XVIIIe siècle et quelques rationalistes du siècle suivant !

Les attendus et arguments qui justifient les récentes ordonnances réformant le droit du travail en France, sont à peu de chose près les mêmes que ceux de l’Édit de Turgot de février 1776 puisque comme de nos jours, les « codes sont obscurs » ! À l’instar de nos juges prud’homaux, les jurés d’alors ont besoin d’être encadrés pour éviter que des sommes importantes soient dilapidées dans des procès (sic).

Bien entendu la liberté de circulation de la main-d’œuvre est une bonne chose et il ne faut pas craindre « que l’affluence subite d’une multitude d’ouvriers nouveaux ruine les anciens, et occasionne au commerce une secousse dangereuse ». L’accueil des travailleurs anglais, non pas chassés par le Brexit, mais alors par l’Indépendance des colonies américaines, est une opportunité du moment qui justifie des mesures particulières… « S’il y a un moment où l’on puisse espérer d’attirer en France beaucoup d’ouvriers anglais, et avec eux une multitude de procédés utiles inconnus dans nos fabriques, c’est celui-ci ! ».

L’innovation n’est pas non plus en reste dans cet argumentaire contre l’organisation du travail qu’on veut disqualifier car il existe des « difficultés multipliées que rencontrent les inventeurs auxquels différentes communautés disputent le droit d’exécuter des découvertes qu’elles n’ont point faites ». Même aussi et déjà, sont remises en cause certaines formations professionnelles jugées inutiles, en 2016 c’était notamment celles des coiffeurs[1], car « fermant la porte à tout ouvrier qui n’a pas passé par de longues épreuves, et en général aux étrangers » écrit Turgot. Quant à Madame de La Fayette, elle n’a qu’à bien se tenir[2] !

On pourrait s’en arrêter là, dans ce rapide et instructif comparatif entre les textes dits modernes et leurs devanciers d’il y a trois siècles que l’on vient de citer. Ce serait oublier cette croyance, cette conviction même et affirmée en la régulation optimale par le marché : « dans les lieux où le commerce est le plus libre, le nombre des marchands et des ouvriers de tout genre est toujours limité et nécessairement proportionné au besoin, c’est-à-dire à la consommation ».

L’étude de l’actualité est devenue un bain de jouvence pour un « moderniste » voire pour un « contemporanéiste » au sens des historiens français, et qui les change de l’habituelle référence aux années 1930, toujours largement exploitées par une caste politique qui ignore généralement ce qui s’est passé avant. Les imbéciles et les ignares croient toujours que leurs idées sont neuves et qu’ils sont des innovateurs ! Les plus cyniques exploitent la méconnaissance générale et la crédulité publique grâce à la complicité des médiocrates que l’information en continu devenue un produit à vendre et donc une communication, a érigé en arbitre d’un prêt à penser réduit aux émotions et aux lynchages.

À ce plagiat des idées libérales initiées notamment par un Clicquot de Blervache dont le mémoire sur les « obstacles que les corps de métiers apportent au travail et à l’industrie, avait été primé par l’Académie d’Amiens », (l’histoire offre quelques clins d”œil) en 1757, ce que l’on nomme néolibéralisme de nos jours, s’ajoute naturellement car ils sont fils d’une même pensée, cet autre sophisme qu’est le « scientisme » ! Même si l’école autrichienne en économie a essayé de faire passer cette doctrine pour celle du clan haï des « planificateurs » ou « collectivistes », il faut bien constater, tout en restant le plus impartial qui soit, que les justifications « scientistes » se trouvent le plus souvent dans ceux qui apportent de l’eau au moulin des produits les moins défendables des firmes industrielles ! Car c’est effectivement dans le domaine de la santé que cette alliance contre nature fleurit le plus et depuis bien longtemps. Les comités Théodule dits de déontologie sont aussi myopes que des taupes (celui de l’administration française semble vouloir s’illustrer par son aveuglement) et sauf très rares exceptions, les déclarations obligatoires de liens d’intérêts sont autant d’inutiles prétextes à une bonne conscience pharisaïque.

Mais les scientistes en santé, ne sont pas seulement des affidés plus ou moins stipendiés des grands groupes ou leurs dévots soumis par une mauvaise compréhension du « doute méthodique », ils professent en outre « qu’en dehors de la connaissance scientifique, aucune autre forme de connaissance n’est légitime[3] ». L‘on est confondu devant tant de suffisance et de prétention alors que le cerveau humain est encore si vaste à explorer, les interactions entre molécules si inconnues qu’elles permettent une crise sanitaire comme celle du Levothyrox[4], que les pratiques médicales des autres civilisations échappent pour beaucoup à nos perceptions comme celles des médecines « dites alternatives » dont fait partie l’homéopathie…

L’appel des 124 « médecins et professionnels de santé[5] » contre les médecines alternatives, appelées « fake médecines » vaut son pesant de suffisance, de vision limitée à un scientisme qui exclut toute ouverture à des pistes à venir et des découvertes dans des champs jusqu’ici inconnus. Ce relent de « vraie foi », qui en fait de véritables émules de Torquemada, nous rappelle avec sourire que le Dr Georges Clemenceau, fier de son titre de médecin, fut avec nombre de professionnels de santé, y compris de l’Académie de Médecine, un virulent propagandiste de la « théorie de la génération spontanée » contre la « découverte » des microbes de Pasteur, à qui on reprochait de n’être même pas médecin ! Contre ces nouveaux inquisiteurs agissant au nom des vérités qu’il faudrait démontrer avec une seule méthode, c’est un rejet de tout découverte hors du connu.

Devant les plaies, Saint Thomas a cru, mais un scientiste ne l’aurait pas fait car son présupposé l’aurait empêché de faire même le constat puisqu’il va contre la vérité scientifique du moment !

On est affligé devant tant de suffisance qui démontre tant de vacuité et qui empêche en fait l’expérimentation, le doute et la marche en avant. « Nous n’avons pas le droit d’avoir un désir, quand la raison parle ; nous devons écouter, rien de plus ; prêts à nous laisser traîner pieds et poings liés où les meilleurs arguments nous entraînent » disait déjà Renan[6].

Ce n’est évidemment pas cette religion de substitution qui rend serf que nous avons voulu développer dans ce numéro en plaçant l’Intelligence comme principe, l’« intelligence des choses » est bien autre et bien plus riche que ces quelques 124 Diafoirus devenus Trissotin et il y a fort à parier que quelque ministre ou Haute Autorité ne serve de Vadius !

Ce qui est indémontré avec nos modestes connaissances du moment ne peut être voué aux gémonies par quelque pédant ou quelque ayatollah !

C’est donc avec cette approche ouverte sur la multiplicité que nous continuerons à rejeter cette science-là en ne séparant pas ce qui la connaissance du laboratoire et celle du terrain ce que dénonce comme nous, Boris Cyrulnik car « Il n’y a pas d’intelligence froide. Il n’y a d’intelligence qui si elle est éveillée. Pour cela, il faut qu’il y ait des émotions et une relation ».

C’est ce que les deux dossiers de ce numéro présentent :

– « Intelligence et perceptions » entend intégrer différentes approches fondées sur la diversité des points de vue pour pouvoir appréhender cette part essentielle dans les organisations que sont :

– « Investissements et gouvernance », un lien ténu, lui-aussi circonstanciel du fait des différentes cultures entrepreneuriales dans le temps et dans l’espace.

« Je crois que 2 et 2 sont 4 et 4 et 4 sont 8 » répond Don Juan à Sganarelle[7] qui demandait à son maître à quoi il croyait.

Eh bien, en ce qui nous concerne et parce que pour paraphraser Térence tout ce qui est humain ne nous est pas étranger, et est aussi sciences de gestion, nous pensons aussi que 1 et 1 sont parfois 3 et que 2 et 2 sont parfois 5, et que tout cela est Intelligere : comprendre, penser, réfléchir, estimer, évaluer, percevoir… en fait tout sauf rejeter l’altérité !

Et nunc, reges, intelligite, erudimini, qui judicatis terram[8] !


[1]. https://www.ladepeche.fr/article/2016/03/14/2303393-macron-defrise-les-coiffeurs.html

[2]. https://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/03/29/et-nicolas-sarkozy-fit-la-fortune-du-roman-de-mme-de-la-fayette_1500132_3476.html.

[3]. Marie-Hélène Parizeau, Biotechnologies, nanotechnologies, écologie, entre science et idéologie, éd. Quae, 2010.

[4]. http://sante.lefigaro.fr/article/levothyrox-un-nombre-inedit-d-effets-indesirables/ , 30/01/2018.

[5]. http://sante.lefigaro.fr/article/l-appel-de-124-professionnels-de-la-sante-contre-les-medecines-alternatives-/, 27/02/2018.

[6]. Ernest Renan, Examen de conscience philosophique, Revue des Deux Mondes, 3e période, tome 94, 1889 (p. 721-737).

[7]. Don Juan ou le Festin de pierre, III, 1.

[8]. « Et maintenant, rois de la terre, instruisez-vous, vous qui décidez du sort du monde ! » Psaumes, 2, 10, cité par Bossuet dans son oraison funèbre d’Henriette-Marie de France, reine d’Angleterre, 16 novembre 1669.

Bourses FRANCE L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science 2019

Modifié le

La Fondation L’Oréal, en partenariat avec l’UNESCO et l’Académie des Sciences, vient d’annoncer l’ouverture de l’appel à candidature de l’édition 2019 des Bourses France L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science. Comme chaque année, cet événement est l’occasion de mettre en avant le travail de femmes en lien avec les activités de recherche.

Bourses France L'Oréal-UNESCO 2018
Remise des Bourses France L’Oréal-UNESCO 2018

La Bourses France L’Oréal-UNESCO pour les Femmes et la Sciences

Créé en 2007, ce programme a pour objet de révéler et récompenser de jeunes chercheuses talentueuses. Au total, 230 jeunes femmes ont bénéficié d’une Bourse France L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science depuis la création de l’événement.

En 2019, la Fondation L’Oréal remettra trente-cinq Bourses, dont au moins cinq seront exclusivement dédiées à des chercheuses effectuant leurs travaux de recherche dans les DOM-TOM :

  • d’un montant de 15.000 € chacune à des doctorantes,
  • d’un montant de 20.000 € chacune à des post-doctorantes.

Pour présenter sa candidature, une plateforme est mise à disposition. Vous y retrouverez le règlement des Bourses.

A noter que la date limite de dépôt des dossiers de candidature est le dimanche 14 avril 2019.

n°295 – De nouvelles représentations

Modifié le

De nouvelles représentations

par Philippe Naszályi – Directeur de La RSG

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Philippe Naszalyi LaRSG Stratégies et innovations

L’affaire des « gilets jaunes » qui fleurit en France depuis la mi-novembre et semble vouloir durer au moins jusqu’à la fin de ce l’on appelle le « Grand Débat », pose à l’évidence, même si les élus poussent des cris d’orfraie, le principe de la représentation, de sa légitimité, de sa durée et de ce fait de sa révocabilité.

Des tombereaux d’injures et d’invectives se déversent de part et d’autre et n’enrichissent pas le débat qui repose sur les questionnements de marketeurs aux ficelles trop grosses pour ne pas être vues même des plus partisans favorables !

« Plus c’est gros, mieux ça passe » du langage populaire qu’avait repris Jacques Chirac est avec la poursuite de la « politique du pire » une des réponses classiques. En effet, la poursuite de la confrontation violente pour retrouver le soutien de ce que l’on peut appeler la « petite bourgeoisie pusillanime » a souvent été utilisée en histoire, lorsque se pose un problème de légitimité du pouvoir.

L’histoire du XVIIIe siècle nous rapporte que déjà en 1757, Simon Clicquot de Blervache, avait remporté le prix de l’Académie d’Amiens (ça ne s’invente pas !), en fustigeant les « obstacles que les corps de métiers apportent au travail et à l’industrie ». On récompensait déjà les auteurs « libéraux » appelés alors physiocrates dans la lignée de Gournay et Turgot… qui écrivait que « Les hommes sont puissamment intéressés au bien que vous voulez leur procurer, laissez-les faire, voilà le grand, l’unique principe »!

Devant la crise qui montait avec le déficit du pays, on envisagea tout, des «assemblées de notables » d’abord, en 1786-87 qui firent remonter certes des préoccupations, mais perdirent toute autorité car engluées dans leurs divergences et le maintien de leur « autorité ». Les Parlements, alors hautes assemblées de justice, comme le sont notre conseil constitutionnel ou notre Conseil d’État, apparurent vite comme les défenseurs de leur caste et perdirent leur influence… Il ne resta plus que les états-généraux avec la suite qu’on connaît. L’histoire ne se reproduit jamais à l’identique, mais les problèmes de légitimité de la représentation sont toujours les plus graves et ne se résolvent que par une action en profondeur.

C’est pour cela que ce 1er numéro de 2019, entièrement dédié au Marketing, s’ouvre par un dossier consacré aux innovations en marketing : « Un nouveau Business Model pour réussir la transition énergétique : quels impacts sur les relations producteur/ client ? » est d’une actualité brûlante, mais il se veut comme tous les articles choisis par les évaluateurs et la rédaction comme porteur de « durabilité » par une redéfinition de la relation producteur-client comme une combinaison de ressources à susciter et organiser et sur l’introduction de la notion de service orienté résultat nécessitant de revoir le jeu des parties prenantes en y introduisant tous les acteurs institutionnels et territoriaux de l’efficacité énergétique. Le e-marketing dans les associations et la prise en compte du rôle des femmes dans les conseils d’administration sont deux aspects développés chacun dans un article permettent d’introduire les représentations dans le marketing : le rôle de la mémoire des enfants dans le prix, l’image du point de vente, la personnalité de la marque, et l’uniformisation des services télécoms sont autant de points saillants qui permettent tout en nous situant dans une actualité brûlante d’apporter une méthodologie et des réponses adaptées et éclairantes dans un univers en recherche. C’est dans cet esprit que vient opportunément la chronique bibliographique : L’économie comportementale : entre faiblesses méthodologiques et idéologie que Bruno Tinel, fait à partir de l’ouvrage, paru aux éditions Charles Léopold Meyer de Jean-Michel Servet : L’économie comportementale en question !

Il est toujours utile de confronter les idées et de ne pas se contenter des apparences simplificatrices !